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Jean-Pierre Sergent

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NOTES DE BESANÇON [2026], EXTRAITS, FLORILÈGES & MORCEAUX CHOISIS

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NOTES DE BESANÇON 2026

D'abord, il y a bien sûr le travail artistique sur les images, la recollection, la récupération, l'assimilation et puis la mise en surface, le désign, l'intégration au format dans le rectangle de ratio un sur deux ou dans le carré, de la forme et du contenu esthétique de l'image à sérigraphier. Et puis, il y a ensuite toute la mise en place des images, la confection des films positifs, la découpe des dessins sur film inactiniques, film rouge opaque sur film transparent par le plotter ou dessinés directement sur film acétate. Et puis après, bien évidement le travail très technique et fatiguant sur les écrans sérigraphiques et l'impressions de ces images choisies et ensuite tout le travail de tournage et de photographie des œuvres finies et ultimement, l'envoi de toutes ses informations : images, vidéos ou texte sur mon site internet. 
Et puis quotidiennement, chaque soir sans exception, je lis, non pas en parallèle car ce n'est pas quelque chose à part mais vraiment consubstantiel à l'énergie de mon travail : il y a donc la lecture. Je lis et découvre émerveillé, des auteurs, des écrivains, des penseurs, des voyageurs dont les idées et les pensées m'interpellent, m'assaillent, me conforte en illuminant et en éclairant certaines voix et choix, certaines energies et façons de présenter le monde dans mon travail avec ses beautés, ses énergies et ses vicissitude que j'ai choisies et dont je décide, consciemment ou pas, de présenter et de développer dans celui-ci. Ou parfois aussi, c'est tout autre chose, des mondes, dont j'ignorait la présence ou l'existence, des idées et des concepts dont je n'avait jamais entendu parler et que bien humblement, j'assimile et mets à plat, comme dans un état des lieux socio-politique, ethnique, esthétique ou spirituel, un état des choses… de ses choses qui nous confortent ou nous interpellent avec une envie d'être pleinement conscient et présent à ce monde et à toutes ses diversités… 
Voici donc quelques extraits de mes traces de lectures et certaines de mes idée et commentaires sur celles-ci et leurs rapport avec mon travail, qu'elles enrichissent, justifient et expliquent parfois, bien souvent à posteriori… offertes en toute humilité, bonne lecture à tous…

Jean-Pierre Sergent, Besançon le 21 janvier 2026


– INTERVIEW : BENOIT HEILBRUNN "AUJOURDHUI NOUS DÉTENONS ENVIRON 1000 FOI PLUS D'OBJET QU'AU MOYEN ÂGE", DÉCEMBRE 2025

Au Moyen Âge, un individu rencontrait dans toute sa vie à peu près 200 objets. Aujourd'hui, on en croise 20 000 par jour et on estime que chacun d'entre nous a à peu près 10 000 possessions. Notre culture de consommation, elle s'est construite à partir du XVII siècle, quand justement, autour de Louis XIV, on a inventé l'idée de mode. C'est la première gazette de mode, le 'Mercure galant' et la mode, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce n'est pas lié à une catégorie de produits, c'est simplement l'accélération de la demande, c'est à dire, que l'on va augmenter la fréquence d'achat. Et c'est pour ça, qu'un grand sociologue anglais qui s'appelle Colin Campbell, a montré qu'en fait, notre éthique de la consommation était romantique, au sens que l'être romantique est celui qui va rechercher en permanence de la nouveauté, de la stimulation. Et en fait, on voit qu'aujourd'hui ce désir, cette stimulation qui est entretenue par le par le capitalisme, elle rencontre des limites planétaires, celle de l'écologie. Et là on est face à une aporie.


