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Jean-Pierre Sergent

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BRIBES ET FRAGMENTS DE TWITTER [2026]

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En introduction de cette nouvelle page de citations glanées sur twitter, dont je remercie sincèrement et chaleureusement les contributeurs auxquels je glanne celles-ci, j'aimerais dire que je copie ces extraits non par érudition, comme le dit Schopenhauer : "Par des citations on affiche son érudition, on sacrifie son originalité." dans Le Monde comme volonté et comme représentation mais surtout, parce que je me sens redevable envers tous ces écrivains, tous ces poètes, tous ces cinéastes et tous ces peintres qui ont vécu, pour la plupart, bien avant moi et dont les vies ont parfois ressemblé à la mienne et à mes propres préoccupations de créateur et d'homme pensant devant l'état du Monde, devant sa beauté et sa laideur. C'est comme un partage, une envie de faire savoir, également par 'gentillesse' et grandeur d'âme car je me suis aperçu, en vieillissant plus ou moins, que les gens qui m'ont le plus aimé, comme mon père, mon grand-père, certaines tantes ou grand-mères, avaient tous, envers moi, cette attention, cette gentillesse et cette volonté de m'aimer et de me 'servir', de me rendre meilleur et de m'aider à grandir dans ce Monde. Je fais donc cela par amour pour le lecteur et n'en tire, bien entendu, aucun profit, ni rémunération, ni réputation !
Ces petits extraits sont comme des petites bombes, des emportes-pièces de la pensée humaine, des condensés d'esoirs mais aussi de d'éspoirs aussi, des concentrés des petits bouts de sagesse populaire parfois ou des fulgurances d'éclairs de grands génies créateurs…
Et, en les lisant, parfois, l'espoir renaît, comme dans cette phrase sublime de justesse et de simplicité : "On croit que tout est fini. Mais alors, il y a un rouge-gorge qui se met à chanter." de Paul Claudel. Ou encore : "Elle eut envie sauvagement, de suivre les oiseaux jusqu’au bout du monde, de se jeter dans l’herbe et de boire l’oubli." très belle phrase dans Orlando, de Virginia Woolf. Et puis toujours et bien souvent, on parle d'Art : "L'Art ne peut pas être moderne. L'art est primordialement éternel." par Egon Schiele, et aussi sur la solitude : "Je veux être avec ceux qui connaissent des choses secrètes ou alors seul." par Rainer Maria Rilke...

Transcrites, ici, sans aucun commentaire de ma part, ce sont juste des pensées et des aphorismes à l'état pur et brut, violents et décapants et qui sont souvent même avec l'humour et la distance qu'il nous convient de guarder en ces temps bien sombres et angoissants…

Alors, bonne lecture et bonne découverte à tous et à toutes, 


Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 17 février 2026.


Compte Twitter de l'artiste Jean-Pierre Sergent, Besançon, France


BRIBES ET FRAGMENTS DE TWITTER | 2026

Sergei Parajanov on Pier Paolo Pasolini: "Many like to imitate whatever is fashionable. But as soon as they begin to imitate something, it turns out that they are poor and miserable creatures reduced to beggary. However, one does follow in another's footsteps. If someone said: "Your films resemble those of Pasolini," then I'd feel larger than life. I could breathe easier. For Pasolini is like a god to me, a god of the aesthetic, master of style, one who created the pathology of an epoch. He surpassed himself in costumes; he surpassed himself in gestures. Look at his Oedipus Rex (1967). I believe it's an absolutely ingenious work. His actors, his feeling for femininity, for masculinity. Pasolini is not just a god. He is closer to God. He's also closer to the pathology of our existence on earth, to our generation. I have just seen his 1001 Nights (1974). For me, this is a powerful interpretation of the bible. It's struck from the same composition, moulded from the same plastic form, as found in the bible." Sergei Parajanov, Speaks Up, By Ron Holloway (1988)

"We have only this single virtue: to begin, each morning, our life—in the face of the earth, beneath a hushed sky—awaiting an awakening. Some are amazed that dawn is such hard work; from making to waking a task is completed. But we live merely to give with a shudder to the future work and to wake up the earth once. And sometimes it wakes. Then returns to our silence." Cesare Pavese

"Globalism: the last step of the machinational essence of the power to annihilate what is indestructible on the path of devastation. The 'modern' human being is on the verge of making himself a slave to the devastation." Martin Heidegger, Black Notebooks (1939-1941)

"Your religious ideas have always seemed to me more Greek than biblical. Whereas my thoughts are one hundred percent Hebraic." Ludwig Wittgenstein, Recollections of Wittgenstein

"Talking about dreams is like talking about movies, since the cinema uses the language of dreams; years can pass in a second, and you can hop from one place to another" Federico Fellini

"Lorsqu’un ovule humain est fécondé, il émet un bref éclat de lumière appelé zinc spark (« étincelle de zinc ») : une libération soudaine d’atomes de zinc qui marque l’instant précis où la vie commence. Cette étincelle de zinc est un phénomène scientifique fascinant qui se produit au moment exact de la fécondation. Quand un spermatozoïde pénètre avec succès dans l’ovule, celui-ci libère des milliards d’ions zinc en une fraction de seconde. En se liant à de petites molécules, ces ions produisent un flash lumineux, observable au microscope. Cet événement lumineux signale le tout premier instant de la formation d’une nouvelle vie. Certaines personnes, notamment issues de traditions religieuses ou de croyances spirituelles, y voient également un signe symbolique, voire divin : une lumière qui marquerait l’entrée de la vie dans la matière. Cette découverte a mis en évidence le rôle crucial du zinc dans les toutes premières étapes du développement embryonnaire. Fait encore plus étonnant : l’intensité de cette étincelle semble refléter la qualité et la viabilité de l’ovule, ouvrant des perspectives prometteuses pour la médecine de la fertilité, notamment dans le cadre de la fécondation in vitro. Au-delà de sa beauté visuelle, cette lumière est scientifiquement essentielle. Elle montre que l’ovule a bien réagi à la fécondation et qu’il entre dans le processus complexe de division cellulaire et de croissance. Le zinc spark est, au sens propre, un éclair de vie, offrant aux chercheurs une fenêtre rare et poétique sur les tout premiers instants du développement humain."

"Une véritable œuvre d'art détruit, dans la conscience du spectateur, la séparation entre lui-même et l'artiste. L'art élève l'homme de sa vie personnelle à la vie universelle." Léon Tolstoï

“Perfection is insane. The entire tyranny of the perfect body, the perfect family, the perfect life is literally a commercial narrative. It has nothing to do with being human.” Guillermo del Toro

"In a bombshell interview that's sending shockwaves across the Arctic, former Greenlandic MP Tillie Martinussen delivered a chilling warning: Greenlanders "can never really trust America again." "We do not want to be rich like Americans. Look how greedy they are, even trying to invade their friends. Even if there are minerals and oil under our land—and they are worth far more—we still would not sell ourselves. We know what happened to Indigenous people in Alaska and Native Americans. Their land was taken, and they were not treated well. We see who Trump surrounds himself with—white power people—and we are not white. We are people of color. We know our rights would likely be taken away." Hook Global, January 23 2026 

"On doit le respect à un champ de blé, non pas pour lui-même, mais parce que c'est de la nourriture pour les hommes. D'une manière analogue, on doit du respect à une collectivité, quelle qu'elle soit – patrie, famille, ou toute autre –, non pas pour elle-même, mais comme nourriture d'un certain nombre d'âmes humaines." Simone Weil, L'enracinement

"Ils achèteront plus tard mes livres, beaucoup plus tard quand je serai mort, pour étudier ce que furent les premiers séismes de la fin, et la vacherie du tronc des hommes, et les explosions des fonds d'âme... Ils savaient pas, ils sauront ! ..." 
"Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écoeure." Louis-Ferdinand Céline, Lettre à Arthur Miller

"With just the smallest bit of neglect, the heart too can become neglected and begin to fill with worldly desires. This is why we must do the laundry." Shoukei Matsumoto, A Monk’s Guide to A Clean House & Mind

"Plus j'avance dans ma vie, et plus je m'interroge sur ce qu'elle aurait été si je n'avais pas rencontré la réussite. Je ne me vois pas me soumettant à un horaire ou à des tâches routinières de fonctionnaire ou d'épicier. Plutôt clochard ! Vagabond !" Georges Brassens

"People will do anything, no matter how absurd, in order to avoid facing their own souls. They will practise Indian yoga and all its exercises, observe a strict regimen of diet, learn theosophy by heart, or mechanically repeat mystic texts from the literature of the whole world—all because they cannot get on with themselves and have not the slightest faith that anything useful could ever come out of their own souls." Carl Jung

"The streets of Berlin are wide and straight, but the people hurry past one another without a glance. One feels more alone in this crowd than in true solitude." A. Schopenhauer, 1811

"And remember: you must never, under any circumstances, despair. To hope and to act, these are our duties in misfortune." Boris Pasternak, Doctor Zhivago

"The day you teach the child the name of the bird, the child will never see that bird again." Jiddu Krishnamurti

"But we are living in a skeptical and, if I may use the phrase, a thought-tormented age: and sometimes I fear that this new generation, educated or hyper-educated as it is, will lack those qualities of humanity, of hospitality, of kindly humour which belonged to an older day." James Joyce

"I lived so carefully, thinking someone was watching. But the stage was empty, the audience never came." Ozamu Dazai

"Everyone is aware that life is parodic and that it lacks an interpretation. Thus lead is the parody of gold. Air is the parody of water. The brain is the parody of the equator. Coitus is the parody of crime." Georges Bataille, The Solar Anus, 1927

"Except for hydrogen, all the atoms that make each of us up the iron in our blood, the calcium in our bones, the carbon in our brains were manufactured in red giant stars thousands of light-years away in space and billions of years ago in time. We are, as I like to say, starstuff."

"The price an artist pays for doing what he wants is that he has to do it."
"Artists to my mind are the real architects of change, and not the political legislators who implement change after the facts." William S. Burroughs

"Cinema is my country, my family. My religion is cinema." Remembering François Truffaut on his 94th birthday. Full Excerpt: "I don’t live outside cinema. I want to make normal films — that is my life. I am rather inclined to turn away from real life, I take refuge in cinema. I like life in moderation. I nevertheless feel I am living a more normal life when I am involved in a shoot. Cinema is my country, my family. My religion is cinema." Truffaut on Cinema, Anne Gillain

"Time is the substance I am made of. Time is a river which sweeps me along, but I am the river; it is a tiger which destroys me, but I am the tiger; it is a fire which consumes me, but I am the fire." Jorge Luis Borges

"Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l'humanité, des animaux mêmes ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu'il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c'est informe, il donne de l'informe." Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, 1871

"But I don't want comfort. I want God, I want poetry, I want real danger, I want freedom, I want goodness. I want sin." Aldous Huxley, Brave New World

"Read, read, read. Read everything― trash, classics, good and bad, and see how they do it. Just like a carpenter who works as an apprentice and studies the master. Read! Then write. If it's good, you'll find out. If it's not, throw it out of the window." William Faulkner

"I came to a point where I needed solitude and just stop the machine of 'thinking' and 'enjoying' what they call 'living', I just wanted to lie in the grass and look at the clouds." Jack Kerouac

"I want to hear the language of the fish and the language of the wind, which resembles the language of the angels." Thomas Bernhard 

"Comment se fait-il que moi, en tant que femme je ne puisse rien éprouver en regardant les messieurs moulés de partout mais qu'eux en tant qu'hommes puissent s'exciter sur mes cinq centimètres de cagoule en moins ?" Marjane Satrapi, Persepolis

"Art is the highest form of Hope." Gerhard Richter

Wim Wenders on the origins of Wings of Desire (1987): "The idea strictly came from wandering around Berlin and feeling inspired to make a film that would tell the story of a city that had seen hell, and that was now a very unique place on Earth, an island city divided by a wall. A film that would show as many aspects of this city as possible, and that would also go diagonally through its history. I was looking for characters through whom I could tell the city, because I didn’t want to make a documentary film. Fiction is the best way to preserve places, I feel. I thought of firefighters and mailmen and God knows what sort of people, and I finally ended up with the only idea left that would allow me to explore the city in almost infinite ways: with the help of some guardian angels. And one of them would fall in love with a woman and decide to become a mortal. The angel idea was really suggested by the city itself, so to speak, as it has those angel figures everywhere, and by my nightly reading of Rilke poems. As I was trying to find my German language back, Rilke seemed the best teacher. And his poetry is inhabited by lots of angels.  "Imagine How Angels Would Look at Us": Wim Wenders on Restoring Wings of Desire, by Jim Hemphill (Filmmaker Magazine, 2018) 

- Mario Vargas Llosa (1936-2025), écrivain péruvien. Auteur de romans et d'essais politiques, il est notamment lauréat du prix Nobel de littérature 2010. "La littérature reste le seul moyen opérant pour maîtriser le langage. Et le langage, c’est ce qui est fondamental. Pas seulement pour vous permettre de vous exprimer d’une manière intelligente, nuancée, avec toutes les précisions que vous jugez nécessaires. Le langage, c’est ce qui permet à votre pensée de s’organiser. Le langage, c’est ce qui déploie et structure votre imagination, régit votre sensibilité, vos émotions, vos passions. Et cette richesse, vous ne pouvez pas l’acquérir en regardant la télévision ou en voyant des films : c’est le roman, la poésie, les grands essais qui vous la donnent. Lire, c’est protester contre les insuffisances de la vie. Lire, c’est se mettre en état d’alerte permanent contre toute forme d’oppression, de tyrannie, c’est se blinder contre la manipulation de ceux qui veulent nous faire croire que vivre entre des barreaux, c’est vivre en sécurité. La littérature vous fait désirer une autre vie, que la vie réelle ne peut pas vous donner, et forge donc des esprits critiques, épris d’idéal, tandis que l’extraordinaire machinerie audiovisuelle est là pour nous amuser et créer des sujets passifs et conformistes. Un monde sans littérature serait un monde sans insolence. Un monde d’automates."

