NOTES DE BESANÇON [2026], EXTRAITS, FLORILÈGES & MORCEAUX CHOISIS
NOTES DE BESANÇON 2026
D'abord, il y a bien sûr le travail artistique sur les images, la recollection, la récupération, l'assimilation et puis la mise en surface, le design, l'intégration au format dans le rectangle de ratio un sur deux ou dans le carré, de la forme et du contenu esthétique de l'image à sérigraphier. Et puis, il y a ensuite toute la mise en place des images, la confection des films positifs, la découpe des dessins sur films inactiniques, film rouge opaque sur film transparent par le plotter ou dessinés directement sur film acétate. Et puis après, bien évidement le travail très technique et fatigant sur les écrans sérigraphiques et l'impressions de ces images choisies et ensuite tout le travail de tournage et de photographie des œuvres finies et ultimement, l'envoi de toutes ses informations : images, vidéos ou texte sur mon site internet.
Et puis quotidiennement, chaque soir sans exception, je lis, non pas en parallèle car ce n'est pas quelque chose à part mais vraiment consubstantiel à l'énergie de mon travail : il y a donc la lecture. Je lis et découvre émerveillé, des auteurs, des écrivains, des penseurs, des voyageurs dont les idées et les pensées m'interpellent, m'assaillent, me confortent en illuminant et en éclairant certaines voix et choix, certaines energies et façons de présenter le monde dans mon travail avec ses beautés, ses énergies et ses vicissitude que j'ai choisies et que je décide, consciemment ou pas, de présenter et de développer dans celui-ci. Ou parfois aussi, c'est tout autre chose, des mondes, dont j'ignorait la présence ou l'existence, des idées et des concepts dont je n'avait jamais entendu parler et que bien humblement, j'assimile et mets à plat, comme dans un état des lieux socio-politique, ethnique, esthétique ou spirituel, un état des choses… de ses choses qui nous confortent ou nous interpellent avec une envie d'être pleinement conscient et présent à ce monde et à toutes ses diversités…
Voici donc quelques extraits de mes traces de lectures et certaines de mes idée et commentaires sur celles-ci et leurs rapport avec mon travail, qu'elles enrichissent, justifient et expliquent parfois, bien souvent à posteriori… offertes en toute humilité, bonne lecture à tous…
En introduction, préambule et frontispice de ces Notes 2026, voici un bel extrait du très beau livre de Marie-Madeleine Davy : La Nature et sa symbolique, que je lit actuellement et dans lequel, on pourrait très judicieusement interchanger et intervertir pour le besoin de la cause, ici, le mot : 'symboles' par le mot : 'livres'…
« Les symboles sont semblables aux guides spirituels, ils indiquent des chemins, mais c’est à l’homme de marcher. » Initiation à la symbolique romane. P. 8
Jean-Pierre Sergent, atelier de Besançon, le 21 janvier 2026
– INTERVIEW : BENOIT HEILBRUNN "AUJOURDHUI NOUS DÉTENONS ENVIRON 1000 FOI PLUS D'OBJETS QU'AU MOYEN ÂGE", DÉCEMBRE 2025
Au Moyen Âge, un individu rencontrait dans toute sa vie à peu près 200 objets. Aujourd'hui, on en croise 20 000 par jour et on estime que chacun d'entre nous a à peu près 10 000 possessions. Notre culture de consommation, elle s'est construite à partir du XVII siècle, quand justement, autour de Louis XIV, on a inventé l'idée de mode. C'est la première gazette de mode, le 'Mercure galant' et la mode, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce n'est pas lié à une catégorie de produits, c'est simplement l'accélération de la demande, c'est à dire, que l'on va augmenter la fréquence d'achat. Et c'est pour ça, qu'un grand sociologue anglais qui s'appelle Colin Campbell, a montré qu'en fait, notre éthique de la consommation était romantique, au sens que l'être romantique est celui qui va rechercher en permanence de la nouveauté, de la stimulation. Et en fait, on voit qu'aujourd'hui ce désir, cette stimulation qui est entretenue par le par le capitalisme, elle rencontre des limites planétaires, celle de l'écologie. Et là on est face à une aporie.
– CONFÉRENCE : "DONNONS-NOUS LA CHANCE À L'AILLEURS ?" | AURÉLIEN BARRAU, ASTROPHYSICIEN ET PHILOSOPHE | ACADÉMIE DU CLIMAT, 15 JANVIER 2026
Est-ce que nous donnons sa chance à l'ailleurs ? Je crois que c'est la seule question qui vaille. J'ai un doctorat de philosophie et pendant toutes ces études, durant neuf ans, je n'ai pas lu un seul auteur non blanc. Je n'ai pas aperçu une idée de Chine, du Moyen-Orient, d'Afrique, d'Océanie ou amérindienne. Ne sommes nous pas fatigués de tourner en boucle dans l'orgie agonisante de notre seule culture ? Et je ne parle pas de cette horrible catégorisation, mi condescendante, mi ignorante de "littérature du monde", à moins qu'il faille en conclure que la notre soit immonde. J'adore la musique classique, mais je n'en peux plus de voir la 13 millième version des Variations Goldberg sortir dans les bacs, alors que nous n'avons pour la plupart du temps, pas la moindre idée des sonorités ou des rythmes inventés par celles et ceux, qui n'appartiennent pas à la civilisation la plus meurtrière de l'histoire, la nôtre donc (l'Occident). Ici, je ne vous parle pas de divertissement culturel, je vous parle d'effraction dans la matrice de l'Empire, le casse du millénaire, sans haine, sans armes ni violence. Plus que d'autres sons, d'autres mots, d'autres valeurs ; ce sont d'autres désirs, d'autres manières d'être au monde qui se jouent ici, d'autres façons d'entendre et d'aimer. Voilà le seul geste important me semble t-il, regarder ailleurs, avec humilité, pour apprendre et non pour enseigner. Nous sommes ceux qui ont échoué. Nous n'avons aucune leçon à donner.
– INTERVIEW : AURÉLIEN BARRAU, ASTROPHYSICIEN ET PHILOSOPHE : "LES VRAIS RÉSISTANTS SONT TOUJOURS VUS COMME DES TRAÎTRES DANS LE MOMENT DE LEUR RÉSISTANCE." | SONIA DEVILLERS, FRANCE INTER, 26 JANVIER 2026
AURÉLIEN BARRAU : - Il ne suffit pas de bifurcations écologiques ou de quelques discours antibellicistes qui sont évidement nécessaires, mais qui ne suffisent pas. Parce qu'en ce temps de catastrophe, qu'il s'agisse d'écologie mais aussi de géostratégie, mis aussi de résurgence du spectre du fascisme qui est moins exsangue qu'il ne le fut jamais, et bien, l'ampleur du geste nécessaire, ne peut être compris par nos pairs, par nos amis, par nos familles, que comme une trahison. Parce que nous avons été biberonnés à l'idée qu'il faut penser pour nos alliés, pour notre pays, pour notre communauté, pour notre environnement et notre microcosmos. Or, il faut penser plus grand aujourd'hui. Il faut penser les autres humains, ceux qui sont en ce moment réifier et bombardés. Il faut penser les autres vivants, ceux qui sont totalement ignorés et martyrisés. Et ça, ça sera forcément compris, dans l'instant, comme une trahison. Parce que les vrais résistants sont toujours vus comme des traîtres dans le moment de leur résistance.
SD : - Est-ce que vous, vous éprouvez Aurélien Barrau, la même honte et la même nausée que Grothendieck ?
A. B. : - Je vais mal, oui. Je peux attester que l'indifférence de la communauté scientifique aux grands malheurs de son temps est radicale. Pour Grothendieck, je le cite cela vaut "complicité". Le mot est lourd, mais le mot est fort. Et je suis assez atterré par cette espèce de suivisme, cette inertie, cette conviction de beaucoup de mes collègues d'être intrinsèquement dans le camp du bien, alors que comprendre les questions qui dérangent, alors que faire face aux atrocités indicibles que les gouvernements occidentaux sont en train, aujourd'hui, de soutenir ne les intéresse absolument pas.
– INTERVIEW : "AURÉLIEN BARRAU, L’EMPÊCHEUR DE PENSER EN ROND" | 28 MN, ARTE | 26 JANVIER 2026
L’astrophysicien Aurélien Barrau, spécialiste des trous noirs, publie "Trahir par fidélité. Contre la fin du monde, avec Alexander Grothendieck", ouvrage dans lequel il met en résonance "les propositions politiques et philosophiques" du mathématicien Alexander Grothendieck, avec "ses propres préoccupations".
On ne combat pas le fascisme avec un contre fascisme. On combat le fascisme avec l'intelligence de la subtilité. Je ne veux pas être aussi bête que Trump pour m'opposer à Trump. Je suis désolé mais Grothendieck (mathématicien français) au Vietnam se rend compte que les bombes qui sont en train de tuer les populations civiles ne sont pas faites dans les champs à côté. Elles sont faites par le complexe-militaro industriel, y compris grâce au savoir scientifique. Ne pas voir cette vérité, c'est contribuer à mentir. Je ne veux pas contrer les mensonges de Trump avec d'autres mensonges. Aujourd'hui, le vrai problème qui nous mène dans le mur, qui nous mène dans le gouffre, qui détruit les humains colonisés et invisibilisés d'une part, et les vivants non-humains d'autre part, ce n'est pas le manque de sciences, c'est le manque d'amour, c'est le manque de poésie, c'est le manque de compassion et c'est le manque d'interrogation sur ce que nous voulons vraiment. La question n'est pas quel monde pouvons nous habiter ? Ça c'est les problèmes des croissances, des limites, etc. La question est quel monde voulons nous habiter ?
– INTERVIEW : "86 PRINTEMPS", JEAN-LUC GODARD PAR JEAN-BAPTISTE THORET, 2017
- 5:44 - 6:28 - Le cinéma actuel, oui c'est ça, le language commun mais qui est faussé. C'est comme un enfant, qui même quand il a grandit et vu comment il a été élevé et a ressenti tout ce qui existe aujourd'hui… Comment il l'a reçu mais qui n'a jamais pu en faire l'expérience, qui n'a jamais pu parler sa langue, si j'ose dire ! Et même au niveau des peuples, ou comme ça… Hannah Arendt, remarquait, que quoi qu'il arrive, pour elle, quoi qu'il lui soit arrivé, la langue allemande était sa seule langue.
31:48 - 32;53 À cette époque, quand il a fallu faire un troisième ou quatrième film, pour le Mépris, car il y avait un côté comme ça… c'est venu comme ça, on va faire et on va prendre le contre-pieds de ce qui se faisait et faire ce qui ne se faisait pas. Car il y avait toujours des éloges, des héros… ou alors des suppliciés, des trucs comme ça… Donc faisons ça autrement !
– CONFÉRENCE : JIDDU KRISHNAMURTI "SUR LE SEXE | QUESTION N° 5" | RÉUNION DE QUESTIONS-RÉPONSES N° 3 | SANEN, SUISSE, 25 JUILLET 1980
- « Je maintiens que la Vérité est un terrain sans chemin, et que vous ne pouvez vous en approcher par aucun chemin, par aucune religion, par aucune secte. »
- « Ne suivez aucune autorité. L'autorité est mauvaise. L'autorité détruit, l'autorité pervertit, l'autorité corrompt. [...] Vous ne trouverez jamais rien à travers l'autorité. Vous devez être libre de toute autorité pour trouver la réalité. C'est l'une des choses les plus difficiles que d'être libre de toute autorité, tant extérieure qu'intérieure. »
Question n° 5 : Pourquoi le sexe joue-t-il un rôle si important dans la vie de chacun dans le monde ?
Jiddu Krishnamurti - Il existe une philosophie particulière, surtout en Inde, appelée Tantra, dont une partie encourage le sexe. Ils disent que c'est par le sexe que l'on atteint le Nirvana. On encourage le sexe pour que l'on aille au-delà, mais on n'y parvient jamais. Pourquoi le sexe est-il devenu si important dans notre vie ? Il l'a toujours été, pas seulement à l'époque actuelle. Pourquoi le sexe est-il si profondément ancré dans l'homme ? Je ne parle pas ici de la procréation. Pourquoi ? Probablement parce que c'est le plus grand plaisir qu'un être humain puisse connaître. La recherche de ce plaisir engendre toutes sortes de complications ; des volumes entiers ont été écrits pour expliquer ces complications psychologiques. Mais les auteurs ne se sont jamais demandé pourquoi les êtres humains ont accordé une importance aussi extrême à cette chose dans leur vie.
Notre vie est en proie à des troubles, c'est une lutte constante, sans rien d'original, rien de créatif - j'utilise le mot « créatif » avec beaucoup de prudence. Le peintre, l'architecte, le sculpteur sur bois peuvent dire qu'ils sont créatifs. La femme qui cuit le pain dans la cuisine est considérée comme créative. Et le sexe, dit-on, est également créatif. Alors, qu'est-ce que la créativité ? Les peintres, les musiciens et les chanteurs indiens, avec leur dévotion, disent que leur art est un acte de création. Est-ce vrai ? Vous avez accepté Picasso comme un grand peintre, un grand créateur, qui met un nez sur trois visages, ou quoi qu'il fasse. Je ne le nie pas et je ne le dénigre pas, je le souligne simplement. C'est ce qu'on appelle la création.
Mais est-ce que tout cela est de la créativité ? Ou la créativité est-elle quelque chose de totalement différent ? Vous voyez l'expression de la créativité dans une peinture, dans un poème, dans la prose, dans une statue, dans la musique. Elle s'exprime selon le talent d'un homme, sa capacité, grande ou petite ; cela peut être du rock moderne ou Bach – je suis désolé de comparer les deux ! – ils sont tout à fait incomparables.
Nous, les êtres humains, avons accepté tout cela comme étant créatif parce que cela apporte la renommée, l'argent, la position sociale. Mais je pose la question : est-ce de la créativité ? Peut-il y avoir création, au sens le plus profond du mot, tant qu'il y a de l'égotisme, tant qu'il y a la recherche du succès, de l'argent et de la reconnaissance – pour satisfaire le marché ? Ne soyez pas d'accord avec moi, s'il vous plaît. Je ne fais que souligner. Je ne dis pas que je connais la créativité et que vous ne la connaissez pas ; je ne dis pas cela.
Je dis que nous ne remettons jamais ces choses en question. Je dis qu'il existe un état où il y a création et où il n'y a pas d'ombre du moi. C'est la vraie création ; elle n'a pas besoin d'expression, elle n'a pas besoin d'épanouissement personnel ; c'est la création. Peut-être que le sexe est considéré comme créatif et est devenu important parce que tout ce qui nous entoure est circonscrit, le travail, le bureau, aller à l'église, suivre un philosophe, un gourou. Tout cela nous a privés de liberté et, de plus, nous ne sommes pas libres de notre propre connaissance ; elle est toujours avec nous, dans le passé.
Nous sommes donc privés de liberté à l'extérieur et à l'intérieur ; génération après génération, on nous a dit quoi faire. Et la réaction à cela est : je ferai ce que je veux, ce qui est également limité, basé sur le plaisir, le désir, la capacité. Ainsi, là où il n'y a pas de liberté, ni extérieurement ni intérieurement, surtout intérieurement, il ne nous reste qu'une seule chose, et c'est ce qu'on appelle le sexe. Pourquoi lui accordons-nous de l'importance ? Accordez-vous autant d'importance au fait d'être libre de la peur ? Non. Consacrez-vous autant d'énergie, de vitalité et de réflexion à mettre fin à la souffrance ? Non. Pourquoi ? Pourquoi seulement au sexe ?
Parce que c'est la chose la plus facile à obtenir ; les autres exigent toute votre énergie, qui ne peut venir que lorsque vous êtes libre. Il est donc naturel que les êtres humains à travers le monde aient accordé une importance considérable à cette chose dans leur vie. Et lorsque vous accordez une importance considérable à quelque chose qui n'est qu'une partie de la vie, vous vous détruisez vous-même. La vie est un tout, pas seulement une partie.
Si vous accordez de l'importance à l'ensemble, alors le sexe devient plus ou moins sans importance. Les moines et tous ceux qui ont renoncé au sexe ont tourné leur énergie vers Dieu, mais cette chose bouillonne en eux, la nature ne peut être réprimée. Mais lorsque vous accordez toute l'importance à cette chose, alors vous êtes corrompu.
– LIVRE : "L'HOMME INTÉRIEUR ET SES MÉTAMORPHOSE & UN ITINÉRAIRE", MARIE-MADELEINE DAVY [COLLECTION : 'SPIRITUALITÉS VIVANTES']
Voici un livre vraiment magnifique, merveilleux, surprenant et inattendu même car je l'ai lu pratiquement entièrement avec grand interêt et une curiosité inassouvissable. J'y ai appris et rencontré certaines choses que je ne connaissais pas encore au sujet des démarches, pratiques, espérances et réalisations spirituelles de l'homme, dans l'histoire en Orient ainsi qu'en Occident. Et j'ai beaucoup aimé les descriptions nombreuses des experiences personnelles et intimes de l'auteure face à sa mort ou à sa maladie. J'aimerais en scanner beaucoup plus de passage mais ce serait beaucoup trop long et fastidieux, alors voici quelques extraits et je ne peux que vous conseiller et recommander la lecture attentionnée de ce livre, c'est une source de lessons, d'émotions et d'apprentissages intimes et bouleversantes, bravo !