– CONFÉRENCE : "DONNONS-NOUS LA CHANCE À L'AILLEURS ?" | AURÉLIEN BARROU | ACADÉMIE DU CLIMAT, 15 JANVIER 2026

 

Est-ce que nous donnons sa chance à l'ailleurs ? Je crois que c'est la seule question qui vaille. J'ai un doctorat de philosophie et pendant toutes ces études, durant neuf ans, je n'ai pas lu un seul auteur non blanc. Je n'ai pas aperçu une idée de Chine, du Moyen-Orient, d'Afrique, d'Océanie ou amérindienne. Ne sommes nous pas fatigués de tourner en boucle dans l'orgie agonisante de notre seule culture ? Et je ne parle pas de cette horrible catégorisation, mi condescendante, mi ignorante de "littérature du monde", à moins qu'il faille en conclure que la notre soit immonde. J'adore la musique classique, mais je n'en peux plus de voir la 13 millième version des Variations Goldberg sortir dans les bacs, alors que nous n'avons pour la plupart du temps, pas la moindre idée des sonorités ou des rythmes inventés par celles et ceux, qui n'appartiennent pas à la civilisation la plus meurtrière de l'histoire, la nôtre donc (l'Occident). Ici, je ne vous parle pas de divertissement culturel, je vous parle d'effraction dans la matrice de l'Empire, le casse du millénaire, sans haine, sans armes ni violence. Plus que d'autres sons, d'autres mots, d'autres valeurs ; ce sont d'autres désirs, d'autres manières d'être au monde qui se jouent ici, d'autres façons d'entendre et d'aimer. Voilà le seul geste important me semble t-il, regarder ailleurs, avec humilité, pour apprendre et non pour enseigner. Nous sommes ceux qui ont échoué. Nous n'avons aucune leçon à donner.

 

– INTERVIEW : "86 PRINTEMPS", JEAN-LUC GODARD PAR JEAN-BAPTISTE THORET, 2017

- 5:44 - 6:28 - Le cinéma actuel, oui c'est ça, le language commun mais qui est faussé. C'est comme un enfant, qui même quand il a grandit et vu comment il a été élevé et a ressenti tout ce qui existe aujourd'hui… Comment il l'a reçu mais qui n'a jamais pu en faire l'expérience, qui n'a jamais pu parler sa langue, si j'ose dire ! Et même au niveau des peuples, ou comme ça… Hannah Arendt, remarquait, que quoi qu'il arrive, pour elle, quoi qu'il lui soit arrivé, la langue allemande était sa seule langue.

31:48 - 32;53 À cette époque, quand il a fallu faire un troisième ou quatrième film, pour le Mépris, car il y avait un côté comme ça… c'est venu comme ça, on va faire et on va prendre le contre-pieds de ce qui se faisait et faire ce qui ne se faisait pas. Car il y avait toujours des éloges, des héros… ou alors des suppliciés, des trucs comme ça… Donc faisons ça autrement !

 

– LIVRE : "LE SINGE GRAMMAIRIEN", OCTAVIO PAZ

Les réalités que nous inventons et les réalités qui nous touchent, nous regardent, nous et nous inventent, tout ce que nous tissons et détissons et ce qui nous tisse et nous détinsse, apparitions et disparitions instantanées, chacune d’elles unique et distincte, c’est toujours la même réalité plénière, toujours le même tissu qui se tisse en se détissant : même le vide, la privation sont plenitude (peut-être le sommet, le comble et le cumul de la plénitude), tout est plein à ras bords, tout est réel, toutes ces réalités inventées et toutes ces inventions si réelles, toutes et tous sont pleins de soi, gros de leur propre réalité. P. 51

Le sâdhu : il boit une tasse de thé, tire de sa pipe quelques bouffées de haschisch ou absorbe un peu de bhang dans une tasse de lait — non pour stimuler son imagination, dit-il. mais pour la calmer. Il cherche l'équanimité. le point où cesse l’opposition entre la vision intérieure et la vision extérieure, entre ce que nous voyons et ce que nous imaginons. P. 73

Sur ce paysage anodin, qu’ils occupent en entier d’une fureur obsédante et répétée, la langue pendante, les dents très blanches, les immenses yeux fixes et grands ouverts, des couples de tigres, rats, chameaux, éléphants, merles, porcs, lapins, panthères, corbeaux, chiens, ânes, écureuils, cheval et jument, taureau et vache — les rats grands comme des éléphants, les chameaux de la taille des écureuils — tous accouplés. Le mâle monté sur la femelle. Universelle copulation extatique. […]