"Il n’y a plus d’élite française ! Il n’y a plus de classe cultivée, comme en Angleterre. L’élite a été totalement détruite, voyez ce qu’on enseigne dans les universités et de quoi les professeurs font la matière, c’est d’une futilité sans nom ! L’élite a été systématiquement détruite, bien qu’il y ait encore des gens cultivés à la marge, il y a des élites qui sont le contraire de ce qu’était l’élite, c’est à dire des privilégiés ayant une certaine connaissance de la langue ou de la culture, ou l’attachement aux paysages, à la beauté du monde." Renaud Camus

Lorsque Alexandre le Grand, l’homme le plus puissant du monde, s’approcha d’un vieux philosophe qui se reposait au soleil, il s’attendait à recevoir admiration ou révérence. Il n’obtint ni l’une ni l’autre. Diogène de Sinope ne se leva pas, ne s’inclina pas et ne montra aucune crainte. Alexandre lui dit : — "Demande-moi ce que tu veux." Diogène répondit simplement : — "Écarte-toi. Tu me caches le soleil." À cet instant, il devint évident que le pouvoir n’intimide pas celui qui n’a besoin de rien. Diogène vivait sans possessions, sans titres et sans peur. Pour lui, la véritable liberté résidait dans l’autosuffisance et la vertu, non dans la domination des autres. Bien qu’il ne fût pas stoïcien, son mode de vie en posa les fondations. Ses idées inspirèrent Cratès de Thèbes et, à travers lui, Zénon de Citium, fondateur de l’école stoïcienne. C’est pourquoi Diogène est resté dans l’histoire comme : Diogène de Sinope, le grand-père indompté du stoïcisme, le philosophe qui enseigna que celui qui maîtrise ses désirs est plus libre que n’importe quel empereur.

"La solitude ne se résume pas à l'absence de compagnie. Elle réside dans l'absence de but, dans le vide de sens. Quand tout autour de vous paraît étrange et inaccessible, quand chaque relation semble superficielle et que vos élans pour comprendre se heurtent à l'indifférence, vous comprenez que la vraie solitude, ce n'est pas d'être isolé, mais de se sentir étranger à un monde qui ne vous comble pas, un monde sans signification." Haruki Murakami

"It is very important to go out alone, to sit under a tree —not with a book, not with a companion, but by yourself — and observe the falling of a leaf, hear the lapping of the water, the fishermen’s song, watch the flight of a bird, and of your own thoughts as they chase each other across the space of your mind. If you are able to be alone and watch these things, then you will discover extraordinary riches which no government can tax, no human agency can corrupt, and which can never be destroyed." Jiddu Krishnamurti

"We are now at the beginning of an age where we will have more information than we can possibly process. But let me remind you: Information is not knowledge. Knowledge is not wisdom. And wisdom is not foresight. Each grows out of the other, and we need them all. Before you become too entranced with gorgeous gadgets, remember that the goal is not to have more information, but to have more understanding." Arthur C. Clarke

"Il m'arrive de trouver que la vie est une horrible plaisanterie. Si l'on est tant soit peu sensible, on est écorché partout et tout le temps." Françoise Sagan

"Ce qui compte aux heures de désespoir, ce n'est pas ce qui est vrai et ce qui est faux mais ce qui aide à vivre." Romain Gary

"Le cinéma, depuis le début, a changé le monde : on s’est vus, on s’est reconnus les uns les autres, on a vu comment vivre les autres, on s’est vus nus au cinéma. Il a joué un rôle essentiel dans notre société depuis 120 ans." Costa Gavras 

"La fonction de l'art n'est pas, comme le croient même certains artistes, d'imposer des idées ou de servir d'exemple. Elle est de préparer l'homme à sa mort, de labourer et d'irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien." Andreï Tarkovski, Le Temps scellé (1985)

"Apprendre est difficile, mais ça en vaut la peine. Essaie encore, et réessaie demain et pleure s'il le faut. Apprends à apprendre. Aimes-tu apprendre ? Es-tu bon à ça ? Y arrives-tu ? Apprends pour le plaisir d'apprendre en soi, sois habile ce faisant. As-tu le tour de main pour apprendre à découvrir, à dévoiler, à renverser et à remettre à l'endroit. À déconstruire et reconstruire, à tirer une signification hors de l'improbable, apprends à répondre, à questionner pour déchiffrer l'autre pour le plaisir de la découverte, en ne disant à personne que tu as progressé pas à pas, d'une position à l'autre, qu'ainsi tu as rassemblé le puzzle. Tu apprends pour toi-même pas pour les autres, pas pour frimer, pas pour rabaisser l'autre. Apprendre est ton secret, c'est la seule chose que tu aies. C'est la seule chose dont tu puisses dire qu'elle t'appartient, personne ne peut s'en emparer, et rappelle-toi que l'ignorance n'est pas une excuse, tu ferais mieux d'apprendre, sinon…" Louise Bourgeois, Ce qu'on voit du fonds du puits, 1996

"Le rôle que joue l'artiste dans la société est de raviver les instincts primitifs et anarchiques qui ont été sacrifiés au profit de l'illusion d'une vie confortable... Ce n'est pas la vie la plus confortable au monde, mais je sais que c'est la vie, et je ne vais pas l'échanger contre une vie anonyme dans la fraternité humaine, qui est soit une mort certaine, soit une quasi-mort, soit, au mieux, une cruelle tromperie." Henry Miller

"The soul, you see, is a shy and retiring thing. It lurks in dark places and dislikes sunlight. And so, if you do not keep the skylight open at all times, the soul will rot…" Yukio Mishima, The Frolic of the Beasts

"He who jumps into the void owes no explanation to those who stand and watch." Jean-Luc Godard

"La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde." Blaise Cendrars

"Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple." Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895

"La couleur est un moyen d’expression à la fois fascinant et trompeur ; elle agit sur nous immédiatement et profondément, mais elle est aussi extrêmement difficile à maîtriser." Josef Albers, Interaction of Color, 1963

"Vivre ici c'est la mort, ailleurs le suicide. Où allez ? La seule partie de la planète ou l'existence semblait avoir quelque justification est gagnée par la gangrène . Ces peuples archicivilisés sont nos fournisseurs en désespoir" Émil Cioran, La tentation d'exister, 1956

"Wisdom, like genius, is rooted not in the abstract and discursive, but in the intuitive and perceptive faculty. It does not consist in sentences and thoughts one carries ready-made in his head; rather, it is the whole way the world represents itself to him." Arthur Schopenhauer

"I say quite deliberately that the Christian religion, as organized in its churches, has been and still is the principal enemy of moral progress in the world. You may think that I am going too far when I say that that is still so. I do not think that I am. You find as you look around the world that every single bit of progress of humane feeling, every improvement in the criminal law, every step toward the diminution of war, every step toward better treatment of the colored races, or every mitigation of slavery, every moral progress that there has been in the world, has been consistently opposed by the organized churches of the world." Bertrand Russell, Why I Am Not a Christian ,1927

"L’homme se distingue des autres animaux surtout en ceci : il est le seul qui maltraite sa femelle, méfait dont, ni les loups, ni les lâches coyotes ne se rendent coupables, ni même le chien dégénéré par la domestication. Jack London, Les vagabonds du rail

"Maintenant que nous avons appris à voler dans les airs comme les oiseaux et plonger dans les mers comme les poissons, il ne nous reste plus qu'à apprendre à vivre sur Terre comme des êtres humains." George Bernard Shaw

"J'ai choisi résolument d'être libre et de n'être dépendante de rien. Sauf de l'art peut-être. Ou de l'amour. C'est une philosophie de préservation de soi-même." Entretien de Patti Smith publié dans Le Monde le 17 avril 2016, intitulé 'Évitez tout ce qui pourrait faire de vous des esclaves !'

"Pour être poète, il faut du temps : bien des heures de solitude, seul moyen pour que quelque chose se forme, vice, liberté, pour donner style au chaos." Pier Paolo Pasolini
"Je ne m'intéresse pas à la désacralisation : c'est une mode que je déteste, c'est petit-bourgeois. Je veux resacraliser les choses autant que possible, je veux les re-mythifier." Pier Paolo Pasolini, Entretien avec Gideon Bachmann

"Je ne parle ni de pardon ni de vengeance. Mon approche est bien plus simple : les personnes qui me blessent cessent d’exister pour moi. Je ne me soucie plus jamais d’elles. L’oubli est la seule vengeance, et le seul pardon." Jorge Luis Borges

"What matters is to feel the continuity of centuries beneath one's feet. The forest, more than a symbol, is a memory." Pierre Drieu La Rochelle

"L'imagination n'est pas la fantaisie… L'imagination est une faculté quasi divine qui perçoit… les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies." Charles Baudelaire, Nouvelles Notes sur Edgar Poe

"Enfin, je dis que la fin du monde arrivera lorsqu’il n’y aura plus sur Terre que ces deux blocs monolithiques de la Russie et de l’Amérique qui se regarderont dans un désert… La connerie monumentale que ça représente, vous voyez ! Qu'est-ce qu'il restera à faire ? Je pense à notre disparition, la disparition de l’Europe." 
"On manque d'un dieu. Ce vide qu'on découvre un jour d'adolescence rien ne peut faire qu'il n'a jamais eu lieu. L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de votre douleur. L'homme qui boit est un homme interplanétaire. C'est dans un espace interplanétaire qu'il se meut. C'est là qu'il guette. L'alcool ne console en rien, il ne meuble pas les espaces psychologiques de l'individu, il ne remplace pas le manque de Dieu. Il ne console pas l'homme. C'est le contraire, l'alcool conforte l'homme dans sa folie, il le transporte dans les régions souveraines où il est le maître de sa destinée." Marguerite Duras, La Vie matérielle, 1987

"Rien n’est plus beau qu’une personne en renaissance… Quand elle se relève après une chute, une tempête et retourne plus forte et plus belle qu’avant. Avec quelques cicatrices de plus dans le cœur, sous la peau, mais avec la volonté de bouleverser le monde, du moins avec un sourire." Anna Magnani

"Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus." Charles Péguy

"Toutes les sensations. tous les sentiments, toutes les épreuves, toutes les joies de la vie, on les emmagasine. J'appelle ça mon petit garde-manger, parce que pour tel ou tel rôle, j'ouvre mon petit garde-manger et j'y trouve la provision." Madeline Renaud

"La plus grande erreur qu'un homme puisse commettre est de croire que la vie devrait être facile ou juste. Rien n'est garanti en ce monde, et aucune loi n'oblige l'existence à accorder à l'humanité un bonheur perpétuel. Au contraire, la vie est pleine de souffrances, et c'est sur le terrain que sont mises à l'épreuve la patience et la résilience humaines. Ceux qui comprennent cette vérité ne se découragent pas face aux difficultés, car ils savent que la vie n'est qu'une succession d'épreuves. Le sage ne recherche pas la justice, mais plutôt la sagesse qui lui permet de s'adapter à la dureté de l'existence." Schopenhauer

"Le monde est rempli de personnes qui souffrent des conséquences de leur propre vie non vécue. Elles deviennent amères, critiques ou rigides, non pas parce que le monde est cruel envers elles, mais parce qu'elles ont trahi leurs propres possibilités intérieures.
L'artiste qui ne crée jamais d'art devient cynique envers ceux qui le font. L'amoureux qui ne prend jamais le risque d'aimer se moque de la romance. Le penseur qui ne s'engage jamais dans une philosophie méprise la croyance elle-même. 
Et pourtant, tous souffrent, car au fond d'eux-mêmes, ils savent que la vie qu'ils raillent est celle qu'ils étaient censés vivre." Carl Jung

"The most spiritual human beings, assuming they are the most courageous, also experience by far the most painful tragedies: but it is precisely for this reason that they honor life, because it brings against them its most formidable weapons." Nietzsche

"L'Orient vénère Bouddha, l'Occident vénère le Christ. Tous deux ont enseigné l'amour comme le secret de la sagesse. La vie terrestre du Christ a été contemporaine de celle de l'empereur romain Tibère, qui a passé sa vie dans la cruauté, la débauche répugnante et la perversion. Tibère avait la pompe et le pouvoir ; à son époque, des millions de personnes tremblaient à son moindre signe. Mais il est tombé dans l'oubli.

