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Jean-Pierre Sergent

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Presse 2026 #1 [x 2 importantes et longues interviews approfondies avec JPS]

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ENTRETIEN AVEC L'ARTISTE JEAN-PIERRE SERGENT, PAR LA CRITIQUE D'ART BENGÜSU ALEYNA DEMIRCI : "İLE SANAT, BİLİNÇ VE KOZMOS ÜZERİNE" / « SUR L'ART, LA CONSCIENCE ET LE COSMOS » | ANKARA, TURQUIE | MAGAZINE D'ART ARETE PROJECT | 29 JUILLET 2026
bengusudemirci@icloud.com@bengusudemirciarthist

Télécharger les fichiers PDF : En turc / En anglais / En Français / [Remerciements pour la relecture et les corrections de ce texte en français à Karine Joyerot]

 

INTERVIEW ARTIST JEAN-PIERRE SERGENT WITH ART CRITIC BENGÜSU ALEYNA DEMIRCI, JULLY 29 2026 | ARTICLE IN TURKISH IN ARETE PROJECT
L'invité de la série « Dialogue » est l'artiste français Jean-Pierre Sergent. Découvrez cet entretien approfondi dans lequel il évoque sa pratique artistique — articulée autour des thèmes de la conscience, de la nature, de la spiritualité et de la cosmologie — ainsi que son processus de création et ses projets à venir.

 

 

 

 

 

 



1.    Pour les lecteurs qui découvrent votre travail pour la première fois, comment décririez-vous les idées centrales qui ont guidé votre pratique artistique au fil des années ?


Mon travail : c’est une conscience en action — qui révèle et développe la Vie ! C’est un engagement à mettre en valeur la nature, toutes les créatures vivantes et les différences culturelles dans toutes leurs splendeurs et leurs intégrités !

Je trouve et je recherche des significations, à partir d’images anciennes et contemporaines, glanées dans des dessins, des poteries, des textiles et des sculptures, qui sont porteurs de beauté, d’émerveillement et de sens tout au long de notre longue histoire humaine commune. Ces significations peuvent être spirituelles, religieuses, comme des rituels, provenant de peuples païens ou de groupes ou cultures animistes, de la haute antiquité à des exemples plus actuels, comme les images pornographiques contemporaines… et de « pays » allant du Mexique au Japon ou à l’Australie, etc.

J’ai besoin de trouver du sens au travers de chaque concept artistique et de chaque idée esthétique qui me tiennent à cœur, et ce, malgré tous les obstacles auxquels j’ai été confronté (très peu de ventes de mes œuvres tout au long de ma carrière artistique et difficulté d'entrer dans les galeries)… Grâce à ces images signifiantes, et remplies de signes et d'espoir, je suis à nouveau propulsé dans les véritables énergies de la Vie ! Peut-être dans un renversement présomptueux de la logique, un appel à l’action, comme pour jeter un sort ! 

Quelques mots sur l’histoire de ma pratique artistique et son évolution : 
J’ai peint des œuvres abstraites de 1984 à 1991, puis, après m’être installé à Montréal en 1991, j’ai commencé à réaliser des sérigraphies à partir d’images que je trouvais et qui méritaient, selon moi, d’être montrées. Je me suis installé à New York en 1993, où j’ai commencé à imprimer ces images sur des panneaux en plexiglas transparent, d’abord de petit format (35 x 17,5 cm), puis dans un format plus grand, le carré unique de 105 x 105 cm. Depuis lors, je travaille alternativement sur du plexiglas ou sur du papier. Mes œuvres ont été exposées dans de nombreuses galeries et musées de plusieurs pays à travers le monde et, en septembre 2019, mon œuvre monumentale de sérigraphies peintes au dos de plexiglas, intitulée « Les quatre piliers du ciel », a été exposée jusqu’en septembre 2023 dans les deux cages d’escalier du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (le plus ancien musée de France). Il s’agissait d’une fresque murale, une installation composée de soixante-douze peintures couvrant une surface totale de quatre-vingts mètres carrés, qui a donc été donc exposée au Musée pendant quatre années complètes. À ce jour, il s’agit de ma plus grande et de ma plus monumentale installation murale.  