UN ITINÉRAIRE
"Qui a pensé dans la plus grande profondeur
Aime ce qu’il y a de plus vivant."
Hölderlin, P. 9
L'HOMME INTÉRIEUR ET SON ÉVOLUTION
L’homme est un mystère car il est « une synthèse de fini et d’infini. » Qu'est-ce que l’homme ? Ôu encore qu’est-ce que l’existant ? À cette question Kierkegaard répond : « L’homme est une synthèse d'infini et de fini, de temporel et d’éternel, de liberté et de nécessité, bref une synthèse. » En fait, la, perfection de Ja synthèse est à réaliser, elle est l’œuvre de l’homme dans la mesure où elle constitue une réponse. P. 19Le mystère de leur dépouillement n’est connu que de Dieu. De tels êtres ne souffrent pas de leur solitude affective car ils se sufisent davantage par plénitude que par indigence, leur disent davantage par plénitude que par indigence. Leur vie se déroule au-dedans er leur amour se déploie sur chaque être rencontré avec une douce tendresse ; ils ne sont pas frustrés mais accomplis. […]
L'HOMME INTÉRIEUR ET L'ÉROS
En Occident, à l’époque où l’on semble dans les milieux religieux découvrir l’homme et la fraternité humaine (bien longtemps après l'Incarnation du Christ), où la femme et l’amour se présentent comme une révélation après des siècles de misogynie (c’est un peu tardif !), le thème de l’homme intérieur et de l''éros' se pose en termes, neufs, le besoin d'authenticité, le refus de l'hypocrisie permettent aujourd’hui à l’homme d’être lui-mène. Qu'on le récuse ou qu'on l'admette, Freud a déblayé une voie, lui et ses successeurs ont obligé les hommes à une vision nouvelle. Si le sexe n’avait
pas été un sujet tabou durant ce qu'on a nommé, à tort d’ailleurs, une civilisation chrétienne, on n'assisterait pas aujourd’hui à l’explosion d'un érotisme exhibitionniste. P. 52, 53
LE DÉMON DE MIDI
C'est ce dur labeur qu’évoque le poste Armande Loup, en écrivant : « Pour chercher la terre vivante, je laboure avec mes mains. »
Le vent ne souffle plus et l’homme spirituel se sent abandonné au point qu’il peut douter du sens de sa démarche. Ne serait-elle pas une illusion, un refuge ? Il cesse le combat, sans deviner que ceux qui ne l'attaquent plus se réjouissent de sa négligence. Tout paraît suspendu. A la somnolence succède le sommeil plus intérieur que physiologique ; par manque d’air l’homme intérieur éprouve une asphyxie. Le souffle dont il éprouvait auparavant la présence s’est arrêté.C'est à ce cet instant crucial qu’il lui devient possible de percevoir le chant des sirènes ou celui des cigales, ce sont les voix du dehors et du dedans qui lui conseillent d’abandonner sa course ; ces chants peuvent le séduire et le retenir définitivement en lui faisant oublier son cheminement initial. P. 79
LES NOURRITURES DE L'HOMME INTÉRIEUR
L’important dans la lecture des Écritures sacrées est de se mettre en contact avec une Présence : celle de la lumière immédiate, Se situant dans l’instant, cette Présence engendre une expérience. Ainsi la présence se situe au présent. En même temps elle comporte une compréhension plus lucide déterminant une nouvelle naissance et un nouvel amour. […]
LE MAÎTRE SPIRITUEL ET LE DISCIPLE
Ainsi le voyageur du dedans souhaiterait avoir un guide possédant l'expérience de l'intériorité, sans jeu, sans compromission ; un guru doué d’un discernement incisif pour lui-même et pour autrui, ce qui est sans doute une qualité fort rare. L’important n’est pas de rencontrer « celui qui cherche sa voie dans de multiples pratiques d’ascèse et de dévotion, dans la continuelle récitation de mantras ou de prières, dans les pèlerinages… dans le compte intéressé de ses mérites et de ses actions, mais celui qui aura senti un jour le vertige de l’Absolu, de l'engouffrement au-dedans, qui de son œil spirituel, aura plongé en son tréfonds, et là dans l’expérience suprême et ineffable. » P. 92, 93Un homme libéré ne rentre pas dans les catégories morales et métaphysiques de celui qui se tient encore dans un état d’esclavage. C’est pourquoi tout homme étant passé par une expérience libératrice échappe à toutes les catégories des jugements habituels. Sa générosité est illimitée car elle provient d’une infinie compassion. Toutefois, quand le disciple est déconcerté il peut et doit s’en ouvrir à son maître, sinon sa démarche intérieure subira un blocage. P. 97
LE YOGA
L'art du yoga peut se présenter comme l’art de la décréation. Toute pratique du yoga qui ne serait pas conduite par une recherche de libération serait—il nous semble—un pseudo-yoga. P. 113« L’Ange de la Mort qui descend vers l'homme pour séparer l'âme du corps est entièrement couvert d’yeux… ]e pense que cessant lui sont pas destinés. Il arrive que l'Ange de la Mort s'aperçoit qu'il est venu trop tôt, que le terme de l’homme n'est pas encore échu : il n'emporte pas alors son âme, il ne se montre pas d'elle ; mais il laisse à l'homme une des nombreuse paires d'yeux dont son corps est couvert. » Crestoy
LE VIDE
« Si le sentiment et la connaissance nue de ton être propre étaient détruits, tous les aunes obstacles le seraient du même coup. » Le Nuage de l'inconnaisance
Durant la nuit, c'est-à-dire jusqu’à 5 heures du marin, je suis entourée par deux ou trois médecins. J'entends ce qu’ils disent. Je ne me préoccupe de rien, m’abandonne avec une totale confiance. À l’instant où la voiture s’engouffrait dans l’hôpital, j’ai perçu en moi cette phrase d’un 'Psaume' : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ? »
Je me sentais comme un être humain devant la mort, partageant totalement la condition de n'importe quel autre homme. L’instruction, le savoir, la connaissance, la religion, ma recherche d'ordre spirituel, l’enseignement que j’avais pu donner ou recevoir, tout cela m’apparaissait réduit à néant, donc rigoureusement sans importance. La seule chose qui me semblait certaine était la vanité de l'existence humaine qui pour moi s’achevait. Ce qui s’imposait, c’était de toute évidence la fragilité de l’homme, sa pauvreté, sa précarité. sa nudité.
J’ai pensé que le chant de la mort était celui de la nudité. D'où l'évocation de la 'Cantate de la nudité' de Tauler, mais il m’était difficile de me souvenir des paroles du texte, sinon de cette phrase :« Je suis réduit à rien ; qui s’est dépouillé ne peut plus avoir de souci. »
Je savais seulement que la nudité résultant du non-attachement devait être mon état et était mon état. Dans cette nudité ma vie s'effaçait, plus de souvenirs, aucun regret, pas d’inquiétude, pas de désir. Cette nudité se manifestait par une totale indifférence. Ni la vie ni la mort ne m’importaient. J'avais l’impression que l’humanité est une et que je disparaissais en tant qu’un des multiples échantillons de cette humanité. J’étais l’homme tout en étant un homme. Dans le déroulement de mon attitude intérieure s'imposait une non-différenciation. J’ai pensé au texte de Paul : « ni homme ni femme, ni Grec ni Juif ». Toute distinction survenant par le sexe, la religion, la race était pour moi totalement privée de contenu. P. 201, 202
Quand le Christ conseille à ceux qui jeûnent de parfumer leur tête, cela signifie qu'ils ne doivent pas attirer l'attention sur eux et provoquer l’admiration. Les fols en Christ avaient l’avantage de retenir le mépris. l’ironie, les sarcasmes. Provoquer l’admiration ou le mépris, c’est d’ailleurs la même chose, il n’y a aucune difference entre l’estime et le mépris. Car l’estime n'est valable que dans la mesure où celui qui donne son estime sait ce que cela signifie, sinon un tel sentiment est comparable à un morceau de sucre inondé, qui fond. L’eau sucrée et douceâtre et ne désaltère pas. Quant au mépris ou à l’injure, si on en est l’objet, il convient
de les laisser couler telle la pluie sur une vitre ; y penser serait de l'enfantillage. Le vide ne retient ne la louange ni l'injure. Mourir dans l’estime ou la déréliction n’apporte aucune différenciation. La mort arrache les masques, elle dénude. Et le visage débarrassé de ses oripeaux est toujours celui d'un pauvre homme.
Je m’éprouvais comme privée d'avant et d’après. Entre les deux, le vide, l’insouciance totale. Ce vide m'absorbait, j’étais plongée en lui. Tout d’abord je l’ai ressenti du dehors, il pénétrait par ma bouche, mon nez, mes oreilles. Ce vide était comparable à l’eau entrant par les orifices de quelqu’un qui se noie. Puis j'ai compris que ce vide était en moi-même et s’unissait au vide qu’il rencontrait à l’extérieur. Enfin, il m’a semblé que ce vide provenait uniquement du dedans et sortait au-dehors par tous les pores de ma peau. Sensation étrange engendrant un calme indescriptible. Ce vide était privé de nom ; si j’avais voulu lui en donner un, je l'aurais appelé : tisserand, un tisseur d'extases, Vide et extase étant équivalents.
La bonne conscience n’existe pas devant la mort, la mauvaise conscience non plus. Seulement le vide. La mâchoire du mourant ne saurait, mordre ni les mains retenir. La sortie du temps supprime le mouvement, rien ne se présente ; le cours du fleuve est interrompu. le courant ne passe plus. Les signes de révérence peuvent inquiéter, en Orient comme en Occident, quand ils s’adressent nommément à une personne. Beaucoup domines et de femmes aiment l'idolâtrie, pourquoi les en priver si cela leur permet de vivre comme une tasse de thé à 17 heures, un parfum de Dior ou un cigare ? P. 203, 204
De même la distinction du beau et du laid, découle de la distinction du bien et du mai ; c’est ainsi que l’être unifié découvre la beauté car il se tient dans la beauté, tel celui qui centré dans son soleil ne distinguerait que rayons de soleil. […]
Quiconque a pénétré dans le vide de son fond secret habite son désert intérieur dans lequel l’Éternel conduit et parle au cœur de l’homme en lui révélant sa beauté. C’est à travers elle que la beauté « seconde », pourrait-on dires, se découvre.
Toutefois dans le vide il n’existe aucune distinction, aucun nom n'est donné. Distinguer et nommer du silence signifierait une distance. Le seul langage du vide, est celui du silence. P. 248LE SILENCE
« Le silence est le mystère du monde futur.
La parole est l’organe du monde présent. »
Isaac le Syrien
La seule voie conduisant à la réalité suprême est celle du silence. Telle est ma conviction après avoir beaucoup lu, médité, réfléchi, conversé avec des hommes et des femmes en Extrême-Orient, Orient et Occident. Découvrir cette voie du silence, et plus encore s’y fixer, désigne la démarche de l’homme en quête de sa libération, qu’il soit chrétien ou non chrétien. P. 249
Il est sans doute très difficile, pour un Occidental, de comprendre la variété des silences et la profondeur du véritable silence, et cela pour plusieurs raisons. Le plus souvent, l’Occidental se place à un niveau intellectuel : ce qu’il dit n'est pas le fruit d’une expérience personnelle, il se réfère à des lectures et celles-ci, demeurent dans sa mémoire sans pour autant accéder à son cœur.
Lors de mes séjours en Inde, ce qui ma bouleversée, c’est la facilité avec laquelle les hindous parvenaient à se dégager de l’extérieur pour s’intérioriser. Il est évident qu’une certaine lenteur, un calme appartenant aux races orientales favorisent la vie intérieure. Par contre, la nervosité des Occidentaux survoltés, des Européens — disons même des Français en particulier— est un écueil difficile à surmonter. P. 251
La vanité qui tenterait de gonfler le secret et de le promulguer à l’extérieur romprait par là même le silence. De même les désirs se projetant devant soi briseraient le silence qui se déploie uniquement dans l’instant. Ainsi le silence rend le moi fluide et dissout lentement l'ego.
Mais l'ego risque de vouloir se justifier en se revêtant d’un masque plus ou moins épais. C’est pourquoi, en
Occident, la personne prend une place si importante. La personne veut normalement s’affirmer dans le temps et après la mort physique dans l’au-delà ; c’est une sorte de revendication qui ne tolère aucune opposition. P. 255
Cependant il convient, au départ d’un tel cheminement, de répéter cette affirmation pour en saisir la réalité profonde. Le silence exprime le vide ; le vide est silencieux. Ce vide est expérimenté comme un creux, une ouverture vers… une capacité de… Un tel vide évoque la Mère divine, toujours vierge et toujours mère. Dans la mesure où ce vide embrasse la mort, la vie est aspirée dans ses plus secrètes énergies, vie et mort se relient.
L’approche silencieuse du Mystère s'accomplit avec des points de départ différents suivant les religions et les divers mouvements de recherche. Les hommes, indépendamment de leur origine, sont toujours tentés de se fixer à un niveau psychologique ; tant qu’ils n’arrivent pas à le dépasser, le véritable silence leur échappe. Par ailleurs, le renoncement est obligatoire pour pénétrer dans un état de silence. Le terme de « renoncement » n’est pas juste, car comment pourrait-on renoncer « à ce qui passe comme l’herbe des champs », on ne renonce pas à ce qui perpétuellement se néantise. Le non-attachement continuel favorise le dégagement ; le piège le plus subtil serait de renoncer à la parodie de ses moi et de s’attacher au moi profond quand il est découvert. Tout chercheur risque d’être idolâtre. L’idole peut concerner un dieu, soi-même ou autrui ; toute dualité peut d’ailleurs s’affirmer en provoquant des coagulations. Le dépassement de l’idolâtrie exige une longue patience et surtout une perpétuelle lucidité. P. 261
AU-DELÀ DE DIEU
« On ne peut pas dire de Dieu qu'il
existe, car en disant "Dieu existe",
on le perd immédiatement. »
Chestov P. 272
Il est d’abord nécessaire que le temple de l’homme soit vide, vide des moi, vide de tout ce qui appartient à la création. « Quand le vide s’est ainsi fait, Dieu peut ainsi s’unir à la 'scintilla animae' (l’étincelle de l’âme), en quoi il se retrouve. Non pas avec ses attributs. Non pas même en tant que Dieu trinitaire, mais au-delà, antérieur à la diffusion des Personnes — puisque nous n'avons pour traduire ces mystères que nos catégories intellectuelles et notre pauvre langage humain — c’est la "déité", le "fond" (Grunt), l’Un sans mode. » P. 283AU-DELÀ DE L’HOMME
« Celui qui va jusqu'au bout de son
cœur connaît sa nature d’homme.
Connaître sa nature d’homme c’est alors
connaître le ciel. » Mencius, P. 289
De toute manière, soyons rassurés, la vertu n'est pas contagieuse comme la médiocrité. L’homme à la recherche de la voie intérieure possède le privilège de se sentir libre et d'accorder à autrui une totale liberté. P. 293
Par la recherche de l'intériorité, l’homme aboutit
normalement à la transfiguration. Or la transfiguration se produit dans l’homme avant de se réaliser dans l’univers. « La transfiguration… déréalise toute forme. », écrit Raymond Abellio. En passant par le vide, la totale nudité, l'homme se « déréalise », ce qui signifie qu’il se perd, du moins d’une certaine manière. Il n’existe pas de 'transfiguration sans mort préalable' : « Le royaume de Dieu n’est pour personne, si ce n’est pour celui qui est entièrement mort. » L'important sera donc de savoir comment mourir.