Ceux qui vivent noblement, même s'ils mènent une vie obscure à leur époque, n'ont pas à craindre d'avoir vécu en vain. Quelque chose rayonne de leur vie, une lumière qui montre le chemin à leurs amis, à leurs voisins, peut-être même à de longues générations futures. Je trouve que beaucoup de gens aujourd'hui sont oppressés par un sentiment d'impuissance, par l'impression que dans l'immensité des sociétés modernes, l'individu ne peut rien faire d'important. C'est une erreur. 

L'individu, s'il est rempli d'amour pour l'humanité, s'il a une vision large, du courage et de l'endurance, peut faire beaucoup. Chacun d'entre nous peut élargir son esprit, libérer son imagination et répandre son affection et sa bienveillance. Et ce sont ceux qui font cela que l'humanité vénère en fin de compte." Bertrand Russell

"Je pense que l'humanité n'est pas nécessairement la favorite de la nature, que l'humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu'il y a eu 10 millions d'espèces animales jusqu'ici, que neuf millions ont été éliminées... On n'est pas l'espèce élue, comme on l'a cru pendant longtemps ; la nature peut très bien se passer de nous. Et elle ne nous éliminera pas ; c'est nous qui pourrions nous éliminer. Et si nous nous éliminons, la nature ne fera pas particulièrement un deuil, mais elle continuera à développer d'autres espèces, en espérant que ces espèces seront plus en mesure de se préserver et de ne pas se détruire." Hubert Reeves, Conteur d'étoiles

"Oh ! rien ne peut mûrir à la réalité, qui n'ait eu ses racines dans le souvenir, rien n'est saisissable à l'homme, qui n'ait été mis en lui dès son début, et sur quoi les visions de sa jeunesse n'aient étendu leur ombre." La mort de Virgile, Hermann Broch

"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour

"Dans le domaine des affaires humaines, nous connaissons l'auteur des « miracles ». Ce sont les hommes qui les accomplissent, les hommes qui, parce qu'ils ont reçu le double don de la liberté et de l'action, peuvent établir une réalité bien à eux." La crise de la culture, H.Arendt

"We cannot live only for ourselves. A thousand fibers connect us with our fellow men; and among those fibers, as sympathetic threads, our actions run as causes, and they come back to us as effects." Herman Melville

"Le Serpent
Tu t’acharnes sur la beauté.
Et quelles femmes ont été
Victimes de ta cruauté!
Ève, Euridice, Cléopâtre ;
J’en connais encor trois ou quatre."
Guillaume Apollinaire, 1911

"Plus tu comprends ce monde, plus tu te détruis. C’est pourquoi les insensés sont heureux et les personnes intelligentes vivent dans la solitude." Fyodor Dostoevsky

À propos de Léon Tolstoï : "La Gare du Sacrifice À 82 ans, l’écrivain le plus célèbre de la planète a commis l’irréparable. Le 28 octobre 1910, à trois heures du matin, Léon Tolstoï s’enfuit de son domaine d’Iasnaïa Poliana dans une obscurité totale, avec seulement quelques roubles en poche. Ce n’est pas une escapade, c’est un reniement de tout ce qui faisait sa vie : il abandonne sa fortune, sa renommée et sa femme Sophie pour tenter de vivre (et de mourir) comme un homme ordinaire. Rattrapé par une pneumonie foudroyante, il finit ses jours sur un lit de fer dans le bureau du chef de gare d’Astapovo, un lieu perdu au milieu de nulle part. Le monde entier a alors les yeux rivés sur ce petit télégraphe de province, attendant le bulletin de santé d’un homme qui, dans son dernier souffle, refuse de voir sa famille pour rester fidèle à son vœu de pauvreté. C’est dans cette gare de troisième classe que le « Maître de la littérature » donne à son œuvre son sens ultime : la recherche d’une vérité absolue."

"Une âme humaine [...] aspire à quelque chose de plus haut [...] que ce que peut aujourd’hui lui proposer l’existence de masse en Occident [...], l’écœurante pression de la publicité, l’abrutissement de la télévision et une musique insupportable." Le Déclin du courage, Alexandre Soljenitsyne, 8 juin 1978

"Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment... Je mourrai comme ils meurent." Feux, Marguerite Yourcenar

Umberto Eco : De l’usage du Faux

Tandis que les bibliophiles ordinaires chassent les éditions rares, Umberto Eco, lui, consacrait une grande partie de son temps à sa Bibliotheca Semiologica Curiosa : une collection unique au monde regroupant 1 300 ouvrages anciens, dont 36 incunables, remplis d’hérésies scientifiques, de théories complotistes millénaires, de traités alchimiques et de textes de faussaires géniaux.
On y trouve des cosmographies affirmant que la Terre est plate ou immobile au centre de l’univers, des bestiaires peuplés de licornes bien vivantes, des grimoires promettant de fabriquer la pierre philosophale et de produire de l’or, ainsi que des faux historiques qui ont véritablement fait basculer le cours de l’Histoire.
Pour Eco, ces livres n’étaient pas de simples curiosités poussiéreuses. Ils constituaient la preuve vivante que le faux est l’un des moteurs secrets de l’histoire. Le mensonge, la falsification, la fiction crédible : voilà ce qui, selon lui, faisait tourner le monde bien plus que la vérité nue et froide.
C’est toute cette obsession qui irrigue « Le Nom de la Rose ». Car pour Umberto Eco, l’être humain n’est pas cet animal rationnel dont rêvaient les Lumières. C’est un animal qui a viscéralement besoin de croire à de belles histoires pour supporter la réalité.

"The individual has always had to struggle to keep from being overwhelmed by the tribe. If you try it, you will be lonely often, and sometimes frightened. But no price is too high to pay for the privilege of owning yourself." Friedrich Nietzsche

"Personnellement, je ne fais pas grand cas de ce que l’on appelle « la conscience du monde ». Le monde n’a jamais eu de conscience. Le monde a eu des époques de grâce et de non-grâce." Lettre de Joseph Roth à Stefan Zweig, Août 1935

“There is every reason to be sad at this moment: all the premonitions which I have had for ten years are coming true. This is one of the lowest moments in the history of the human race. There is no sign of hope on the horizon. The whole world is involved in slaughter and bloodshed. I repeat—I am not sad. Let the world have its bath of blood…” Henry Miller


"L’homme moderne croit souvent qu’il domine la nature, mais il oublie qu’il en fait partie. Les montagnes, les arbres et les rivières portent une sagesse plus ancienne que toutes les civilisations humaines, et celui qui sait écouter ce silence découvre une vérité profonde sur la vie." Jean Giono

"Je ne sais pas comment l’on pourrait nier le caractère purement miraculeux d’un monde où l’accroissement de ce qui peut se dénombrer n’a même pas encore entamé les réserves de l’incommensurable." Rainer Maria Rilke

"Quand quelqu’un vient vers toi avec une rumeur… rappelle-toi du test des trois filtres de Socrate. Un jour, dans la Grèce antique, un homme s’approcha de Socrate, tout excité : 
— « Tu veux savoir ce que j’ai entendu sur ton ami ? » 
Socrate répondit calmement : — « Attends un instant. Avant de parler, faisons passer cela à travers trois filtres. » 
— « Trois filtres ? » 
— « Oui. Le premier est la vérité : es-tu certain que ce que tu veux me dire est vrai ? » 
— « Eh bien… non. On me l’a simplement raconté. » 
— « Je comprends. Deuxième filtre : la bonté. Ce que tu veux me dire est-il quelque chose de positif ? »
— « Non, au contraire… » 
— « Donc tu veux me dire quelque chose de négatif, sans être sûr que ce soit vrai. Voyons le troisième filtre : l’utilité. Est-ce que cela m’apporte quelque chose de bon de le savoir ? » 
— « Pour être honnête… non. » 
Alors Socrate conclut : — « Si ce n’est ni vrai, ni bon, ni utile… pourquoi m’en parler ? »

"I like art works that stray a little from the notion of well-mannered art. I like art works that have something fishy about them, that seem fake, with a touch of the baroque. Of course, if an element of eroticism is added to this, it’s just perfect." Shibusawa Tatsuhiko

"Avant, je croyais que la gentillesse appelait la gentillesse, et que les bonnes intentions engendraient de bonnes intentions. Mais la vie m'a appris que les gens agissent selon leur nature, et non selon ce qu'on leur offre. Ils vous comprendront comme ils l'entendent et vous traiteront selon leur propre personnalité, et non selon ce que vous méritez. Avec le temps, vous comprendrez que les actes sont plus éloquents que les paroles, et que les bonnes intentions ne vous protègent pas toujours, mais qu'elles préservent la pureté de votre cœur. Être choqué par les gens ne signifie pas qu'il faille cesser d'être gentil, mais plutôt qu'il faut apprendre à poser des limites. La maturité ne signifie pas perdre sa pureté, mais la préserver." Via "Ahmed Mahidin"

"La télévision a un monopole de fait sur la formation des cerveaux. Or en mettant l'accent sur les faits divers, en remplissant ce temps par du vide, du rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques." Pierre Bourdieu

Georgia O'Keeffe November 15, 1887 – March 6, 1986, Portrait of an artist 1977
"J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie. Bien plus de chance que la plupart des gens. Je ne pense pas, par exemple, que je puisse m'imaginer être un bien meilleur peintre sans que personne ne fasse le moindre cas de moi. Mais il se trouve que ce que j'ai fait, ce que j'ai accompli, était en phase avec mon époque, si bien que les gens l'ont apprécié. Mais j'aurais pu avoir beaucoup de talent sans que personne ne s'en aperçoive davantage. Je dirais que, en tant que peintre, voyez-vous, être peintre est une chose, et être une personne en est une autre. Certaines personnes semblent avoir plus de chance que d’autres. Je ne sais pas, c’est peut-être parce que j’ai saisi tout ce qui se présentait et que je voulais. En même temps que vous avez dit que j’ai eu beaucoup de chance, vous avez aussi dit que ma vie, c’est comme marcher sur le fil d’un couteau. Je pourrais tomber d'un côté ou de l'autre, mais je ne suis pas tombé, et je le referais. Et alors ? Et si tu tombais ? Je préfère faire quelque chose que j'avais vraiment envie de faire."

"Regarder en arrière, c'est être soupçonné de regretter l'époque de l'homogénéité culturelle." Alain Finkielkraut déplore ce qu'il qualifie de "criminalisation" de la nostalgie.

