Écrits IV - Textes d'artiste (2015 - présent)
FRANCE ! LE PAYS AU MILLIONS DE CHEFS DE GARE ! & QUELQUES DIGRESSIONS SALUTAIRES | 29 MARS 2026
(ce texte est en cours d'écriture, 14 avril 2026)
— QUELQUES CITATIONS EN AVANT PROPOS
« Où t'en vas-tu temps brillant ? et toi vieux tondu tous les ans ? »
Petite devinette que me posait ma grand-mère, mémère Sergent durant mon enfance, qu'est-ce que le temps file vite ! C'est bien sûr : la Rivière et les Champs dont il est question ici.
« Et c'est pourquoi je pense que ceux-là qui se mettent à vivre en contemplatifs, non seulement devraient excuser ceux de la vie active pour leurs paroles de reproches, mais encore ils devraient, je pense, être si occupés en esprit qu'ils ne prissent guère ou nul attention à ce que les hommes font ou disent à leur sujet. » Le nuage d'inconnaissance, anonyme, XIVe
« Nous finirons par nous désintéresser de ce qui se passe dans l’esprit des autres lorsque nous prendrons conscience du caractère superficiel de leurs pensées, de l’étroitesse de leurs vues et de la multitude de leurs erreurs. Quiconque accorde beaucoup d’importance aux opinions des autres leur accorde trop d’honneur. » Schopenhauer
J'écris ce petit texte juste un mois après avoir donné une nouvelle conférence filmée au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse le 13 mars dernier, intitulée : "LA SHAKTI & LE VIDE MÉTACOSMIQUE" car, suite à certaines questions particulièrement hostiles, désagréables, mesquines et malsaines posées à mon égard par deux personnes en particulier, parmi le public assez peu nombreux par ailleurs, lors de la partie des Questions-Réponses... J'en suis ressorti complètement lessivé, emplit de colère, d'incompréhension et de désespoir ! Et tout cela s'est encore bien aggravé lors des très longs et fastidieux montages de ces vidéos, durant lesquels j'ai pu me rendre compte de l'ampleur des attaques injustes et ad hominem dont j'ai été l'objet. Sans être ni devenir paranoïaque, bien sûr et sans en faire cependant une affaire trop personnelle, ça passera, bien sûr et tout cela n'est pas très grave mais demande quand même quelques réponses et explications…
!
Car, en effet, un ensemble de choses et de souvenirs ce sont rassemblés, empilés et ont surgis, ces jours-ci, comme lors de l'assemblage d'un tout nouveau puzzle, se mettant en place et s'organisant organiquement sous mes yeux, comme dans un rêve, ou plutôt ici, d'un cauchemar ! Ou comme des poupées Russes s'emboitant ou bien même également un film important, incluant des réminiscences, des bribes de souvenirs flous mais encore prégnants, de certaines parties de ma vie…
Faisons donc un petit point, une espèce de mise au point, un plan fixe général sur l'état des chose, sur le 'factuel' au sujet de la façon dont les artistes sont aujourd'hui traités, de manière générale, dans cette France actuelle, dans laquelle moins de un pour cent, seulement, des artistes professionnels, arrivent encore à vivre ou survivre, de leur travail ! Surtout, ne faisons ni de misérabilisme, ni pleurer dans les chaumières mais il faut juste aligner et décrire les faits successifs, les vérités, dont voici quelques éléments probants et justificatifs, qui je l'espère, pourront intéresser le lecteur ?
— LES SOUVENIRS
À ce propos, mon premier souvenir remonte à plus de quarante ans en arrière. J'avais étudié à l'École d'architecture de Strasbourg, que j'avais quitté, puis à l'école des Beaux-Arts de Besançon, que j'avais quitté également, car j'étais alors, profondément réfractaire à toute forme d'enseignement, d'enfermement dans un espace clos et à certains horaires fixes et d'endoctrinement ! Je vivais alors dans une ferme dans le Haut-Doubs où j'y élevais, à l'époque, des chèvres et des chevaux. Ayant gardé quelques contacts avec des amis strasbourgeois, dont ma chère copine Isabelle, j'y revenais plusieurs fois par ans pour retrouver les copains, y exposer mes peintures parfois et y rencontrer un peu de monde.
Or, une fois, peut-être au printemps car il me semble qu'il faisait encore bien froid, j'avais été invité, sans doute par une artiste, dans un appartement ou nous étions quelques artistes et amis. Il me semble que l'immeuble était orienté à l'Est, puisqu'il était à l'ombre dans l'après-midi et que cet appartement était sur la droite de l'escalier, soit au demi étage, soit au premier étage mais tout cela reste bien flou dans ma tête. Ce qui ne l'est pas du tout, c'est qu'à un moment donné, au cours de la discussion, une dame, artiste donc, qui avait longtemps vécu en Amérique du Nord, nous avait dit la phrase suivante, en parlant de la pluie et du beau temps et ce dont je me rappellerai sans doute très précisément toute ma vie durant : "Les français, ils se comportent vraiment tous comme des petits chefs de Gare !" Autrement dit : Ce sont tous des "gros cons !"
J'avais alors senti en elle comme une énorme déception, une insondable souffrance, une frustration, un énorme désespoir au sujet de son Pays, la France, qui l'avait profondément déçu, contrairement aux Pays de l'Amérique du Nord dans lesquels, comme moi, aujourd'hui, elle s'y était sentie beaucoup plus libre et épanouie mais aussi légitime et intégrée !
Surprise, coup de froid, je n'ai pas vraiment réagit ni commenter cela jour-là ! Mais cette remarque m'a marqué, comme au fer rouge. Je me rappelle encore, y avoir réfléchi longuement lors du long voyage de retour, en rentrant en voiture dans ma ferme et y avoir pensé bien souvent, longtemps et même des années encore après ! En fait, je ne comprenais pas du tout, à cet instant T de ma vie, ce qu'elle avait voulu dire car je ne partageais nullement ce sentiment là et surtout, j'étais bien innocent et comme tous les bons français, je pensais alors que nous étions le peuple le plus ouvert sur le monde, sur l'art, sur la beauté et puis sur l'ensemble de l'humanité mais que nenni !
J'ai enfin pu comprendre exactement le sens profond de la phrase de cette brave dame artiste bien des années plus tard, en retournant vivre et travailler en France en 2004, après avoir vécu moi-même en Amérique du Nord, à Montréal et surtout à New york pendant plus de treize années et avoir pu faire l'expérience de mondes beaucoup plus ouverts, plus généreux, plus sereins, plus spirituels, moins orgueilleux, moins jugeants, plus respectueux des autres en bref, plus accueillants… Moins destructeurs et avec beaucoup plus de considération et de bienveillance, surtout envers les artistes et leurs créations.
"Peuples libres, souvenez-vous de cette maxime : On peut acquérir la liberté ; mais on ne la recouvre jamais." Disait Jean-Jacques Rouseau dans son fameux Contrat social, et j'ai aujourd'hui l'impression, fausse ou pas, qu'à une certaine époque nous avons bénéficié, dans ce pays, de grands espaces de liberté et que ces espaces, se rognent, se rétrécissent, se délitèrent et disparaissent peu à peu…
Pour en revenir à notre histoire et durant cette dernière conférence, je me suis rendu compte que, comme je l'ai dit déjà, premièrement, qu'il n'y avait que très peu de public, ce qui n'est pas trop grave en soi… Car, il est très rare qu'il y ait aujourd'hui, un public intéressé pour venir écouter et rencontrer des artistes contemporains, on en a l'habitude ; mais par contre, durant la partie des questions-réponses, mon 'ami' Noël B., anthropologue de métier et avec lequel nous avons déjà filmé deux entretiens de trois heures et avec qui on aurait dû refilmer un nouvel entretien, m'a posé la question suivante, vraiment désobligeante et que je vous laisse apprécier dans son entièreté et sa brutalité absconse de chef de gare :
- Noël B. : "Et là je poursuis sur la question du féminisme… Est-ce que l'on pourrait dire que, finalement, ton travail, c'est un regard situé ! C'est un regard situé au moins de deux points de vue : c'est un regard d'homme ; première chose. Et deuxième chose : c'est un regard d'occidental sur des cultures qui ne sont pas les siennes, même s'il en a fait l'expérience ! mais la question n'est pas là ! Tu parles de la transe effectivement ! Tu en a fait l'expérience. Donc, la question n'est pas là. Voilà, c'est une question que j'avais envie que l'on discute ensemble, tu vois c'est ça !"
Alors là, les questions imbéciles des intellectuels français, anthropologues de la gauche extrême, caviar ou pas, toujours déplacées et qui sont toujours en surplomb et en décalage inapproprié par rapport à la vie et aux sujets abordés par les gens concernés ; qui sont eux, en plein dans la vie, dans la souffrance parfois et dans le cambouis de la survie artistique et ne se posent pas du tout, eux, ce genre de question !
Mais alors, quel mépris, ces gens ne sont jamais investi humainement, du fait de leurs postes dans leurs DRACS ou leurs FRACS… Ils sont non pas prétentieux mais sur-prétentieux, jugeant et démolissant toute démarche artistique de manière démoniaque et jubilatoire, comme dans une cour d'école ou dans une corrida : "Tiens connard d'artiste : prend bien ça dans ta gueule ! et voici encore quelques superbes banderilles et puis bientôt ce sera le coup de grâce, l'estocade finale !" Jugeant ainsi et toujours, à l'emporte-pièce, comme ça, comme à l'abattoir… Et j'ai alors dû répondre que je ne pouvais, bien malheureusement, pas répondre à cette question ! Car un artiste n'a jamais à se justifier, comme devant un tribunal, comme un bandit, un malpropre, ni à s'excuser de quoi que se soit concernant son travail, auquel il croit dur comme fer et pour lequel il s'investi à fond, travaillant dessus jours et nuits !
— AUTODAFÉ
Et alors pourquoi tout simplement ne pas brûler les livres aujourd'hui, par exemple les livres de Flaubert comme La Tentation de Saint Antoine, ou Salammbô car Flaubert a-t'il vraiment rencontré Saint Antoine ou la Reine de Saba ? Brûlons aussi le Voyage en Orient de Nerval, as-t'il pu vraiment rencontrer le grand architecte Adoniram et tomber amoureux de Balqis ? Quid de l'imaginaire et des civilisations perdue ? Quid du passé et de l'histoire ? Et puis brûlons aussi Mademoiselle de Maupin de Gautier car, serait-il possible qu'une femme devienne soldat et puisse se batte comme les hommes et même les séduire et les tuer ! Et puis brûlons aussi toutes les toiles cubistes bien sûr… car Picasso, ne s'est-il pas inspiré férocement de l'Art Africain pour créer ses Demoiselles d'Avignon (lire le témoignage qui suit). Et, on n'est pas très loin aujourd'hui d'ailleurs, de décrocher des très belles toiles de Gauguin dans certains Musées pour déviances sexuelles ou avances sexuelles faites à mineurs…?
Je crois qu'aujourd'hui, avec ce "politiquement correct" non genré, et totalement asexué, que les gens deviennent tous des espèces de guimauve, des laquais dérisoires d'un pouvoir déclassé, intelligents parfois mais complètement désabusés de tout et voulant moralement tout diriger, ou pas, c'est pitoyable…
Par ailleurs, j'ai travaillé plus d'un mois à mettre en place cette conférence, avec des visuels intéressants, avec des concepts comme le Vide Métacosmic etc et lui, l'homme de "dieu" athée, fonctionnaire de l'État, le juge suprême, tout droit sorti du roman des Âmes Mortes de Gogol du 19e siècle, engoncé dans son scaphandre anachronique aux semelles de plomb, me flingue à vue d'œil ! Ce n'est ni très chic, ni très élégant ! Il ressemble en ça à tous les barbus des mondes "extatiques" et religieux qui veulent absolument enfermer toutes pensées extravagantes et subversives dans des moules, des idées préconçues, préétablies, fussent-elles même féministes.
Comment alors ! je n'aurais pas le droit de parler de spiritualité, de transes chamaniques, d'érotisme hindou car je ne suis ni Hindou, ni Sioux… Ni de rituels cosmiques ou de sacrifices humains car je ne suis ni Aztèque, ni Maya… ni même conquistador, par plaisanterie ! Ni de rhinocéros laineux, parce que je ne suis pas Néandertalien, ni d'organes féminins, de vulve, ou d'orgasmes, osons le mot ! car je ne suis pas Femme ! Ça ça va beaucoup trop loin !
"POÈTE... VOS PAPIERS !"… Comme le disait si bien Léo Ferré ! Quelle merde et quelle honte que cette France là !
Mais va donc te faire foutre bien profondément, minable fonctionnaire de merde ! C'est exactement cette déplorable situation que m'avait alors décrite, il y a plus de quarante ans, cette brave artiste, avec sa belle petite phrase déjà prémonitoire : "Les français, ce sont tous des petits chefs de Gare !" Alors, vraiment paix à son âme et bravo pour sa belle lucidité ! Voilà donc ici l'exemple du type parfait, suprême et brillant d'un Chef de Gare souhaitant que tous les trains arrivent à l'heure, que tout le monde rentre dans ce putain de train et qu'il ne déraille donc jamais !
— PETITS APARTÉS SUR MALRAUX, L'ÉTAT CULTUREL DE LA FRANCE ACTUELLEMENT & LE CANOË
« Les Français se sont montrés les plus habiles artisans de ruine qui aient jamais existé au monde. Ils ont entièrement renversé leur monarchie, leur Église, leur commerce et leurs manufactures. Ils ont fait, nos affaires à nous leurs rivaux, mieux que vingt batailles de Ramillies n'auraient pu le faire. » Edmund Burke (anglais), "Réflexions sur la Révolution de France", 1790
Et, puis, en écrivant ce texte, out of the blue, comme ça et sans trop de commentaires, faisons des petites digressions au hasard des rencontres avec l'ami Balthazard… Et parlons un peu ici de ce qu'il se passe, ou s'est passé en France historiquement, depuis sa révolution, qui est, selon Burke, un sabordage absolu, ce qui semble assez juste et édifiant !… Mais également aussi selon Chateaubriand ! car il faut absolument lire ses deux merveilleux tomes écrits sur le Génie du Christianisme… Il semble évident et ce donc depuis bien longtemps déjà ; que la France s'est elle-même mise en danger, en abîme et c'est comme auto-détruite et auto-sabordée, comme aujourd'hui avec le pouvoir politique actuel… Et tout cela sera sans doute encore bien pire lors des prochaines élections, j'en ai bien peur… C'est un peu comme si la France mais non seulement ce Pays-ci uniquement, mais presque l'ensemble du Monde entier, était pris aujourd'hui dans une espèce de malédiction cosmique globale temporelle, comme si quelqu'un lui avait jeté un mauvais sort, afin que tout les rouages et machineries soient bloqués, pour que plus rien ne fonctionne et que tout s'écroule, s'effondre apocalyptiquement, comme dans un immense sablier interplanétaire, petit à petit, goutte à goutte, grain à grain mais inexorablement cependant, comme ça, devant nos yeux horrifiés, ébahis et incrédules !