C’est parce que l’Amour et le moi ne vont pas ensemble que le moi doit mourir. « L’Amour déteste le moi, car le moi est une chose mortelle », écrit Jacob Boehme. « L’Amour possède le Ciel et réside en soi-même. » Mourir c’est donc détruire entièrement le moi au profit de l’unité. […]
Mais il ne faut pas se faire d’illusion, le véritable vide, le 'vide du vide', est rarement atteint. Les Tibétains énumèrent dix-huit sortes de vide, il importe donc de passer successivement par eux pour arriver au rien qui est inconcevable. C’est pourquoi il est dit à propos du Tao, dans la philosophie chinoise : « Le 'Tao' qu’on ne peut nommer, car si on le nommait, il ne serait plus le Tao. »
Éprouver la présence du vide et sa réalité permet de s'acheminer lentement vers la béatitude qu'il procure. Mais la béatitude elle-même doit être dépassée pour que le vide soit absolu, c’est-à-dire rigoureusement pur en tant que parfaite vacuité. S'attacher au vide serait le supprimer. L'expérience sensible s’efface obligatoirement en faveur de l’expérience subtile. D’où la nécessité de se situer au-delà de ce qui s'apparente à la félicité . […] Avec le « vide de l’égalité » (samâna*), débute l’ « illumination cosmique » ; le temps, la durée, la mort sont dépassés, le sujet devient présent à l'univers et parvient au « vide supramental » ; celui-ci lui procure un état d'impassibilité. Ainsi l’univers se dérobe sous ses yeux, il n’est plus tenté d’intervenir dans son mouvement par ses différentes actions. Ce déroulement apparaît comparable à un spectacle dans lequel le sujet n’a aucun rôle actif à tenir. Le temporel est dépassé, et c’est parce qu’il est totalement dépassé — on pourrait ici parler de décréation — que peut jaillir la « vibration de l'ineffable réalité ». P. 298 - 300
– PETIT INTERVIEW : QUELQUES MOTS SUR LA NOTION DE BONHEUR PAR UNE FEMME NAMIBIENNE DE LA TRIBU AFRICAINE OMUHIMBA, KATJIIKUA, NAMIBIE | TWITER | 27 JANVIER 2026
« Je suis très heureuse quand il pleut, quand je bois du lait et que j'ai une belle vie. Quand je prends du poids. Je suis mince maintenant. Quand il pleut, je suis très heureuse. Quand je bois du lait et que je mange tout ce que j'aime. Et quand je dors avec l'homme que j'aime et qu'il me dit des mots doux. Et quand je suis dans une belle hutte qui me protège du froid et de la pluie. Ce sont ces choses qui me rendent heureuse... » Éclats de rires...
J'ai visionné l'autre jour sur Twitter ce très bel interview d'une femme de la tribu africaine Omuhimba et, en voyant son visage épanouis, rayonnant et radieux nous parlant de ces choses simples de la vie, je me suis fait les réflexions suivante : si nous posions aujourd'hui, la même question de ce qui rend les gens heureux, ils nous répondraient tous, sans aucun doute en occident : d'aller visiter et faire un voyage à l'autre bout du monde pour aller skier en étant déposer en helicopter sur une montagne inviolée russe, mongolienne ou du Pôle Nord (où jamais personne n'est jamais venu), de s'acheter une belle pair de basket "à la mode" ou d'aller plonger aux Maldives ou à Tahiti, ou l'eau est tellement pure, transparente et inviolée là-bas ! ou même d'acheter une nouvelle voiture etc.
Enfin bref, vous avez compris, nous somme définitivement sortis des choses simples, signifiantes et essentielles et nous vivons dans les désillusions matérielles et évanescentes des paradis et des simplicités perdus…
– ÉMISSION TV : "POURQUOI", JEAN-MARIE GUSTAVE LE CLEZIO, LA GRANDE LIBRAIRIE, MERCREDI 28 JANVIER 2026
Pourquoi ne lit-on plus autant David Copperfield aujourd'hui ? Pourquoi ne parle-t-on pas des sans abris qui dorment dans la rue à Paris ? Pourquoi accepte-t-on que les gens, femmes, hommes, enfants aussi n'aient comme maison que les tentes Quechua, sous les ponts a coté du Louvre, ou sous les piliers du métro aérien à Jaurès ? Comment passer devant eux sans les voir, comme si c'était normal, comme si c'était inévitable ? Pourquoi chercher des mots pour justifier ce qui indigne ? Pourquoi dit-on que la mort des enfants est inévitable ? qu'elle est un prix à payer pour triompher du mal ? Est-ce que la mort de Hind Rajab, six ans, assassinée à Gaza par les mitrailleuses de l'armée israélienne venge la mort des jeunes assassinés par les terroristes de l'autre côté de la frontière ? Est-ce que la guerre, toutes les guerres ne sont pas des crimes ? Est-ce que la main qui guide le drone, le regard qui dirige le missile sur une cible civile ne sont pas criminels ? Est-ce que la faim qui ronge et qui fait gonfler le ventre des bébés, qui teint leurs cheveux de roux, qui éteint la lumière vacillante de leurs yeux, est ce qu'elle n'est pas un crime de guerre ? Pourquoi fait-on comme si le Voyage au bout de la nuit n'avait jamais été écrit ? Pourquoi détourne-t-on les yeux pour voir autre chose, pour penser à autre chose, pour continuer à danser et à rire, pourquoi cherche-t-on les signaux de l'amour, pourquoi préfère-t-on les images du bonheur ? Pourquoi le jury du prix Nobel n'a pas récompensé la marocaine Aïcha Ech-Chemna qui s'est occupée des filles perdues ? Comment oublier ce qu'il y a très loin, et même ce qui est à côté, dans la rue, au carrefour, dans l'escalier de l'immeuble, dans la cour au milieu des voitures arrêtées, cachés sous des cartons, enveloppés dans des tarpaulins, emmaillotée de haillons, avec juste cette ouverture par où passe l'étincelle brûlée d'un regard ? Pourquoi ne parle-t-on pas d'Averroès et d'Avicenne dans les écoles françaises ? Pourquoi ne fait-on pas lire le poème de Hwang Ji-U sur la guerre de Corée, Matricule 104, "Toi qui n'as pas de nom, comment t'oublier, toi qui n'as pas de nom… toi, toi." (Je suis toi, 1987)
– ÉMISSION RADIO : "AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA GÉOMÉTRIE" POUR STANISLAS DEHAENE, LE GRAND ENTRETIEN, MARION L'HOUR, FRANCE INTER, 07 FEVRIER 2026
L'invité du Grand Entretien est Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l'Académie des sciences, il préside le Conseil scientifique de l'éducation nationale. Il publie "Le Rectangle de Lascaux".
Dans son livre, le professeur revient 1,8 millions d'année en arrière et prouve que "dès cette époque, il y a une attention particulière apportée à la symétrie" notamment avec la création de biface, des "pierres sculptés très symétriques".
Ces êtres humains (Hommes préhistoriques) "créent des sphères, ils passent des heures à sculpter dans la pierre, ça veut dire que qu'ils ont déjà l'idée de la symétrie avant de commencer à sculpter". C'est à ce moment que commence l'expansion du cerveau et notamment du cortex préfrontal selon le scientifique.
Ces symboles, ces signes géométriques sont un peu la face cachée de la préhistoire. Il y en a énormément, par exemple, à Lascaux, il y a plus de 400 signes géométriques ! Et on ne les montre pas tellement, parce qu'ils sont, Ils ont l'air simples mais en fait, je pense et Je le déploie dans ma thèse, que c'est vraiment le fondement de l'humanité. Au début de l'humanité, ce n'est pas le Verbe, au début de l'humanité, au commencement, était la géométrie.Les animaux connaissent les mathématiques
"Toutes les espèces animales ont au moins deux talents en mathématiques, le sens du nombre et le sens de l'espace", affirme Stanislas Dehaene.
Chez les êtres humain, "il y a quelque chose de particulier, c'est la capacité de composition de ses idées. Nous partons des mêmes idées primitives mais nous sommes capables de les composer pour former des figures complexes et à l'infini".
Les êtres humains sont extrêmement sensible à la régularité. On est plus sensible à la détection d'un carré carré qu'à un quadrilatère quelconque…
Les humains semblent irrésistiblement attirés par la géométrie et on a découvert que la simple vue d'un carré, chez L'homme mais pas chez les autres animaux, déploie se réseau de mathématique.
- M. L'H : Et d'ailleurs, nous sommes la seule espèce à dessiner, ça c'est la preuve ? [...]
- On ne fait pas assez attention au caractère abstrait du dessin d'enfant mais les enfants déploient exactement ce langage de la géométrie.
– LIVRE : "L'EXPÉRIENCE INTÉRIEURE", GEORGES BATAILLE
J'ai lu ce livre il y a bien longtemps, peut-être à New york déjà ? en même temps que son pavé sur l'Érotisme, je crois. Et, je suis en train de préparer un nouvel entretien filmé pour ce printemps, avec mon ami l'anthropologue Noël Barbe (nous avons déjà filmé 3 heure d'entretiens en 10 parties mais Noël souhaiterait refilmer une nouvelle discussion ensemble) dont le sujet sera : "Aux limites de l'art & de l'érotisme dans le travail de JPS". J'ai pensé y citer juste quelques extraits de ce livre, dont voici plusieurs exemples. Bien qu'aujourd'hui, trente ans plus tard, je trouve les écrits de Bataille moins pertinents, un peu confus, ampoulés, emmêlés et bien difficiles à comprendre parfois. Mais certaines idées sont et restent pertinentes, illuminates, bouleversantes cependant, en voici donc quelques extraits :
PREMIÈRE PARTIE : ÉBAUCHE D’UNE INTRODUCTION À L’EXPÉRIENCE INTÉRIEURE
III PRINCIPES D’UNE MÉTHODE ET D’UNE COMMUNAUTÉ
J’aurais pu me dire : la valeur, l’autorité, c’est l’extase ; l’expérience intérieure est l'extase, l’extase est, semble-t-il, la communication, s’opposant au tassement sur soi-même dont j’ai parlé. J’aurais de la sorte su et trouvé (il fut un temps où je crus savoir, avoir trouvé). Mais nous arrivons à l’extase par une contestation du savoir. Que je m’arrête à l’extase et m'en saisisse, à la fin je la définis. Mais rien ne résiste à la contestation du savoir et j’ai vu au bout que l’idée de communication elle-même laisse nu, ne sachant rien. Quelle qu’elle soit, faute d’une révélation positive en moi présente à l’extrême, je ne peux lui donner ni raison d’être ni fin. Je demeure dans l'intolérable non-savoir, qui n’a d’autre issue que l’extase elle-même. P. 24, 25Contre l'ascèse.
Qu'une particule de vie exsangue, non riante, renâclant devant des excès de joie, manquant de liberté, atteigne — ou prétende avoir atteint — l'extreme, c’est un leurre. On atteint l'extrême dans la des plénitude des moyens ; il y faut des êtres comblés, n'ignorant aucune audace. Mon principe contre l'ascèse est que 1'extreme est accessible par excès, non par défaut.
Même l'ascèse d'êtres réussis prends mes yeux le sens d'un péché, d'une pauvreté impuissante.
Je ne nie pas que l'ascèse ne soit favorable à l'expérience. Même j'y insiste. L’ascèse est un moyen sût de se détacher des objets : c'est tuer le désir qui lie à l'objet. Mais c'est du même coup faire de l'expérience un objet (on n'a tué le désir des objets qu'en proposant au désir un nouvel objet). P. 34L'homme ignorant de l'érotisme n'est pas moins étranger au bout du possible qu'il ne l'est sans expérience intérieure. Il faut choisir la voix ardue, mouvementée… celle de 'l'homme entier', non mutiler. P. 36
DEUXIÈME PARTIE : LE SUPPLICE
Il est dans les choses divines une transparence si grande qu’on glisse au fond illuminé du rire à partir même d’intentions opaques. P. 45L’harmonie des beaux-arts réalise le projet dans un autre sens. Dans les beaux-arts, l’homme rend « réel » le mode d’existence harmonieuse inhérent au projet. L’art crée un monde à l’image de l’homme du projet, réfléchissant cette image dans toutes ses formes. Toutefois l'art est moins l'harmonie que le passage (ou le retour) de l’harmonie à la dissonance (dans son histoire et dans chaque œuvre).
L’harmonie, comme le projet, rejette le temps au dehors ; son principe est la répétition par laquelle tout possible s’éternise. L’idéal est l'architecture, ou la sculpture, immobilisant l’harmonie, garantissant la durée de motifs dont l'essence est l’annulation du temps. La répétition, l’investissement tranquille du temps par un thème renouvelé, l’art l’a d’ailleurs emprunté au projet.
Dans l’art, le désir revient, mais, tout d’abord, c’est le désir d’annuler le temps (d’annuler le désir), alors que, dans le projet, il y avait simplement rejet du désir. Le projet est expressément le fait de l’esclave, c’est le travail et le travail exécuté par qui ne jouit pas du fruit. Dans l'art, l'homme à la souveraineté (à l’échéance du désir) et, s’il est d’abord désir d’annuler le désir, à peine est-il parvenu à ses fins qu’il est désir de rallumer le désir. P. 70, 71
Dans le halo de la mort, et là seulement, le moi fonde son empire ; là se fait jour la pureté d’une exigence sans espoir ; là se réalise l’espoir du moi-qui-meurt (espoir vertigineux, brûlant de fièvre, où la limite du rêve est reculée).Un même temps s'éloigne, non comme vaine apparence, mais en tant qu'elle dépend du monde rejeté dans l’oubli (celui que fonde l’interdépendance des parties), la présence charnellement inconsistante de Dieu.
Il n’est plus de Dieu dans l'« inaccessible mort », plus de Dieu dans la nuit fermée, on n’entend plus que lamma sabachtani, la petite phrase que les hommes entre toutes ont chargée d'une horreur sacrée. P. 86
Le caractère angoissant de la mort signifie le besoin que l’homme a d’angoisse. Sans ce besoin, la mort lui semblerait facile. L’homme, en mourant 'mal', s'éloigne de la nature, il engendre un monde illusoire, humain, façonné pour l'art ; nous vivons dans le monde tragique, dans l’atmosphère factice dont la « tragédie » est la forme achevée. Rien n’est tragique pour l'animal qui ne tombe pas dans le piège du moi.
C’est dans ce monde tragique, artificiel, que naît l’extase. Sans aucun doute tout objet d’extase est créé par l'art. Toute "connaissance mystique" est fondée sur la croyance à la valeur révélatrice de l’extase ; au contraire, il la faudrait regarder comme une fiction, comme analogue, en un certain sens, aux intuitions de l’art.
Pourtant, si je dis que, dans la « connaissance mystique », l'existence est l’œuvre de l’homme, je veux dire qu’elle est la fille du 'moi' et de son illusion essentielle : la vision statique n’en a pas moins quelque inévitable objet. P. 88
TROISIÈME PARTIE : ANTÉCÉDENTS DU SUPPLICE (OU LA COMÉDIE)
Ce que tu es tient à l’activité qui lie les éléments sans nombre qui te composent, à l’intense communication de ces éléments entre eux. Ce sont des contagions d’énergie, de mouvement, de chaleur ou des transferts d’éléments, qui constituent intérieurement la vie de ton être organique. La vie n’est jamais située en un point particulier : elle passe rapidement d’un point à l’autre (ou de multiples points à d’autres points), comme un courant ou comme une sorte de ruissellement électrique. Ainsi, où tu voudrais saisir ta substance intemporelle, tu ne rencontres qu’un glissement, les jeux mal coordonnés de tes éléments périssables. P. 111A l’essor de pensées se déchaînant - avides de possibilités lointaines —, il fut vain d’opposer un désir de repos. Rien ne s’arrête, sinon pour un temps. Pierre voulut, sur le mont Thabor, installer des tentes, afin de jalousement abriter la lumière divine. Cependant, assoiffé de paix radieuse, ses pas déjà le menaient au Golgotha (au vent sombre, à l'épuisement du 'lamma sabachtani').
Dans l’abîme des possibilités, allant jeté toujours plus loin, précipité vers un point où le possible est l’impossible même, extatique, haletante, ainsi l'expérience ouvre un peu plus chaque fois l’horizon de Dieu (la blessure), fait reculer un peu plus les bornes du cœur, les bornes de l'être, elle détruit en le dévoilant le fond du cœur, le fond de l'être.Sainte Angèle de Foligno dit dans le 'Livre de l'expérience' : « Une certaine fois, mon âme fur élevée et je voyais Dieu dans une clarté et une plénitude que je n’avais jamais connue à ce point, d’une façon aussi pleine. Et je ne voyais là aucun amour. J’ai perdu alors cet amour que je portais en moi ; je fus faite le non-amour. Et ensuite, après cela, je le vis dans une ténèbre, car il est un bien si grand qu’il ne peut être pensé ou compris. Et rien de ce qui peut être pensé ou compris ne l'atteint ni ne l'approche. ». Un peu plus loin : « Quand je vois Dieu ainsi dans les ténèbres, je n'ai pas de rire sur les lèvres, je n’ai ni dévotion, ni ferveur, ni amour fervent. Le corps ou l’âme n’ont pas de tremblement et l'âme demeure figée au lieu d’être portée par son mouvement ordinaire. L’âme voit un néant et voit toutes choses (nihil videt et omnia videt), le corps est endormi, la langue coupée. Et toutes les amitiés que Dieu m’a faites, nombreuses et indicibles, et toutes les paroles qu'il m'a dites… sont, je l'aperçois, si au-dessous de ce bien rencontré dans une ténèbre si grande que je ne mets pas mon espoir en elles, que mon espoir ne repose pas sur elles. »
Il est difficile de dire dans quelle mesure la croyance est à l’expérience un obstacle, dans quelle mesure l’intensité de l’expérience renverse cet obstacle. La sainte agonisante eut un cri étrange : « O néant inconnu ! » ( o nihil incognitum ! ) qu’elle aurait répété plusieurs fois. Je ne sais si j’ai tort d’y voir une échappée de la fièvre au-delà des limites divine. Le récit de la mort lui associe la connaissance que nous avons de notre propre néant… Mais la malade, achevant sa pensée donna de ce cri la seule explication profonde : « Plus encore que dans la vanité de ce monde, il existe une illusion dans la vanité des choses spirituelles, ainsi lorsqu’on parle de Dieu, que l’on fait de grandes pénitences, que l’on pénètre les Écritures et qu’on a le cœur absorbé dans les choses spirituelles. » Elle s’exprima ainsi, puis répéta son cri à deux reprises : « O néant inconnu ! » Je suis enclin à croire que la vanité de ce qui n’est pas l’« inconnu » s’ouvrant devant l’extase apparaissait à la moribonde, qui ne put traduire ce qu’elle éprouva que par des cris. Les notes prises au chevet atténuent peut-être les paroles (j’en doute).