"America is no place for an artist: to be an artist is to be a moral leper, an economic misfit, a social liability. A corn-fed hog enjoys a better life than a creative writer, painter or musician. To be a rabbit is better still." Henry Miller

Hiroyuki Sanada a dit un jour : "Certaines personnes rêvent d’avoir une piscine chez elles, tandis que celles qui en ont une l’utilisent à peine. Ceux qui ont perdu un être cher ressentent un profond manque, tandis que d’autres se plaignent souvent des proches encore présents dans leur vie. Ceux qui n’ont pas de partenaire en désirent un, tandis que ceux qui en ont un ne l’apprécient pas toujours. Les affamés donneraient tout pour un repas, tandis que ceux qui sont rassasiés critiquent le goût de leur nourriture. Ceux qui n’ont pas de voiture rêvent d’en posséder une, tandis que ceux qui en ont une en veulent toujours une meilleure. La clé du bonheur, c’est la gratitude : savoir voir et apprécier ce que nous avons déjà, et comprendre que quelque part, quelqu’un donnerait tout pour ce que nous considérons comme acquis."

"Cinq minutes après ta naissance, on décide de ton nom, de ta religion, de ta nationalité et de ta secte. Et tu passes le reste de ta vie à défendre ce que tu n’as pas choisi." Arthur Schopenhauer

"Il est normal que l’art musical se tasse aujourd’hui. Le XXème siècle a été si prodigieux qu’il peut nous écraser", estime le compositeur Bertrand Burgalat dans Libre à vous. 

"Je n’ai causé la mort de personne, et je n’ai pas désiré la femme de mon voisin. Je ne me suis pas souillé et je n’ai pas menti. Je n’ai pas volé et je n’ai pas porté de faux témoignage. Je n’ai pas rempli mon cœur de haine et je n’ai pas été la cause des larmes d’un être humain. Je n’ai pas été la cause de la souffrance d’un animal et je n’ai pas pratiqué l’injustice. Je n’ai pas pollué les eaux du Nil et je ne me suis pas élevé au-dessus des autres en raison de ma position. Je n’ai pas négligé une plante jusqu’à ce qu’elle meure de soif ; j’ai nourri l’affamé et donné à boire à l’assoiffé." Extrait de l’un des textes du Livre des morts de l’Égypte ancienne.

"La tragédie des âmes pures : 
La véritable tragédie des êtres bons réside dans leur absence de réplique instantanée face aux attaques. L’esprit ne se tient pas en alerte, la réponse n’est pas prête lorsque l’adversité surgit. Les autres jouent toujours sur cette faiblesse et remportent des victoires éclairs – illégitimes, cruelles, tranchantes. Mais l’âme paisible, le cœur honnête, ne trouvent la réponse juste qu’après coup, lorsque la bataille est déjà perdue. Ce n’est pas de la naïveté. Ce n’est pas de la bêtise. C’est une pureté instinctive… plus grande qu’elle ne le devrait." Fiodor Dostoïevski

"Les yeux de l’enfant et ceux du vieillard regardent avec la tranquille candeur de qui n’est pas encore entré dans le bal masqué ou en est déjà sorti. Et tout l’intervalle semble un tumulte vain, une agitation à vide, un chaos inutile par lequel on se demande pourquoi on a dû passer." Marguerite Yourcenar

“The Divine Light is always in man, presenting itself to the senses and to the comprehension, but man rejects it.” Giordano Bruno

"La plus grande erreur qu’un être humain puisse commettre est de croire que la vie doit être facile ou juste. Rien dans ce monde n’est garanti, et aucune loi n’oblige l’homme à être heureux. Au contraire, la vie est remplie de souffrances, et c’est le théâtre où l’on teste la patience et la force de l’homme. Celui qui comprend cette vérité ne tombe pas en désillusion face aux difficultés, car il sait que la vie n’est qu’une succession de défis. L’homme sage ne cherche pas la justice dans un monde injuste, mais la sagesse qui lui permet de s’adapter à la dureté de la vie." Arthur Schopenhauer

"Je n'ai rien à faire dans un temps où l'honneur est puni, où la générosité est punie, où tout ce qui est grand est rabaissé et moqué, où partout, au premier rang, j'aperçois le rebut, où partout le triomphe du plus bête et du plus abject est assuré." Henry de Montherlant

"Dans le passé, le monde était dur, parce qu’il était gouverné par les intelligents. Les intelligents forçaient les stupides à apprendre, et cela était difficile pour les stupides. Mais aujourd’hui, ce sont les stupides qui gouvernent le monde. Et c’est quelque chose de juste, car les stupides sont bien plus nombreux. Maintenant, les intelligents apprennent à parler de façon à être compris par les stupides. Si le stupide ne comprend rien, c’est le problème de l’intelligent ! Autrefois, les stupides souffraient. Aujourd’hui, ce sont les intelligents qui souffrent. Mais le nombre de ceux qui souffrent diminue chaque jour, car le nombre d’intelligents diminue jour après jour." Mikhaïl Jvanetski

"Art begins as soon as ‘I don’t like this’ turns into ‘this is not the way I could imagine it.’ We notice in passing that the creative and the neurotic minds have a lot in common. They’re both dissatisfied with what they see; they both believe that something else ought to be there; and they try to pretend it is there or to make it be there." The Educated Imagination, Northrop Frye

"Je sens brûler en moi une soif sauvage de sensations violentes, une fureur contre cette existence neutre, plate, réglée et stérilisée, un désir forcené de saccager quelque chose … d'arracher leurs perruques à quelques idoles respectées." Hermann Hesse

“Perfect purity is possible if you turn your life into a line of poetry written with a splash of blood.”
“The law is an accumulation of tireless attempts to block a man's desire to change life into an instant of poetry." Runaway Horses, Yukio Mishima
"True beauty is something that attacks, dominates, steals, and ultimately destroys." Yukio Mishima

"Jusqu’au bout, je resterai un enfant de l’Europe, de l’inquiétude et de la honte. Je n’ai aucun message d’espoir à délivrer. Pour l’Occident, je ne ressens pas de haine. Au mieux, je ressens un grand mépris. Je sais seulement que chacun d’entre nous exhale l’égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est tout simplement devenu impossible de vivre, et qui plus est, nous continuons à l’exporter." Michel Houellebecq

"There is a kind of sadness that comes from knowing too much, from seeing the world as it really is. It is the sadness of understanding that life is not a grand adventure, but a series of small, insignificant moments, that love is not a fairy tale, but a fragile and fleeting emotion, that happiness is not a permanent state, but a rare and fleeting glimpse of something we can never hold onto. And in that understanding, there is a profound loneliness, a feeling of being isolated from the world, from other people, from oneself." The Lighthouse, Virginia Woolf

"I don’t like the idea of 'understanding' a film. I don’t believe that rational understanding is an essential element in the reception of any work of art. Either a film has something to say to you or it hasn’t. If you are moved by it, you don’t need it explained to you." Fellini

"St. Augustine figured out what Indian yogis couldn't: You can control your heartbeat, but not desire. Žižek calls it proof we're never truly master of ourselves."

"To hell with reality! I want to die in music, not in reason or prose. People don't deserve the moderation we show by not going mad in front of them. To hell with them!" Louis-Ferdinand Céline

"Dans mon enfance et mon adolescence, les livres m’ont sauvée du désespoir, et j’ai alors compris que la culture est la plus haute des valeurs." Simone de Beauvoir

During an audience with His Holiness the 14th Dalai Lama on 10 April 2026, an elderly visitor asked, "Is it true that there are no gods or devils other than human beings?" In response, His Holiness explained that whether God exists or not, we as human beings have the responsibility to build a happy and peaceful world. He emphasised that we must make use of our human intelligence and reasoning. As human beings, we are capable of compassion and broader thinking. By using these qualities, we should reflect within ourselves and think, "I am a human being. I should be honest, truthful, and helpful to others." 

"Words and images run riot in my head, pursuing, flying, clashing, merging, endlessly. But beyond this tumult there is a great calm, and a great indifference, never really to be troubled by anything again." Samuel Beckett

"A tainted society has invented psychiatry to defend itself against the investigations of certain superior intellects whose faculties of divination would be troublesome." Antonin Artaud

"O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible." Pindare, 3e Pythique

"Tout le monde se promène satisfait dans cet incroyable enfer, cette immense illusion, cet univers de déchets qu’est le monde moderne, où bientôt plus aucune lueur spirituelle ne pourra pénétrer." Pierre Drieu La Rochelle

"It’s (spirituality) driving my work. You cannot separate. I cannot say I have a professional life and apart from that I am also a spiritual person. I cannot keep that apart." Wim Wenders

"To be an artist is to fail, as no other dare fail, that failure is his world and the shrink from it desertion, art and craft, good housekeeping, living." Samuel Beckett

"It is curious, too, that though the modern man in the street is a robot, and incapable of love he is capable of an endless, grinding, nihilistic hate: that is the only strong feeling he is capable of; and therein lies the danger of robot-democracy and all the men in the street, they move in a great grind of hate, slowly but inevitably." D. H. Lawrence

"Between 1750 and 1930, if you asked educated people what the purpose of poetry, art, or music was, they would answer ‘beauty’. And, when asking what the purpose of that was, you would discover that beauty is a value, as important as truth and goodness." Roger Scruton

Martin Scorsese talks about the passage of time and his age: "I'm 80. The entire world has opened up to me, but it's too late. When they gave Kurosawa his Oscar, he said he barely felt like he could start to see the possibilities of what cinema could be, but that it was too late. He was 83. At the time, I didn't understand what he was referring to; now I do."

"I am very astonished that the scientific picture of the real world around me is deficient." Erwin Schrödinger said this while thinking deeply about quantum mechanics. Even though the theory was working incredibly well and giving correct results, he felt something important was missing in the way it described reality. To him, the problem wasn’t the math, it was the picture of the world behind it. Quantum physics could predict outcomes, but it didn’t clearly explain what was really happening in nature. Schrödinger’s point was simple: a theory can be successful in calculation, yet still feel incomplete when it comes to understanding reality itself.

"Nietzsche wrote halfway between metaphor and fact. And if you don't understand that, you'll misread everything he ever said. Most philosophers write in one of two modes: they deal in pure concepts, or they traffic in images and stories. Nietzsche did neither. He operated in the charged territory between them. And according to J. P. Stern, that is the key to understanding him. Stern uses one of Nietzsche's most famous themes as his example: the 19th century's loss of religious faith. What Nietzsche called, with characteristic drama, the death of God. Here is how Nietzsche described what would follow: "Rather than cope with the unbearable loneliness of their condition, men will continue to seek their shattered God and for his sake they will love the very serpents that dwell among his ruins." Stern's point is that this passage is doing two things at once. Words like loneliness and condition are abstract, the vocabulary of philosophy and argument. But serpents in the ruins of a shattered God is pure image, vivid and almost mythological. Neither mode cancels out the other. They coexist in the same sentence, doing different work. It is a deliberate style. One that Stern argues is unique to Nietzsche and easy to misread if you come to him expecting conventional philosophy. If you take the metaphors literally, you get mysticism. If you strip them away and read only the concepts, you lose the emotional truth the images are carrying. The method only works if you hold both registers in mind simultaneously."

"Because I have seen the truth, I have seen it and I know that people can be beautiful and happy without losing the ability to live on Earth. I do not want and cannot believe that evil is a normal state of people. And yet, at this faith of mine, everyone laughs." Fyodor Dostoevsky

"Modern mass culture, aimed at the 'consumer', the civilisation of prosthetics, is crippling people's souls, setting up barriers between man and the crucial questions of his existence, his consciousness of himself as a spiritual being."

"A poet is someone who can use a single image to send a universal message." Andrei Tarkovsky

"To be a writer, like being a soldier or a samurai, implied a violent stance toward reality, a continuous resistance, without pacts or truce. Routine, limits, family, norms, happiness—all that made sense for others, while the writer's life served to approach the abyss." The Antarctic Starts Here, Benjamín Labatut, 2026

"Le fer se rouille, faute de s'en servir, l'eau stagnante perd de sa pureté et se glace par le froid. De même, l'inaction sape la vigueur de l'esprit." Léonard de Vinci (« le don divin créa », nous dit son anagramme) est né il y a 574 ans.