Pour exemple à propos de la culture : il y avait environ soixante ans, le ministre de la Culture s'appelait alors André Malraux (1959-1969), écrivain et homme politique, qui a inventé et mise en place, pour la première fois au Monde : un Ministère de la Culture. Il fit également ouvrir, dans presque toutes les Villes, des MJC (Maisons des Jeunes et de la cultures) où tous les jeunes pouvaient, gratuitement, rencontrer de la Culture avec un grand C ! du cinéma, de la musique, du théâtre et de l'Art ! ce dont tous les jeunes gens ont tous bénéficié largement afin que la conscience collective puisse sortir de l'enfer des atrocités de la seconde guerre Mondiale ! La culture sert aussi à cela, n'en déplaise aux maitres des finances et du capitalisme… Il écrivit, entre autre : La condition humaine, Le Miroir des Limbes, ses Antimémoires, La Corde et les Souris et Le triangle noir (au sujet de Laclos - Goya - Saint-Just), que je suis en train de lire actuellement etc. Il interviewa longuement et était ami d'innombrables artistes, dont Picasso, entre autres… Et il fit raconter à Nehru, comment il avait pu survivre plusieurs années, dans les prisons indiennes, juste en parlant et interagissant avec des fourmis, ses amies, qui l'ont ainsi sauvé de la solitude, de la folie et de la mort ! Et qui avait voyagé, entre-autre, à Haiti, à la toute fin de sa vie, dans sa grande vieillesse, pour aller y rencontrer, sur place, des artistes haïtiens, qu'il aimait et respectait énormément. Et ce sont eux aussi, ces artistes humbles et modestes, qui, après son décès et son enterrement, sont venus depuis Haiti, en procession et collectivement, sur sa tombe à Verrières le Buisson, chanter tous en cœur avec leur drapeaux incantatoires :
"Soleil, Soleil à Malraux !" Quelle scène bien émouvante !
Voici quelques très beaux et pertinents petits extraits choisis de livres d'André Malraux, qui sont à lire comme cela, brut de décoffrage car ils se passent très bien de commentaires qui seraient bien superfétatoires et de plus, tout y est dit ! L'ensemble de ces extraits récemment scannés sont à lire sur cette page > Notes Besançon - 2026
LE MIROIR DES LIMBES II, LA CORDE ET LES SOURIS I
Monsieur Léopold Senghor, Dakar, mars 1966
« Il a fallu, dit-il, que Picasso soit ébranlé par un masque Baoulé, qu'Apollinaire chante les fétiches de bois, pour que l'art de l'Occident consente après deux mille ans, à l'abandon de la "physeos mimêsis" : l'imitation de la nature. » P. 523
II. LA CORDE ET LES SOURIS, V (entretiens avec Picasso)
Tout seul dans ce musée affreux avec des masques, des poupées peaux-rouges, des mannequins poussiéreux. "Les demoiselles d'Avignon" ont dû arriver ce jour-là, mais pas du tout à cause des formes : parce que c'était ma première toile d'exorcisme, oui ! P. 741
- De la sculpture sans âge…
- C'est ce qu'il faut. Il faudrait aussi peindre de la peinture sans âge. Il faut tuer l'art moderne. Pour en faire un autre. P.792Savez-vous ce que je pense, des fois ? Ça m'amuse : je suis superstitieux. Je pense que c'est toujours le même Petit Bonhomme. Depuis les cavernes. Il revient, comme le juif errant. Vos type de l'Inde, ils croient que les peintres se réincarnent comme peintre ?
— Ça dépend de leurs mérites. Plutôt pas… P. 803
INAUGURATION DE L'EXPOSITION « ANDRÉ MALRAUX ET LE MUSÉE IMAGINAIRE » FONDATION MAEGHT, 12 JUILLET 1974.
L'espace de la peinture n'est pas celui de la vie.
Les corrélation de la création artistique ne sont pas celle de la création.
Les objets d'art sont objets de métamorphose — comme les dieux. P. 949
Et puis, pour anecdote et pour enfoncer le clou : aujourd'hui, en France, jusqu'à il y avait juste deux mois ; la Ministre de la Culture s'appelait : Mme Rachida Dati : chercher l'erreur, c'est sans commentaire possible et sans appel sur le glissement et la déchéance culturelle française ! Comme le dirait M. Alain Finkielkraut, tout se dégrade en France, sauf la médecine, qui heureusement progresse et se développe bien ! Ce en quoi, je suis bien obligé d'agréer ! Et puis, à la place de la Culture, il y a bien sûr des humoristes, des chanteurs et des footballeurs par myriades et surnuméraires, qui florissent et foisonnent, pour faire rire et rêver le Peuple imbécile, remplaçant de facto, les artistes, les poètes, les penseurs, les écrivains et les rrêveurs... c'est ainsi !
Mais cependant, pour ne pas trop enfoncer la France et les français tout à fait et bien profondément ; voici une toute petite anecdote : l'autre jour en revenant d'aller faire du canoë sur les Bassins du doubs, lieu magique et privilégié si il en est, j'ai malheureusement emplafonné ma voiture, en sortant du parking, dans une jardinière en béton et toute la calandre avant était totalement décrochée. Alors fort à propos, une dame de Morteau, est venu immédiatement me dire : "Oh monsieur quel désastre, quel malheur ! mais ne vous inquiétez donc pas car mon fils, qui est en paddle arrive bientôt et il va vous réparer tout ça car il s'y connait très bien en voiture !" Ce que son fils, d'une gentillesse extrême, à fait en moins de cinq minutes. Alors, ici aussi en France, on peut vivre dans la grande générosité, en harmonie avec des gens simples, aimants et humains mais si éloignés de ce monde de l'Art et de la Culture, dans lequel, les gens sont, pout la plupart si prétentieux, si superficiels, si hautains, si infectes et si méprisants…
— LE TGV QUI ÉCRASA UN PETIT CHAT !
Donc revenons à nos moutons et à nos chefs de gares, sans vouloir paraitre trop rabat-joie, ni même bougon, je tiens encore à rappeler et remercier cette dame m'ayant donné cette piste judicieuse et brillante, au sujet de l'attitude régressive, dominatrice et contraignante des français car elle avait tout à fait raison et à cent pour cent, rappelons ici Dostoïevski, pour exemple…
« Cette société tue la spontanéité, le naturel et la simplicité et affectionne la complexité, l'hypocrisie et la prétention par excellence. » Dostoïevski
Oui, ils sont bien ici, comme partout ailleurs, vivants et réels, se prenant tous pour des chefs de gares et voulant tous, tout diriger ; tout maitriser ! Ils sont omniscients à leur petit niveau et plus encore ! Et puis surtout que, grâce à ce rôle et poste de chef de gare, qu'ils s'auto-octroient, n'importe-où, ils deviennent alors ainsi seul maitre à bord après Dieu, est provoquent, par autorité sur les autres ce que l'on appelle : une "rupture de niveau". C'est à dire, que, comme dans mon interview filmé, ils peuvent ainsi dominer l'autre, sans lui permettre aucune liberté d'agir, ni de pouvoir se défendre ou de parler librement. Ce qui ne devrait jamais arrivé dans une société plus équilibrée, plus humaine et juste, comme dans les sociétés indigènes ou même québécoises, par exemple.
Rappelons maintenant de manière anecdotique mais importante cependant, qu'il a environ quatre ans de cela, dans la Gare parisienne du Montparnasse, le pauvre petit chat Neko, appartenant à une dame Georgia et sa fille Malaïna, avait été écrasé sciemment, début janvier 2023, au départ du train et sur ordre exprès d'un autre très fameux, inflexible et odieux chef de gare ! Parce qu'un train TGV devait partir à l'heure exacte et que l'on n'avait pas pu sauver ce chat d'en dessous des roues assassines, qui l'on carrément 'coupé en deux' ! afin que ce TGV parte exactement à l'heure précise indiquée ! En voici la petite histoire :
"Alors qu’elles doivent prendre le train ce 2 janvier 2022, Neko sort malencontreusement de son sac de transport avant de se réfugier… sous la rame du TGV. Paniquées, Georgia et sa fille de 15 ans demandent aux agents présents d’intervenir et de retarder le train pour sauver leur chat. La réponse est choquante : « Ils nous disent que ce n'est pas leur problème, que ce n’est qu’un chat et qu'on aurait dû le garder en laisse… On reçoit pleins de reproches », raconte alors Melaïna."
Ce qui a provoqué, bien naturellement, un gros scandal national ! Que serait-il advenu si ç'eu été un petit bébé tombé alors sur les voies ? Cette question importante peut se poser et même de manière totalement morale mais aussi légalement ! Et puis l'autre question à se poser ici est la suivante : souhaitons-nous vivre dans un monde où les trains partent et arrivent toujours à l'heure, même en écrasant des chats et la faune sauvage ou alors, prendre le temps de la réflexion et de se dire que, de toute manière, les trains d'aujourd'hui, sont presque toujours et systématiquement une fois sur deux, en retard…Et parfois même de plusieurs heures, alors peut-être aurait-on pu prendre un peu de se temps disponible, pour sauver et rendre ce chat à ses braves dames ? Qui de bonne foi, croyaient en l'humanité et l'humanisme des hommes et sont très déçues et désespérées que l'on réagisse comme cela à leurs égard et au mépris de la vie de leur petit chat ! Est-ce la faute du système ou est-ce juste la connerie humaine qui se répand comme un tâche d'huile noire et brune, matérialiste, consumériste et fasciste sur notre monde contemporain ?
En miroir de cet événement bien tragique ; citons ici la magnifique scène du film : 7 ans au Tibet, 1997, réalisé par Jean-Jacques Annaud où le rayonnant Brat Pitt décide avec le jeune Dalaï Lama de faire construire une toute nouvelle salle de cinéma. Travaux qui doivent s'arrêter immédiatement et sans appel, parce que, dans la terre des fondations, à cet endroit bien fertile, il y a pleins de vers de Terre, animaux qui ont une âme et sont sacrés donc et qu'il est totalement interdit et impossible de tuer pour les âmes bouddhistes. Donc, pour reprendre les travaux, ils embauchent alors un équipe bien nombreuse d'ouvriers du terrassement, pour filtrer dans des grosses passoires, ces vers de terre et les déplacer ailleurs, en zone sûre. La salle de cinéma à donc pu ainsi se construire et être inaugurée. Quelle différence frappante avec ce qu'il s'est passé à Paris. Bien sûr, les événements du film se passaient dans les années quarante et au Tibet mais cependant la reflexion et la comparaison méritent de se faire !
Il me revient ici, à ce moment, précis maintenant, et pour revenir à mon sujet ; le cher et émouvant souvenir de mon ami Pierre Louaver, artiste peintre lui aussi et mon meilleurs pote de New york, avec lequel on avait, après que j'eu quitté New york, de très longues discussions au sujet de l'art et des problèmes que nous rencontrions souvent tous, dans notre métier d'artistes. Il avait vécu plus de quarante ans à New york et avait déménagé ensuite à Berlin, pour suivre sa petite amie berlinoise. On se téléphonait souvent et il me disait toujours, lors de nos interminables discussions : "Mais qu'est-ce que les français doivent te foutre les glandes !" C'est bien vrai cher Pierre, tu avais toujours raison et tu me manques profondément !
— LES QUESTIONS FÂCHEUSES
Et alors, revenons finalement, tout bonnement, de manière impromptue et assez judicieuse à notre conférence… Est arrivé alors ce moment fatidique, avec la deuxième remarque assassine qui était d'une connerie subjuguante ! Un vrai scud, une autre bombe atomique m'impactant fortement ; lancée par cette dame, soit-disant artiste et qui, tout au cours de cette deuxième partie des Questions-Réponses, n'a cessé de m'interrompre très impoliment, me coupant la parole systématiquement, frontalement, de manière directive et sans me laisser aucun répit, jamais : donc, à propos de la question de mon ami Noël, à laquelle je n'avais pas pu, ni su répondre bien évidement car cette question était parfaitement stupide et aussi peut-être par intimidation ou par innocence ou tout simplement parce qu'elle me déplaisait et m'avais mis vraiment mal à l'aise. Elle m'a dit alors :
"- Oui mais, cette question est très, très intéressante et j'aimerais avoir votre réponse !"
Quelle prétention et quelle injonction ! Et puis, plus loin encore et au sujet de mon travail :
- "Alors, vous niez votre corps, parce que là, c'est très esthétique, c'est fait avec un crayon… [...]
- C'est le medium pour accéder à quelque chose mais le résultat ne montre pas la transmutation de la matière : c'est lisse, c'est propre et c'est aseptisé !"
Je lui ai donc répondu : "Je vous remercie mais c'est très insultant ce que vous me dites !"
Comme dirait l'autre, on reconnaît les 'cons' car ils osent tout ! Sans plus de commentaires…
Voilà donc, ce à quoi ressemble, souvent et en général, le public français : des chefs de gares malpolis, potentats en puissance, héraut plénipotentiaires de ces nombreux petits territoires locaux provinciaux ! Ces "pousses-toi de là que je m'y mette !" car je veux être à votre place ! Voulant et insistant systématiquement pour vous mettre au pas, vous plier, vous rabaisser, vous dominer, vous annihiler même. Vous imposant une vision du monde très scolaire, très bornée, très datée XVIIIe siècle, totalement infecte, inerte et pour le coup, vraiment stérile, alors là, c'est vraiment le mot qu'il convient d'utiliser !
Avec vous autres, hommes et femmes égoïstes, trou-du-cul-centrés, stupides, insatiables et insensibles, il faudrait toujours marcher dans les clous et subir, jusqu'à la mort, votre ire malsaine, insidieuse, infecte et pestilentielle ! Vous êtes vraiment des pauvres gens incultes, d'indigents chefs de gares, rappelons-le encore une fois, pour ne pas l'oublier… Incapables de vous rendre compte des très belles et grandes choses de la vie, des énergies vitales universelles, de la générosité collaborative et de ce que pourrait vous apporter l'Art, dans son ensemble et sa grandeur, si tant est que vous eussiez la bonté d'âme de le regarder avec simplicité et humilité, comme une énergie globale régénératrice infinie et insoumise. En tout cas, tout ce qui est en dehors et à l'opposé extrême et ultime de l'ultra-connerie réductrice de vos petites analyses critiques, rationalisantes, paupérisantes, malveillantes et débilitantes !
Moi, je reste vivant !
Jean-Pierre Sergent, artiste, Besançon le 13 avril 2026, un mois après cette conférence !
NOUVELLES CONJONCTIONS : UNE CARTOGRAPHIE DES MONDES CHOISIS, DES ÉNERGIES, DES SPIRITUALITÉS SOUHAITÉES, RÊVÉES & DÉVELOPPÉES DANS MON NOUVEAU TRAVAIL DE L'ÉTÉ 2024 [17 octobre 2024]
DIMENSIONS ARCHAÏQUES, PENSÉES ORGANIQUES, L'ENVELOPPÉ-ENVELOPPANT, LES GRAFFITTIS & LES PATTERNS
"L'aube se lève
et les fleurs ouvrent
les portes du paradis."Saimu, "Poèmes d'adieu japonais (Poèmes écrits au seuil de la mort)", Yoel Hoffmann
"Le chemin de l'excès mène aux palais de la sagesse." William Blake
On peut regarder mon travail comme un immense graffiti, comme un palimpseste inoubliable et infini, une immense fresque, se déroulant sans fin, du début à la fin et dans laquelle, les successions d'images convoquées et sérigraphiées existent, avec leurs couleurs propres et particulières comme autant de notes musicales et de scènes orgiaques successives et vibratoires, comme les vagues scandées de l'Océan. C'est un ensemble, une communauté, un tapis d'informations, comme dans la Nature elle-même.
Parfois, je mélange également des patterns, ces motifs-dessins géométriques, plus rationnels, structurés formellement, rationnellement, plus connotés culturellement et génétiquement que les images purement érotiques. Ces dessins sont autant de concepts, comme des 'filets' structurels englobants l'image érotique, parfois trop débordante et qui, paradoxalement, accentuent encore le côté voyeur de la jouissance-transe érotique. Cet enveloppé-enveloppant et ce voilé-dévoilé, est un jeu entre le spectateur et les images. En effet, un simple corps nu est, de facto, beaucoup moins érotique et érotisé, qu'un corps de femme nu paré de lingerie fine ou d'un fishnet stocking (le fameux bas résille) car, celui-ci, augmente et souligne les courbes et les formes, surajoute et objectivise, en quelque sorte, le corps de l'autre et paradoxalement, l'enferme, aussi, dans son entité d'objet désirable de proie, sur-transgressant aussi celui-ci, en l'enveloppant dans une dimension extérieure, dans un vortex abyssal universel, qui est bien au-delà de celui-ci… Situé en fait, paradoxalement, dans une errance, une désappartenance et une soumission aux désirs régénérateurs universels et éternels, lieu sacré par excellence…