Artist working in his studio #10, silk-screening his images, photo by Lionel Georges, July 30th 2024.
Artist working in his studio #10, silk-screening his images, photo by Lionel Georges, July 30th 2024. 


2.    Votre œuvre mêle spiritualité, cosmologie, formes organiques et culture visuelle contemporaine. Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré vers ces thèmes, et comment ont-ils évolué au fil du temps ? 


Eh bien, lorsque je vivais en France, mon travail était principalement abstrait, mais petit à petit, au fil des années et après avoir déménagé mon atelier à Montréal, il m’est apparu très clairement que ma peinture, qui se limitait alors à des champs plans de couleurs abstraits – aussi belles que ces toiles aient pu être à l’époque –, ne suffisait pas à exprimer tout ce que je ressentais, en tant qu’artiste, face à toute la diversité de la vie et à toutes les différentes cultures du monde entier. Comme l’a si bien dit Claude Lévi-Strauss dans son ouvrage remarquable Nous sommes tous des cannibales :

« Il y a près de deux mille cinq cents ans, Hérodote, visitant l’Égypte, s’étonnait devant des usages opposés à ceux qu’il avait pu observer ailleurs. Les Égyptiens, écrit-il se conduisent en toutes choses à l’envers des autres peuples. Non seulement les femmes font le commerce tandis que les hommes restent à la maison et tissent mais ceux-ci commencent la trame par le bas et non par le haut comme dans les autres pays. Les femmes urinent debout, les hommes accroupis. Je ne continue pas la liste. » P. 49

Ainsi, à ce moment-là, j’ai commencé à réintégrer, peu à peu, des images de coupures de presse, des icônes visuelles contemporaines mainstream ou rares et méconnues, tant j’étais curieux de toutes les différentes sortes d'iconographies montrant diverses comportements humains (rituels, violence, sexualité, spiritualité), que j’avais un besoin impérieux de montrer et de partager. Que ces images soient intéressantes esthétiquement ou vulgaires, belles ou horribles, crues ou sensuelles, spirituelles ou grotesques ! La plupart de ces images appartiennent à « LA PART DU GLANEUR ». Montaigne, écrivain français du XVIe siècle, en donne l’explication : « S’il nous en reste en gros de quoi faire notre effet (de l'argent), cet excès de la libéralité de la fortune, laissons-le un peu plus courir à sa merci (de son serviteur) ; la portion du glaneur. » Extrait De la vanité, Montaigne (1533–1592). 

Cette part restante, rejetée par le système capitaliste effréné, telle des restes laissés aux chiens, aux pauvres et aux animaux ; cette 'part des glaneurs' — qu’Agnès Varda a si magistralement dépeinte dans son magnifique film documentaire Les Glaneurs et la Glaneuse, de 2000, où elle montre des personnes démunies pauvres et désespérées pour la plupart, des jetés et laissés-pour-compte, fouillant les bennes à ordures des supermarchés et les champs des campagnes à la recherche de nourriture gratuite — et c'est exactement et précisément cette partie-là que je récupère comme matière première pour mon travail, car les coupures de journaux et les images pornographiques récupérées sur Internet sont libres de droits. 

Quoi qu’il en soit, à cette époque, à Montréal, je sélectionnais et découpais des articles dans la très célèbre et imposante édition dominicale du New York Times, dont je sérigraphiais les images sélectionnées ensuite. 

Pour preuve probante ; l’été dernier encore, j’ai découvert, un peu caché dans mon espace de stockage, un immense porte-documents en cuir noir, que j'avais plus ou moins complètement oublié (90 cm x 65 cm et pesant environ 15 kg), contenant près de 300 images de tirages uniques réalisés à Montréal (1991-1992) et puis aussi à New York (1983-1994), sérigraphiés librement, comme dans un geste spontané, un saut dans l’inconnu sur des feuilles de journauxl, d’autres sur du papier d’art également. 