"To say that Christ is a symbol of the Sun is to put the initiatory process the other way around. It is the Sun that is the symbol of Christ. In other words, Christ is the reality and the Sun the illusion, Christ is the light, and the Sun the shadow." Fernando Pessoa

"Time flows in the same way for all human beings; every human being flows through time in a different way.” Yasunari Kawabata

“Je refuse de partager l'inertie et le pessimisme universels. Je suis de ceux qui seront abattus en dansant.” Anaïs Nin

"Par les soleils couchants, il semble qu’au-delà de notre horizon commencent les pays chimériques, les pays brûlés, la Terre de Feu, les pays qui nous jettent en plein rêve, l’Égypte et ses grands sphinx, l’Asie et ses mystères, tout, excepté notre pauvre petit et triste monde." Journal, Jules Renard

"Car c’est cela que je hais, que je maudis et que j’abomine du plus profond de mon cœur : cette béatitude, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l’ordinaire." Hermann Hesse

"In an age of madness, to expect to be untouched by madness is a form of madness. But the pursuit of sanity can be a form of madness, too." Saul Bellow

"l’art devrait être ainsi que la femme qu’on aime, hors de portée, dans l’espace, loin ; car enfin c’est avec la prière la seule éjaculation de l’âme qui soit propre !" Là-Bas, J.-K. Huysmans

"Ne mettez jamais en doute le courage des Français, ce sont eux qui ont découvert que les escargots étaient comestibles." Doug Larson

"Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l'ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l'étendue de la corruption humaine." Honoré de Balzac

"Qui suis-je ? / D’où viens-je ? / Je suis Antonin Artaud / Vous verrez mon corps actuel / Voler en éclats / Et se ramasser / Sous dix mille aspects / Notoires / Un corps neuf / Où vous ne pourrez / Plus jamais / M’oublier."

"What seems nasty, painful, evil, can become a source of beauty, joy and strength, if faced with an open mind. Every moment is a golden one for him who has the vision to recognize it as such." Henry Miller

"People become neurotic when they content themselves with inadequate or wrong answers to the questions of life. They seek position, marriage, reputation, outward success of money, and remain unhappy and neurotic even when they have attained what they were seeking." C.G. Jung

Stellan Skarsgård reflects on his worldview : "My father told me something when I was very small to instill confidence in me: 'Nobody in the world is worth more than you, but nobody’s worth less.' It is an egalitarian view that I’ve carried around in my life. That’s why I am for free schools, free universities, free health care, and free babysitting. Because our society could afford it."
"In America, people think social democracy is some kind of communism. They think capitalism is freedom. It’s not. It’s only freedom to exploit people"

"There are souls that make us believe the soul exists. They are not always the most brilliant ones; the most brilliant ones are those who knew how to express themselves better. They are, at times, stammering souls and are usually silent souls." Marguerite Yourcenar

“The problem is no longer getting people to express themselves but providing little gaps of solitude and silence in which they might eventually find something to say.” Gilles Deleuze

"Réussir, ce n'est pas toujours ce qu'on croit. Ce n'est pas devenir célèbre, Ni riche ou encore puissant. Réussir, c'est sortir de son lit le matin et être heureux de ce qu'on va faire durant la journée, Si heureux qu'on a l'impression de s'envoler. C'est travailler avec des gens qu'on aime. Réussir, c'est être en contact avec le monde et communiquer sa passion. C'est se coucher le soir en se disant qu'on a fait du mieux qu'on a pu. Réussir, c'est connaître la joie, la liberté, l'amitié et l’amour. Je dirais que réussir, c'est Aimer.." Romy Schneider

"La bêtise c'est de la paresse. La bêtise c'est un type qui vit, et il se dit : ça me suffit. Ça me suffit. Je vis, je vais bien, ça me suffit. Et il se botte pas le cul tous les matins en disant : c'est pas assez, tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses, tu ne fais pas assez de choses. C'est de la paresse je crois la bêtise. Une espèce de graisse autour du cœur qui arrive ; une graisse autour du cerveau. Je crois que c'est ça." Jacques Brel

"Je ne voudrais être rien d’autre qu’un homme qui arrose son jardin et qui, attentif à ces travaux simples, laisse pénétrer en lui ce monde qu’il n’habitera pas longtemps." Philippe Jaccottet

"Modern man likes to pretend that his thinking is wide-awake. But this wide-awake thinking has led us into the mazes of a nightmare in which the torture chambers are endlessly repeated in the mirrors of reason. When we emerge, perhaps we will realize that we have been dreaming with our eyes open, and that the dreams of reason are intolerable. And then, perhaps, we will begin to dream once more with our eyes closed." Octavio Paz, The Labyrinth of Solitude

"Dans ce monde, les braves meurent, et les intelligents deviennent fous et le monde est rempli du bonheur des fous." Arthur Schopenhauer

"Moi il me faut une vie dévorante. J’ai besoin d’agir, de me dépenser, de réaliser ; il me faut un but à atteindre, des difficultés à vaincre, une œuvre à accomplir. Je ne suis pas faite pour le luxe." Simone de Beauvoir

"Our language, our music and our manners are increasingly raucous, self-centred, and offensive, as though beauty and good taste have no real place in our lives. One word is written large on all these ugly things, and that word is ‘me’." Roger Scruton

"I have depicted so many things [in my movies], but I have depicted only one thing... It is how humans live." Kaneto Shindô

"My American colleagues explained to me that the low level of general culture and school education in their country is a deliberate achievement for economic goals. The thing is, once a person has read a lot of books, an educated individual becomes a worse buyer: he buys fewer washing machines and cars, starts preferring Mozart or Van Gogh, Shakespeare or theorems to them. This harms the economy of a consumer society and, first of all, the incomes of the masters of life—that’s why they strive not to allow culture and education (which, moreover, hinder them from manipulating the population like a herd deprived of intellect)." Vladimir Arnold, one of the greatest mathematicians of the 20th century.

"Those who love life do not read; access to the artistic universe belongs to those who are fed up with the world." Michel Houellebecq

"Technologies are like cannibals that eat alive all existing populations. The first person to get swallowed is the consumer. There’s nothing neutral about any technology" Marshall McLuhan, Forbes Magazine, 3/15/1967

"Don’t try to be cool. Be passionate, be committed, be yourself. Authenticity is more punk than any leather jacket. Write, sing, create, even if no one listens. Because true art is born from the soul, not from applause." Patti Smith

"Tout le progrès dont on nous rebat les oreilles n'a jamais dépassé le domaine des choses matérielles. Le monde est une petite élite au milieu d'une foule de brutes ou d'imbéciles, avec les malins, dans un coin, ils ont bien raison, qui tirent les ficelles et gardent les profits." Paul Léautaud

"Mon opinion sur la religion est celle de Lucrèce. Je la considère comme une maladie née de la peur et comme une source de souffrances indicibles pour le genre humain. Je ne peux toutefois pas nier qu’elle ait apporté certaines contributions à la civilisation. Elle a aidé, dans les temps anciens, à établir le calendrier, et elle a poussé les prêtres égyptiens à consigner les éclipses avec un tel soin qu’ils finirent par être capables de les prédire. Je suis prêt à reconnaître ces deux services, mais je n’en connais pas d’autres… Le savoir permettant d’assurer le bonheur universel existe ; le principal obstacle à son utilisation à cette fin est l’enseignement de la religion. 
La religion empêche nos enfants de recevoir une éducation rationnelle ; la religion nous empêche d’éliminer les causes fondamentales de la guerre ; la religion nous empêche d’enseigner l’éthique de la coopération scientifique à la place des vieilles doctrines féroces du péché et du châtiment. Il est possible que l’humanité soit au seuil d’un âge d’or ; mais, si tel est le cas, il faudra d’abord tuer le dragon qui garde la porte, et ce dragon, c’est la religion." Bernard Russel

"I’m a real self-educated kind of guy. I read voraciously. Every book I ever bought, I have. I can’t throw it away. It’s physically impossible to leave my hand! Some of them are in warehouses. I’ve got a library that I keep the ones I really really like. I look around my library some nights and I do these terrible things to myself—I count up the books and think, how long I might have to live and think, ‘Fuck, I can’t read two-thirds of these books.’ It overwhelms me with sadness." David Bowie

"You make films to give people something, to transport them somewhere else, and it doesn't matter if you transport them to a world of intuition or a world of intellect... The realm of superstitions, fortune-telling, presentiments, intuition, dreams, all this is the inner life of a human being, and all this is the hardest thing to film." Krzysztof Kieślowski

"La génération la plus jeune hérite d’un monde dépourvu de sens et de lien, perclus d’apocalypses, du réchauffement climatique à la prolifération nucléaire, tout en oubliant parfois qu’elle bénéficie de conditions de vie que bien des anciens leur auraient enviées. Entre les deux, s’insère une génération qui s’est toujours sentie sacrifiée, héritière des récits libérateurs de ses aînés mais soumise au chômage de masse, au sida et à la montée des radicalités." Le moment français, Dominique de Villepin

"Si le sentiment d'amour qui nous lie à ce lieu, à ces gens, à cet homme, à cette femme est sincère, je fais de la poésie. S'il n'est pas sincère, en revanche, je ne fais que de la littérature." Pier Paolo Pasolini Interview dans Pour le cinéma, 1974.

"J’avais remarqué que les hommes qui comptaient le plus dans la vie, qui façonnaient leur vie, qui incarnaient la vie elle-même, mangeaient peu, dormaient peu, ne possédaient que peu ou rien. Ils ne se faisaient aucune illusion sur le devoir, sur l’importance de la famille, sur la préservation de l’État. Seule la vérité les intéressait, et rien d’autre. Ils ne reconnaissaient qu’un seul type d’activité : la création." Henry Miller

Stefan Zweig se rend en Union soviétique en 1928, année du centenaire de la naissance de Tolstoï. Impressionné par la passion du peuple russe pour l’art et la culture, fasciné par le « désir impétueux » d’éducation qu'il observe chez des gens de toutes conditions, l’écrivain autrichien tirera de son voyage un récit fameux. Et ces lignes qui ne vieillissent toujours pas: « De l'infinité que représente la Russie, on n'a fait en deux petites semaines que percevoir un éclair, un reflet. L'impression décisive demeure celle-ci: nous avons tous, consciemment ou inconsciemment, été injustes envers la Russie, et nous le sommes encore aujourd'hui. Une injustice liée au manque de connaissances et de reconnaissance. » Comment expliquer en effet que nous, tous les membres de notre génération, soyons allés dix fois à Paris, dix fois en Italie, en Belgique, en Hollande, que nous ayons été partout en Espagne et en Scandinavie et que, conséquence d'une arrogance négligente et stupide, nous ne soyons jamais allés jeter un coup d’œil aux terres russes ? Si cela tenait hier, chez les uns, à un préjugé contre le tsarisme, c'est aujourd'hui, chez les autres, l'effet d'une résistance au bolchévisme; quoi qu'il en soit, nous avons trop longtemps écarté de notre champ de vision, par négligence, l'immense diversité des réalisations russes – l’un des peuples les plus géniaux et les plus intéressants de cette terre. »

"La nature aime le courage. Engagez-vous, et la nature répondra à cet engagement en écartant les obstacles insurmontables. Rêvez l’impossible et le monde ne vous écrasera pas, il vous élèvera. C’est là tout le secret. C’est ce qu’ont compris tous ces maîtres et philosophes qui comptaient vraiment, qui ont véritablement touché l’or alchimique. C’est la danse chamanique sous la cascade. C’est ainsi que la magie opère. En vous jetant dans l’abîme pour découvrir qu’il s’agit d’un lit de plumes." Terence McKenna

Akira Kurosawa explique en quoi Fiodor Dostoïevski a été une source d'inspiration pour la réalisation de « Rêves » (1990) : « L'impulsion pour « Rêves » (1990) m'est venue d'un passage d'un roman de Dostoïevski, où il parle des rêves et du fait qu'ils expriment nos peurs les plus profondes et nos plus grands espoirs, et que cette expression prend une forme tout à fait merveilleuse, inattendue et inimaginable dans la vie quotidienne. J’ai donc couché sur le papier un rêve de mon enfance, et cela a donné lieu à une « collaboration » avec d’autres rêves saisissants issus de différentes étapes de ma vie. Aucune description des rêves par de simples mots ne peut rendre compte de leur puissance expressive : c’est la raison pour laquelle j’ai réalisé ce film. Mais pour vous donner un exemple des effets de surprise que créent les rêves, la séquence du régiment de morts marchant dans le tunnel [le quatrième rêve], qui serait tout à fait inintéressante à lire sur le papier, comporte un chien. Et ce chien représente en fait – c’est ce que j’ai compris en me réveillant de ce rêve particulier – le chien représente ma peur du militarisme, car c’est un berger allemand, le type de chien utilisé en temps de guerre, et il porte une sorte de sacoche sur le dos qui contient plusieurs grenades à main. Le bruit de ce chien et son apparence physique m’ont absolument terrifié dans mon rêve. C’est donc l’un de ces éléments qui m’émerveillent : que ma peur du militarisme, due aux souffrances que j’ai endurées lorsque le Japon était sous le joug d’un gouvernement militariste, « prend la forme d'un chien. » Entretien d'Akira Kurosawa avec Fred Marshall, 1993