Il faut regarder globalement cet ensemble de créations et ces mélanges d'images, ce 'cela' indéfinissable, ces entités ; comme une prière, une offrande, une sollicitude, une présence orgasmique et spirituelle. Les couleurs ont la présence et la densité de cette couleur-ci et nullement de cette couleur-là. Et chacune d'entre-elle est un mélange accumulé au fil du temps de la création car, je les assemble et les mélange de manière unique, à l'instant T de l'impression, en prenant donc chaque fois, un ancien pot d'encre acrylique, datant encore parfois souvent, de mes années new yorkaises (donc, qui a plus de trente ans) et dans lequel, un bleu n'est plus un bleu mais un mélange d'une multitude de bleus, un assemblage, une agrégation, un conglomérat de bleus… Et, où un rouge, par exemple, est composé par des pigments de rouge de mars, de rouge de cadmium, d'oxyde de fer et de terre de sienne etc, avec chaque pigment ayant intrinsèquement aussi, une origine géographique et une composition chimique particulière. Imaginez-vous d'où provient la terre de Sienne ? Alors ainsi, chaque couleur imprimée a sa tonalité et sa composition chimique, sa résonance colorée propre et unique ! Ce travail sérigraphique d'accumulation, qui est aussi, parfois, assez fatigant physiquement, est toujours vécu comme un véritable combat à faire contre l'absurde et le néant et il avance, il se développe vers et dans la lumière et l'accession à une sorte d'état de satori* et de transe mystico-érotique, dans une annulation volontaire de l'ego, de tout apriori culturel et esthétique et de toute représentation figurative vulgaire, marchande ou pornographique. J'utilise de telles images porno, comme une base, à la façon d'un matériau primaire, comme des briques, assemblées au travers d'une technique véritablement tantrique, pour les nier, les détruire, les annihiler, les dépouiller, les conchier et les défaire de tous leurs contenus mercantiles, ostentatoires, pops, aguicheurs et vulgaires… Pour les tordre et les transmuter en une essence, une véritable énergie vivante, vitale et spirituelle, éruptant alchimiquement et chamaniquement en des déferlantes explosives de jaillissements de Vie pure… insurgés, éjaculatoires, insoumis, anarchiques et primordiales. Car, la connaissance de la 'vérité vraie' de l'œuvre est essentielle pour accéder à la 'présence vraie' de celle-ci.
Mes travaux s'inscrivent dans le temps profond, grâce à ma technique du layering (ajouter et accumuler successivement, en superposition, une couche d'image sur une autre) et aussi, mélanger des couches d'encre de chine colorées avec les images, jusqu'à obtenir une peinture 'extatique' dans laquelle il s'émerge et se passe quelque chose : une présence, une lumière qui en jaillit peut-être …? Œuvres qui peuvent ressembler, également, à l'accumulation volontaire et successive de graffitis (où un autre exemple : à l'art pariétal), qui sont presque toujours dessinés et gravés collectivement sur des surfaces anonymes, anodines, sur des murs communs et cachés : toilettes publiques, murs inhospitaliers, neutres, laids, gris et vulgaires des Villes et des Banlieues ; surfaces devant lesquelles on va pisser et chier innocemment car le corps s'y libère et où sa présence essentielle est indubitable, indéniable et ineffaçable ! Lieux où les individus, les uns après les autres, s'expriment souvent dans une extension corporelle érotique éjaculatoire : le dessin spermique, sans pensée précise, sans intention, totalement hors cadre esthétique, autre que ceux imposés par les nécessités du corps même, dans son dépassement et son déplacement géographique, social et spatial : sortir de la merde, de son odeur et de sa condition de pauvre mortel. Et aussi, également, dans un immense espoir de l'annihilation d'une souffrance, d'une solitude, d'un enfermement individuel : "Je peins donc je suis et je jouis !" et j'existe dans le plaisir et dans la rencontre avec mon désir et tous mes rêves érotiques surnuméraires… : "ET, JE VOUS ENMERDE TOUS !" Explosant enfin jouissivement dans l'autre, les vulves, les seins, les bouches ou les trous du cul… objets de fantasmes et lieux d'enchantements, d'effacements et d'épuisement final, comme dans l'orgasme… de cette souffrance et de cette solitude individuelle, dans ce mouvement vers un autre et un ailleurs fusionnels… Car il y a dans les graffitis, comme dans mon travail d'ailleurs, cette envie inextinguible de partager, de communiquer, de faire savoir : son angoisse devant la mort, son désir de jouissance et cette volonté, pour un homme, d'éjaculer, de se noyer dans d'innombrables et inquantifiables vulves, bien juteuses et bien mouillées mais aussi, dans le cosmos ou dans les rêves érotiques eux-mêmes pour, ainsi, retrouver une force primitive, une énergie archaïque, une raison de vivre pleine et entière, comme peut-être rêvée ? dans ses autres cultures d'antan, ses mythologies et ses spiritualités anciennes, qui étaient signifiantes et régénératrices, non seulement des Dieux et des Déesses mais aussi, des hommes et des femmes et qui sont, à ce jour, dans notre période contemporaine qui est presque pré-apocalyptique, bien abandonnées, oubliées et perdues à jamais ! Où sont donc passés Dionysos, Pan, Isis, le Bâ** et l'ânkh*** ou encore, plus près de nous, les Song Lines, les chants des pistes**** des aborigènes australiens ?
* Satori : « comprendre, réaliser » est un terme des bouddhismes qui désigne l'éveil spirituel. La signification littérale du mot japonais est « compréhension » Ce n'est pas une compréhension intellectuelle mais une compréhension directe.
** Le Ba : est une composante immatérielle des dieux et des êtres humains. Ce concept est traduit par le mot « âme » ou par l'expression « âme-Ba ». Le Ba est la représentation de l'énergie de déplacement, de dialogue et de transformation.
*** L'ânkh : croix de vie, clé de vie, est un hiéroglyphe représentant le mot ˁnḫ, qui signifie « vie » pour les anciens Égyptiens. (Wiki)
**** Le chant des pistes, Bruce Chatwin
BARTLEBY OU DIRE NON À L'HUBRIS HUMAINE & SOUVENIRS DE MON AMI L'ERMITE AUGUSTE DE LA CENDRÉE | Télécharger le PDF
"Ayons mépris de toute sujétion,
Nous, les fils du vaste univers, [...]
Seigneurs du monde, irons à notre guise
Où nous plaira, libres de tout contrôle."1
J'écris ce texte fin juillet, début août 2022, après avoir lu le très beau roman Bartleby d'Herman Melville, avec la puissante postface de Gilles Deleuze (au sujet de laquelle il serait intéressant d'écrire aussi un petit texte). Cette lecture m'a fortement bouleversé et touché au plus profond de moi-même et m'a déstabilisé. Peut-être, sans doute, à cause de la beauté du personnage, ce Bartleby, refusant le monde et qui s'en va, vers sa mort, sans rien dire, sans manger, sans une complainte... Ce personnage à la Gandhi, a aussi déshabillé mon âme et je me suis vraiment identifié fraternellement à lui. Innocent au mains vides, cet ermite a-religieux, me ressemble sans doute un peu et je pense qu'il ressemblerait aussi, à chacun d'entre nous aujourd'hui où la situation globale du monde devient vraiment catastrophique et très préoccupante.
En voici l'état des lieux, en ces jours d'été caniculaire, où la rivière, le Doubs, sur laquelle j'aimais tellement aller faire des balades en canoë à cette période de l'année, dans les Bassins du Doubs, a totalement disparue, son lit et ses berges ne sont plus qu'une prairie verte foisonnante ; il ne reste plus, de ce grand lac, cette étendue d'eau immense et magnifique, qu'un petit ruisseau fragile et tremblotant. Le soleil et la sécheresse historique l'ont fait évaporer totalement. Ce ne sont plus maintenant que fantômes, regrets, souvenirs et réminiscences qui hantent ce paysage de désolation absolue…
Depuis près de trois ans, la pandémie du COVID a touché l'ensemble de la Planète, tuant et rendant malade des millions de personnes et déstabilisant psychiquement, en les isolant, de nombreux individus, mettant aussi à mal beaucoup de systèmes économiques fragiles...
Une terrible guerre a été déclarée en Europe entre L'Ukraine et la Russie par un dictateur fou...
Jeudi dernier, le 28 juillet, nous avions déjà dépassé et dépensé toutes le ressources que la Terre pouvait produire en une année...
En plus de cela, les Pinèdes du sud-est de la France ont brûlé comme jamais sous des températures battant tous les records historiques de chaleur...
Et nous vivons donc, comme d'habitude (business as usual), sur le crédit du Monde, en espérant que la situation puisse tenir encore un peu, comme avec le très fameux concert des musiciens de l'orchestre du Titanic ! Belle métaphore mais je ne crois, ni ne pense pas que cette fois, l'Art, mon art et celui d'autres artistes, pourra désangoisser et sauver encore à nouveau le public crédule et l'humanité entière de ce désastre annoncé depuis si longtemps, qui est là, bien réel et profondément consubstantiel, à ce jour, d'une apocalypse généralisée. Alors à quoi bon vivre et créer encore ? Être un artiste pourquoi donc ? "I would prefer not to." répondait ce cher Bartleby, cette espèce de frère d'arme dans la grande bataille contre l'ego, la stupidité et l'hubris inextinguible et destructrice de l'homme.
Dans le roman, il vit comme un ange éthéré, un artiste hypersensible, ne créant cependant rien et vivant comme un ermite dans le bureau de son patron en ne se nourrissant que de gâteaux au gingembre et ne sortant jamais de l'étude dans laquelle il travaillait et où il squatta bien humblement quelques temps, sans faire aucun bruit et en ne dérangeant personne. Un jour ou l'autre, il décide de ne plus copier les minutes que son patron lui demandait de réaliser, en répondant à ses demandes tout simplement cette petite phrase, toujours la même : "Je préférais ne pas le faire...", phrase qu'il répéta comme un leitmotiv, un mantra, une multitude de fois lorsqu'on lui posait une question et quel que soit le sujet de la question. Les raisons de ses refus ne sont pas si évidentes que cela à découvrir, sans doute était-il un peu 'dérangé' et profondément malheureux mais peut-être aussi, en avait-il tout simplement marre de l'état du monde dans lequel il vivait alors ?
"Bartleby n’est pas le malade, mais le médecin d'une Amérique malade, le Medicine-man, le nouveau Christ ou notre frère à tous."2
Et tout le monde, aujourd'hui je pense, pourrait se reconnaître dans cette véritable et définitive position de retrait, d'un refus brutal et définitif : Ras le bol de ce monde de merde là ! Il y en a vraiment marre ! Too much is too much !
Mais vaste et simple programme que de ne rien faire dans notre monde bouleversé (upside-down serait plus approprié) et hyperactif comme le nôtre. Et qui, peut-être, était déjà celui du Wall Street dans le New York de l'époque ! Cela se passait dans les années 1850, sans doute, était-ce le véritable début de l'aire capitaliste... ? Avec le développement de la finance et des usuriers, de la bourse, des grandes fortunes, le commencement aussi de l'anéantissement génocidaire systématique des Amérindiens, il faut se remémorer les belles peintures et les descriptions faites par George Catlin3 des rituels et des Indiens des dernières tribus libres amérindiennes des Plaines dans ces mêmes années (1830)... Les baleinières chassaient les 'Moby Dicks', les cachalots jusqu'à plus soif, Melville nous en a parlé magnifiquement dans son roman incontournable… C'est également la mise en place et l'avènement de l'exploitation industrielle du Monde et des ressources naturelles par des moyens techniques inventés alors et plus performants comme : les trains, les bateaux à vapeur, les armes à répétition etc... ainsi que les nouvelles colonisations par les pays européens des continents africains et asiatiques...
Aujourd'hui, à notre époque où tous ces systèmes financiers sont à leur climax, ils ont littéralement explosé et détruit l'ensemble des mondes habitables de notre Planète. Visuellement, ce serait un peu comme si nous pouvions toucher de nos doigts innocents et nus, les plaies béantes faites par l'ensemble de l'humanité sur notre petite Terre maintenant, toute pestiférée, toxique, rétrécie et malade. Pauvre Terre-Mère, que nous avons largement et copieusement violée, battue, dépouillée, asservie, déshonorée, assassinée, éteinte en la privant violemment de toutes ses forces vitales, joyeuses et régénératrices.
Nous faut-il résister passivement comme le dit Linda Lê, dans sa très belle préface :
"Bartleby défie toutes les interprétations. Artaud appellerait une "densité voltaïque". […] "C’est l’histoire d’une résistance passive et d’une fascination, celle des affrontements sans éclat entre un homme qui a les pieds sur terre et un homme toujours perdu dans des rêveries face à un mur aveugle et qui, dans sa «nonchalance distinguée» représente une énergie déstabilisatrice."4
Oui, c'est sans doute cette résistance-résilience, cette énergie 'passive' et déstabilisatrice des systèmes établis, cet esprit d'insoumission, dont le Monde aurait bien besoin aujourd'hui ! Dût-on provoquer collectivement la mort de toute l'humanité ? Un Refus d'un Monde destructeur et stupide, dire non à ce qu'il est devenu, l'insoumettre et le détruire ! Abdiquer et peut-être s'en retirer définitivement et essentiellement... Sur la pointe des pieds... Non pas, par peur, égoïsme, soumission ou infériorité... Mais par lucidité, générosité et pure intelligence, tout simplement !
Bartleby agit également, par ailleurs, comme un révélateur un détonateur, comme agissent aussi beaucoup d'artistes, Gilles Deleuze le dit très bien ainsi :
"Les originaux sont les êtres de la Nature première, mais ils ne sont pas séparables du monde ou de la nature seconde, et y exercent leur effet : ils en révèlent le vide, l’imperfection des lois, la médiocrité des créatures particulières, le monde comme mascarade."5
Il nous faut donc véritablement, comme Bartleby le fait si efficacement, révéler la vérité et le vide abyssale dans lequel vivent nos sociétés contemporaines, dont l'Art est le thermomètre, la vitrine et le parangon absolu car il représente de nos jours, la preuve, l'exemple d'un néant abyssal, le plus vulgaire, le plus évident, le plus cru, le plus probant et le plus définitif de nos pauvres et vulgaires croyances, pensées et aspirations. En plus de l'état du monde actuel et comme si cela ne suffisait pas, il faut rajouter donc à cette longue liste non exhaustive que je viens d'énumérer : cet Art, qui est en pleine dérive matérialiste, financière et en pleine déperdition spirituelle. "Nous ne voulons pas nous avouer que nombre des malheurs qui frappent l'humanité proviennent de ce que nous sommes devenus impardonnablement et désespérément matérialistes."6 Dit Tarkovski dans son beau livre Le Temps scellé, que vraiment tout le monde et surtout les artistes, devaient lire absolument.
