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Jean-Pierre Sergent

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Shakti-Yoni: Ecstatic Cosmic Dances | 2018 | Sérigraphies sur papier jaune Wang 80g

Shakti*-Yoni*: Ecstatic Cosmic Dances | 2018 | sur du papier jaune Wang 80g

La série Shakti-Yoni: Ecstatic Cosmic Dances a été commencée en octobre 2016 à l'atelier de Besançon. Ce sont des petites sérigraphies imprimées sur du papier jaune Wang Sketching 80g et parfois rehaussées d'encre de Chine noire ou de couleur. Dimensions non encadrées : 25,5 x 25,5 cm. Éditions limitées à 5 exemplaires et tirages uniques.

- #1> #279: Tirages uniques.

- #280 > #408: Éditions limitées à 5 exemplaires.

Shakti-Yoni: Ecstatic Cosmic Dances

C’est la jouissance qui est la substance du monde. C’est elle qui nous rapproche de l’état divin.
In Shiva et Dionysos, Alain Daniélou

Ces corps de femmes dansant extatiquement, comme des Derviches Tourneurs exctatiques, sont à la fois point fixe ici, et infini là-bas. Ils nous entraînent avec eux dans des dimensions tourbillonnantes et cosmiques, en créant stricto sensu des vortex d’énergies vers les possibles d’autres vies, d’autres plaisirs, d’autres expériences. Les images proviennent pour la plupart de vidéos érotiques de Micro Bikini Oily Dancing, dans lesquelles, des jeunes femmes, strip-teaseuses japonaises en rut, aux corps oints d’huile et de lubrifiant, dansent en se masturbant au rythme d’une musique techno obsessionnelle, aliénante, décérébrante, binaire et répétitive ; se tortillant sexuellement, dans un rituel primaire, barbare, archaïque, dionysiaque. Elles nous montrent ostentatoirement et spasmodiquement : leurs seins aux tétons durs et gonflés, leurs sexes et tous leurs orifices, bouches, anus, vagins. Ces Yonis, humides, jaillissants, obscènes, mouillés, aux grandes lèvres béantes…, symboles du sexe féminin, qui en Inde, sont ornés, nourris et enduits de beurre, de fleurs et d’offrandes diverses, toujours percés du Linga*, sexe masculin titanesque dressé vers le ciel ; sont des sexes ouverts, offerts, désirants, guerriers, espérant aussi le sexe de l’homme et le foutre, dans un semblable hommage excitant et régénérateur dansé au Sacre du printemps, mais qui serait sempiternel et éternel celui-ci, pas besoin des saisons pour le désir…! Espérant tout de même l’amour sexuel transcendant, orgiastique, animal et tantrique. Lors de ces transes-danses, elles développent une excitation sur-féminine et sur-sexuelle, comme celle de l’énergie Femelle Shakti, qui est surabondante, enveloppante, destructrice, extra-terrestre, sur-puissante et surdimensionnée de désirs, de vibrations aux vagues orgasmiques corporelles ; comme des feux brûlants d’amour jaillissant. Seins et Yonis offerts, ouverts comme des puits où l’on irait se perdre pour éteindre son ego et son insatiable désir, dans une spirale aliénante et libératrice, en espérant ces voyages spirituels fusionnels avec la lumière Divine, le Tout, l’Unique. Les mêmes que ceux que suit l’âme des mort dans les Bardos des différents mondes de l’après-vie…
Mouvements saccadés, scandés rythmiquement ou arythmiquement dans une désespérante solitude pornographique contemporaine, qui nous ramène, malgré tout, à l’origine de l’être, à l’énergie primaire, aux premiers cris de l’enfant mis au monde et du premier orgasme, et qui de la même manière que l’Eau, la Mer, l’Océan et l’Univers, nous englobent, nous submergent et nous nourrissent comme les orphelins que nous sommes tous aujourd’hui, puisque les Esprits et les Dieux sont morts ; tués par d’autres que nous !
Mais l’artiste reste optimiste et il rend inlassablement hommage à la danse, au plaisir, à la Nature, à la couleur…, ainsi qu’à l’énergie féminine de la force Shakti-Yoni…!

*Shakti est dans l'hindouisme l'énergie féminine divine, et la consort de Shiva.
*Le yoni dans l'hindouisme, désigne l'organe génital féminin (matrice ou vulve) ; il est le symbole de l’énergie féminine dénommée shakti.
*Le linga est un objet dressé, souvent d'apparence phallique, représentation classique, dite anicônique, de Shiva et de l'énergie sexuelle masculine. (Source Wikipedia)

Jean-Pierre Sergent, Besançon, 27 novembre 2016

À propos de la série des "Shakti-Yoni" par Marie-Madeleine Varet, philosophe

Luxuriante !
Cette nouvelle série s'inscrit dans le continuum d'une œuvre profuse où l'artiste célèbre la Femme : « l'image de la shakti, la puissance et la joie des dieux qui, sans elle, n'ont point d'existence ». La figure tutélaire d 'Alain Daniélou irradie dans cette proposition d'un shivaïsme vécu comme religion érotique : « Shiva vit dans un état de joie érotique perpétuelle, écrivait-il. La volupté et le bonheur sont des éléments fondamentaux de l'existence.» Et d'ajouter : « Le premier symbole de Shiva, c'est un phallus, le symbole le plus évident du principe de vie.»
Le travail de Jean-Pierre Sergent incarne et illustre magistralement cette intuition originelle : lorsque les contraires s'unissent, le déséquilibre, la tension qui fait naître les êtres, disparaît, et l'expérience du plaisir, de la joie en résulte. C'est pourquoi il est dit que l'état de stabilité permanente est un état de jouissance perpétuelle, de joie éternelle. Pour l'être vivant, c'est seulement dans l'union des contraires que l'état de bonheur apparaît. C'est seulement dans le bref instant où deux êtres en deviennent un seul, où le désir est pacifié, qu'un fragment du bonheur est ressenti. Cet état de joie est le plus proche que nous puissions connaître de l'état de libération.
L'union du phallus et de l'organe féminin est le symbole de la réalité divine comme de la réalité cosmique et physique. Cette union est l'origine et la fin de l'existence, ainsi que la cause de sa continuation. L'acte sexuel est donc le plus important des rites et, accompli comme un rite, est le moyen le plus efficace de participer à l'œuvre cosmique. Tous les autres rituels en sont l'image et reproduisent symboliquement cette union. Agni, le dieu du feu, le principe mâle, se manifeste dans le kunda, le foyer de l'autel, image du féminin. Les Upanishad expliquent tous les aspects du rituel des sacrifices comme les différentes étapes de l'acte d'amour.
« La femme est le foyer, l'organe mâle est le feu, les caresses sont la fumée, la vulve est la flamme, la pénétration le tison, le plaisir l'étincelle. Dans ce feu, les dieux sacrifient la semence et un enfant naît. » (Chândogya Upanishad, 5, 4-8).

Aventure, Odyssée, ce voyage iconoclaste où nous embarque Jean-Pierre Sergent met en image, en musique, en mots un récit sacré, immémoriel et vivace.
Accéder à l'œuvre et à l'univers de cet artiste hors du commun est le privilège d'une vie tout autant qu'un principe de vie.

Marie-Madeleine Varet, Paris le 8 novembre 2018