"Sachez que votre travail ne touche que ceux qui sont sur la même longueur d'onde que vous." Jean Cocteau

"Tu apprendras à tes dépens que le long de ton chemin, tu rencontreras des millions de masques et très peu de visages." Luigi Pirandello

"Il y a un monde à la taille de l’homme et de sa violence Où tous les mots de l’homme entre la vie et la mort ont choisi Je réclame dans ce monde-là la place de la poésie." Louis Aragon, Les Poètes

"Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage: on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d’imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses: soit qu’on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu’elles sont asservies, soit qu’on développe chez eux, à l’exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares." Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien

"La littérature a approfondi ma vision du monde. Les livres m'ont dit des choses que ne me disaient pas les vivants. La littérature a enquêté sur le monde. En ce sens, elle m'a donné une leçon de morale artistique. Je lui dois ça, une conscience morale. Contre la parole d'Etat, de gouvernement ou de pouvoir, elle est une parole. Non celle des partis mais celle des hommes un à un. Les livres sont écrits un à un comme dit Denis de Rougemont. Aussi je fais des films un à un, parce que Kafka nous a demandé de faire du positif avec le négatif. La littérature a été ma marraine. Je la retrouve depuis que je me suis remis intensément à lire." Mai 1997, entretien de Jean-Luc Godard avec Pierre Assouline

"Le fait est que j’avais autrefois beaucoup d’idées sur le cinéma. Aujourd’hui, je n’en ai plus, plus aucune. Au moment où j’ai tourné mon deuxième film, je n’avais plus la moindre idée de ce qu’était le cinéma. Plus on fait de films, plus on se rend compte que tout ce avec quoi on doit travailler – ou contre quoi on doit lutter, ce qui revient au même – ce sont les idées préconçues." Jean-Luc Godard

"Pendant longtemps, j’ai dû lutter contre un sentiment d’aversion pour mon pays ; aujourd’hui, je commence à m’habituer à toutes ces horreurs qui composent la condition humaine… Heureusement, il existe un salut : la morale, le monde des arts, la poésie et les relations humaines. Là, personne ne vient me déranger, ni policier ni conseiller municipal. Je suis seul. Dehors, le vent hurle, dehors tout n’est que boue et froid ; je suis ici, je joue du Beethoven et je verse des larmes de tendresse ; ou je lis l’Iliade, ou je crée mes propres hommes et femmes et je vis avec eux, en remplissant des feuilles de papier…" Leo Tolstoy

André Malraux a prononcé un grand discours en hommage à Jeanne d’Arc : « Ô Jeanne sans tombeau, toi qui savais que la tombe des héros est le cœur des vivants, contemple cette ville fidèle ! Jeanne sans portrait, tes vingt mille statues importent peu, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France était aimée, tu as donné ton visage inconnu. Que les filles d’Orléans continuent à t’incarner à leur tour ! Elles se ressemblent toutes, elles te ressemblent toutes, quand, en ces temps difficiles, elles expriment la fermeté, la confiance et l’espoir. »

"Plus une personne est ignorante, plus elle a besoin d’argent pour passer le week-end, car comme elle ne fabrique rien, qu’elle ne produit rien, elle doit tout acheter. Alors qu’une personne dotée d’un certain niveau de culture peut passer son temps de manière enrichissante, à discuter, à lire un livre ou à écouter de la musique. La richesse que nous apportent les livres est une véritable richesse, plus durable et plus pure que celles que nous possédons." Fernando Savater

"Il faut dire d’emblée que le monde complètement profane, le cosmos totalement désacralisé, est une découverte récente dans l’histoire de l’esprit humain… Pour les hommes non religieux de l’ère moderne, le cosmos est devenu opaque, inerte, muet ; il ne transmet aucun message, ne contient aucun code." Mircea Eliade

"Hier Cocteau à déjeuner. Beaucoup plus humain qu'autrefois, moins brillant, mais d'une intelligence qui n'a pas faibli, sauf sur un point que je dirai. Son long monologue est admirable de continuité, de vivacité, d'esprit. Écrit, qu'est-ce que cela donnerait ? Frappé de ce qu'il nous dit au sujet de « la conspiration du pluriel contre le singulier » dont il voit des signes partout (c'est là où son intelligence faiblit, me semble-t-il ; je ne nie pas qu'il y ait une très forte poussée communiste en France, mais elle ne se traduit pas toujours par les toutes petites choses où la voit Cocteau). Il voit dans les coupures d'électricité une manœuvre communiste, mais tellement ténébreuse (sans jeu de mots) que le sens nous en échappe. Et de même pour tout. Ils font ceci et cela, mais pourquoi ? Etc. Il nous parle de sa maison de Milly, la maison dite du bailli, et qu'il aime déjà, nous dit qu'il veut être enterré dans le jardin, « et que les chiens viennent lever la patte sur moi, si ça leur plaît ! ». Parle tristement de la France qu'il voit toute changée, des jeunes gens qui sont malheureux et sans ambition... C'est la première fois que je le vois manquer de confiance dans la jeunesse de son pays. Il est cependant assez gai et son œil est tout aussi jeune, aussi malin qu'en 1920, mais il a cinquante-sept ans, son cou se décharne, ses cheveux blanchissent au-dessus de l'oreille, son nez incurvé se casse un peu du bout, tout le bas du visage commence à s'avaler, la vie se réfugiant dans les yeux, le front, et d'une manière indéfinissable dans ces cheveux noirs et secs comme un buisson en hiver. Son idée est que nous allons lentement nous voir écarter, éliminer par autre chose, il ne sait pas bien quoi, une littérature conformiste, prolétarienne. Il me dit : « Le fisc me prend quatre-vingt-dix pour cent de ce que je gagne. » Où est le jeune enchanteur de 1920 ? Je n'ai plus devant moi qu'un petit vieillard desséché que travaille la peur et qui fuit ce Paris qui l'aimait tant et le gâtait, aux belles années de l'autre après-guerre." Julien Green, Journal, 8 janvier 1947

"Son père peint des murs. Son grand-père peint des murs. On l'envoie en apprentissage chez un peintre en bâtiment. À 20 ans, il sait poser un aplat de couleur au millimètre, tracer un faux marbre, imiter un bois de chêne sur une porte de cuisine. Il monte à Paris en 1902. Il prend des cours de dessin. Il peint des paysages classiques, des marines. Rien de révolutionnaire. En 1905, il découvre les Fauves. Matisse, Derain. Il adopte leurs couleurs violentes. Ça ne dure pas. En 1907, il voit Les Demoiselles d'Avignon de Picasso. Le choc est total. Il abandonne tout ce qu'il sait. Il commence à décomposer les formes, à fragmenter les objets, à peindre ce qu'on sait d'une guitare plutôt que ce qu'on en voit. En 1908, le critique Louis Vauxcelles regarde ses paysages de l'Estaque et parle de "petits cubes." Le mot est lâché. Le cubisme est né. Et il est né d'un fils de peintre en bâtiment. Pendant six ans, Braque et Picasso travaillent si étroitement que personne ne peut distinguer leurs toiles. Picasso dira plus tard : "C'était comme si nous étions mariés." En 1914, la guerre sépare tout. Braque part au front. Blessé à la tête, trépané, il perd la vue pendant des mois. Il ne reprendra la peinture qu'en 1917. En 1952, il peint le plafond de la salle Henri II au Louvre. Un fils de peintre en bâtiment qui décore le Louvre. Il est le premier peintre vivant à exposer dans ce musée. Il s'appelle Georges Braque."

Le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik affirme : "le jour où nous comprendrons qu'une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les garder enfermés dans les zoos."


Robert Bresson sur l'influence de la peinture sur ses films :

« Interviewer : Votre approche du réel, dans "Quatre nuits d'un rêveur" (1971) plus que dans n'importe lequel de vos autres films, semble s'inspirer de la peinture. Êtes-vous d'accord ?

Bresson : J’essaie de m’en rapprocher de plus en plus… Mais vous savez, tout – qu’il s’agisse d’une personne ou d’un objet – peut être insaisissable. Je fais ce que je peux… Et, aussi, je fais de mon mieux pour que ce que je ressens – mes impressions et mes sensations – se concrétise à l’écran… Cela dit, il est presque impossible d’avoir été peintre et de ne plus l’être. La peinture m’a appris… à me méfier de la peinture dans les films.

Interviewer : De vous méfier du pittoresque ?

Bresson : Oui, de me méfier du « picturalisme » ambiant, surtout dans les films en couleur. Les gens en raffolent. Mais une belle photographie nuit toujours à l’essentiel. Il est possible, en revanche, que la peinture m’aide dans la composition des images.


"In solitude, where every one is thrown upon his own resources, what a man has in himself comes to light; the fool in fine raiment groans under the burden of his miserable personality, whilst the man of talent peoples the waste places with animating thoughts." Arthur Schopenhauer

À 95 ans, le philosophe et professeur américain Noam Chomsky a perdu la capacité de parler et d’écrire, marquant la fin d’une époque durant laquelle il a dévoilé des vérités profondes sur les systèmes mondiaux. Parmi ses réflexions les plus mémorables, on retrouve : « Il n’existe pas de pays pauvres — seulement des systèmes ayant échoué dans la gestion des ressources. » « Personne n’insérera la vérité dans votre esprit ; c’est quelque chose que vous devez découvrir par vous-même. » « Pour dominer un peuple, créez une menace imaginaire plus grande que vous-même, puis proposez-vous comme son protecteur. » « L’une des leçons les plus claires de l’histoire : les droits ne sont pas simplement accordés — ils se gagnent par l’effort et la lutte. » « Dénaturer l’histoire pour glorifier de “grands hommes” enseigne aux gens qu’ils sont impuissants et doivent attendre un héros, au lieu d’agir eux-mêmes. » « Le monde est complexe et déroutant ; si vous refusez de faire face à cette confusion, vous risquez de devenir une copie de l’esprit de quelqu’un d’autre. » « Pour contrôler les gens, faites-leur croire qu’ils sont la cause de leurs propres échecs et que le salut viendra d’une force extérieure. » « Le monde finira par regretter les idées qui détournent l’humanité de sa véritable nature. Reconnaître les valeurs authentiques est essentiel. »

"Si tu as un pain et moi un euro, et que j’utilise mon euro pour acheter ton pain, à la fin de l’échange, j’aurai le pain et toi l’euro. Cela semble être un équilibre parfait, n’est-ce pas ? Au début, A possède un euro et B un pain ; ensuite, A a le pain et B a l’euro. C’est une transaction juste, mais purement matérielle. Maintenant, imagine que tu possèdes un poème de Verlaine ou que tu connais le théorème de Pythagore, et que moi, je ne connais rien de tout cela. Si tu me les enseignes, à la fin de cet échange, j’aurai appris le poème et le théorème, mais tu continueras à les posséder également. Dans ce cas, il ne s’agit pas seulement d’un équilibre, mais d’une véritable croissance. Dans le premier exemple, nous avons effectué un échange commercial ; dans le second, nous avons partagé des connaissances. Alors que les biens matériels se consomment, la culture, elle, se diffuse sans limites." Michel Serres

"Wagner assimilant les éléments fondamentaux de l'univers à ceux de la musique. La musique du commencement, l'accord parfait en mi bémol majeur des profondeurs du Rhin impétueux, les sept accords primitifs, au moyen desquels s'édifie le Burg des dieux. Entre tous les arts, la musique, qui au cours des siècles s'était haussée jusqu'à construire un prodigieux édifice fort compliqué, riche et finement développé, avait célébré les éléments dont elle était issue. Ils étaient les premiers et les plus simples matériaux de construction du monde." Thomas Mann, Le Docteur Faustus