L'Art est ma partie, ma patrie, mon métier, ma vie et aujourd'hui, plus que jamais, le fait d'être et de vivre en tant qu'artiste, me provoque également des hauts le cœur, des nausées et bien des incertitudes en rapport à ce Marché de l'Art, qui est en train de s'emballer complètement comme un Ouroboros7 spéculatif insatiable. Effectivement, la propension des hommes riches et célèbres d'aujourd'hui (un peu comme les mécènes d'autrefois mais sans posséder leur grandeur d'âme), à se complaire dans les immondices artistiques et intellectuels vendus aux plus hauts prix et le faisant dans une délectation presque innocente, jouissive, anale... Tout en jouant innocemment avec leur infinité d'argent, de fric sale, à placer, à investir, à faire fructifier, à recycler, à blanchir ; me fait très peur ! Et quand vous allez voir une des grande Foires d'Art Contemporain : par exemple, la Foire de Bâle ou la FIAC de Paris, vous en ressortez avec de vraies nausées, une véritable envie de vomir, des spasmes existentiels et vous êtes littéralement épuisé et totalement désespéré. C'est ça l'Art aujourd'hui !
Car on n'y présente presque plus aucun art 'véritable', unique et émerveillant mais juste des sous-produits 'marketisables' et amusants, simpliste, facilement repérables et achetables. Il faut nourrir et amuser le peuple pour le soumettre et pour qu'il se tienne coït et tranquille. Certains artistes se révoltent pourtant :
"Je ne signe plus rien, ras le bol de ce Marché de l'Art de merde." À dit Thomas Bayrle, un artiste allemand dans une émission sur Arte et Markkus Lüpertz y dit également : "Aujourd'hui, les gens ne regardent plus les tableaux. Ils voient juste 20 millions accrochés au mur. C'est très malheureux."8
Et pour en remettre une couche au sujet de l'Art, voici cette phrase de l'écrivain-poète américain William S. Burroughs, d'une grande vérité vraie et décapante :
"Que mange la machine à fric ? Elle mange la jeunesse, la spontanéité, la vie, la beauté et, surtout, elle mange la créativité. Elle mange la qualité et chie la quantité."
Cette situation d'un monopole imposé et dominé par les collectionneurs, galeristes et artistes ultra-riches de la Planète, seulement quelques personnes au Monde (moins d'une centaine), est vraiment tellement ubuesque, grotesque, grandiloquente, mégalomaniaque et hubristique ; mais elle est cependant très efficace. Puisqu'en effet, à ce jour, tous les prix de ventes du Marché de l'Art, ont été, en général, multipliés par cinquante durant les cinq dernières années, ce qui est assez stupéfiant et prouve bien l'immense efficacité de ce système inflationnaire. Acheter de l'Art est aujourd'hui la façon la plus simple et rentable de faire beaucoup d'argent, facilement et en très peu de temps ! Voici ce qu'explique avec grande fierté et enthousiasme La Gazette des Arts :
"Quand il y a encore cinq ans, un jeune artiste faisait ses premiers pas en salle des ventes autour de 10 000 $, il n’est plus rare, aujourd’hui, de voir des débuts autour de 300 000/500 000 $. Toutefois, on estime que l’inflation va jouer en faveur du marché de l’Art, au même titre que pour la haute horlogerie, la joaillerie, les yachts et les voitures de luxe ; celui-ci est plus sécurisant que les marchés financiers, secoués par la guerre en Ukraine."9
Rendez-vous compte et donc rassurez-vous bonnes gens, tout va bien dans le meilleur des mondes, même la guerre en Ukraine est utile et profitable à l'Art ! Tout cela serait vraiment désopilant et nous ferait tous bien rigoler, si paradoxalement et à l'opposé de cette grande gabegie, les contres-coups féroces de ce tsunami financier artistique, n'étaient pas si délétères, en créant des zones infranchissables, une tabula rasa, un non-espace entre les 'vrais' et sincères artistes et galeristes honnêtes et ces bouffons mondains, ces clowns matérialistes, riches, ridicules, cyniques et désenchantés de ce Monde de l'Art international. C'est vraiment très préjudiciable et préoccupant pour beaucoup d'artistes contemporains qui, comme moi, peuvent à peine payer le loyer de leurs ateliers et ne vendent pratiquement plus rien. Je pense qu'il faut vraiment dire Merde à ce système culturel hégémonique et destructeur pour sortir dignement du cadre de ce Marché et de ses doxas. Même si le prix à payer est, ou serait, de sortir également de la création ? Mais comme le dit encore Tarkovski :
"Or, si l'Art exprime l'idéal et l'aspiration à l'infini, il ne peut servir à des fins de consommation, sans être altéré dans son essence." Et ce qui est encore plus vrai, un peu plus loin : "L'Art affirme ce que l'homme a de meilleur : l'Espérance, la Foi, l'Amour, la Beauté, la Prière... Ce dont il rêve, ce en quoi il espère..."10
- À quoi rêver maintenant ? - Que devenir ? - Qu'espérer ? - Que faire vraiment ? Où est la vraie beauté ? Et la vraie bonté ? Et quid de la poésie mon cher Rimbaud ?
Faudra-t-il se réfugier dans une maison isolée, comme mon cher ami et voisin l'Ermite Auguste qui, dans les années soixante-dix/quatre-vingt, vivait alors solitaire, à la Cendrée, en même temps que moi, qui vivais à côté, à cinq cents mètres, à la ferme de La Fauconnière, près de Charquemont (dans le Doubs, juste à la frontière franco-suisse) où en plus d'être peintre-ermite, j'élevais des chevaux américains. Parcours inversé par rapport à Auguste, puisque j'ai commencé comme ermite et puis, je suis allé vivre à Montréal, puis à New York et maintenant, je travaille et habite à Besançon.
Il était gardien d'un ancien relais de diligence, au dessus d'un col, où sa seule chambre-salle-à-manger, avec la cuisinière à bois, était remplie de belles photos de paysages découpés dans des magazines du monde entier et collés sur tous les murs (un peu comme la chambre de Vincent Van Gogh à Arles)... Il venait souvent me réveiller, portant sa colombe sur l'épaule, en m'interpellant avec sa voix forte d'ermite à la grande barbe blanche, me sortant du lit et du silence nocturne vers les dix heures du matin : "Tu vas te lever fainéant !" Disait-il impérativement !
Il faut dire qu'à l'époque, je peignais toutes les nuits et ne me couchais jamais avant trois ou quatre heures du matin. Et puis, de bon matin pour moi, je lui servais un petit blanc, un peu sucré de Monbazillac, dont je gardais une bouteille juste pour lui, ce qu'il appréciait particulièrement. Et moi, je petit-déjeunais, en buvant mon café turque, chauffé au feu de bois et y trempais, dans mon grand bol en céramique blanche, de grandes tartines de beurre avec du miel de sapin, du Bleu de Bresse et des piments rouges : prémonition sans aucun doute de mes futures voyages mexicains…
La fin du livre Bartleby m'a fait fortement penser à lui, car mon ami, comme le héros du livre, avait décidé, lui aussi, pour des raisons que je n'ai jamais vraiment connues… en quelque sorte de se retirer du Monde. Pour vivre d'air pur, isolé, libre et solitaire dans ces fascinantes et merveilleuses montagnes Jurassiennes. Comme je l'ai d'ailleurs fait moi-même pendant dix ans. Je sais seulement qu'Auguste avait été pompier à Paris (Pompier de Paris, quel honneur !), peut-être avait-il eut la grande vie là-bas ? Depuis combien de temps vivait-il là ? En tout cas, nous allions, quand j'étais enfant, déjà très souvent les voir, lui et sa colombe (qu'il portait toujours sur son épaule), avec mon grand-père Maurice et je crois que les deux personnages au fort caractère s'appréciaient beaucoup.
Etudiant un peu plus tard, à l'Ecole des Beaux-Arts de Besançon, je suis allé lui rendre une dernière visite à l'Hôpital psychiatrique de Novillars où il avait dû être interné car il perdait un peu la tête. Il semblait bien allé et accepter la vie, résigné à son sort, quel qu'il soit, comme un grand sage ! Il était vraiment l'égal d'un Bartleby, en marge, en ban, en rupture de la société, ayant dit non à beaucoup de choses superficielles et oui, en tant qu'ascète, à d'autres choses plus essentielles, plus simples et plus sincères. Il a vécu pleinement son véritable parcours d'ermite, sa vraie vie : fort, fier et solitaire mais avec cependant, cette amie fidèle et intemporelle, perchée toujours fusionnellement sur son épaule, sa colombe blanche, immaculée, comme un Saint-Esprit animal, rédempteur et enchanteur.
Et c'est en lisant le passage de la fin du livre de Melville où le patron de Bartleby, d'ailleurs très gentil et bien intentionné à son égard, va le voir une dernière fois à la prison des Tombes où celui-ci était enfermé pour vagabondage... Cette scène troublante, terriblement dramatique, émouvante et très belle à la foi, m'a fait immédiatement violemment repenser à ma dernière visite à mon ami l'Ermite Auguste de la Cendrée :
"Bartleby !
- Je vous connais, dit-il sans se retourner - et je n'ai rien à dire. […]
- Je sais où je suis, répliqua-t-il, mais il ne voulut rien dire de plus et je le laissai." [...]
Et puis à la fin, un peu plus loin, après qu'il ait refuser de se nourrir pendant plusieurs semaines et que l'on découvre son cadavre allongé sur un banc dans la cours :
"La face rebondie du fricotier me scrutait :
- Son déjeuner est prêt. Il va pas déjeuner aujourd'hui non plus ? Est-ce qu’il vivrait sans manger ?
- Il vit sans manger, répondis-je, et je fermai les yeux.
- Et, il dort, pas vrai ?
- Avec les rois et les conseillers, murmurai-je."11
Ainsi moururent et meurent toujours les Rois, les Sages, les Poètes, les Saints, les Artistes et les Ermites... Alors aujourd'hui, faut-il vraiment se retirer complètement de ce monde de dingos ? S'en contre-foutre et l'annihiler totalement ? Et dire définitivement : NON et MERDE à l'HUBRIS humaine ? C'est tentant Saint Antoine !12
Jean-Pierre Sergent, 1 août 2022
1 Les Îles enchantées, L'Île de Barrington & les boucaniers, Herman Melville, P. 96
2 & 5 Postface de Bartleby, par Gilles Deleuze, P. 190 & 180
3 Les Indiens d'Amérique du Nord, George Catlin, 1830
4 Préface de Bartleby par Linda Lê, P. 12
6 & 10 Le Temps scellé, Andreï Tarkovski, P. 278 & 277
7 (Mythologie) Représentation d'un serpent ou d'un dragon qui se mord la queue.
8 Émission Twist, La culture de la mémoire d'aujourd'hui, ARTE TV, 13.02.22
9 L’Art valeur refuge, La Gazette Drouot, 22,06,2022
11 Bartleby, Herman Melville & Job 3, 11-16, P. 60
12 Rèf. : La tentation de saint Antoine, Gustave Flaubert
AU SUJET DE LA DISPARITION DE L'ÂME AUJOURD'HUI | APRÈS "LE TRÉSOR DES HUMBLES" LIVRE DE MAURICE MAETERLINCK
CONSTAT & ÉTAT DES LIEUX
"Il y a vraiment des siècles où l’âme se rendort et où personne s’en inquiète plus." *
L'Art n'est pas uniquement un exotisme du vivant car il possède une âme propre. Et notre monde contemporain européen et français en particulier, est tellement habité d'une "tristitude" envahissante, très sombre et contagieuse, qu'il est difficile pour nous artistes de flotter, vaille que vaille, au milieu de cet environnement délétère. L'Art et nous-mêmes sommes comme des icebergs perdus en haute mer, mais enfouis, noyés par la non salinité de cette eau non porteuse et enfouissante. Cette saumure diluée ne permettant plus de flotter fièrement au 9/10 de notre masse immergée, comme tout bel iceberg érigé, bandant, vertical, vierge, blanc et joyeux qui se respecte. Ce ratio s'étant plutôt effondré, on pourrait gager que notre niveau de flottaison est maintenant seulement autour des 99/100 de notre masse immergée dans cette mer désalinisée, pauvre, déshumanisée. Comme pour ces pauvres et tristes marins d'eau douce, sans grands espoirs d'horizons lointains, sans perspectives d'aventures humaines et artistiques intéressantes.
Cet état de fait, bien malheureux, malgré tous nos efforts, semble s'être installé, petit à petit et insidieusement, avec la logique capitaliste et après les grands chocs du vingtième siècle dernier : les grands mouvements artistiques qui ont bousculé l'Art et nos façons de voir la vie ; mais encore et surtout bien sûr, après les deux grandes guerres mondiales et les terribles génocides humains, peu comparables historiquement sauf, bien sûr, avec la colonisation des Amériques par l'asservissement et la presque extermination des peuples indigènes.
Alors, l'Art pouvait-il vraiment survivre à ces grands bouleversements, cette liberté artistique folle ? Ces chocs historiques profonds ? Ainsi qu'à ce nouveau Marché de l'Art financiarisé, capitalisé, marchandisé et même institutionnalisé, qui a transformé l'Art, comme toute choses par ailleurs, en marchandise ? Il semblerait plutôt paradoxalement que non, n'en déplaise aux chiffres astronomiquement élevés, édifiants et jamais atteints de ce marché là ! Car l'Art semble avoir perdu de son sens, de sa vitalité, de sa beauté et de son "esprit" !
Et même la beauté**, si elle ne reste qu'esthétique, a complètement disparu des radars et des préoccupations des artistes contemporains ; sauf, peut-être, pour quelques peintres du dimanche… Et alors la spiritualité n'est, bien sûr, elle-même plus évoquée du tout à notre époque si bien nommée post-culturelle, si totalement sécularisée. Cela veut-il dire, comme le disait si justement Maeterlink, que l'âme et sa beauté adjointe ne seraient plus nulle part d'actualité ?
"A une époque très reculée de l’histoire de l’Inde, l’âme doit s’être approchée de la surface de la vie jusqu’à un point qu’elle n’atteignit jamais plus. […] Rappelez-vous la Perse, par exemple, Alexandrie et les deux siècles mystiques du Moyen Age."
Car, bien évidemment, de nos jours et ça, je le sais par mon expérience et ma longue pratique artistique : l'âme (l'énergie vitale) ne touche, ne transcende, n'interroge, n'émeut, ne transperce plus rien ni plus personne. Ni le public en général, ni les aficionados du Monde de l'Art que sont les collectionneurs, directeurs de musée, galeristes etc., ni même les individus en particulier…
Enfouis, refoulés, perdus, broyés, l'Art et l'âme soudés ensemble comme des amants fusionnels et éternels, maudits peut-être ? Ils ont sombré et sont aussi jetés en pâture, parmi une infinitude de déchets vulgaires et étouffants de produits de consommations courantes, de pensées médiocres, d'actes et de volontés soumises créés par l'ensemble des êtres humains, étant, maintenant, tous devenus et comme des moutons de Panurge, de très petits ordinaires et minables consommateurs, même en achetant des œuvres de plusieurs millions de dollars… Juste de petits consommateurs… Ni plus ! Ni moins !
Alors à quand une renaissance ? Un réveil de l'Art et de l'âme ? Affaire à suivre !
* Le réveil de l’âme, Le trésor des humbles, Maurice Maeterlinck
** "En revanche, il y a des siècles parfaits où l’intelligence et la beauté règnent très purement mais où l'âme ne se montre point. Ainsi, elle est très loin de la Grèce et de Rome, du XVIIe et du XVIIIe siècle français. On ne sait pas pourquoi, mais quelque chose n’est pas là ; des communications secrètes sont coupées, et la beauté ferme les yeux. Il est bien difficile d’exprimer ceci par des mots et de dire pour quelles raisons l’atmosphère de divinité et de fatalité qui entoure les drames grecs ne semble pas l’atmosphère véritable de l’âme."
Jean-Pierre Sergent, le 29 décembre 2020
DU CARRÉ AU CARRÉ : LE DÉVELOPPEMENT ORGANIQUE DE LA STRUCTURE ET DE LA FORME DE MES PEINTURES
Ce texte, écrit a posteriori, bien longtemps (plus de vingt ans) après avoir pris les décisions formelles au sujet de l’architecture de mes œuvres picturales (de France 1984-1993, en passant par Montréal 93-94, pour finir à New york 1994-2003), essaye de montrer comment au cours de ces nombreuses années de travail, cette structure est passée du carré (premières abstractions 1984) pour revenir au carré (premier travaux sur plexiglas de New york 1999). Comme une respiration et une confirmation de l’importance de l’unité carrée, bien inscrite dans un grand ensemble fluctuant et mouvant comme la foule ou l’histoire de l’humanité.
FRANCE 1984 > 1991