Parfois l'experience brûlante fait peu de cas de limites reçues du dehors. Parlant d’un état de joie intense, Angèle de Foligno se dit angélique et qu'elle aime jusqu'aux démons. P. 121 - 123
QUATRIÈME PARTIE : POST-SCRIPTUM AU SUPPLICE (OU LA NOUVELLE THÉOLOGIE MYSTIQUE)
Les saturnales où l’on immola ces faux rois permettaient le retour temporaire à l'Age d’or. On inversait les rôles : le maître une fois servait l’esclave et tel homme incarnant le pouvoir du maître, d’où procédait la séparation des hommes entre eux, y était mis à mort, assurant la fusion de tous en une seule danse (et de même en une seule angoisse, puis en une seule ruée au plaisir).
Mais l'appropriation par l’homme de toute ressource appropriable ne se borna nullement aux organismes vivants. Je ne parle pas tant de l'exploitation récente et sans merci des ressources naturelles (d’une industrie dont je m’étonne souvent qu’on aperçoive si peu les malheurs - le déséquilibre - qu'en même temps que la prospérité qu'elle introduit), maïs l’esprit de l’homme au profit duquel l'appropriation a lieu - différent en ceci de l’estomac, qui digère les aliments, ne se digère jamais lui-même - s'est lui-même à la longue changé en chose (en objet approprié). L'esprit de l'homme est devenu son propre esclave et, par le travail d’autodigestion que l’opération suppose, s'est lui-même consommé, asservi, détruit. Rouage dans les rouages qu’il a disposés, il fait de lui-même un abus dont l’effet lui lui échappe - dans la mesure où cet effet c'est qu’à la fin, rien ne subsiste en lui qui ne soit chose utile. Il n’est pas jusqu’à Dieu qui ne soit réduit en servitude. Un travail de rongeurs à la longue le débite, lui assigne des positions, puis comme tout est mobile, sans relâche remanié, l’en prive, en démontre l’absence ou l’inutilité. P. P. 154
– ARTICLE : "LA MÉCANIQUE QUANTIQUE", NASA, CERN, INSTITUT MAX PLANCK D'OPTIQUE QUANTIQUE | JANVIER 2026
L'intrication quantique est l'un des mystères les plus troublants de la nature, preuve que l'univers pourrait être plus unifié que nous ne pouvons l'imaginer. Lorsque deux particules sont créées ensemble, elles partagent un seul état quantique. Peu importe la distance qui les sépare, même à des années-lumière, un changement dans l'une affecte instantanément l'autre. Pour Einstein, cela était impossible, mais les expériences continuent de confirmer que c'est réel.
Ce lien étrange semble ignorer la limite de vitesse de la lumière, suggérant qu'au niveau le plus profond, l'espace et la distance pourraient être des illusions. L'univers se comporte comme un tissu continu, et non comme un ensemble d'objets séparés. Chaque étincelle d'énergie et chaque acte d'observation est un fil qui tire sur cette toile cosmique.
L'intrication brouille la frontière entre « ici » et « là-bas », « toi » et « moi ». Elle suggère que tout, des atomes aux galaxies, est peut-être déjà connecté, partageant un battement de cœur caché à travers le champ quantique.
– INTERVIEW : MONIQUE LÉVI-STRAUSS : CLAUDE LÉVI-STRAUSS A ÉCRIT "TRISTES TROPIQUES" AVEC UNE GRANDE LIBERTÉ | SONIA DEVILLERS « L'INVITÉ DE 7H50 » | FRANCE-INTER | 17 JUIN 2025
Monique Lévi-Strauss, historienne et veuve de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, était l'invitée de Sonia Devillers, mardi 17 juin. Elle publie, à 99 ans, "J'ai choisi la vie"
- Et lui, il l'a écrit dans une forme de, comment dire : on jette les dés une dernière fois ?
- Non, Il s'est dit maintenant, je peux tout me permettre, puisque tout rate… Si vous voulez tout ratait dans sa vie.
- Donc, c'était une forme de liberté ? Il se sentait plus libre qu'avant ?
- Eh bien, il s'est dit oui, et puis là, il était sûr qu'il allait le vendre puisqu'on le lui demandait. C'est grâce à Pierre Gourou, qui était un grand géographe belge et professeur au Collège de France et qui avait dit à Jean Malaurie : ça, il faut absolument que vous demandiez à Lévi-Strauss de vous écrire un livre sur le Brésil. Et grâce à lui, Malaurie a demandé à mon mari d'écrire un livre sur le Brésil. Et là, mon mari s'est dit : bon et bien maintenant, je vais écrire ce livre et je vais me lâcher complètement et je vais dire tout ce que j'ai dans la tête, puisque je perds partout, je n'entre dans aucune institution, et bien je vais me permettre tout… Et donc, c'est avec une grande liberté qu'il a écrit Tristes tropiques…
– INTERVIEW : ROMAIN GARY "COMPRENDRE LA COLÈRE DE LA JEUNESSE", INA.FR, 1970
En 1970, Romain Gary livre une analyse lucide de la jeunesse, de la consommation et des inégalités mondiales. Un propos toujours troublant d’actualité.
"Je la comprends plus que je ne saurais l'exprimer, la jeuness, même quand certains d'entre eux, je les désapprouve. Parce que nous vivons dans une société qui est une société de provocation constante. Prenez un jeune gosse de Harlem, un Noir. Il est soumis du matin au soir au bombardement publicitaire : Achète ceci. Tu as besoin de cela. Tu ne peux pas te passer de ceci ! Et autour de lui, l'exhibition de la plus grande richesse matérielle que l'histoire de l'homme ait jamais connue. Finalement, il va dans la cinquième avenue et il pille un magasin. Mais c'est parfaitement compréhensible dans ce sens là. Par exemple, si l'Amérique suscite dans le monde, dans le tiers-monde, tant de violence, de réaction, pour ne pas dire souvent de haine, c'est parce que sa puissance, par la nature même des moyens de communication modernes, agit comme une intolérable provocation sur tout ce qui est pauvre, abandonné dans le monde."
– DISCOURS : LE MOINE BOUDDHISTES BHIKKHU PANNAKARA, 81 ANS, PARTICIPANT À UNE « MARCHE POUR LA PAIX », WASHINGTON, MARDI 10 FÉVRIER 2026
« Nous ne marchons pas pour protester, mais pour éveiller la paix qui vit déjà en chacun de nous », explique leur leader spirituel, le vénérable Bhikkhu Pannakara. « "La Marche pour la paix" est un rappel simple mais significatif que l’unité et la gentillesse commencent en chacun de nous et peuvent rayonner vers les familles, les communautés et la société dans son ensemble. »
« J'ai vraiment été émerveillé de voir des milliers de personnes de toutes les ethnies, de toutes les traditions religieuses, des athées et des agnostiques venir accueillir les moines, les saluer, les vénérer. Et tout cela m'a montré une chose car je dois dire que ce pays souffre, même s'il est le plus riche du monde ; il souffre d'une profonde pauvreté intérieure. Bien qu'il soit censé être le pays le plus puissant du monde, il souffre d'une profonde faiblesse intérieure. Et ce que ces moines ont fait, c'est montrer que notre valeur fondamentale, la valeur qui touche vraiment notre esprit le plus profond, est celle de l'unité, l'affirmation de la dignité inhérente à chaque être humain et le désir pour nous tous de vivre dans la paix, l'unité et l'harmonie. J'espère donc que le message de ces moines résonnera dans tout le pays, et pas seulement dans ce pays, car ce que fait actuellement ce pays, en réduisant le financement de l'aide des Nations Unies, l'agence pour le développement international. Des centaines et des milliers de personnes risquent de perdre la vie à cause des nouvelles politiques de ce pays. Nous avons donc besoin de cette affirmation de l'unité humaine qui fera de nous un pays compatissant, un pays inspiré par la vision de l'unité humaine et qui transformera notre orientation afin de promouvoir la paix, l'unité et l'harmonie dans le monde entier. J'espère donc que ce sera l'effet, l'impact de notre marche. Merci beaucoup. »
– LIVRE : "NARAYAMA", SHICHIRO FUKAZAWA
Très beau et très émouvant livre, j'avais bien sûr vu la Ballade de Narayama, le film japonais de Shōhei Imamura, qui était sorti en 1983 et qui était inspiré de cette belle histoire dont l'action se déroule au Japon, dans un village pauvre et isolé vers 1860 dans les hauteurs du Shinshū (préfecture de Nagano, au centre nord du Japon). La coutume ubasute veut que les habitants arrivant vers l'âge de 70 ans s'en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama, « la montagne aux chênes », aidés par leur fils aîné. C'est là que se rassemblent les âmes des morts.
Il y a toujours, pour moi, cette envie, ce désir fasciné et inextinguible pour les cultures traditionnelles japonaises : pour exemple tous les très beaux livres de Lacadio Hearn, ainsi que beaucoup d'écrivains et cinéastes japonais comme : Kurosawa, D. T. Suzuki, Mishima etc… qui étaient tous imprégnés et influencés, avec chevillé au corps, toutes leurs cultures traditionnelles et plurimillénaire animistes : incluant tous ces rituels, ces cérémonies, ces lieux sacrés, ces sources, ces arbres, ses toris, ces forêts, ses temples bouddhiste etc… au travers desquelles vivent et agissent les kamis*, ces esprits japonais illuminant, animant et donnant du sens à la Nature ainsi qu'à toutes les forces vitales. Et puis aussi avec la présences de ses mondes parallèles intriqués, tissés comme de l'ADN, à celles des vivants : ces mondes des morts et des esprits qui semblent aussi importants et essentiels, sinon plus que la Vie elle même.
Tous cela, ces interconnections me fascinent, m'émeuvent et m'apaisent au fond de moi et ce livre, d'une beauté époustouflante, ainsi que le film aussi par ailleurs, m'enrichissent et m'interpellent. Alors : QUESTION ESSENTIELLE : qu'elle est la quantité significative et le poids des choses essentielles et irremplaçables que notre Occident contemporain a perdu ? Choses essentielles délaissées, ignorées et délestées, peut-être même détestées aujourd'hui ? Et en est-t-on plus libre ?
* Un kami est une divinité ou un esprit vénéré dans la religion shintoïste. Les kamis sont la plupart du temps des éléments de la nature, des animaux ou des forces créatrices de l'univers, mais peuvent aussi être des esprits de personnes décédées.
** torii : Un torii est un portail traditionnel japonais, communément érigé à l’entrée d’un sanctuaire shintoïste, afin de séparer l’enceinte sacrée de l’environnement profane. Il est aussi considéré comme un symbole du shintoïsme.
Torii signifie : « là où sont les oiseaux », et donc aussi « perchoir à coq ». Lié au processus de la naissance du Soleil, le coq est parfois vénéré dans de grands sanctuaires shinto.
En fait de chansons de la fête de Narayama, celle qui dît :
"Des marrons tombés les Fleurs germent"
était la seule, mais les gens du village fabriquaient des couplets de rechange comiques sur le même air, si bien qu’il y avait toutes sortes de chansons.
La maison d’O Rin, étant à la lisière du village, finissait par être comme une voie de passage pour ceux qui allaient à la montagne de derrière. Encore un mois, et ce serait la fête de Narayama. Dès lors qu'une chanson avait fait son apparition, de proche en proche on se mettait à la chanter, et elle parvenait aux oreilles d’O Rin."O Tori-san de la Maison ou sel sa chance est bonne
Le jour quelle va à la montagne il neige !"Dans le village, l’expression « aller à la montagne » a deux sens complètement différents. Dans les deux cas, c’est la même prononciation, c’est le même accent, mais tout le monde peut distinguer lequel des deux sens il s’agit. En parlant du travail, monter dans la montagne pour aller chercher du bois à brûler ou pour faire du charbon de bois, c'est aller à la montagne ; mais l'autre sens, c’est le sens d’aller à Narayama. C’était une tradition de dire que si, le jour où l’on va à Narayama, il neige, on est quelqu’un dont la chance est bonne. À la Maison au sel, il n’y avait personne du nom d’O Tori-san, mais c'était quelqu’un qui, je ne sais combien de générations avant, avait vraiment existé et, du fait que le jour où elle était allée à Narayama, il avait neigé, elle avait été mise en chanson et elle était restée dans la légende comme le personnage typique de quelqu’un dont la chance est bonne. Dans ce village, la neige n’était pas une chose rare. Quand venait l'hiver, il neigeait de temps en temps dans le village même et le sommet des montagnes, à l’hiver, devenait blanc de neige ; mais en ce qui concerne la personne appelée O Tori-san, ce qu’il y avait, est que la neige était tombée au moment où elle était arrivée à Narayama. Si l'on va sous la neige, c’est que la chance est mauvaise, mais dans le cas d’O Tori-san, ç’avait été idéal. Aussi cette chanson contenait-elle, en plus, un autre sens : elle donnait à entendre que, quand on va à la montagne, on n'y va pas l’été, et qu’il faut dans toute la mesure du possible y aller l’hiver. Et c’est pourquoi les gens qui allaient au pèlerinage de Narayama choisissaient pour s'y rendre, un temps où il semble devoir neiger. C’était une montagne où, si la neige s'accumule, on ne peut y aller. Narayama, où habite un dieu, était une montagne située en un lieu éloigné, que l'on gagne en passant sept vallées et trois étangs. Que si, après avoir parcouru un chemin sans neige, la neige ne tombe pas lorsque vous êtes arrivé, on ne peut pas dire que votre chance soit bonne. Cette chanson prescrit donc aussi des délais assez limités, c’est-à-dire : Va avant que la neige ne tombe.
Il y avait longtemps qu’O Rin avait fait ses préparatifs intérieurs pour aller au pèlerinage de Narayama. Il fallait fabriquer du sake pour le banquet du moment du départ et puis il y avait la natte pour s’asseoir, une fois qu'elle serait dans la montagne — maïs cette natte était déjà prête depuis plus de trois ans. Il fallait que fût réglée la question d’une seconde femme pour Tappei devenu veuf, et cela aussi faisait partie des dispositions à prendre. Or, tant le sake du banquet, que la natte et la question de la bru, tout était en ordre. Il restait cependant encore une chose qu’il lui fallait accomplir.O Rin, après s’être assurée que personne ne regardait, saisit la pierre à feu. Ouvrant la bouche, elle tapa sur ses dents de devant en haut et en bas avec la pierre à feu : 'gat, gat'. Elle pensait ainsi casser ses solides dents. C'était une sale douleur qui résonnait : 'gan, gan', jusque sous le crâne. Mais elle se disait que, si elle avait la patience de continuer à frapper, un de ces jours, des dents lui manqueraient. L’idée de ce manque finissait par lui être une joie. Aussi, ces derniers temps, en arrivait-elle à ressentir la douleur du choc elle-même comme une sensation de bien-être.
Les dents d’O Rin étaient, malgré la vieillesse, en pleine santé. Depuis son jeune âge, ses dents avaient été sa fierté. C’étaient des dents bonnes au point qu’elles pouvaient croquer jusqu’à du maïs séché. Même en vieillissant, il ne lui en était pas tombé une seule et, pour O Rin, ç’avait fini par être une cause de honte. Alors que Tappei, son fils, en avait déjà perdu un bon nombre, les dents d’O Rin, qui s’alignaient au complet, pouvaient donner à penser que, pour ce qui est de manger, elle était vraiment imbattable et qu'elle pouvait dévorer n’importe quoi. Et dans ce village qui manquait de nourriture, c’est une chose qui faisait honte. P. 30 - 32Lorsque la jarre eut, encore une fois, fini de faire le tour, elle fut posée devant celui qui venait après Teru-yan. Sur le même ton que tout à l’heure Teru-yan, celui-ci dit :
- Nous comptons que vous respecterez sans faute les règles du pèlerinage de la montagne :
« L’une est : quand vous sortirez de chez vous, sortir de manière à n'être vus de personne. »
Lorsqu'il eut fini de parler, il porta la jarre à sa bouche et but à longues gorgées. Lorsque la jarre eut fait un tour, elle fut posée devant le troisième.
Celui-ci, à son tour, sur le même ton que tout à l'heure Teru-yan :
- Nous comptons que vous respecterez sans faute les règles du pèlerinage de la montagne.