En photographiant dans mon atelier, l’année dernière, toutes ces anciennes impressions, je me suis dit que depuis mes premières années en Amérique, toutes les images que j’avais choisies d’imprimer montraient, comme tu me l’as si justement fait remarquer dans ta question, des images évoquant la sensualité, le désir, parfois des œuvres d’art puissantes révélant un contenu et une présence spirituels. Parfois aussi, la violence évidente de certaines destructions capitalistes perturbatrices et inquiétantes… Tout comme de nombreuses photos d’animaux, à l’état sauvage, dans leur liberté… Alors, tous ces thèmes n’ont pas vraiment changé d’un iota au fil des années. À ceci près qu’aujourd’hui, je ne me rends plus dans les musées pour photographier de belles œuvres d’art, ni n’achète plus de livres dans les belles librairies, comme je le faisais autrefois en me rendant au MET de New York tous les dimanches, ni ne les trouve plus dans les journaux, par exemple… Mais je les récupère directement à partir de ce que je trouve sur Internet.
C’est beaucoup plus simple et facile à faire directement sur l'ordinateur, mais les sujets restent toujours les mêmes et mon objectif est de recréer, de réinterpréter chaque images ou informations différemment, afin de les dévier de leurs sens premiers et de les transformer ultimement en Art, comme alchimiquement. Il peut également s’agir de textes, qui m’influencent tout autant, puisque je collectionne et recopie également des extraits des livres que je lis quotidiennement, dans les nombreuses pages de mon site « Notes de Besançon ».

Une fois encore, comme vous l’avez dit, cela se fait toujours avec une intention précise et positive : mettre en valeur, à travers mon Art, toutes les diversités culturelles du monde et de les mélanger, dans une sorte d’état de fusion. Car de facto, quel rapport y a-t-il entre Xipe Totec, « l’Écorché » aztèque, une statue représentant un prêtre qui est exposée au Musée d’Histoire Naturelle de New York et l’image d’une femme japonaise ligotée en bondage ? Ou avec une image pornographique contemporaine d’une femme en plein orgasme extatique, entourée de trois phallus éjaculant du sperme sur tout son corps ? Et quel est le rapport entre un yantra hindou, métaphysique et hautement spirituel, avec un dessin du Moyen Âge portant l’inscription en latin : « SILENCIUM EST » (LE SILENCE EST) ? Tous font partie de choses créées, ex nihilo en quelque sorte, par des êtres humains, comme vous et moi et comme nous tous ! On peut réfléchir à l’opposition culturelle à travers ce petit extrait du livre que je suis en train de lire :

« Je n'en doute pas, La vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont des machines si compliquées ! L’haïtien touche à l'origine du monde et l'Européen touche à sa vieillesse. L'intervalle qui le sépare de nous est plus grand que la distance de l'enfant qui naît à l’homme décrépit. Il n'entend rien à nos usages, à nos lois, ou il n y voit que des entraves déguisées sous cent formes diverses, entraves qui ne peuvent qu'exciter l'indignation et le mépris d'un être en qui le sentiment de la liberté est le plus profond des sentiments. » Supplément au Voyage de Bougainville, Denis Diderot 
 
Aujourd’hui, le monde est toujours ; et de plus en plus, en pleine tourmente et en pleine mutation, sens dessus dessous, tourneboulé ; cela transparaît clairement dans mon Art, avec son accumulation et le mélange globale d’images multiculturelles diverses qui me permettent de m’affranchir de toute sensation d’appartenance à une seule et unique culture. Même, ne serait-ce la meilleure de toutes – quelle qu’elle soit… Mais je suis vraiment heureux de vivre en France aujourd’hui, où nous pouvons nous exprimer librement en tant qu’artistes et où nous jouissons également de notre « liberté de pensée et d’expression », ce qui n’est malheureusement pas le cas dans la plupart des pays du monde. La liberté est si importante pour moi… En fin de compte, les artistes sont peut-être ultimement là pour transmuter alchimiquement la Merde de la société en Art.

Portrait of JPS at work #7, Summer 203, in his studio in Long Island City, Queens, New York, USA, photo by Sachie Kumano.