"Je pense que, si je voulais caractériser Bresson, enfin je lui ai dit une fois dans un interview, c'est que pour moi, il est à la fois, il est un inquisiteur, enfin un grand inquisiteur, c'est-à-dire quelqu'un qui, quel que soit le risque ou même la violence des choses, va jusqu'au fond des hommes. Et il se trouve que cet inquisiteur est, disons moins dangereux qu'un des inquisiteurs dans d'autres formes, en politique ou en religion, parce que cet inquisiteur se sert d'un moyen, qui est le cinéma, et le cinéma, par définition, puisqu'il filme la vie et les hommes, est humaniste par définition, donc Bresson a à la fois cette chance et ce privilège extraordinaire d'être à la fois un inquisiteur et un humaniste. Je crois que ça se ressent très bien dans Au hasard Balthazar, qui est vraiment un film à la fois terrible sur le monde, et sur le mal dans le monde, et en même temps on ressent tout ça avec une espèce de douceur évangélique, enfin qui pour moi est extraordinaire." Jean-Luc Godard sur Robert Bresson (1966)

"C’est par la vision du surnaturel du mal que j’ai eu d’abord la perception du surnaturel du bien. Ceci dérivait de cela. De sa patte crochue, le démon m’a conduit vers Dieu."  Joris-Karl Huysmans, Là Bas

"C'est la personne humaine, libre et créatrice qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans une ronde infernale d'imbécilité et d'abrutissement." Albert Einstein

"During the journey along the Grand Canal, a melancholic impression and serious mood: grandeur, beauty, and decay closely intertwined. Yet refreshed by the reflection that there is no modern flourishing here, thus no bustling triviality." Richard Wagner, Venice Diary, 1858

"Cela lui remettait en mémoire les paroles désabusées d'un professeur de littérature pour qui le déclin d'une nation se jugeait au vocabulaire perverti de ses dirigeants ainsi qu’à la dégradation de sa cuisine." Jim Harrison, Sorcier 

"We cannot live only for ourselves. A thousand fibers connect us with our fellow-men; and among those fibers, as sympathetic threads, our actions run as causes, and they come back to us as effects." Hermann Melville

"Nous vivons dans un monde étrange, où l’honnêteté est trahie, où le traître est cru, où le menteur est respecté, et où celui qui dit la vérité est rejeté… " Bob Marley

Les personnages de Luchino Visconti "Ils se sont plutôt entourés d'art, ils "savent" profondément l'art à la fois comme oeuvre et comme vie, mais c'est ce savoir qui les sépare et de la vie et de la création, tel le professeur de "Violence et Passion". Ils se réclament de la liberté, mais d'une liberté dont ils ont la jouissance comme d'un privilège vide qui leur viendrait d'ailleurs, des aïeux dont ils descendent et de l'art dont ils s'entourent. Louis II veut "prouver sa liberté", tandis que le véritable créateur, Richard Wagner, est d'une autre race, beaucoup plus prosaïque et moins abstraite en vérité." "Et puis il y a le quatrième élément, le plus important chez Visconti, parce qu'il assure l'unité et la circulation des autres. C'est l'idée, ou plutôt la révélation que quelque chose vient trop tard. Ce quelque chose qui vient trop tard, c'est toujours la révélation sensible et sensuelle d'une unité de la Nature et de l'Homme. C'est l'insoutenable révélation du professeur de "Violence et passion", quand il découvre dans le jeune homme un voyou, son amant de nature et son fils de culture. La chance de salut, de sortir d'un étouffant passé, mais trop tard." Gilles Deleuze, Les cristaux de temps, Cinéma 2, L'image-temps

"J'ai fui pour retrouver le monde. Je me suis précipité dans ma course, pour rattraper le temps en action. Mais j'ai vu que le monde fuyait plus vite que moi." J.M G Le Clézio, Le Livre des fuites, 1969

"La solitude fait naître en nous ce qui est authentique, une beauté inconnue et périlleuse — la poésie. Mais elle fait naître aussi son contraire : le pervers, l’illicite, l’absurde." Thomas Mann

"Là où les autres entendent des bruits, les poètes entendent des voix. Si l'on passe du bruit à la voix, on donne un signe aux choses, on vit dans un monde où les règnes humain, animal, végétal, ont un peu le même sang, la même sève. Pour les Grecs il n'y avait pas de frontière entre tous ces mondes." Jacques Lacarrière

"Une lutte qui dure des années, et dont l’issue victorieuse se décide soudain, en un moment unique d’inspiration — telle est la forme sous laquelle Balzac a vécu l’expérience de la création. Il voulait, par exemple, couronner son Louis Lambert par un bref condensé des conceptions métaphysiques fondamentales de son héros ; mais il ne parvenait à en trouver ni la forme ni les formules. C’est seulement dans la troisième édition (1835) qu’il trouva enfin la solution : quinze axiomes spéculatifs, mis en évidence par des italiques. Comment avait-il réussi ? En 1835, il avait rendu visite au prince Felix Schwarzenberg, à Wenheim. Alors qu’il se trouvait à Londres en 1828, en qualité d’attaché à l’ambassade d’Autriche, le prince avait séduit une dame de l’aristocratie et avait dû quitter Londres. Il avait ensuite trouvé un buon retiro dans cette charmante petite ville de la Bergstrasse. C’est là que Balzac vint le voir. Mais le « misérable prince » le laissa tout seul dans le jardin « pendant les cinq heures qu’il a passées avec sa maîtresse ». Malgré sa colère, Balzac n’avait pas perdu son temps. C’est là, dans les jardins du château de Wenheim, qu’il a « écrit, trouvé, ce [qu’il] avait cherché pendant 7 ans ! l’italique qui est à la fin de Louis Lambert ». Balzac voit tout acte créateur selon sa propre expérience comme une explosion d’énergies longtemps comprimées. Mais cette explosion libératrice ne réussit pas toujours à se produire. Comme le dit Louis Lambert : « Je me sens fort, énergique, et pourrais devenir une puissance ; je sens en moi une vie si lumineuse, qu’elle pourrait animer un monde, et je suis enfermé dans une sorte de minéral. » Là où la force créatrice échoue à faire éclater ces masses minérales qui la tiennent enfermée, elle se retourne vers l’intérieur et détruit l’esprit. Lambert meurt fou. Balzac dut côtoyer parfois ces sombres régions, il dut souvent sentir la menace de la folie. Il put lui échapper, mais dans son œuvre, le groupe des génies ratés témoigne du naufrage de la passion créatrice dans la folie." Ernst Robert Curtius, Balzac

"Notre monde est fou. Tout va trop vite. Pas seulement les transports ou les nouvelles technologies. On ne mange même plus, on bouffe dans des "fast food". On ne parle plus, on jacasse sans arrêt. Une information-marchandise chasse la précédente. On ne regarde pas, on zappe. On ne vit pas, on survit. Il est urgent de prendre le temps de la lenteur. Refuse la précipitation, garde du temps pour toi. Tu apprendras que le monde est magnifique si tu sais le contempler; que la nature apporte de la joie si on la respecte et qu'on collabore avec elle ; que les humains sont passionnants, qu'ils méritent notre attention, au sein de la famille, au travail, dans le cercle de nos amis ... Et tu apprendras aussi à t'écouter, à te valoriser, à t'aimer. Alors, aie de la bienveillance pour toi-même, et goûte à la beauté du monde !" Guy Gilbert

"We carry with us the dwelling place of our soul like the turtle carries its shell. A journey through all the countries of the world would be a mere symbolic journey. Whatever place one arrives at, it is still one’s soul that one is searching for." Tarkovsky

"On doit en finir avec cette idée des chefs-d’œuvre réservés à une soi-disant élite, et que la foule ne comprend pas." Antonin Artaud, Le théâtre et son double

Marguerite Yourcenar disait un jour : « Je ne pense pas tant à la vieillesse. Je n’ai jamais cru que l’âge soit un critère valable. Il y a cinquante ans, je ne me sentais pas particulièrement jeune, et aujourd’hui, je ne me sens pas vieille. Mon âge change d’heure en heure. Dans les instants de fatigue, j’ai mille ans. Quand je travaille, j’en ai quarante. Et dans le jardin, aux côtés de mon chien, je me sens toute petite… j’ai quatre ans. L’âge n’est pas un chiffre. C’est un état de l’âme, un souffle qui varie à chaque battement de vie. »

"La mort n’est pas simplement le point final de la vie , comme une ligne droite qui s’arrête brusquement ; c'est un mode d’existence que l’être humain adopte dès sa venue au monde.. On ne meurt pas seulement « à la fin » mais tant qu'on vit , on est en perpétuelle évolution, on fait l’expérience de la mort à travers la conscience de sa fin imminente." Martin Heidegger

" - Que pensez-vous de la psychanalyse ? - Comme dirait Woody Allen, ça fait 41 ans, ça va un peu mieux... Alors... la psychanalyse ne fait aucun miracle, elle n'a aucune transcendance. La psychanalyse a la vertu de vous rendre plus praticable pour les autres... parce que vous transférez toutes vos angoisses sur un monsieur qui est payé pour ça, ce qui vous aide à faire un travail sur vous-même et vous arrêtez d'utiliser l'autre en le manipulant pour en faire un spectateur enfermé-prisonnier. Vous découvrez le miracle de Levinas, c'est que l'autre n'est pas là pour vous aimer ou pour être subjectivisé par vous. Il est là en tant que lui. La psychanalyse t'aide à te libérer de tes grosses névroses manipulatrices et l'autre t’apparaît tel qu'il est... et tu essayes de l'embêter le moins possible." Fabrice Luchini

"Je suis le Lagide, le roi, le maître absolu du plaisir de par ma force et ma richesse. Il ne se trouve personne, Macédonien ou Barbare, qui m'égale, ou même qui se rapproche de moi. Et si vous m'en demandez davantage, je vous désignerai ma possession la plus chère : la Ville qui enseigne le monde, le sommet de toute l'Hellade, la cité la plus savante en tout art, en toute discipline du langage." Constantin Cavafy, Poèmes, Gloire-des-Ptolémés

"L'humanité nous hait, nous ne la servons pas et nous la haïssons, car elle nous blesse. Aimons-nous donc en l'art, comme les mystiques s'aiment en Dieu, et que tout pâlisse devant cet amour ! Que toutes les autres chandelles de la vie (qui toutes puent) disparaissent devant ce grand soleil !" Flaubert, Lettre à Louise Colet, 14 août 1853

"— Le peintre avait coupé le corset. 
— Véronique N’avait sur son beau corps pour vêtement unique 
Qu’une toile de Flandre ; 
— un nuage de lin 
De l’air tramé ; 
— du vent, une brume de gaze Laissant sous ses réseaux courir l’oeil en extase : 
— Tout ce que vous pourrez imaginer de fin. Albertus eut bientôt brisé ce rempart frêle, 
Et dans un tour de main déshabillé la belle. 
— Il eut tort, c’est gâter soi-même son plaisir, 
C’est tuer son amour et lui creuser sa tombe,
Hélas ! car bien souvent avec le voile tombe     
L’illusion et le désir." Théophile Gautier, Albertus

"Il y a eu dans ma vie un moment très court dont je n'ai jamais parlé à personne, mais auquel je pense quelquefois et qui garde encore à mes yeux tout son mystère. Ce devait être en 1932 ou 1933, par une très belle fin d'après-midi de mai, dans ma bibliothèque de l'avenue Wilson. Le soleil jetait sur le mur du fond de cette pièce des taches lumineuses que j'observais, étendu sur un canapé. À un moment, ces taches qui se déplaçaient très lentement atteignirent le bord d'un cadre. Je ne sais pourquoi j'eus alors, comme dans une sorte de révélation, le sentiment de la tristesse immense de l'univers. Quel sens ces mots pourraient-ils avoir pour celui qui n'aurait pas éprouvé exactement ce que j'avais éprouvé moi-même ? Mais je ne puis rien ajouter à ce que je viens d'écrire, sinon que je fus pris pour la première fois d'une mélancolie que je n'ai jamais pu chasser tout à fait de mon esprit. Depuis, il m'est arrivé de dire que la vue d'une tache de lumière sur un mur me paraissait une des choses les plus tristes du monde, mais comment pourrait-on comprendre une remarque aussi singulière et, en apparence, aussi déraisonnable ? Je me demande si cette tristesse d'être au monde n'est pas simplement une forme de la nostalgie religieuse du Ciel." Julien Green, Journal, 8 octobre 1947