« L’une est : quand viendra l’heure du retour de la montagne, en aucun cas ne vous retourner en arrière. »
Lorsqu’il eut fini de parler, il porta la jarre à sa bouche et but à longues gorgées. Lorsque la jarre eut fait un tour, elle fut posée devant le quatrième des convives. Avec le troisième, la cérémonie du serment s’était trouvée terminée, mais le quatrième enseigna la route qu’il convenait de suivre pour se rendre à Narayama :
«En ce qui concerne le chemin par lequel on va à la montagne, voici : on contourne la base de la montagne de derrière, puis, passant au pied du 'hiiragi' (arbre, olivier à feuille de houx) de la montagne suivante, on contourne la base de cette montagne également. On passe en montant la pente de la troisième montagne et, par-delà, on trouve un étang. On tourne à trois reprises le long des étangs et, par des degrés de pierre, on fait l’ascension de la quatrième montagne. Quand on est parvenu au sommet de cette dernière, de l’autre coté de la vallée, c’est Messire Narayama. On s’avance en gardant la vallée sur sa droite et la montagne suivante sur sa gauche. Pour contourner la vallée, on marche deux lieues et demie. Sur le trajet, il y a un chemin qui fait sept méandres. On appelle cet endroit "les Sept Vallées". Après qu’on a franchi les Sept Vallées, tout droit devant, c’est le chemin de Narayama. À Narayama, quoiqu’il y ait un chemin, il n’y a pas de chemin. On monte au milieu des chênes, plus haut, toujours plus haut et, là, le dieu vous attend. » P. 89L’homme qui était appuyé contre le rocher, le corps recroquevillé, était un mort. II avait les deux poings fermés et semblait tenir les mains toutes jointes. Tappei demeura cloué sur place, incapable d’avancer. O Rin, de derrière son dos, étendit la main et l’agita vers l'avant. C'était un signe pour lui dire : « Avance ! » Tappei avança. De nouveau, voici un rocher et, au pied de celui-ci, des ossements blanchis. Les deux jambes y étaient, mais la tête était à l’envers, ayant roulé par terre à côté. Seuls, les os des côtes restaient appuyés contre le rocher à la façon du cadavre de tout à l’heure. Les bras avaient roulé Loin du corps, à distance l'un de l’autre. Le tout était éparpillé d’une façon telle qu’on pouvait se demander si quelqu’un ne l'avait pas disposé ainsi par plaisanterie. O Rin étendit la main et l'agita pour dire : « Va de l'avant, va de l'avant ! » Là où il y avait un rocher, à coup sûr, il y avait un cadavre. Plus loin, cette fois, il y eut un cadavre au pied d’un arbre. C’était un mort récent qui avait l’air d’être encore vivant. Là, Tappei, une nouvelle fois, de sursauter et de ne pouvoir avancer. C’est que le cadavre qu’il avait devant les yeux avait bougé. Il examina bien, bien la figure : il n'y avait aucun doute, ce n'était pas là quelqu’un de vivant. « Néanmoins, pensa Tappei, c’est sûr qu'il vient de bouger ! » et il sentit ses jambes se raidir. Là-dessus, de nouveau, le cadavre bougea. Cela bougea du côté de la poitrine du cadavre. C’est qu’il y avait là un corbeau. P. 97, 98
(Tappei revient sur ses pas - transgressant ainsi, par joie, par amour pour sa mère et avec sa grande innocence et attention, au delà des règles et des lois stupides, qui sont de ne pas parler, ni de se retourner - après avoir auparavant installé et laissé sa mère à son point de repos final, pour lui dire, tout fier et très ému, qu'il neigeait enfin, quelle chance alors, moment magique si en est ! Et c'est une des scènes les plus émouvantes du film et du roman, remplie d'amour et de tendresse car comment dire adieu et laisser partir nos ainés, qui partent pour l'autre monde, que c'est bien difficile !)
Lorsque il parvint au rocher où se trouvait O Rin, la neige avait entièrement recouvert le sol d’une couche blanche. Dissimulé au pied d’un rocher, il examina la contenance d’O Rin. Non content d'avoir, en retournant sur ses pas, rompu le serment du pèlerinage de la montagne, il se préparait à rompre le serment selon lequel on ne doit pas prononcer un mot. C'était la même chose que de commettre un crime. Mais, tout comme elle lavait dît : « C’est bien probable qu'il neigera ! », et voilà qu’il s’était mis à neiger ! C’est cela qu’il voulait dire — il suffisait d’une parole.
Tappei avança doucement la figure de derrière le rocher. Là, devant ses yeux, O Rin était assise. Elle s’était protégée de la neige en se couvrant la tête par-derrière avec la natte, mais, sur ses cheveux de devant, sur sa poitrine et sur ses genoux, la neige s'était accumulée : elle avait l’air d’un renard blanc. Les yeux fixés sur un point, elle psalmodiait la prière d'adoration du Bouddha. Tappei, d’une voix forte :
- Maman… Y neige!
O Rin sortit doucement une main et l’agita du côté de Tappei. Cela semblait vouloir dire : « Rentre ! rentre ! »
- Maman, tu vas avoir froid !
O Rin secoua plusieurs fois la tête de côté. À ce moment-là, Tappei s’aperçut qu’il n'y avait plus un seul corbeau. Comme il s’était mis à neiger, peut-être s’étaient-ils envolés vers des villages. Ou alors, peut-être ont-ils regagné leur nid, se dit-il. Quelle bonne chose, qu’il eût neigé ! Et puis, on devait avoir moins froid, à être enfermé dans la neige, qu'à être exposé au vent de la montagne froide. Et, pensa-t-il, comme ça, Maman finira par s’endormir.
- Maman, y neige, ta chance est bonne !
Il continua en disant les paroles de la chanson :"Le jour qu'elle va à la montagne…" P. 105, 106
– CITATION : VLADIMIR JANKÉLÉVITCH, "PENSER LA MORT ?"
"Mourir est la condition même de l'existence. Je rejoins tous ceux qui ont dit que c'est la mort qui donne un sens à la vie tout en lui retirant ce sens. Elle est le non-sens qui donne un sens à la vie. Le non-sens qui donne un sens, en niant ce sens. C'est ce que montre bien le rôle de la mort dans les existences brèves, ardentes, les existences très courtes et ferventes et dans lesquelles c'est la mort qui donne sa force et son intensité à l'existence. C'est une alternative dont on ne peut pas sortir. Nous voudrions tout à la fois la ferveur de la vie et aussi l'éternité. Mais cela est impensable, c'est un cumul plus qu'humain, et qui n'est pas à l'échelle humaine. Donc, l'alternative pour nous est la suivante : avoir une vie courte mais une véritable vie, une vie d'amour, ou bien alors une existence indéfinie, sans amour, mais qui n'est pas du tout une vie, qui serait une mort perpétuelle. Je pense que si on présentait l'alternative sous cette forme-là, peu d'hommes choisiraient la seconde… Plutôt avoir vécu, ne serait-ce qu'un après-midi, comme un éphémère. Car, à cet égard, le long et le bref s'équivalent. J'aurai connu la vie. J'aurai au moins connu la vie, même si je dois la perdre, et parce que je dois la perdre, eh bien, j'aurai tout de même vécu."
– INTERVIEW | CARL JUNG "CONNAÎTRE SA PROPRE OBSCURITÉ EST LA MEILLEURE MÉTHODE POUR GÉRER LES OBSCURITÉS DES AUTRES."
Le signe psychologique le plus dangereux n'est pas la panique, ni la rage, ni même la tristesse... C'est un calme anormal, le moment où l'on cesse de ressentir ce que l'on devrait ressentir. Quand une personne regarde une blessure et ne ressent rien, ne qualifiez pas cela trop vite de force. Il s'agit souvent d'un dernier recours psychique, où l'âme s'anesthésie elle-même afin que l'ego puisse continuer à fonctionner. C'est le commutateur silencieux qui rend la vie mécanique, là d'où vous parlez, travaillez, riez et répondez : pourtant, quelque chose en vous s'est tranquillement retiré dans l'obscurité. Dans mon travail, j'ai vu ce calme apparaître avant des dépressions, avant des trahisons, avant des disparitions soudaines de la vie. Car lorsque l'émotion meurt, la conscience suit souvent, et lorsque la conscience s'estompe, l'ombre commence à négocier avec vous en secret. Elle vous dira que rien n'a d'importance. Elle vous chuchotera que personne n'est réel, elle vous proposera des solutions froides avec une logique envoutante. C'est pourquoi vous devez rester vigilant. L'inconscient s'exprime en symboles. Un rêve où votre maison a des pièces vides, un visage familier qui vous semble étranger, un miroir qui ne reflète rien derrière les yeux... Ce ne sont pas des accidents poétiques, ce sont des avertissements. Un esprit sain peut ressentir la douleur et rester présent. Un esprit dangereux ne ressent rien et appelle cela la paix ; alors si vous remarquez ce calme, ce temps intérieur morne, ne vous en réjouissez pas, acceptez-le. Demandez-vous ce que vous avez enterré de vivant, car ce que vous refusez de ressentir ne disparaît pas ; cela attend et revient, non pas sous forme de sentiment, mais sous forme de destin.
– QUELQUES EXTRAITS DE LIVRES LUS SUR LE TANTRISME & L'HINDOUISME (automne & hiver 2025, printemps 2026)
Tout d'abord deux petits extraits de mes Notes de Besançon (2005-2020) :
"Les Dakinis : sont des déités féminines de l'hindouisme et du bouddhisme vajrayāna, importantes dans les pratiques tantriques du bouddhisme tibétain. Elles sont des guides et des déesses initiatrices, éveillant les forces cachées au plus profond de l'être, elles figurent souvent en attitude de danse, sous un aspect juvénile et représentent l'inexistence du soi et la vacuité." Le Japon d'Edo, François Macé
Parfois et même souvent, je m'interroge sur le bien fondé de mon travail qui est à forte connotation érotique. Dans ce pays, la France, où celui-ci ne me procure que des ennuis financiers ainsi que le mépris absolu d'un public inculte...!
Et puis, un peu après, un ami artiste meurt… et sa disparition me bouleverse ! Alors j'ai encore plus envie de travailler sur l'érotisme, la libido, la sexualité, les corps de femmes en transes orgasmiques et les forces vitales cosmiques qui sont les seuls barrages universels contre l'insoutenable cruauté de la disparition de mes êtres chers...!
LES FAITS : Nous sommes le 10 février 2026 et je donnerai une conférence au mois de mars, au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, intitulée : "LA SHAKTI* & LE VIDE MÉTACOSMIQUE" dans laquelle je présenterai mes nouveaux travaux car depuis l'année 2022, je ne travaille qu'uniquement sur une série d'œuvres érotiques sur papier de moyen format intitulée : "Karma-Kali, Sexual Dreams & Paradoxes". Juste le titre en révèle le contenu mais aussi, et ceci depuis, je toujours des livres sur l'Inde et le tantrisme, et plus en particuliers ces temps-ci. Et j'ai une fascination interrogative et fusionnelle envers toutes ses sculptures érotiques lascives, dépictant des femmes jouissant dans une extase innocente et cosmique. Il faut ici, se souvenir des premières images du très beau film "La route des Indes", 1984, de David Lean, où, au début du film, certaines statues érotiques de Chandrapore, nous envoûtent, nous émerveillent, et nous interpellent, nous autres en tant que spectateur et puis elles créent, simultanément, dans le film et dans l'esprit un peu malade, tourmenté et un peu coincé de cette anglaise ingénue Mme Adela Quested, un bouleversement, qui est comme une révélation par-devant ses images erratiques qui lui ont complètement tourné la boule et ce qui fait l'interêt de ce film et du roman dont celui-ci est inspiré.
De la même façon, allant au MET et au Musée d'Histoire Naturelle de New York, presque tous les dimanches lorsque j'y vivais : j'ai toujours trouvé dans l'art "érotique" Indien, une chose qui dépassait, et de loin, l'érotisme occidental, car celui-ci n'était pas violent ; il est apaisé et doux, comme inscrit dans l'orde des choses, dans le temps long, sensuel, cosmique et merveilleux. Justement, bien à contrario de l'érotisme occidental, à la saveur un peu libertine*, on peut ici bien sur penser à : Sade, à Bataille, ou même Apollinaire, qui inscrivent leurs récits érotiques, presque systématiquement, en opposition à la morale et aux religions établies de leurs époques, donc, en réaction "à". Et il n'y a guère que Pasolini, qui grâce à l'immense poésie de ses films, puisse échapper à cet confrontation dichotomique, en présentant l'érotisme dans sa grâce, son innocence et sa spiritualité totale, qui est bien évidente dans des films comme : Les mille et une nuit, le Décameron etc….
Alors que l'Art érotique Hindou, est absolument autonome et ne doit absolument rien à personne ni à qui que se soit philosophiquement construit ou de moralement répréhensif. Il montre des corps ritualisés, en état orgasmique avec des symboles choisis, depuis des millénaires, grâce à une pensée supra-consciente tantrique, quelque part "supérieure" et non dualiste, des Maîtres, penseurs et artistes hindous, libérés et capables tous, de sortir de la dualité pour entrer pleinement et avec une force sidérale : dans la vie, avec ces corps sexués, jouissants pleinement, presque innocemment et bestialement (hors de toute morale contraignante et restrictive), dans des Univers mystiques et transcendantaux, mi-homme, mi-femmes, mi-dieux, mi-esprits, lingams & yonis, confondus ensemble dans la grande et universelle Mâya…
* Certains auteurs on pensé que mon travail s'inscrivait dans une démarche libertine ! mais alors, pas du tout car je parle toujours d'énergies consubstantielles à la Vie même. De fait, il n'y a absolument aucune idée philosophique, ou humaniste dans mon travail.
– LIVRE : "L'ÉROTISME DIVINISÉ", ALAIN DANIÉLOU
PRÉFACE : LES PIERRES CHARNELLES DU TEMPS PAR JEAN-LOUIS GABIN
LE CORPS EST LE TEMPLE DE DlEU
« La morale et le mysticisme d’Occident voient le péché charnel exclusivement dans la concupiscence, ce qui est unilatéral et insuffisant ; en réalité le péché est ici tout autant dans la profanation d’un mystère théophanique ; il est dans le fait de tirer vers le bas le frivole et le trivial, ce qui par nature pointe vers le haut et le sacré ; mais le péché ou la déviation est aussi, sur un plan non dépourvu de noblesse cette fois-ci, dans le culte purement esthétique et individualiste des corps, comme ce fut le cas dans la Grèce classique, où le sens de la clarté, de la mesure, du parfait fini, avait complètement oblitéré le sens du transcendant, du mystère, de l’infini. La beauté sensible était devenue une fin en soi ; ce n’était plus l’homme qui ressemblait à Dieu, c’était Dieu qui ressemblait à l’homme ; alors que dans les arts égyptien et hindou, qui expriment le substantiel et non l’accidentel, on sent que la forme humaine n’est rien sans un mystère qui d’une part la façonne et d’autre part la dépasse, et qui appelle à la fois à l’Amour et à la Délivrance. »
Du divin à l'humain: Tour d'horizon de métaphysique et d'épistémologie, Frithjof Schuonp, P. 30
CONCLUSION
L’art hindou «n’est ni moral ni immoral, car l’Hindou voit dans les choses sexuelles l’essentialité cosmique ou divine et non l’accidentalité physique » Pour les Hindous comme pour les Grecs, c’est Éros qui donne « la paix aux hommes, le calme à la mer, le silence aux vents, la couche et le sommeil au souci ». P. 40
« Ô, luxe de mon sperme dans la nuit de tes cuisses ! Là-haut, la semence homologue de la Voie lactée. » G. Lely
Le but du temple (comme de l’œuvre d’art) est de rapprocher l’homme du divin, de créer un passage, un lien entre les deux. Ce but trouve son expression dans la représentation de cet acte d’union par lequel l’être individuel égaré, retrouve sa plénitude, sa totalité en s’unissant à cette moitié de lui-même dont il se sentait séparé.
Partout, dans les points principaux du temple et jusque sur l’entrée du sanctuaire, nous trouvons représenté l'acte d’amour, non point comme acte de reproduction mais comme acte de volupté, de pleine réalisation de soi-même dans la joie de ces retrouvailles.
Cela n’est pas seulement une représentation symbolique. L’homme n’est vraiment entier, n’est vraiment lui-même, n’est vraiment proche du divin que dans l’instant de la volupté sexuelle. P. 42
LA NATURE DU MONDE
La forme des organes qui différencient le mâle et la femelle est, par sa nature même, un symbole. Dans l’univers, il n’y a pas de hasard, pas d’illogisme. En prenant pour l’image de la causalité divine le phallus dressé et la vulve nous n’attribuons pas à une forme anatomique accidentelle un sens symbolique. C’est cette forme même qui nous révèle un aspect fondamental de la nature du monde et de la Personne cosmique.