"Abstraction carrée #1", huile sur toile, 22 x 22 cm, 1987 & "Abstraction carrée #2", huile et plâtre sur panneau 1987, 1,30 x 1,30 m
- Les premières abstraction carrées datant de 1987, sont composée presque exactement de la même manière que mes peintures sur Plexiglas actuelles. Elles sont composées d’un centre, entouré d’un “cadre” multicolore. Le centre est le lieu de l’émotion, de la matière, du corps, de l’intime et du sacré. Le tour, protège géographiquement, avec force, frontalement et sur les côtés, comme les murs remparts inviolables d’une citadelle, d’un jardin des délices, d’un paradis, et grâce auquel survit et vit l’espace fragile intérieur et éphémère de l’âme subtile qu’est l’art et sa manifestation. L’entourage servant aussi et toujours d’élément giratoire, comme pour emmener la peinture et son centre dans un système de swastika solaire, un ailleurs, un mouvement perpétuel.


Dessin de swastika solaire Hindou & Croquis pour l'élaboration d'un polyptyque
- Une autre idée de la composition de mes objets-peintures est d’assembler des éléments disparates, contradictoires, opposés… comme dans cette peinture au glacis bleu laqué, éthéré, peint verticalement et inséré entre deux panneaux peints d’une matière noire, brute, collante et épaisse, réalisée par de large stries de pinceaux posées horizontalement, géométriquement, méthodiquement.