Portrait of JPS at work #7, Summer 2003, in his studio in Long Island City, Queens, New York, USA, photo by Sachie Kumano. 


3.    Dans votre récente conférence intitulée « La Shakti et le vide métacosmique », vous explorez des idées qui dépassent les conceptions conventionnelles de la réalité. Comment ces recherches philosophiques et spirituelles influencent-elles votre processus artistique ? 

Lorsque l’on parle de réalité, il faut préciser de quel type de réalité il s’agit vraiment ? S’agit-il de la réalité telle que la conçoit la science occidentale ? Si tel est le cas, je dois dire que mon Art est totalement incompris ici, dans mon pays, la France, où règne une conception dominante profondément rationnelle, ainsi qu’un athéisme et un matérialisme tenaces qui conduisent à une incompréhension de l’ensemble des pratiques spirituelles et de toute autre diversité des comportements, autres qu'athées ou esthétisants… Les Français sont très réticents à adopter toute autre façon de penser, qu’elle soit animiste, bouddhiste, chamanique et certainement pas tantrique… 

Personnellement, je ne veux pas et ne peux pas lutter contre ce genre de compréhension misérable, restrictive et paupérisante de l’Art, de la Vie et du Cosmos en tant qu’énergies et entités. 
Car je pense que l’humanité mérite mieux que ce dont nous pensons être matériellement faits et constitués : squelette, muscles, sexe et sang ; et que même notre système corporel, notre conscience et nos âmes constituent des parties bien plus vastes, avec nos énergies et nos forces intérieures. Ce que je recherche personnellement ne diffère pas des connaissances des cultures anciennes, celles qui possédaient une présence spirituelle forte et immanente, une âme en quelque sorte. À titre d’exemple, ce concept de « vide métacosmique » que j'ai découvert dans de minuscules peintures à la gouache indiennes du XVIIIe siècle. Voici ce que j’en ai dit à ce sujet lors de ma dernière conférence :

« Ici, on peut donc voir le 'Vide métacosmique'. C’est un concept assez difficile à saisir, mais voici cette petite gouache hindoue qui le décrit, le définit et le représente, et qui m’a beaucoup influencé. Et quand je l’ai vue, je me suis dit : « Eh bien ? Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Parce qu’il n’y a, de représenté, que le « tour », il n’y a pas de sujet au centre, il n’y a absolument rien, qu'un lavis de gouache, c’est le vide ! C’est véritablement et fondamentalement le vide, et d’une certaine manière, cela remet carrément en question notre esprit absolument rationnel et réductif. »

J’ai souvent trouvé, dans les concepts et les idées orientales spirituelles et religieuses, de nombreuses réponses à mes interrogations, comme la pensée non dualiste et paradoxale qui m’a fortement interpellé au cours de mes réflexions développées pendant mon processus de travail, à l’instar du Tantrisme en Inde :

« Or, le tantrisme, loin d’éviter ces comportements paradoxaux, les valorise, au contraire. L’idée fondamentale est que, puisque l’union harmonieuse des deux principes est très difficile à réaliser dans des conditions normales, il faut, pour y parvenir, recourir à des moyens violents. » L’Enseignement secret de la Divine Shakti, Jean Varenne

Tout comme dans mon travail, aussi, j'explore également toutes sortes d'énergies sexuelles paradoxales, telles que la Shakti, qui signifie « pouvoir », « force ». Dans le tantrisme, ce mot désigne l’énergie féminine, le principe actif de la force qui anime à la fois l’Univers et tous les êtres vivants qui l’habitent. 
Or, toute mon œuvre parle et présente ceci : la transmutation d’images plates et banales, inertes, ordinaires, sales, vulgaires et obscènes, en une Force-Énergie, en une Énergie-Karma pleine de couleurs et vibrante de forces vitales ! En les fusionnant avec d’autres images chargées de sens, telles que d’anciens motifs spirituels et génétiques, puis, en les mélangeant au cours du processus de création afin de parvenir à une sorte de « Grande Œuvre », cette Grande Œuvre alchimique qui consiste à transformer la matière commune, sale et vulgaire, par le biais d’un moyen de création magique et puissant pour la sublimer, cette matière inerte : comme image en énergie ! Avec une profonde volonté de transgression assumée, pour entrer, pour atteindre un état de transe extatique et transgressive, à l’instar des transes chamaniques… Voilà le véritable 'mécanisme secret de l’Art' ! 