L’union des sexes est l’expression de la nature de l’Être, que nous l’envisagions sur le plan physique, mental, intellectuel, subtil, ou transcendant. Elle peut nous révéler, si nous réfléchissons sur elle, le secret de la nature divine. Toutes les formes de cette union, toutes les postures selon lesquelles elle peut se pratiquer, toutes les variantes dont elle est susceptible, ont un sens profond et magique, correspondent en fait aux diverses potentialités du créé. Le divin se manifeste directement dans toute procréation, dans toute création, dans toute volupté.
« De toutes les sortes d’êtres la Nature universelle est le vagin et moi je suis le père qui donne la semence. » (Bhagavad Gîtâ, 14.4.) P. 52
VYASA (LE RITE D’ATTOUCHEMENT)
La pratique quotidienne du nyâsa crée une conscience nouvelle de l’être humain, qu’il s’agisse de la personne du maître, du corps de l’amant ou de l’amante, de la vierge vénérée dans les rites tantriques ou de l’image de pierre d’une divinité. L’humain et le divin se rejoignent, il n’est plus d’acte dans lequel la réalité divine ne soit ressentie. Tout acte de la vie, toute beauté, toute volupté devient un acte rituel, un contact avec le surnaturel. Ceci donne à tout acte d’amour, toute expérience de la beauté sa véritable dimension et une intensité inégalable. L’acte humain et l’acte divin ne font plus qu’un. P. 129
MITHUNA
Tous les temples de l’Inde de l’époque classique comportent des sculptures érotiques. Toutefois les plus belles de ces sculptures appartiennent à la dernière période de l’art proprement hindou, période que l’on appelle médiévale et qui va du IXe au XIVe siècle. L’invasion musulmane mit fin à la construction des grands temples dans tout le nord du pays. Dans le sud, où le développement de l’architecture se poursuivit beaucoup plus tard, la sculpture n’a pas toujours atteint la même perfection, la même qualité de style.
En dehors de leur signification dans l’ensemble des symboles qui constituent le diagramme du temple, une influence magique directe est attribuée aux sculptures érotiques. Les anciens traités d’architecture déclarent formellelement qu’un temple dépourvu de représentations érotiques est inefficace et maléfique et sera inévitablement détruit par la foudre. Dans les maisons particulières également, des fresques érotiques sont nécessaires pour éloigner le mauvais œil et le malheur. P. 135
LES REPRÉSENTATIONS DE SHIVA
Dans les Purâna, où sont recueillies les légendes mythologiques et historiques les plus anciennes de l’Inde, Shiva apparaît sous sa forme préhistorique comme une divinité mystérieuse et lubrique de la forêt primitive. Il est nu. Sa beauté séduit tous les êtres. Les sages eux-mêmes, qui pratiquent un sévère ascétisme, sont troublés par la grâce du dieu qui danse, chante et joue du tambour. C’est par sa danse qu’il crée l’harmonie qui donne naissance au monde. Sa force virile est sans limites. Errant dans la forêt, symbole du Cosmos, son membre en érection, il répand sa semence et c’est de cette semence que naissent les plantes, les métaux, les pierres précieuses.
Par sa danse cosmique, Shiva crée le mouvement.
C’est le mouvement qui détermine la mesure, le rythme du temps qui permet au monde d’apparaître. L’image ithyphallique du dieu dansant occupe dans le temple la place principale, au-dessus du toit de la salle voûtée, le mandapa qui masque l’entrée du sanctuaire. L’image de Shiva dansant se trouve donc au-dessus de celle des planètes qui forment le linteau de la porte - puisqu’elles déterminent les rythmes et les limites du monde des vivants - mais elle en est séparée par le toit du mandapa, du vestibule séparant les mondes visibles des mondes transcendants. Elle est la source de la manifestation dans le monde des formes. P. 142
– LIVRE : "LE TANTRISME, MYTHES, RITES, MÉTAPHYSIQUE", JEAN VARENNE
AVANT-PROPOS
De tous les courants qui animent l’hindouisme classique et moderne, c’est-à-dire, en gros, du VIIe siècle avant notre ère jusqu'à nos jours, le Tantrisme est l’un de ceux qui suscitent le plus d’intérêt en Occident, en raison surtout du fait que l'on le connaît peu ou mal, bien que l'on en soupçonne l’importance. Il y a, peut-on dire, autour du mot qui le désigne une aura de mystère et, pour certains, d’inquiétude car, il faut en convenir, cette école de pensée a mauvaise réputation, autant en Inde d’ailleurs que chez nous.
Ceci résulte, principalement, du rôle que joue la sexualité dans les mythes, et surtout dans les rites, qui caractérisent le Tantrisme car l’on a du mal à admettre que puissent se mêler les pulsions sauvages relevant de la part animale de notre être et les exigences de la Quête spirituelle. Or les tantriques ne se contentent pas de présenter la chose comme allant de soi, mais vont jusqu’à affirmer dans la réussite du travail que l’on doit effectuer sur soi-même si l'on veut « faire son salut », comme nous disons en contexte chrétien. P. 7
DÉESSES VÉDIQUES, 4. L’inceste primitif
Ce qui, en tout cas, doit retenir notre attention, c’est la présence de la sexualité au commencement du monde et à l'inauguration de chaque espèce d'êtres vivants. Le désir apparaît également comme souverain : c’est lui, kâma,
qui trouble le dieu solitaire et l’oblige à se doter d’une épouse qui n’est autre que sa fille (étant née de lui, on doit penser qu’il l’a créée par la masturbation). D’où la transgression majeure, l’inceste, dont l’efficacité est à la mesure même de son caractère éminemment scandaleux. Le Tantrisme, on le sait déjà, mettra de telles notions au tout premier plan de son système : la violence faite à l’ordre naturel des choses est, aux yeux de ses adeptes, le moyen le plus sûr de réussir. P. 54
DURGÂ, 3. Kanyâ-Kumârî
Pour insister sur son lien avec la sexualité, on l’appelle aussi Kamèshvarî (« la déesse Amour », ou « la Souveraine du désir »), et l’on forge mille autres noms comportant le mot Kama (Eros) à l’initiale, par exemple Kâmâkshî (« Fille-aux-yeux-énamourés »), Kâmamudhâ («Ivre-d’amour »), Kâmanînî («Amante»), etc. D’autres fois c’est Lalitâ (« la Voluptueuse »), Mridânî (« la Partenaire érotique »), et ainsi, à l’infin. Ici, il n’est plus question de reserve ou de décence ; c’est le contraire qui est vrai : l’image offerte dans le sanctuaire doit être lascive, excitante. Nue, parée de ses seuls bijoux, la déesse a les yeux chavirés par le désir ; ses mains sont posées sur ses seins et sur son sexe, etc.
L’idéal serait que le fidèle, comme Shiva lui-même, soit si excité par la vue de cette image qu’il ne puisse empêcher son sperme de jaillir spontanément (de nombreux récits mythiques mettent en scène des dieux ou des hommes qui agissent de la sorte en rencontrant une nymphe ou une mortelle d’une beauté exceptionnelle). Parfois la déesse est accroupie, genoux écartés afin que son sexe soit bien en évidence : les fidèles le caressent de la main, le baignent de beurre fondu et de poudres Colorées, déposent des fleurs et des fruits devant lui, en un mot, lui rendent un culte très concret.
Disons, au passage, que cette vénération des organes sexuels est universelle en Inde et pas seulement sous les formes symboliques du linga et du yoni : à l’entrée des temples shivaïtes se dresse un taureau de pierre ou de bronze et nulle femme indienne n’entrerait dans le sanctuaire sans avoir touché de la main les testicules de l'animal. Prenons garde enfin que, du moins dans le cas de Kumârî, il s’agit d’honorer la vulve en tant que source de plaisir (pour chacun des partenaires du jeu érotique), non comme « source de vie». Il n'existe pas de cosmogonie brahmanique où le monde serait « enfanté », au sens propre, par une déesse mère. P. 73, 75
KÂLÎ, 4. La mort
Kâlî* vient là passer la nuit à boire et à danser avec ses compagnons favoris, vampires, revenants, fantômes et gnomes de toute espèce, qui se livrent entre eux aux jeux sexuels les plus divers, y compris toutes les formes de bestialité et de nécrophilie. Malgré les apparences, rien de démoniaque pourtant dans cette évocation ; les fidèles de Kâlî, qui prient chaque jour devant l'image d'une déesse noire, dégouttant de sang, ivre et dansant sur le corps d'une femme enlaçant un cadavre, vénèrent en fait celle qui permet de "traverser la mort", d'aller au-delà du drame de l'interruption de la vie et de son décor épouvantable pour atteindre le séjour bienheureux d'où l'on ne revient pas. La danse de Kâlî (qui fait écho à la danse cosmique de Shiva) est une danse de joie, elle est le signe de la victoire sur le Mal par excellence qu'est la Mort. P 84
RITES INITIATIQUES, 1. Maîtres et disciples
C’est en effet un principe de base de Hindouisme qu'à sa naissance chacun de nous détient en lui un germe spirituel que l'on peut comparer à une graine, à une semence (l’Évangile dirait : à un grain de sénevé). S’il reste tel, l’individu pourra vaquer à ses occupations, se reproduire, réussir même sur le plan social, mais la vie spirituelle lui restera scellée : il n’en connaîtra rien parce que la connaissance métaphysique ne s’acquiert que par l’intermédiaire d’une sorte de sixième sens qui est justement en germe chez tout un chacun mais ne fonctionne que s’il s’est épanoui, s’il a mûri. Pour éveiller cet organe intérieur, le seul moyen est l'initiation sacramentelle. P. 99
L'INITIATION TANTRIQUE, 2. Le repas communiel
Bien entendu, une consécration se fait au début de la cérémonie, de telle façon que le vin en question soit désormais « habité » par la déesse. Pourtant, les rites d’accueil sont faits sur le calice lui-même : on le parfume, on noue une écharpe rouge autour de son col, on lui imprime une marque auspicieuse, etc. Ainsi la déesse est-elle à la fois présente dans le métal du vase et dans le liquide qu'il contient, sans qu'il soit possible d’affirmer que les fidèles ont le sentiment qu’il s’agit du corps et du sang de la divinité. Plus probablement, ils conçoivent le vase comme une enveloppe (« corporelle », si l'on veut) de la puissance vitale (shakti) : ce qui correspond, en philosophie hindoue et bouddhique, à la théorie des « fourreaux » à l’intérieur desquels se cache la substance essentielle (âtman) selon les hindous, ou le vide absolu (shûnya*) selon les bouddhistes. P. 110* shûnyatâ : vacuité ; équivalent bouddhique de l'absolu brahmanique, en tant qu’il est vide (shûnya) de substance.
LE LANGAGE CRÉPUSCULAIRE, 2. Vocabulaire « crépusculaire »
Pour illustrer ce qui vient d’être dit, voici une liste de quelques-uns des termes les plus fréquemment utilisés dans la samdhyâ-bhâshâ, avec indication des diverses significations que l’initié apprend à connaître :
- Varjra : arme de jet du dieu Indra ; foudre ; diamant ; phallus. Des expressions comme vajra-pani, vajrdhara évoquent Indra, Shiva, le Buddha, et aussi le maître spirituel et le disciple initié. De même vajra est le nom secret du Tantrisme bouddhique : vajra-yâna signifie tout à la fois le Chemin de diamant, la Voie phallique ou même le sentier de l’action guerrière (car le Tantrisme est un combat, une violence faite à la normalité profane).
- Comme substituts de vajra, on peut utiliser également des mots tels que linga (d’abord signe distinctif, puis phallus en tant qu’il caractérise le mâle par rapport à la femelle), upâya (moyen, don, approche), mani (pierre précieuse, ornement), etc. etc.
- L’organe sexuel femelle s’appelle usuellement yoni (d’abord chemin, puis sillon, enfin vulve), mais on peut
également le désigner par les mots guhâ (caverne secrète), pushpa (fleur), ghanta (cloche de guerre), padma (lotus), bhaga (la meilleure part, la fortune, la beauté), etc.
- La partenaire sexuelle (normalement yoginî, Celle-qui-pratique-le-yoga, ou sadhikâ, Celle-qui-recherche-l'accomplissement-spirituel) est appelée aussi mudrâ (sceau), d où, d’une part, position particulière des doigts utilisée dans le rituel, offrandes de grains et, d’autre part, fille en tant que celle-ci est le sceau des cérémonies tantriques, vidyâ (objet de connaissance), prajnâ (sagesse, énergie cognitive, gnose)…
De la même façon, le sperme (normalement : rétas) est appelé shukra (le brillant), chandra (la lune), bindu (la goutte, le point), bîja (le germe), amrita (le nectar, l'ambroisie).
Quant aux sécrétions vaginales (et, tout particulièrement, le sang menstruel) on les désigne le plus souvent par le terme neutre de rajas. Or ce mot est ambigu puisqu’il signifie tout à la fois « poussière » (donc souillure, impureté) et « puissance dynamique » (la pourpre royale). On utilise aussi, mais plus rarement, des termes tels que ravi « soleil » ou rakta « rouge ». P. 186, 187
XXII LE MANTRA, 1. Théorie du langage
De la même façon, les bouddhistes d’obédience tantrique professent qu’à la source des vibrations sonores qui emplissent le monde il y a le mystère du Vide (shûnya : nom bouddhique de l’Absolu dont on ne peut « rien» dire). Pourtant, les uns et les autres s’attachent surtout à la réalité vécue dont ils pensent qu’elle est, pour les humains que nous sommes, le point de départ de tout progrès spirituel.
Les spéculations désincarnées, de ce point de vue, sont vaines et même pernicieuses, car elles risquent de masquer l’essentiel qui reste, par la force des choses, l’existence du composé humain dont le corps est une dimension aussi importante que les autres et, en tout cas, indissociable de celles-ci. Les tantriques professent donc qu’il convient de partir du langage humain, de la parole (et aussi de la musique et du chant) pour tenter d’atteindre, si faire se peut, à la perfection du son absolu, de la même façon qu’il fallait partir, on s’en souvient, de la vision d’une image colorée pour découvrir, au terme d'une méditation « résorbante », le point de lumière pure. P. 191
LA KUNDALINÎ, 3. Les chakras du corps subtil
Et là, dans le Sabasrâra,
la divine Shaki
prend son plaisir, sans trêve,
en union avec le Seigneur !Atteindre un tel sommet, c’est donc bien connaître ce mabâ-sukba (félicité suprême) que le Tantrisme identifie au nirvana.
c’est-à-dire à cet « état » où la dualité essence/existence s’abolit dans une fusion transcendantale des contraires. P. 226
NOCES, 3. Noces mystiques
À partir de cette première prise de conscience, l’adepte découvre en tout premier lieu la toute-puissance de l’Energie cosmique (shakti) qui produit et soutient le monde : le flot de vie jaillissant de sa vulve (de Kâlî) en est le signe concret ; encore prisonnier de la multiplicité existentielle (et c’est pourquoi il y a encore plusieurs mâles sur le dessin - phallus dans mon travail), l'adepte a déjà une première vision de l’unité intrinsèque de la déesse. Sa montée progressive lui permettra ensuite de réaliser sa propre unité (il est seul face à elle), puis de manifester son désir (thème du kâma**) et, enfin, de réaliser en lui-même cette union des contraires qui le libère des contradictions dont le profane est l’esclave. Or cette montée vers la « chambre d’amour » coïncide avec celle de la kundalinî*** dans le canal central du corps subtil. C’est donc encore la puissance femelle (shakti) qui est à l’œuvre dans ce processus libérateur. P. 240
* Kâlî la "Noire" : est, dans l'hindouisme, la déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction. Celui qui la vénère est libéré de la peur de la destruction. Elle détruit le mal sous toutes ses formes et notamment les branches de l'ignorance comme la jalousie ou la passion. Dans l'art, Kali est souvent dépeinte avec des éléments iconiques : - Plusieurs bras signalent ses innombrables capacités. - Une langue proéminente symbolise la consommation des vices. - Une guirlande de crânes et une épée montrent son rôle de libératrice des cycles de la réincarnation.
** Shakti : est un terme qui signifie « pouvoir », « puissance », « force ». Dans l'hindouisme, ce mot désigne l'énergie féminine, le principe actif et extériorisé d'une divinité masculine.
*** Kâma : Amour (désir érotique) ; principe premier grâce à quoi l'union sexuelle du à quoi l'union sexuelle du Seigneur et de sa parèdre se produit.
**** Kundalinî : enroulée ; nom du serpent femelle qui niche dans la caverne sise à la base du corps subtil (image de la puissance cosmique, shakti présente en chaque être vivant.