"Triptyque", peinture sur panneaux de bois, 1998, 130 x 70 x 7 cm & Croquis pour l'élaboration d'un polyptyque
- Ce qui entre également dans le développement de l’inscription de la peinture au sein de l’espace, est aussi ma volonté de créer des verticales, des axis mundi, reliant la terre et le ciel, le corps et l’âme, le désir et le plaisir.

Série de 7 peintures, huile sur papier Arches, 7 x 75 x 28 cm 

"Les colonnes", acrylic et papier journal sur Isorel, 1990, 2 x 0,50 m & 1992, 2,50 x 0,50 m
MONTRÉAL 1991 > 1992

Vue de l'atelier à Montréal, Canada,1992
- À Montréal (1991-92), en intégrant et collant des éléments tels que les bandes de métal (plomb, cuivre, zinc, aluminium) sur de la toile peinte et non montée, j’ai pu intégrer d’autres contrastes de matière et développer d’autres structures pour sortir la peinture de son encadrement traditionnel (peinture active + cadre plus ou moins neutre). Avec également une volonté de travailler sur les très grands formats, afin que mon corps et mes mouvement (la présence physique, la gestuelle, la dance) puissent faire partie intégrante de ma peinture. C’est à dire de sortir d’une vision de l’art intellectuelle, pour entrer dans un art matériel, corporel et concret. 

2 x "Heaven's Doors", peinture acrylique et papier sur toile, 1992, 2,79 x 2,24 m



"Painting #3", acrylique et cuivre sérigraphié sur toile, 1992, 2,44 x 0,94 m / "Les colonnes", peinture acrylique sur Plexiglas, 1992, 2,28x 2,28 m / Jean-Pierre Sergent devant sa grande peinture, acrylique et journaux et objets sur toile, 1992, 2,76 x 2,76 m
- Les premiers assemblages de petits panneaux sur Plexiglas sérigraphiés ont été réalisés, au départ, comme un jeu d’assemblage formel, comme un puzzle, ou comme Dieu jouant aux dés les hasards et les nécessités de la Vie.


2 x "Installation murale", photocopies et acrylique sur Plexiglas, 0,35 x 2,10 m, (assemblage de 12 panneaux), 1992


"Sourire", acrylique et cire d'abeille sur carton, 1992, 22 x 48 cm & "Installation murale", acrylique sérigraphié sur Plexiglas, 70 x 95 cm (assemblage de 9 panneaux), 1992
- Ces assemblages de panneaux de Plexiglas de formats identiques me permirent de créer des œuvres se développant de manière organique et ludique sur le mur de l’atelier et dans les divers espaces d’expositions.
NEW YORK 1993 > 2003

Vue de l'atelier de Long Island City, New York, 1999
- À mon arrivée dans mon atelier de Brooklyn, qui se situait juste sur les bords de l’East River (près du Pont de Manhattan), j’ai été submergé par la profusion des matériaux rejetés sur les berges de la rivière. Je les ai ramassés et en ai fait des Peintures-Sculptures. Ces œuvres étaient composées de matériaux récupérés : bois flottés, clous, portes de Frigo etc… mélangés avec des bandes de plombs, de la ficelle, des animaux en plastiques, assemblés et collés sur une structure de bois qui jouait le rôle de squelette, de soutien formel du contenu iconographique principal sérigraphié. Toujours avec une volonté de créer un objet autosuffisant et géométriquement intéressant, à la fois stable et instable, rigide et flottant.

"Painting-Sculpture" # 1 & 2, peinture acrylique sur bois et objets collés, 1993, 96 x 60 x 7 cm


"Painting-Sculpture" # 3 & 4, peinture acrylique sur bois, objets collés et sérigraphie, 1993, 105 x 76 x 7 cm
- Après avoir réalisé toute une série de Peintures-Sculptures, j’ai commencé à assembler, sur le grand mur de l’atelier, mes modules carrés composés de petits rectangles de Plexiglas (35 x 17,5 cm), sérigraphiés et peints au dos. La forme intérieure variable de ces peintures modulables était toujours inscrite comme des pleins et des vides dans une unité carrée de 1,05 m par 1,05 m, qui reste à ce jour la même, invariable et fidèle.


1 & 2, "Croquis" pour la réalisation des modules carrés d'assemblage de Plexiglas, Crayon sur papier, 1995


1 & 2, "Painting", acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, 105 x 105 cm, 1994
- Ces essais formels d’assemblages anthropomorphiques cherchent à incarner un corps humain, une âme, vivants dans la peinture, au même titre que dans les sculptures Dogons ou Asmats et celles de toutes les sculptures d’art “premier” qui sont habitées par les esprits de ceux qui les ont réalisées. Aussi que de se développer biologiquement et de remplir, comme un serpent, les veines du corps humain ou les branches d’un arbre en hiver, l’intégralité de la surface d’un carré sacré.

Vue de l'installation dans l'atelier de Dumbo, acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, assemblage de 18 peintures, 3,15 x 6,30 m, 1994


Installation murale à Dumbo, acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, assemblage de 18 peintures, 2,10 x 6,30 m,1994 & Croquis pour une installation murale, Crayon sur papier, 1996
- Par la suite dans l’atelier de Long Island City (1995-2003), j’ai ajouté des plaques de Plexiglas teintées dans la masse de couleurs noires et primaires, au sein des rectangles peints, et ai commencé ainsi à bâtir une organisation carrée semblable aux mandalas. Cette forme m’a rapproché de l’unité spirituelle, de l’Un.


Croquis pour l'installation "Suspended Time", à l'Aliance Française de New york, 1997 & Croquis pour l'installation d'une peinture sur Plexiglas en forme de mandala, 1999
- J’ai ensuite développé et systématisé cette façon d’accrocher et d’assembler les unités carrées apposées côte à côte tout en remplissant autant que possible les murs des lieux d’expositions.