LA PRÉDICTION LA PLUS EFFRAYANTE : L'EFFONDREMENT D'UN SYSTÈME 

"Le 2 février 1905, la philosophe et écrivaine américaine (d'origine russe) Alissa Zinovievna, mieux connue dans le monde littéraire sous le nom d'Ayn Rand, est née à Saint-Pétersbourg, et décédée en mars 1982 à New York. VOICI SES MOTS : « Lorsque vous remarquez que pour produire, vous devez obtenir la permission de ceux qui ne produisent rien. Quand on vérifie que l'argent coule vers ceux qui ne s'occupent pas de biens, mais de faveurs. Quand tu réalises que beaucoup s'enrichissent par la corruption et pour l'influence plus que par ton travail et que les lois ne te protègent pas contre eux, mais au contraire, ce sont eux qui sont protégés contre toi. Quand vous découvrez que la corruption est récompensée et que l'honnêteté devient un sacrifice de soi. Alors vous pouvez affirmer, sans crainte de vous tromper, que votre société est condamnée.» Note : elle a écrit Atlas Shrugged traduit La Grève qui fut un immense succès." Kateri Seraphina

"Je suis ambitieuse pour l’humanité ; moi je voudrais que tout le monde fût artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût." Louise Michel (29 mai 1830 - 9 janvier 1905)

"Jadis l'art voulait faire pressentir des idées par des apparences ; ensuite l'apparence voulut se faire sentir elle-même ; aujourd'hui on aimerait nous faire accéder à des apparences par des idées." Jérôme Deshusses

Sur la peur – Khalil Gibran "On dit que, juste avant d’entrer dans la mer, une rivière tremble de peur. Elle regarde en arrière le chemin qu’elle a parcouru, depuis les sommets des montagnes, la longue route sinueuse à travers forêts et villages. Et devant elle, elle voit un océan si vaste que s’y engager revient à disparaître à jamais. Mais il n’y a pas d’autre choix. La rivière ne peut pas faire demi-tour. Personne ne peut revenir en arrière. Reculer est impossible dans l’existence. La rivière doit prendre le risque d’entrer dans l’océan, car ce n’est qu’alors que la peur disparaîtra, car c’est là que la rivière comprendra qu’il ne s’agit pas de disparaître dans l’océan, mais de devenir l’océan."

"Salut, Priape, saint père de toutes choses,
Salut ! Accorde-moi une jeunesse éclatante,
Accorde-la-moi, afin que je puisse plaire aux braves garçons et aux braves filles
par mon charme insolent et, grâce à de fréquentes aventures amoureuses et à des jeux,
que je puisse chasser les tourments de l'amour qui nuisent à mon esprit." Priapeia latine 86

"Le véritable penseur communique toujours la joie et la vie : sans regards revêches, ni mains tremblantes, ni yeux larmoyants, mais simplement et sincèrement, avec audace et force, peut-être avec un peu de désinvolture, et avec sévérité, mais toujours en vainqueur." Friedrich Nietzsche, Schopenhauer en tant qu’éducateur

"Brûler de désir et le taire est le plus grand châtiment que nous puissions nous infliger." Federico García Lorca

"Je considère que c'est le devoir de tous ceux qui, solitaires, vont leur propre chemin, de faire part à la société de ce qu'ils ont découvert au cours de leur voyage d'exploration, que ce soit une fontaine fraîche pour ceux que tourmente la soif, ou que ce soit le désert stérile de l'erreur. Dans la première éventualité, on aide son prochain, dans la seconde on l'avertit." Jung, Psychologie de l'inconscient

"Je pense que les femmes sont folles si elles prétendent être les mêmes ou égales des hommes. Elles sont tout à fait supérieures à eux et l’ont toujours été ! Tout ce que tu donnes à une femme elle le transformera en mieux ! Si vous lui donnez du sperme elle vous donnera un fils, si tu lui donne une maison, elle la transformera en un chez toi, un cocon confortable et douillet, si tu lui donne des aliments, elle les transformera en un repas délicieux, si tu lui souris, elle te donnera son cœur ! Elle magnifie et multiplie tout ce que vous lui donner !" William Golding

"Mais si, pour moi, ce désir de voir apparaître une femme ajoutait quelque chose de plus exaltant aux charmes de la nature, ceux-ci, à leur tour, élargissaient ce que j’aurais pu trouver trop restreint dans les charmes de la femme. Il me semblait que la beauté des arbres était aussi la sienne, et que ses baisers me révéleraient l’esprit de ces horizons, du village de Roussainville, des livres que je lisais cette année-là ; et, mon imagination puisant sa force au contact de ma sensualité, ma sensualité s’étendant à tous les domaines de mon imagination, mon désir n’avait plus de limites. De plus… la silhouette fugitive que mon désir évoquait ne semblait pas être n’importe quel spécimen du genre « femme », mais un produit nécessaire et naturel de ce sol particulier. [...] Mais errer ainsi parmi les bois de Roussainville sans une paysanne à embrasser, c’était voir ces bois sans rien savoir de leur trésor secret, de leur beauté profondément cachée. Cette fille que je voyais invariablement tachetée des ombres de leurs feuilles était pour moi elle-même une plante de la région…" Marcel Proust, À la recherche du temps perdu

"On ne peut pas faire un film où tout le monde raconte de gentilles petites histoires en faisant du tricot. Vous vous trouvez quelque part, vous vous amusez bien et quelqu'un va dire quelque chose où, tout à coup, va s'insinuer l'horreur. On aperçoit la crosse d'un flingue qui dépasse d'une poche et tout change complètement. On pense que les choses se présentent d'une certaine manière, puis quelque chose arrive et vous les voyez d'une autre manière, et vous devez vous débrouiller avec. Ce sont ces choses que je préfère." David Lynch 

Marguerite Yourcenar à Bruxelles. "Puisque la haine, la sottise, le délire ont des effets durables, je ne voyais pas pourquoi la lucidité, la justice, la bienveillance n'auraient pas les leurs." Mémoires d’Hadrien

"À 35 ans, il avait tout. Un poste d'agent de change, une femme, cinq enfants, un bel appartement. Il a tout quitté pour peindre. Paris, 7 juin 1848. Un garçon naît dans une ville en pleine insurrection. Sa grand-mère est Flora Tristan, figure du combat féministe et ouvrier. Le sang rebelle, il l'a dès le berceau. D'abord, il rentre dans le rang. La marine, la finance, la bourgeoisie. La peinture n'est qu'un dimanche. Puis le krach boursier de 1882 emporte son métier. Il y voit un signe. Il lâche tout. Sa femme part avec les enfants. Lui s'enfonce dans la misère pour suivre une seule idée : peindre autrement. Il la trouve en Bretagne, à Pont-Aven. Des aplats de couleurs franches, des contours noirs, des paysages qui ne ressemblent à rien de connu. Les jeunes peintres le suivent comme un chef. Mais la Bretagne ne suffit plus. Il veut l'ailleurs absolu. Tahiti. Il y peindra ses toiles les plus célèbres, dans une lumière que l'Europe n'avait jamais vue. Il y mourra ruiné, seul, en 1903. Il s'appelle Paul Gauguin. Aujourd'hui ses tableaux valent des fortunes. Lui n'a presque rien vendu de son vivant."

"J’ai appris que l’amour peut arriver par surprise ou mourir en une nuit. Que de grands amis peuvent devenir de parfaits inconnus, et qu’au contraire, un inconnu peut devenir un ami pour la vie. Que le « jamais plus » n’arrive jamais et que » pour toujours » a une fin . Que celui qui veut, peut et y arrive. Que celui qui prend des risques ne perd jamais rien, et que celui qui ne risque rien ne gagne jamais rien. Que si on veut voir quelqu’un, il faut aller le chercher, car après c’est trop tard . Qu’avoir mal est inévitable, mais que souffrir est en option, et surtout, j’ai appris que nier les choses les plus évidentes ne sert absolument a rien." Elif Shafak

David Bisson : "Pasolini croit profondément dans les vertus opératives des Évangiles."

"Quel être vivant, doué de sens, qui n’aime, plus que tous les merveilleux phénomènes de l’espace répandu autour de lui, la lumière qui réjouit tout – avec ses couleurs, ses rayons, et ses ondes ; sa douce omniprésence de jour éveillant le monde. Comme si elle était l’âme la plus intime de la vie, le monde gigantesque des astres infatigables la respire et nage en dansant dans son flot d’azur – et la pierre étincelante en éternel repos, et la plante songeuse et suceuse, et l’animal sauvage, brûlant et multiforme, la respirent aussi, mais surtout le magnifique étranger aux yeux parlants, à la marche flottante, aux lèvres tendrement fermées, riches de sons. Tel un roi de la nature terrestre, elle appelle chaque force à d’innombrables métamorphoses, noue et dénoue d’infinies alliances, suspend son image céleste au cou de tout être terrestre. – Sa présence seule révèle la splendeur merveilleuse des royaumes du monde." Friedrich Novalis, Hymnes à la nuit

"Considérons ces lignes tirées de l’Introduction à la métaphysique de Heidegger, qui semblent tout droit sorties de *Le règne de la quantité* et des *Signes des temps* de Guénon : « Lorsque le coin le plus reculé du globe aura été conquis technologiquement et pourra être exploité économiquement ; lorsque n’importe quel événement, à n’importe quel moment, deviendra accessible aussi vite que vous le souhaitez ; lorsque vous pourrez « vivre » simultanément une tentative d’assassinat contre un roi en France et un concert symphonique à Tokyo ; lorsque le temps n’est plus que vitesse, instantanéité et simultanéité, et que le temps en tant qu’histoire a disparu de tout dessein de tous les peuples ; lorsqu’un boxeur passe pour le grand homme d’un peuple ; lorsque les rassemblements de millions de personnes lors de meetings de masse sont un triomphe ; alors, oui alors, la question plane encore comme un spectre sur tout ce tumulte : dans quel but ? – vers où ? – et ensuite ? Le déclin spirituel de la terre a tellement progressé que les peuples risquent de perdre leur dernière force spirituelle, celle qui permet encore de voir le déclin [entendu en relation avec le destin de l’« Être »] et de l’évaluer comme tel. Cette simple observation n’a rien à voir avec le pessimisme culturel – ni avec l’optimisme, bien sûr ; car l’assombrissement du monde, la fuite des dieux, la destruction de la terre, la réduction des êtres humains à une masse, la haine et la méfiance envers tout ce qui est créatif et libre ont déjà atteint de telles proportions sur toute la terre que de tels catégories telles que le pessimisme et l’optimisme sont depuis longtemps devenues risibles."

"Le ver qui dévore le parasite qui lui permet de digérer, et qui en meurt. Le crustacé qui erre au fond de la mer jusqu’à ce qu’il trouve un point d’ancrage. Une fois fixé à cet endroit, il dévore son propre cerveau, désormais inutile puisqu’il ne lui a servi qu’à trouver ce lieu d’accostage. De la même manière, nous dévorons le Néant qui nous permet de digérer le monde, et sans lequel nous ne pouvons survivre. Mais nous ne pouvons nous en empêcher – tout comme le scorpion ne peut s’empêcher de tuer la grenouille qui lui permet de traverser la rivière." Jean Baudrillard, Cool Memories V

"La distance entre l’œuvre d’art et la réalité est devenue trop grande ; il n’y a plus aucune réalité qui m’intéresse, et je sais que je pourrais passer le reste de ma vie à copier une chaise." Alberto Giacometti.

"Je peux avouer que suis une véritable éponge. Ce que je suis en train de lire passe toujours dans mon texte, même si cela ne se voit pas. Ce que je suis en train de lire et tout ce que je connais par cœur. […] Plein de morceaux de Flaubert, Rimbaud, Faulkner, Baudelaire. Et Chateaubriand, Rabelais, Roussel, Lautréamont, Borges, Pound, Pessoa. C’est ma bibliothèque neuronale. Elle fonctionne à plein dans mon écriture, toujours." Pierre Michon, Le Roi vient quand il veut


Jean-Pierre Sergent, atelier de Besançon le 11 juin 2026