Une nâyikà étendue sur le jardin-tapis-zodiaque : calligraphie, reposant sur un oreiller de signes, la tête rejetée en arrière, à demi recouverte d’un voile transparent qui laisse voir la chevelure très noire et huilée, le profil d’une idole grâce aux lourds ornements — pendeloques d’or et de rubis, diadème de perles sur le front, anneau de diamants dans le nez, rubans et colliers de pierres vertes et bleues — aux bras les fleuves scintillants des bracelets, les seins longs et pointus sous la blouse orangée, nue au-dessous de la ceinture, les cuisses très blanches ainsi que le ventre, le pubis rasé et rose, la vulve cambrée, les chevilles toutes cerclées de grelots, les paumes des mains et des pieds teintes en rouge, les jambes en l'air enlaçant neuf fois son compagnon — et c’est toujours la même nâyikà, possédée simultanément neuf fois sur deux rangées, cinq en haut et quatre en bas, par neuf amants un sanglier, un bouc, un singe, un cheval, un taureau un éléphant, un ours, un paon et une autre ni une autre vêtue comme elle, avec ses mêmes joyaux et parures, ses mêmes yeux d’oiseau, son même nez allongé et noble, sa même bouche épaisse et bien dessinée, son même visage, sa même ronde blancheur — une autre elle-même montée sur elle, un consolateur bicéphale engagé dans les deux vulves jumelles. P. 76 - 77

Le corps que nous étreignons est un fleuve de métamorphoses, une division continuelle, un flux de visions, corps écartelé dont les morceaux se dispersent (Shaki), se disséminent, se rassemblent en une intensité d'éclair qui se précipite vers une fixité blanche, noire, blanche. Fixité qui s’annule en un autre noir éclair blanc : le corps est le lieu de la disparition du corps. La réconciliation avec le corps culmine dans l’annulation du corps (le sens). Tout corps est un langage qui, à l’instant de sa plénitude (orgasme), s’évanouit ; tout langage. parvenu à l'état d'incandescence, se révèle comme un corps inintelligible. La parole est une désincarnation du monde en quête de son sens ; et une incarnation : abolition du sens, retour au corps. La poésie est corporelle envers des noms. P. 133

Vide : Quiétude vertigineuse puisqu'elle (la poésie) est un tissu de clarté ; sur chaque page se reflètent les autres pages et chacune d'elles est l’écho de celle qui la précède ou la suit — l'écho et le répons, la rime et la métaphore. Il n’y a pas de fin, pas de commencement non plus : tout est centre. Ni avant ni après, ni devant ni derrière, ni dehors ni dedans : tout est dans tout. […] La convergence est quiétude car en son faîte, les différents mouvements, en se confondant, s'annulent ; en même temps, du haut de cette cime d’immobilité, nous percevons l’univers comme un ensemble de mondes en rotation. P. 142 - 146

 

– LIVRE : "L'HOMME INTÉRIEUR ET SES MÉTAMORPHOSE", MARIE-MADELEINE DAVY

 

De même la distinction du beau et du laid, découle de la distinction du bien et du mai ; c’est ainsi que l’être unifié découvre la beauté car il se tient dans la beauté, tel celui qui centré dans son soleil ne distinguerait que rayons de soleil. […]
Quiconque a pénétré dans le vide de son fond secret habite son désert intérieur dans lequel l’Éternel conduit et parle au cœur de l’homme en lui révélant sa beauté. C’est à travers elle que la beauté « seconde », pourrait-on dires, se découvre.
Toutefois dans le vide il n’existe aucune distinction, aucun nom n'est donné. Distinguer et nommer du silence signifierait une distance. Le seul langage du vide, est celui du silence. P. 248

Avec le « vide de l’égalité » (samâna), débute  l’ « illumination cosmique » ; le temps, la durée, la mort sont dépassés, le sujet devient présent à l'univers  et parvient au « vide supramental » ; celui-ci lui procure un état d'impassibilité. Ainsi l’univers se dérobe sous ses yeux, il n’est plus tenté d’intervenir dans son mouvement par ses différentes actions. Ce déroulement apparaît comparable à un spectacle dans lequel le sujet n’a aucun rôle actif à tenir. Le temporel est dépassé, et c’est parce qu’il est totalement dépassé — on pourrait ici parler de décréation — que peut  jaillir la « vibration de l'ineffable réalité ». p 300


AUTRES LIVRES LUS EN 2026 ET À EN TRANSCRIRE CERTAINS EXTRAITS

– LES ARGONAUTIQUES, JASON ET LES ARGONAUTES, CAIUS VALERIUS FLACCUS