"Body, Trace, Memory", Installation murale à New York, acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, 3,50 x 3,50 m,1995 & "Desire & The Hurricane", Installation murale à New York, acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, assemblage de 12 peintures, 3,15 x 4,20 m,1999
- Puis, à partir de ma série “Le rêve de l’homme emprisonné”, j’ai régulièrement entouré mes peintures sur Plexiglas (1,05 x 1,05 m) avec une ensemble de quatorze Plexiglas colorés (35 x 17,5 cm), réalisant ainsi une peinture à la dimension totale de 1,40 m par 1,40 m.


Schéma de montage de l'encadrement des peintures sur Plexiglas bleu et noir, 1,40 x 1,40 m, 1999 & “Le rêve de l’homme emprisonné #1”, acrylique sérigraphiée et peinture sur Plexiglas, 1,40 x 1,40 m, 1999
- À ce jour cette structure-technique, n’a pas bougé et c’est celle-ci que j’utilise toujours pour présenter mes peintures de manière individuelle.
FRANCE 2005 > PRÉSENT
- Aujourd’hui, en France, j’ai retrouvé l’unité carrée de mes premières abstractions, et mes grandes installations murales monumentales sont toujours composées d’ensembles de peintures carrées. Ces assemblages me permettent d’organiser une surface-structure, comme une peau, un rêve fluctuant et extatique, similaire à un voyage cosmique, une transe chamanique, une odyssée sidérale.

Croquis pour la réalisation de l'installation murale "Mayan Diary 24" à la ville d'Ornans, stylo sur papier, 2008
- Il faut succinctement rappeler ici, l’impact qu’ont eu sur moi les sculptures aztèques et mayas des Dieux “Xixe Tolec", ces terracotta représentant des prêtres ayant sacrifié et écorché leurs victimes et qui, après avoir enlevé et mangé leurs cœurs, portaient sur eux, jusqu’au pourrissement, la dépouille retournée des suppliciés pour régénérer leurs mondes et l’Univers cosmic tout entier…! 

Photo de "Xixe Tolec", Mexique & J-P Sergent, "Beauty is Energy", 2002, acrylique sérigraphiée sur papier Rives B.F.K., 76 x 56 cm
- Sans jugement moral aucun, plus pacifiquement et plus humblement, je récupère et régénère de même des images mortes, les porte en moi, puis les étale et les peins comme une peau vivante à la surface de mes murales.
Et les images sont là…! vivantes, ici et maintenant…! Et demain elles seront ailleurs, elles voyagent, nomades invétérées, porteuses de poésie, de multiculturalisme et d’insoumission à l’ordre vulgaire ! Elles vibrent dans un incessant flux vital et organique, celui là même de la Vie et du désir...
Jean-Pierre Sergent le 5 mars 2017
Jean-Pierre Sergent devant l'installation murale "Shamanic Ecstasies And Flowers", 3,15 m x 6,30 m, L'Aspirateur, Narbonne, France, 23/9/2016
SHAKTI-YONI: ECSTATIC COSMIC DANCES (2016)
Texte écrit au sujet de La série Shakti-Yoni: Ecstatic Cosmic Dances qui a été commencée en octobre 2016 à l'atelier de Besancon. Ce sont des petites sérigraphies imprimées sur du papier jaune Wang Sketching 80g (# 1 > 37) & sur du papier Rives B.F.K., blanc ou crème 280g (# 38 > 63), formats carrés de 25,5 x 25,5 cm. Éditions de 5 exemplaires et de nombreux monoprints.
SHAKTI-YONI: ECSTATIC COSMIC DANCES
"C’est la jouissance qui est la substance du monde. C’est elle qui nous rapproche de l’état divin."
In Shiva et Dionysos, Alain Daniélou
Ces corps de femmes dansant extatiquement, comme des Derviches Tourneurs exctatiques, sont à la fois point fixe ici, et infini là-bas. Ils nous entraînent avec eux dans des dimensions tourbillonnantes et cosmiques, en créant stricto sensu des vortex d’énergies vers les possibles d’autres vies, d’autres plaisirs, d’autres expériences. Les images proviennent pour la plupart de vidéos érotiques de Micro Bikini Oily Dancing, dans lesquelles, des jeunes femmes, strip-teaseuses japonaises en rut, aux corps oints d’huile et de lubrifiant, dansent en se masturbant au rythme d’une musique techno obsessionnelle, aliénante, décérébrante, binaire et répétitive ; se tortillant sexuellement, dans un rituel primaire, barbare, archaïque, dionysiaque. Elles nous montrent ostentatoirement et spasmodiquement : leurs seins aux tétons durs et gonflés, leurs sexes et tous leurs orifices, bouches, anus, vagins. Ces Yonis, humides, jaillissants, obscènes, mouillés, aux grandes lèvres béantes…, symboles du sexe féminin, qui en Inde, sont ornés, nourris et enduits de beurre, de fleurs et d’offrandes diverses, toujours percés du Linga, sexe masculin titanesque dressé vers le ciel ; sont des sexes ouverts, offerts, désirants, guerriers, espérant aussi le sexe de l’homme et le foutre, dans un semblable hommage excitant et régénérateur dansé au Sacre du printemps, mais qui serait sempiternel et éternel celui-ci, pas besoin des saisons pour le désir…! Espérant tout de même l’amour sexuel transcendant, orgiastique, animal et tantrique. Lors de ces transes-danses, elles développent une excitation sur-féminine et sur-sexuelle, comme celle de l’énergie Femelle Shakti, qui est surabondante, enveloppante, destructrice, extra-terrestre, sur-puissante et surdimensionnée de désirs, de vibrations aux vagues orgasmiques corporelles ; comme des feux brûlants d’amour jaillissant. Seins et Yonis offerts, ouverts comme des puits où l’on irait se perdre pour éteindre son ego et son insatiable désir, dans une spirale aliénante et libératrice, en espérant ces voyages spirituels fusionnels avec la lumière Divine, le Tout, l’Unique. Les mêmes que ceux que suit l’âme des mort dans les Bardos des différents mondes de l’après-vie…
Mouvements saccadés, scandés rythmiquement ou arythmiquement dans une désespérante solitude pornographique contemporaine, qui nous ramène, malgré tout, à l’origine de l’être, à l’énergie primaire, aux premiers cris de l’enfant mis au monde et du premier orgasme, et qui de la même manière que l’Eau, la Mer, l’Océan et l’Univers, nous englobent, nous submergent et nous nourrissent comme les orphelins que nous sommes tous aujourd’hui, puisque les Esprits et les Dieux sont morts ; tués par d’autres que nous !
Mais l’artiste reste optimiste et il rend inlassablement hommage à la danse, au plaisir, à la Nature, à la couleur…, ainsi qu’à l’énergie féminine de la force Shakti-Yoni…!
Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 27 novembre 2016
LES IMAGES CHAMANIQUES SONT AU CŒUR DE MON PROCESSUS CREATIF (2016)
Texte écrit pour l'exposition L’ARTISTE EST-IL UN CHAMANE ? L'Aspirateur, Narbonne, France (24 septembre / 27 novembre 2016)
Le chamanisme et la sexualité sont l’alpha et l’oméga, les éléments essentiels et consubstantiels de mon œuvre. Ils la nourrissent, la construisent, l’enrichissent et la font exister pour sortir d’un nihilisme artistico-existentiel contemporain. Car sans ces forces vitales universelles puissantes et transcendantes, mon travail n’aurait aucune raison d’exister. L’art pour l’art ne m’intéresse absolument pas, ni de faire un travail dérivatif suiveur d’artistes importants ayant précédemment existé.
Ma rencontre et mes expériences de transes m’ont ouvert l’esprit et les yeux sur des réalités bien nouvelles pour moi, spirituelles et cosmiques, concrètes et tangibles ; car ces expériences des voyages-transes sont inscrites dans le patrimoine de l’imaginaire humain depuis la première humanité et dans l’inconscient collectif immémorial, mais bien oubliées, enfouies et refoulées par la pensée occidentale. Ces rencontres spirituelles développent aussi la part du rêve, de l’imagination et des désirs irrationnels… parfois violents, insoumis, sexuels, anarchiques qui sont essentiels à toute création artistique véritable.
Alors… il n’y a plus de temps historique linéaire, plus de lieux inaccessibles, plus de mort définitive… dans ces transes, où seule existe l’union sacrée entre l’individu et le Tout. C’est l’anéantissement de l’ego narcissique et vulgaire pour entrer, par les portes grandes ouvertes de l’art et des pratiques extatiques, dans des univers aux métamorphoses et aux dimensions multiples et régénératrices ! Sans oublier bien sûr, les couleurs englobantes et les lumières vives et transcendantes, ressemblant aux couleurs utilisées par les artistes-chamanes mayas ou tibétains.
Pour vivre soyons curieux, insatiables et remplis de désirs, et si il est un sujet éveillant ma curiosité et mon appétit, c’est bien l’univers chamanique, qui m’habite comme Dieu pourrait nourrir mon âme.
Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 20 juillet 2016
BONES, FLOWERS & ROPES (2016)
Texte écrit au sujet de cette série de tirage unique, acrylique sérigraphiée sur papier jaune Wang Sketching 80g, 80 x 60 cm.
Le titre de cette série traduit en français : Des fleurs, des os et des cordes (liens), implique que le contenu de ces œuvres jaillit et transcende le temps historique et linéaire pour créer un lieu de rencontre entre l’imaginaire et l’histoire humaine. Non plus comme un Musée imaginaire Malraucien, un peu muséal, un peu littéraire, un peu figé et noir et blanc ; mais plus comme un nouveau langage, une nouvelle syntaxe, une nouvelle iconographie, nouveaux ou peut-être très anciens, ancestraux, originels, oubliés*… provoquant avec force, humour, poésie et conviction dans le cœur même du regardeur : la transe, la révélation et ultimement la métamorphose profonde de l’âme humaine.
Car l’Art doit s’imposer et gagner l’âme de l’autre, dans un combat d’une vitalité et d’une fulgurance extrême, comme la Force Vitale le fait elle-même dans la nature.
RAPPEL : Il ne faut pas oublier les fleurs et les os, les dessins et les sexes, les répétitions et les transes, les couleurs et les nuits, les joies et les extases… pour enfin pouvoir devenir soi-même…!
* Comme dans le discours-hommage de Le Clézio pour son prix Nobel à propos des Indiens Emberas et leur langage paradisiaque :
"Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l'harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer."
Jean-Pierre Sergent, octobre 2015
À PROPOS DES ŒUVRES : CERCLES & YANTRAS (2016)
Texte écrit pour l'exposition UN LIEU, DES LIENS, Fondation du Grand-Cachot, Suisse (22 mai / 24 juillet 2016)
L’artiste, né à Morteau à 20 kms de ce site, présentera pour cette exposition cinq peintures sur Plexiglas (1.40 x 1.40 m) choisies parmi des œuvres réalisées de 2007 à 2015 et qui contiennent principalement des images de cercles ou de yantras (schémas de méditation hindou).
Il semble en effet pertinent de présenter au public, dans cette ferme plusieurs fois centenaire, une vison de la continuité des choses et des événements naturels et culturels.
J’avais visité cette ferme du Grand-Cachot étant adolescent avec mon grand-père Maurice, pour qui l’art et les artistes étaient très importants, et il m’avait semblé alors, grâce à son initiation, que ce lieu ainsi que les œuvres exposées, dégageaient une certaine “aura”. Il est donc important et honorable pour moi d’y présenter aujourd’hui mes œuvres récentes.
Et, si il y a bien des symboles qui montrent et figurent le développement de la conscience humaine et la continuité “infinie” dans l’histoire et dans le temps, ce sont bien les cercles concentriques. Ils représentent en effet l’expansion depuis le point bindu (unité, point de départ de la création cosmique, sorte d’instant big bang), l’union mâle et femelle, le développement dans l’espace de la conscience humaine et ils tendent à nous emmener vers l’achèvement spirituel, l’état d’éveil personnel…*
Se mélangeant dans les peintures aux “images de vie” fugaces tels que les représentations sexuelles, les fleurs ou les oiseaux, ces cercles sont l’infini dans l’éphémère, la structure symbolique et rationnelle s’inscrivant dans le chaos du magma coloré de l’énergie vitale, la transcendance universelle du temps présent…
* L’acquisition de la fluidité est comme une pierre qui tombe au milieu d’un lac (le miroir du Soi). De ce choc surgit une onde circulaire qui donne naissance à une plus grande, les cercles continuant à se multiplier jusqu’à couvrir toute la surface de l’eau. L’expansion de la conscience est ainsi, mais avec une différence : le lac mental est infini… In Mu, le maître et les magiciennes, A. Jodorowsky
Jean-Pierre Sergent, Besançon le 17 mars 2016
À PROPOS D'ANIMA MUNDI (2015)
Texte écrit pour l'exposition ANIMA MUNDI à la Galerie Keller, Zurich, Suisse (21 janvier / 5 mars 2016)
Les œuvres de Jean-Pierre Sergent présentées dans cette exposition sous le titre Anima Mundi, ou l’Âme du Monde, sont de fait des œuvres emmenant le spectateur vers un “centre” universel et transcendant.
L’Anima Mundi étant par définition : la force vitale dans l'Univers manifesté ; les peintures de l’artiste sont en quelque sorte les représentations mêmes de ces énergies-forces que sont les couleurs, la vitalité ou la sexualité. Les sagesses millénaires montrent empiriquement que dans la réalité des choses, il semble qu’il faille régulièrement réensemencer notre monde intérieur ainsi que le Monde en général : La terre, les rivières, la Nature, les cultures (terrestres, ethniques et intellectuelles) etc… pour que l’Humain et le Monde puissent survivre et prospérer.
Ainsi les peintures de l’artiste semblent avoir ce pouvoir “magique”, démiurgique et transcendant. Elle nous font accéder à ces voyages cosmiques, paradoxalement à la fois intimes et universels, effrayants et salutaires, sur les traces des sages philosophes hindous, amérindiens ou même directement dans les lieux imaginaires et paradisiaques décrits par Lucien de Samosate dans ses Voyages extraordinaires :
- "14. Le Banquet, L’Élysée. (…) C'est une prairie délicieuse, environnée d'arbres nombreux, épais, dont le feuillage ombrage les convives couchés sur un tapis de fleurs. (…) En guise de couronnes, les rossignols et l’ensemble des oiseaux musiciens cueillent des fleurs de leur bec dans les prairies voisines et les font neiger sur les convives qu'ils survolent en chantant."
Semblablement, toutes les images proposées ici par l’artiste sont chacune extraites d’une réalité tangible : des fleur de lotus, la Déesse maya de la pluie Ixchel, les crânes de mort aztèques, l’esprit du Jaguar (El Tigre), les femmes asiatiques liées en bondage et en extase sexuelle, les transes chamaniques etc…qui sont toutes des images de rituels existants ou préexistants, ou des scènes de contemplation.
Ces mélanges iconographiques harmonieux ou chaotiques, peuvent, grâce aux couleurs et aux superpositions créées par l’artiste, provoquer et induire des résonances et des émotions qui nous emportent vers ce lieu universel, au sens vrai de l’Anima Mundi, dans un voyage initiatique, imaginaire ou réel, au centre gordien vital de l’Âme du Monde.
Jean-Pierre Sergent, Besançon le 2 décembre 2015
PORNS GRAFFITIS AND SACRED PATTERNS (2015)
Texte écrit pour l'exposition éponyme à la Galerie Art & Context 101, Bâle, Suisse (13 juin / 29 août 2015)
Les graffitis pornos sont très souvent utilisés dans mes peintures comme des points de repères et d'encrages pour signifier la présence de l'animalité de l'Homme (l'attraction de l'homme et de la femme). Ils son toujours, pour la plupart paradoxalement : enfantins et virils, ridicules et fondamentaux, moraux et immoraux, spontanés et éternels... Ils sont la porte secrète de l'âme et de la Libido, les haïkus du désir, l'extase sublimatoire et transcendante. Mais également génériquement et violemment les anti Histoire, Progrès, Esthétiques, doxas, souvenirs et bourgeoisie. Car c'est la présence vitale au cœur pur, les sexes ouverts, offerts, turgescents en travaillants le laborieux désir dans l'harmonieuse Nature... C'est l'homme avant la Culture, avant le temps, avant l'espace. Ils montrent et indiquent la présence jubilatoire orgasmique de l'acte sexuel pleinement assumé...
Ces dessins sont la liberté première de l'être et de son incontrôlable désir devant l'autre sexe désiré. Abruptement, ils sont la vérité, l'oubli, le rêve, la puissance et l'essentiel amour.
À contrario les patterns géométriques s'inscrivent dans la culture esthétique sacrée et tribalement organisée. Ils sont la beauté aboutie formellement, les témoins des structures composant la matière et peut-être le Vide même ! Ils symbolisent l'ordre, la méditation, la tradition et le détachement... Un espèce d'avant goût d'éternité et des temps cycliques démiurges.
Ces mélanges intimement liés d'ordre et de chaos, créent de facto l'image générale plénipotentiaire pertinente de notre Vie, tout simplement.
Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 1 mai 2015
SIMULTANÉÏTÉS, SYNCHRONICITÉS ET CORRESPONDANCES ENTRE LES POÈMES HAÏKUS JAPONAIS ET MES PEINTURES (2015)
Ces petites réflexions me sont venues à posteriori, bien longtemps après avoir réalisé mes peintures avec un mode de travail qui m'est propre et que j'ai développé à New York pendant de nombreuses années ; en lisant ce livre : Haïku, Anthologie du poème court japonais. Dès les premières lignes d'introduction, ainsi qu'en parcourant joyeusement quelques poèmes qui m'ont subjugué, il m'est apparu que mes peintures étaient semblablement organisées et que j'avais depuis plus de vingt ans construit mes peintures à la manière de ces petits poèmes Haïku japonais, toujours constitués de trois vers.
Technique :
En effet de la même façon, les images dans mes peintures sont sérigraphiées en deux ou trois couches superposées au dos des panneaux de Plexiglas. Sans règles strictes, mais en général, ce sont trois couches et chaque image est d'une tonalité de couleur précise et particulière. Successivement sérigraphiées elles sont superposées et la peinture est terminée avec un fond peint à l'acrylique de couleur monochrome qui donne ainsi une tonalité finale à l'œuvre (comme pour les saisons dans les Haïkus). Les thématiques se ressemblent aussi étrangement : le rapport au monde réel, à la Nature, aux moments présents et révélés, à la fugacité de la vie, à la transe, aux esprits, au cosmos.
En voici un exemple :
Le monde
est devenu
un cerisier en fleurs
Par Ryôkan (Japon 1758-1731), in Anthologie du poème court japonais, Corine Atlan et Zéno Bianu, p. 57
Les sujets de ce poème peuvent largement faire penser à cette œuvre de la série des Suites entropiques de 2010 :