– LIVRE : "L'INDE MYSTIQUE, TEXTES SUR LE VEDÂNTA", ALEXANDRA DAVID NEEL
« Tel est le chemin des dieux, le chemin de 'brahman'. Ceux qui le suivent ne reviennent pas au tourbillon humain - ils ne reviennent pas. » "Chandogya Upanishad". P. 83
DERRIÈRE LE VOILE DU TEMPLE DE CHIDAMBARAM*
Il est au sud de l’Inde un temple très grand, silencieux, solitaire comme la plupart des temples de la région. Son nom sonne étrangement aux oreilles de ceux qui comprennent l’antique langue sacrée. Chidambaram : c’est l’Éther de l’Esprit »… Au centre des enceintes, des cours, des parvis et des corridors pleins d’ombre, dans le sanctuaire, un mystère réside, jalousement caché aux regards profanes. Devant une draperie hermétiquement close, une flore étrange de fleurs d’or s’amoncelle en offrandes, descend en guirlandes, en rideau prestigieux resplendissant dans les ténèbres à la faible clarté des lampes rituelles. Le double rideau, le rideau de rêve des lotus orfévrés et le rideau ténébreux de la lourde étoffe, cache le Dieu… l’invisible déité autour de laquelle, de l'autre côté des murs épais, toute une cour de divins personnages sculptés dans la pierre et le bois monte une garde respectueuse. Le Roi suprême de toutes les personnalités divines qui grimacent, menacent ou sourient à tous les angles en tous les recoins du Temple comme dans l’âme pleine de rêves et de contrastes des fidèles. La face de l'Éternel, du Suprême, de l’Absolu que nul nom ne peut nommer est là derrière le voile et la foule silencieuse se prosterne de loin, tournée vers le sanctuaire accessible à une minorité de brahmanes seulement. Le soir, à l’heure consacrée où les portiques s’illuminent et où les lumières sont balancées devant les images divines, un brahmane entre dans le « Saint des saints », se prosterne, présente l’hôte invisible les offrandes symboliques : les fleurs, les fruits, le riz… puis allumant un morceau de camphre sur un plateau, soulève le voile mystérieux et projette la fulgurante et rapide lueur dans le tabernacle sacré… Et c'est le vide seul qu’éclaire la flamme dansante car derrière la splendeur du rideau d’or, et les ténèbres du rideau sombre il n’y a Rien.
Toute l'Inde mystique est dans ce symbole**. L’Inde lointaine des Védas, celle des Sages dont la ferveur sceptique raille, ironise et se répand en transcendante dévotion dans les 'Upanishads' et celle des penseurs d’aujourd’hui, des grands 'sannyâsins' qui passent muets parmi l’idolâtrie des masses, levant leurs mains jointes devant les autels des Dieux, sans qu’une moquerie ou une pitié se lise dans leurs yeux impassibles et qui, devant ceux qu'ils acceptent comme des leurs, soulèvent paisiblement le rideau des symboles, écartent les panthéons et révèlent l’abîme qu’ils cachent aux yeux et aux cœurs débiles des foules***. P 91-93.- * De tous les temples du sud de l’Inde que David-Neel a visités (Rameswaram, Tanjore, Tirouvanramalai), c’est celui de Chidambaram, dédié à Shiva Nataraja qui l'a le plus impressionnée en raison du « dévoilement » de l’essence du Vedânta, qui fut pour elle une véritable révélation.
- ** Voyant dans ce « Rien » l’antidote au « polythéisme effréné » de l’Inde populaire, David-Néel accordait à ce dévoilement une portée initiatique : « Le lieu que les fidèles appellent la demeure du dieu est une chambre vide. On ne doit pas le savoir, c’est là le secret, l’initiation… Elle est terriblement symbolique ! »,
- *** Tout sépare donc « l’Inde mystique » des manifestations de piété populaire à l’endroit desquelles David-Néel s’est toujours montrée très sévère : « La dévotion silencieuse est un luxe, une pratique de croyants raffinés ; les masses hurlent leur foi grossière non seulement en Orient, mais aussi en Occident. »
CHAPITRE I, ORIGINE DU VEDÂNTA
C’est par une simple façon de parler que l’on dresse ainsi une liste de quatre espèces de langages ou de sons, en réalité ce que veulent exprimer les 'Madhyamâ', ce sont plutôt quatre manières d’entendre et de reproduire un son unique, chacun selon sa capacité.
Qu’est-ce que ce son ? C’est la vibration primordiale, celle qui engendre toutes les autres et dont les ondes produisent tous les phénomènes dont l'ensemble constitue l'univers. Ou bien c’est encore, en retournant les termes la phrase, la grande voix faite de mille voix qui résume la clameur des mondes. En fait, cette doctrine du son a maints aspects. Les mystiques adorateurs de déesse voient en lui la première forme de manifestation de l’énergie cosmique*.
- * « C’est là le secret d’OM - car OM a pour support : La Déesse-Parole. » Cette syllabe sacrée (AUM) est elle-mêne composée de trois lettres évoquant chacune, selon le 'Vedânta', un aspect du Brahman (sat-chit-ananda). P. 147
CONFÉRENCE DE MADAME ALEXANDRA DAVID-NÉEL, ORGANISÉE PAR LE BRAHMA SAMSAD
« Quelques réflexions sur le Védantisme et le Lamaïsme »
Calcutta, 7 novembre 1912Bien entendu, les gourous tibétains instruits ne croient pas en l’existence réelle des dieux. Leur existence est de maire relative, tout comme la nôtre. Ce sont des créations de J’esprit et ils n’ont pas de vie propre en dehors de l’esprit qui les conçoit. P. 171
Alors que d’autres philosophes voudraient intervenir et prétendre corriger le cours général en plus de l’économie de la nature ainsi que la vie terrestre, le 'Vedântin' soutient que, plutôt que de critiquer, il est plus légitime pour l'homme d’« expliquer » le monde tel qu’il est : de découvrir la Loi universelle à laquelle tous les cas possibles peuvent être subordonnés. […]
Vous parlez le plus pur 'Vedânta' lorsque vous qualifiez « tout cela » de simple rêve et, pour être rigoureusement exact, j’ajouterais ce commentaire : alors que notre rêve ordinaire ne peut qu’être expliqué, ce rêve-monde, lui, peut être expliqué à tel point qu’il disparaît*.- * L'idée que l’existence du monde manifesté relève du rêve, et n’est qu’illusion créée par la Mâyâ, est une des thèses fondamentales du Vedânta non dualiste (advaita). Une thèse que David-Neel, très tôt détachée de la vie «mondaine», n’eut aucune peine à faire sienne. P. 184
En d’autres termes, l’âme est le simple témoin (sâkshin) de tout le processus*, sans avoir de rôle actif et sans en être affectée de quelque façon que ce soit ; le mot qui lui convient étant « inaltérable » (avyaya). P. 188
* « Je suis le témoin, cela qui confère la conscience [ceta) sans attributs, le seul existant réellement, en vérité l’Absolu lui-même (brahman), existant dans tous les êtres comme l’éther, mais dépourvu de leurs défauts. »
DEUX PETITS EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE ENTRE ALEXANDRA DAVID-NEED ET SWAMI SATCHITÂNANDA (BÉNARÈS, INDE, 1913)
NB : Je n'ai pas trouvé cette correspondance très intéressante car il a beaucoup de redites et des répétitions inlassable sur des concepts hindous à propos de points vraiment techniques, qui me paraissent, à mon sens, manquer de pertinence. Je me suis donc arrêté de lire ce livre à la page 231. Tout en citant tout de même, une des dernières lettres de Mme David-Neel à son ami Satchitânanda, dans laquelle, elle me semble assez désespérée de l'existence.
Si tous ceux qui méditent sur le Soi (âtmadhyânî) comparent leurs impressions - et non ceux qui méditent sur le vide (shûnyadhyânî) - car le vide (shûnya) peut prendre toute forme naturelle (prakprikita) comme forme de félicité à laquelle l’esprit du méditant peut être sensible à ce moment-là* - je pense qu’ils découvriront qu’ils pourront décrire leurs expériences dans le même langage : celui de l’extase, de la félicité, en un mot, du silence.
- * Allusion aux bouddhistes censés méditer sur le vide (sünya) que Satchitânanda ne distingue pas de la vacuité (sûnyatâ) telle que l’entend le 'Mahâyâna'. Or, si le vide peut en effet accueillir n'importe quelle forme naturelle en tant que « forme de félicité », et entretient ainsi l'ignorance du méditant, la « réalisation » de la vacuité le conduit à ne plus dissocier vide et forme et fait naître en lui la grande félicité (mahâsuka). Lettre de Satchitânanda, Nagwa Bénarès, 31.05.1913, P. 205
- Permettez-moi de citer un passage d'un hymne de Shankara :
« Ce n’est pas moi qui honore les dieux
car, parvenu au-delà des dieux, on ne rend plus d’homage au divin
Nul besoin de suivre les prescriptions [rituelles]
Celui à qui s’adresse l’hommage, c’est moi-même. » […]
J’ai souhaité me retirer du monde à l’adolescence, mais ce désir est resté vain, car une telle chose n’est pas possible. Je me suis mariée. J’ai vécu dans le monde pendant des années, mais je suis finalement revenue à l’idéal de mon enfance. Le monde et les choses matérielles, en raison de leur impermanence, sont une source de souffrance. Tous les soi-disant plaisirs et joies terrestres sont, en réalité, des objets méprisables. Ce ne sont que de lourdes chaînes, rien de plus. Heureux sont ceux qui ont renoncé à l’espoir et au désir, qui ont brisé toutes les attaches, humaines et divines, qui ne demandent rien aux autres : ni amour, ni admiration, ni respect, ni aide ; qui marchent seuls, sereins et libres, inébranlables, avec l’esprit rempli de compassion pour ceux qui souffrent, leur faiblesse spirituelle les poussant à chercher ici et là des protecteurs, des amis ou des pères célestes, et qui, toujours déçus, errent douloureusement dans ce 'samsâra' créé par leur propre ignorance.
Sincèrement vôtre, Alexandra David-Neel, Bénarès16.06.2013. P, 257
– ARTICLE : HEISENBERG, W. PHYSIQUE ET PHILOSOPHIE : "LA RÉVOLUTION DANS LA SCIENCE MODERNE". HARPER & ROW | TWITTER, 20 février 2026
La physique quantique montre que le monde solide que nous percevons est en réalité constitué de lignes d'énergie, de vide et de probabilités et non de matière physique.
Pendant des siècles, nous avons considéré l'univers comme un ensemble d'objets solides, mais la physique quantique est en train de démanteler cette illusion.
Au cœur de chaque atome ne se trouve pas une petite bille dure, mais un tourbillon électrique de probabilités et de vibrations. Les scientifiques ont prouvé que ce que nous percevons comme une substance physique est en réalité une série de champs de force fantomatiques et d'ondes résonnantes qui dansent dans un vaste vide silencieux.
Ce changement fondamental dans notre compréhension suggère que le monde matériel ressemble moins à un chantier de construction composé d'éléments fixes qu'à une symphonie complexe d'événements énergétiques.
Cette découverte remet en question notre propre identité, suggérant que nous ne sommes pas des êtres solides habitant un monde solide, mais plutôt des motifs complexes d'énergie résonnant à travers l'espace. Si le fondement de la réalité repose sur la probabilité plutôt que sur la substance, les frontières entre l'observateur et l'observé commencent à s'estomper. Nous faisons partie d'une danse continue et dynamique où rien n'est vraiment statique, nous rappelant que l'existence est un processus continu de vibration plutôt qu'un ensemble de choses indépendantes et inanimées.
– INTERVIEW : "NOTRE EXISTENCE DEVIENT UNE FICTION" | RAPHAËL LIOGIER, | TWITTER | ÉLUCID, 25 FÉVRIER 2026
Aujourd'hui, il y a un effondrement des mythologies positives, de la mythologie, et c'est remplacé par des fictions. Quelle différence entre fiction et mythologie ? C'est que la fiction, je sais que c'est faux. Comme quand je regarde une fiction à la télévision. Je lis un roman, je sais que c'est faux, le roman. Mais j'entre dans le roman, pourquoi ? justement pour compenser parfois le fait que ma vie est moins intéressante. Mais en même temps, ça peut faire partie d'une certaine jouissance… Sauf qu'aujourd'hui, c'est comme si nous écrivions notre vie comme un roman, donc comme une fiction, en sachant que c'est faux, mais comme on n'a pas la force de croire à cette transcendance, c'est à dire d'être plus grand que ce qu'on est, on n'en a pas la force. Alors, eh bien on préfère faire comme si ce n'était pas une fiction. C'est-à-dire, c'est une fiction, on sait que c'est faux, mais comme on n'a rien à mettre à la place, alors, on défend la fiction, en quelque sorte, la fiction de notre propre existence. Ça, ça a des conséquences pratiques mais énormes. C'est-à-dire que ça crée une société qui devient une société du mensonge, où tout le monde se satisfait du mensonge, parce que sinon, ça nous remettrait face au vide.
"SOCIÉTÉ DU SPECTACLE : ON EST ALLÉ ENCORE PLUS LOIN !"
Je pense qu'on a dépassé ce que voyait Debord, qui avait dit qu'on était dans une société du spectacle. Mais aujourd'hui on est allé au-delà encore… c'est le show business général, c'est devenu une société où on est tous devenus des corrélations statistiques, c'est-à-dire des datas à base de profils, on devenus des profils. Et on s'auto-profile, on n'a même plus besoin de l'extérieur. On s'auto-profile pour être exploité en tant que profil. On voit ça dans les applications de rencontres, on s'auto-profile, on se factorise aussi, c'est à dire qu'on donne des facteurs : mon âge, qu'est ce que je vaux quoi ? Combien je vaux sur le marché, sur le marché de cette exhibition. Et lorsque mon profil croise un autre profil, là, je suis tout content tt ça, c'est une caricature, même s'il y a beaucoup de gens maintenant qui fonctionnent comme ça, mais ça fonctionne comme ça à tous les niveaux, non seulement on l'accepte, mais on y va encore plus fort. On s'auto-profile comme étant heureux, on s'auto-profile etc… Donc on est dans une société… dans ce que j'appelle la phase corrélationniste. On est réduit et on se réduit nous-même à des corrélations.
– ARTICLE : MARGUERITE PORETE "LE MIROIR DES ÂMES SIMPLES ET ANÉANTIES" | WOMEN IN WORLD HISTORY, TWITTER | 2 MARS 2026 (à lire quelques extraits de ce superbe livre dans les Notes Besançon - 2021-2022)
Au début du XIVe siècle, alors que la théologie était presque exclusivement réservée aux hommes formés dans les universités et approuvés par l'Église, une femme sans autorité officielle écrivit un livre si audacieux qu'il effraya Paris.
Marguerite Porete est probablement née vers 1250 et était associée aux béguines, des femmes religieuses laïques qui menaient une vie pieuse sans prononcer de vœux permanents. Elles priaient, travaillaient, servaient les pauvres et, surtout, pensaient par elles-mêmes. Cette indépendance leur valait à la fois admiration et suspicion.Son livre, Le miroir des âmes simples et anéanties, n'était pas une rébellion au sens propre du terme. Il était plus discret et bien plus dangereux. Écrit en langue vernaculaire plutôt qu'en latin, il décrivait une âme tellement consumée par l'amour divin qu'elle n'agissait plus par crainte de l'enfer ou par espoir du paradis. L'âme anéantie, écrivait-elle, repose entièrement en Dieu, au-delà de toute morale rigide, au-delà de la quête anxieuse de la vertu. L'amour, dans sa forme la plus pure, dissout le moi.
Pour les autorités ecclésiastiques, ce langage ressemblait à de l'anarchie spirituelle. Si une âme n'avait plus besoin de la médiation de l'Église – pas de sacrements, pas de hiérarchie, pas d'œuvres prescrites – que restait-il du contrôle institutionnel ? Son livre fut condamné et brûlé publiquement. On lui ordonna de se rétracter.
Elle refusa.
Pendant plus d'un an, elle resta emprisonnée à Paris. Elle ne renia pas ses paroles. En 1310, elle fut déclarée hérétique récidiviste et brûlée sur le bûcher de la place de Grève. Des témoins rapportèrent qu'elle affronta la mort en silence.
Pourtant, sa voix ne s'est pas éteinte. Les manuscrits du Miroir ont circulés anonymement à travers l'Europe pendant des siècles, traduits dans plusieurs langues, lus par des mystiques qui n'ont peut-être jamais connu son nom. L'Église a tenté de l'effacer. Au contraire, elle l'a préservée, par la peur, par le feu, par la mémoire.
– LIVRE : "THALASSA PSYCHANALYSE DES ORIGINES DE LA VIE SEXUELLE & MASCULIN ET FÉMININ", SÂNDOR FERENCZI
Je dois avoué ici mon désintérêt presque total pour la psychanalyse et les livres qui lui ont été consacrés, sans pour autant, bien sûr nier l'importance que celle-ci a eu sur la libération comportementale des individus envers la sexualité, le développement et l'assouvissement des phantasmes et tous les embrouillaminis créer autour de tout ça : du désir, de la sexualité, de la morale, de la jouissance et de la création artistique. Car, par exemple, on ne peut bien évidement pas regarder le film "Les Oiseaux" d'Hitchcock et "Belle de jour" de Luis Buñuel, ou regarder n'importe quelle toile surréalistes sans y voir la présence plus que soulignée, sur-lignée, appuyée et même originellement structurelle de la pensée psychanalytique, agissant comme une grille de lecture, un cadre, un scénario, non plus divin, spirituel et sublime, comme dans le temps, mais scientifiquement "moderne", structuré rationnellement par cette "nouvelle science". Qui essaye bien souvent d'expliquer ainsi que de 'justifier' tous les désirs sexuels, fussent-ils horribles et obscènes : (comme dans "Belle de jour", encore, où Catherine Deneuve est éclaboussée par de la boue éjaculatoire et excrémentielle, dans une dégradation ultime de sa beauté de son innocence et de sa pureté, dans la salissure et l'abjection et l'annihilation d'elle-même, comme dans l'orgasme ; dans un grand déploiement de l'ensemble des angoisses humaines vis-à-vis de la mort et de la décomposition des corps et des cadavres.