Suite Entropique n06, peinture acrylique sur Plexiglas, 2011, 1.40 x 1.40 m
Cette peinture pourrait en effet être déchiffrée dans le langage "Haïku" de la façon suivante :
Océans de fleurs
ceintes de la mer turquoise
la nuit érotisée
Et cette peinture suivante, toujours de la même série :

Suite Entropique n04, peinture acrylique sur Plexiglas, 2011, 1.40 x 1.40 m
Oiseaux virevoltant, 64
la pure conscience -
cosmique, la nuit bleue
Ainsi que cette autre :

Suite Entropique n04, peinture acrylique sur Plexiglas, 2014, 1.40 x 1.40 m
Enceinte rouge sacrée
Chac*, la pluie, les éclairs
jaune primevère
* Chac, est le Dieu maya de la Pluie et des Éclairs
Thémes, mode de penser et de regarder les poésies-peintures :
Bien sûr, l'art n'est qu'émotion pure, donnée et reçue. Encore faut-il avoir l'intelligence et la capacité de donner et de recevoir ! En cela, il est à penser que toutes les sociétés archaïques ayant développé une conscience de soi et de la finitude de la vie en aient été capables. Ceci me semble particulièrement vrai pour la culture japonaise qui grâce à son écriture en Logogrammes ou idéogrammes (mélangeant à la fois l'image et le texte), a semble-t-il pu éviter le piège dans lequel est tombé l'occident, qui oublia l'émotion au cours des siècles ; ceci en grande partie à cause de l'écriture alphabétique, plus ou moins abstraite, donc coupée d'une certaine réalité, de la fange, des vers de terre, du tigre, de la nature, qui ne circulent plus dans la pensée des individus autrement que comme concepts. Cet état de fait crée une sorte de pensée rationnelle analytique dissociant les différentes parties de l'individu et du monde dans lequel il vit. Il faut lire ici, pour mieux comprendre la pensée japonaise animiste et englobante, ce petit passage écrit par Claude Levi-Strauss dans son livre, L'autre face de la Lune :
"Il est encore plus frappant qu'un pays novateur, à l'avant-garde du progrès scientifique et technique, conserve de la révérence envers une pensée animiste qui plonge ses racines dans un passé archaïque. On s'en étonnera moins si l'on note que les croyances et les rites du Shintô procèdent eux-mêmes d'une vision du monde qui refuse toute exclusive. En reconnaissant une essence spirituelle à tous les êtres de l'univers, elle unit nature et surnature, le monde des hommes et celui des animaux et des plantes, et même la matière et la vie."
In L'autre face de la Lune, page 35
Cette pensée archaïque animiste qui englobe et intègre donc, sans les dissocier, l'ensemble de nos expériences humaines, quelles soient sexuelles, spirituelles, profanes etc... et donnant un intérêt à tout, sans hiérarchisation, provoque de facto, comme au regards de mes peintures, une ouverture sur le monde et vers le spirituel donc !
"Si le Haïku est un exercice spirituel, c'est au sens où il approfondit le spritus, c'est à dire le souffle, du monde en nous. Il ne célèbre rien d'autre que le charivari du vivant, sans jamais s'interdire ni l'impertinence ni l'espièglerie."
In Corinne Atlan et Zéno Bianu, op. cit. p. 13
"Le sens d'un haïku se révèle, pour la plupart des cas, dans sa proximité avec d'autres haïkus"
Cette phrase est importante car elle montre bien que même si le poème existe de manière individuelle, il résonne aussi avec d'autres poèmes qui l'accompagnent. Il en est également ainsi pour mes grandes installations murales où les peintures sont présentées assemblées côte à côte et dont les couleurs se répondent de l'une à l'autre, comme dans un opéra ou une symphonie. En voici un exemple :
Suites entropiques 18, installation murale dans l'atelier de 18 peintures sur Plexiglas, mars 2015, 3.15 x 6.30 m
Ce grand mélange, ce grand mic-mac de la Vie, ce grand agitateur cosmique et démiurge présent dans mes œuvres est vraiment l'essence même, la raison et le cœur intransigeant et vital de ma démarche artistique. Car je mélange de façon presque alchimique, physique et incantatoire (comme lors d'un rituel maya, hindou ou shintô) des images à l'outrageante vitalité, aux couleurs vives, aux contenus explicitement sexuels et symboliques, incluant gaillardement à la façon de Rabelais, cet autre poète invincible, des textes obscènes qui jaillissent vers le spectateur. Ces iconographies sont mises en situation, entremêlées de patterns, ou de structures géométriques qui s'interpénètrent biologiquement et qui fusionnent ensemble dans un orgasme vital, une véritable Ode à la Vie...!
C'est mon lac intérieur -
dans l'ombre rôde
un tigre noir
Par Kaneko Tota (Japon 1919), in op. cit. p. 202
Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 3 avril 2015