J'ai bien sûr lu quelques bon livres de Freud comme Totem et tabou, et aussi les livres de l'auteur américain Norman O. Brown (comme Love's Body & Life Against Death), que mon ami Johnes Ruta, m'avait judicieusement recommandé de lire à New York déjà, ainsi que ce livre-ci d'ailleurs, alors, un grand merci à lui…
Mais je reste cependant toujours sur ma faim et un peu déçu, bien que j'apprenne beaucoup de choses, en lisant de tels livres. Et puis, après Sade, avait-on encore besoin de psychanalystes ? Excepté sans doute pour les écrits, comme par exemple ceux de C. G. Jung (L'Homme et ses symboles), qui a bien sût corroborer, synthétiser et assimiler une grande partie des pensées mystiques orientales à la pensée matérialiste et analytique occidentale contemporaine et dans lesquels, on en apprend beaucoup sur la spiritualité et sur l'inconscient, les rêves et les destinées humaines…
Donc, en effet, en général, tous ses écrits sur la psychanalyse, me semblent, globalement et systématiquement, un peu faibles, remplis de parti pris et de justificatifs, surtout, en essayant de faire rentrer l'Homme et sa psyché, par le prisme d'une pensée structurelle dissociative, beaucoup trop étroite et étriquée (le petit bout de la lorgnette), pour entrer dans des univers trop grands, dans des dimensions et des visions d'ensemble globales et englobantes. C'est donc un problème d'échelle et de confrontation de dimensions différentes, qui ne se comprennent, ni ne s'emboitent pas du tout ! Miroirs tronqués et déformants en quelle sorte… Tout ceci étant mené dans un combat pseudo-scientifique, envers les insondables mystères et energies vitales de l'Univers et du Cosmos, dans leurs ensemble vital, dans leurs totalités. Alors, bien sûr, j'en suis et j'en reste toujours plus ou moins insatisfait et frustré !
En tout cas, voici cependant quelques beaux extraits, assez surprenants, de ce livre bien intéressant et qui fut écrit en 1924, il y a cent ans déjà !
UNE ENTREPRISE INÉDITE : LA PSYCHANALYSE DES ORIGINES
Ce qui est interdit à la pensée consciente, le rougissement le réalise magiquement par le langage du corps. Les vaisseaux se dilatent comme pour absorber un objet et cette fiction organique devient le symbole même du désir refoulé. Ainsi nous utilisons notre corps pour la symbolisation. comme l’artiste se sert de ses matériaux pour créer l’œuvre d’art. Dans les deux cas, il s'agit de « matérialiser », comme par magie, des désirs refoulés. Et cela est possible parce que notre corps fonctionne d’emblée comme un langage. En symbolisant nous ne faisons que de parler, en tirant parti du sens originel des sémantèmes organiques. P. 14
MASCULIN ET FÉMININ
Considérations psychanalytiques sur la « théorie génitale » et sur les différences sexuelles secondaires et tertiaires (1929)
Les tendances libidinales refoulées, et d’abord librement flottantes, s’entremêlent (d’où le terme d’« amphimixie » = mélange) et finissent par se concentrer en un réservoir spécial de plaisir, l’appareil génital pour y être périodiquement déchargées.
La zoologie, essentiellement dominée jusqu’à présent par une conception téléologique de l'espèce, quant à la fonction sexuelle et aux autres fonctions, et totalement éloignée des points de Vue de la psychologie individuelle, ne pouvait naturellement pas en venir à cette idée, où m’ont conduit mes recherches analytiques portant sur des personnes étudiées individuellement, à savoir que la fonction génitale est, avant tout, un processus de décharge, l’expulsion de produits suscitant une tension, ou bien, pour employer un vocabulaire purement psychologique, la répétition périodique d’une activité suscitant du plaisir, activité qui ne joue pas nécessairement un rôle dans la conservation de l’espèce. P. 28L'expérience psychanalytique a établi que les actes préparatoires au coït - caresses tendres et étreintes - ont entre autres pour fonction de favoriser l'identification mutuelle des partenaires. Embrasser, caresser, mordre, étreindre servent entre autres à effacer la limite entre les Moi des deux partenaires ; ainsi par exemple l’homme au cours du coït, après avoir en quelque sorte introjecté sur le plan psychique les organes de la femme, n’est plus obligé d’éprouver le sentiment d’avoir confié le plus précieux de ses organes, le représentant de son Moi-plaisir, à un milieu étranger, donc dangereux ; de sorte qu’il peut sans crainte se permettre l’érection, l’organe bien protégé ne risque pas d’être perdu puisqu’il se trouve confié à un être auquel son Moi s’est identifié. Ainsi dans l’acte sexuel le désir de donner et le désir de conserver, les tendances égoïstes et les tendances libidinales, s'équilibrent avec succès. C'est un phénomène que nous avons déjà rencontré dans la double orientation propre à tout symptôme de conversion hystérique. D’ailleurs cette analogie elle même n’est pas fortuite puisque le symptôme hystérique - comme le montrent d’innombrables observations psychanalytiques - reproduit toujours d’une façon ou d’une autre la fonction génitale.
Lorsque l’union la plus intime entre deux êtres de sexe différent s’est réalisée par la formation du triple pont du baiser, de l’enlacement et de la pénétration du pénis, alors se produit le combat final, décisif, entre le désir de donner et celui de conserver la sécrétion génitale elle-même, combat que nous avons tenté de décrire au début de nos réflexions comme une lutte entre les tendances anale et urétrale. Donc, en définitive, tout le combat génital se déclenche autour d’un produit de sécrétion ; lors de l’éjaculation qui termine le combat, la sécrétion se sépare du corps de l’homme, le libérant ainsi de la tension sexuelle, mais de telle sorte que cette sécrétion se trouve mise à l’abri dans un lieu sûr et approprié, à l’intérieur du corps de la femme. Cependant, cette sollicitude nous incite à supposer aussi l’existence d’un processus d’identification entre la sécrétion et le Moi ; ainsi le coït dès à présent un triple processus d'identification de l’organisme tout entier à l’organe génital, identification au partenaire et identification à la sécrétion génitale. […]
Donc, en définitive, tout le combat génital se déclenche autour d’un produit de sécrétion ; lors de l’éjaculation qui termine le combat, la sécrétion se sépare du corps de l’homme, le libérant ainsi de la tension sexuelle, mais de telle sorte que cette sécrétion se trouve mise à l’abri dans un lieu sûr et approprié, à l’intérieur du corps de la femme. Cependant, cette sollicitude nous incite à supposer aussi l’existence d’un processus d’identification entre la sécrétion et le Moi ; ainsi le coït impliquerait dès à présent un triple processus d’identification : identification de l’organisme tout entier à l’organe génital, identification au partenaire et identification à la sécrétion génitale.
Si nous considérons maintenant toute révolution de la sexualité, de la succion du pouce chez le nourrisson jusqu’au coït hétérosexuel en passant par le narcissisme de la masturbation génitale, et si nous gardons à l’esprit les processus complexes d'identification du Moi avec le pénis et avec la sécrétion génitale, nous en arrivons à la conclusion que toute cette évolution, y compris par conséquent le coït lui-même, ne peut avoir pour but qu’une tentative du Moi, d’abord tâtonnante et maladroite, puis de plus en plus décidée et enfin partiellement réussie, de retourner dans le corps maternel, situation où la rupture si douloureuse entre le Moi et l'environnement n'existait pas encore. Le coït réalise cette régression temporaire de trois manières : en ce qui concerne l'organisme tout entier, sur un mode hallucinatoire seulement, comme dans le sommeil ; quant au pénis, auquel s’identifie l’organisme entier, il y réussit déjà partiellement, à savoir sous une forme symbolique ; seul le sperme a le privilège, en tant que représentant du Moi et de son double narcissique, l’organe génital, de parvenir réellement à l'intérieur du corps maternel. P. 71-74
3. LE DÉVELOPPEMENT DU SENS DE RÉALITÉ ÉROTIQUE ET SES STADES
Je suis convaincu que l’observation de la vie sexuelle des animaux viendra confirmer cette conception, et je ne regrette que l’insuffisance de mes connaissances dans ce domaine de la science. Le peu que je sais va dans le sens de ma conception relative à l’universalité de la pulsion de régression maternelle et de sa réalisation par le coït. Je me réfère par exemple au fait que certains animaux prolongent l’acte sexuel quasi indéfiniment*.
* Le coït de l’araignée peut durer sept heures, celui de la grenouille jusqu’à quatre semaines. On connaît depuis longtemps l'accouplement permanent de certains parasites ; il arrive même que le mâle passe sa vie entière dans l’utérus ou le larynx de la femelle. Un développement supérieur du sens de réalité érotique est également le fait de ces parasites qui transfèrent presque tout le souci de leur entretien à leur hôte et dont l'organisation est à peu près entièrement vouée au service de la fonction sexuelle.
4, INTERPRÉTATION DES DIVERS PROCESSUS DE L'ACTE SEXUEL
Après ces considérations, il nous paraît intéressant de soumettre à une analyse, à la manière des symptômes névrotiques, les divers processus de l’acte sexuel, dont jusqu’à présent nous n'avons vraiment étudié que l'éjaculation.
Tout d’abord il y a l'érection qui, selon notre théorie de la génialité et le désir de retour à la situation intra-utérine qu’elle implique, appelle une interprétation au premier abord surprenante. Supposons que l'enveloppement permanent du gland dans une membrane muqueuse (prépuce) constitue en fait une réplique en réduction de la situation intra-utérine. Lorsque au moment de l’érection l'accroissement de la tension accumulée dans l’organe génital projette le gland, c’est-à-dire la partie la plus sensible du pénis (et, selon notre conception, le représentant narcissique du Moi tout entier), hors de sa position de repos bien protégée, on peut dire en quelque sorte qu’il l’accouche ; l’intensification soudaine de la sensation de déplaisir permet de comprendre le désir, lui aussi soudain, de rétablir la situation perdue par le pénis en pénétrant une autre enveloppe, autrement dit de rechercher dans le monde extérieur réel, cette fois effectivement à l’intérieur du corps de la femme, la quiétude dont il jouissait auparavant sur un mode autoérotique. P. 86 - 88Nous supposons donc que c’est la régression hypnotique à la situation intra-utérine qui étourdit la femelle au moment de la conquête et que la reproduction fantasmatique de cette situation bienheureuse lui fournit une compensation pour avoir à subir l’acte sexuel qui en soi est pénible.
Si, en accord avec les zoologistes, nous classons parmi les caractères sexuels secondaires toutes les parties du corps qui présentent un caractère sexuel mais ne participent pas à la fonction de sécrétion des glandes génitales, nous devons, en tout état de cause, classer parmi ceux-ci les organes d’accouplement, c’est-à-dire le pénis et le vagin. En effet, il nous semble que l’exhibition des organes sexuels, pénis en érection ou vagin ouvert, produisent par eux-mêmes un effet de fascination, éveillent chez le partenaire spectateur le fantasme de la situation intra-utérine. P. 94, 95L'état des partenaires est caractérisé pendant l'orgasme et après, par un rétrécissement considérable ou même une abolition complète de la conscience (normalement, même dans la période précédant l’orgasme, l’activité psychique consciente se bornait à la volonté d’atteindre le but sexuel). Les exemples pris dans le règne animal mettent encore plus nettement en évidence la concentration sur la sensation de satisfaction ; là en effet il arrive même que la sensibilité douloureuse soit entièrement abolie. Certaines espèces de lézards se laissent mettre en pièces plutôt que d’interrompre l’acte sexuel ; il y a des salamandres que même la mutilation ne dérange dans leur accouplement. Le lapin domestique, pendant l’orgasme, tombe dans un état proche de la catalepsie puis, inconscient, il s’effondre et, le pénis maintenu dans le vagin de la femelle, il reste étendu pendant un long moment, immobile, auprès d’elle. Nous ne faisons qu'être conséquent en considérant cet état, ainsi que le sentiment de satisfaction parfaite et l’absence totale de désirs qui l’accompagnent, comme étant le but du coït qui, pour l’individu tout entier, signifie qu’il a réalisé l’existence intra-utérine inconsciemment, sur le mode hallucinatoire ; mais en même temps, pour l’organe génital et pour les cellules germinales, cela signifie la réalisation à la fois symbolique et réelle de ce but. P. 98, 99
5. LA FONCTION GÉNITALE INDIVIDUELLE
On peut se demander à présent si cette étude du déroulement et de l’évolution ontogénétique du coït permet aussi d’aborder le sens de ce processus qui se répète avec une uniformité si remarquable dans une grande partie du monde animal.
Du point de vue purement biologique, nous considérons le coït comme un acte de décharge périodique dont le but est de réduire la tension qui s’accumule lout au long de la vie de l’individu, tension libidinale qui accompagne toute activité non érotique des organes et se déplace « amphimictiquement » des divers organes sur l’appareil génital. Tous les organes interviennent donc dans les processus de de l'accouplement, mais plus particulièrement toutes les quantités et toutes les formes de la libido des zones érogènes et stades d’organisation dépassés à l'âge adulte. […]
Un être vivant disposant d’une fonction génitale évoluée est capable d’une meilleure adaptation aux tâches de l'existence, même dans ses activités non érotiques ; il peut différer ses satisfactions érotiques pendant assez longtemps pour que celles-ci ne troublent pas la fonction de conservation. Nous pouvons donc dire que l’appareil génital est en même temps un organe «utile» qui favorise les visées de la fonction de réalité.Un être vivant disposant d'une fonction génitale évoluée est capable d'une meilleure adaptation aux tâches de l’existence, même dans ses activités non érotiques ; il peut différer ses satisfactions érotiques pendant assez longtemps pour que celles-ci ne troublent pas la fonction de conservation. Nous pouvons donc dire que l’appareil génital est en même temps un organe « utile » qui favorise les visées de la fonction de réalité. P. 100, 101
Parallèlement à ce sentiment, on peut imaginer un reflux « génitofuge » de la libido vers les divers organes, pendant de ce flux « génitopète » dans la phase de tension, a entraîné les excitations des divers organes vers l’appareil génital. C’est au moment où la libido se déverse de l’organe génital vers l'organisme psychophysique tout entier que naît la « sensation de bonheur » qui récompense les organes de leur bon fonctionnement et les incite en même temps à de nouvelles performances.
La satisfaction orgastique correspond en quelque sorte à la généralisation explosive de l'organisme tout entier, à l’identification totale de tout l’organisme avec l’organe d’exécution sous l’effet de la friction. P. 103Donc la sexualité aussi ne fait que jouer avec le danger. Selon notre description, dans la sexualité génitale toute la tension sexuelle de l’organisme est convertie en sensation de prurit des organes génitaux dont il est extrêmement facile de se débarrasser ; mais en même temps la tendance de l’organisme tout entier à régresser vers l’utérus maternel est également déplacée sur une partie du corps, l’organe génital, par l'intermédiaire duquel elle peut se réaliser sans difficulté.
Le coït rappelle donc ces mélodrames où les nuages menaçants s’accumulent comme dans une véritable tragédie, mais où l'on a toujours l’impression « que tout finira bien malgré tout ». P. 108
Nous sommes tous et, quelque soit nos cultures, entourés et nourris par la mort, spécialement les hindous, les aztèques, les mayas ou les papous mais aussi sidéralement nourris par la Vie ! Et c'est l'ensemble de ce contexte du Vivant et du Mort, que les occidentaux ont tendance à bien oublier et mettre de côté ! Ils sont tous dans un état d'entre-deux, ni vraiment vivants, ni vraiment déjà mort, sans soute par lâcheté, pusillanimité et ignorance !
– LIVRE : "L'ENSEIGNEMENT SECRET DE LA DIVINE SHAKTI", JEAN VARENNE
Jean-Pierre Sergent, atelier de Besançon le 7 mars 2026
AUTRES LIVRES LUS EN 2026 ET À EN TRANSCRIRE CERTAINS EXTRAITS
– LA MORT D'IVAN ILLITCH, TOLSTOÏ (très beau livre)
– ŒUVRES COMPLÈTES 1, NOVALIS
– LES ARGONAUTIQUES, JASON ET LES ARGONAUTES, CAIUS VALERIUS FLACCUS
(J'ai toujours beaucoup aimé regardé le film 'Jason et les Argonautes' (1963) de Don Chaffey. Le film possède tout à la fois, des dimension héroïques, historiques, mythologiques, cauchemardesques, odysséènes et même surréalistes, que l'on retrouve racontées dans ce beau petit livre.)