4.    De nombreux artistes contemporains se concentrent sur des questions politiques ou sociales, tandis que votre travail s’oriente souvent vers la conscience, la transformation et les questions métaphysiques. Pourquoi ces sujets restent-ils importants pour vous aujourd’hui ? 


Oui, c’est tout à fait vrai que je ne me reconnais pas vraiment dans le marché mondial de l’art contemporain actuel, tel qu’il est pratiqué par les courants dominants actues des 'grands' artistes vendant leurs œuvres à plus de plusieurs millions de dollars. Et même les rares fois où je me rends à une grande foire d’Art grand public, comme la très célèbre Foire d’Art de Bâle, toujours en juin, j’en ressors toujours avec un profond sentiment de nausée ! Je me sens complètement mal, vidé, atténué, voire épuisé ! Tant d’argent, tant de talent et d’énergie, tant de temps consacré à créer des œuvres d’art qui ne font que refléter la société contemporaine dans sa globalité, ou qui n’en montrent parfois que le contraire, son côté le plus sombre. Ce qui, au final, revient au même : tout tourne autour du fait d’être l’artiste le plus célèbre au monde, d’avoir le discours artistique le plus 'percutant', de gagner le plus d’argent possible sur une œuvre et, de manière générale, de vendre son art au prix le plus élevé aux plus riches collectionneurs du monde entier ! Tout cela me semble totalement inutile, dérisoire, ultra prétentieux, désespérément vain, paradoxal et ultra-kitsch…

Quant à moi, je pense qu’un artiste doit rester un créateur et un messager de la beauté et des énergies pures. Ce n’est pas que je ne m’intéresse pas du tout aux questions sociales ou politiques, ni que je ne souhaite pas vendre mes œuvres à d’hypothétiques collectionneurs. C’est simplement que j’ai le sentiment profond que l’Art et sa création sont un don particulier, une bénédiction et une malédiction (a blessing and a curse), bien sûr, qui peuvent et doivent éveiller la conscience la plus profonde de l’artiste en premier lieu, cela va de soi, car nous devons nous efforcer de creuser plus profondément, de rechercher et de recueillir le plus d’informations possible dans l’inconscient collectif, afin d’être une sorte de témoin, un chercheur qui, à l’instar d’un moine ermite solitaire du bon vieux temps, possède une compréhension totale du monde qui l’entoure, mais tout cela va bien plus loin et plus profondément, au-delà de toutes les frontières et barrières, vers des domaines de conscience et des niveaux de compréhension profonds. Nous autres artistes, avons en quelque sorte la possibilité de partager, à travers notre Art, nos idées, nos pensées et nos émotions sur les mondes en voie de disparition qui nous entourent encore aujourd’hui, ou les survivances du passé : traditions, nature, animaux, plantes, liens sociaux, cultures primitives, voire la bienveillance, l’amour, la compassion et les désirs… qui peuvent nous toucher et nous transformer, nous les artistes, à travers nos œuvres et, ensuite, par un effet d’entraînement singulier de ricochet – qui peut parfois s’étendre sur une très longue période, voire prendre un temps infini –, enfin le spectateur !  


 

Portrait of the artist working in his Besançon studio #2, silk-screening his images, photo by Sonia Oysel, July 7th 2018.

Portrait of the artist in his Besançon studio #2, silk-screening his images, photo by Sonia Oysel, July 7th 2018. 


5.    Vos installations à grande échelle invitent les spectateurs à plonger dans des univers visuels immersifs. Quelles possibilités s’ouvrent lorsque la peinture dépasse le cadre traditionnel pour s’inviter dans l’espace architectural ? 

Oui, tout à fait, je souhaite me faire sortir, moi-même et mon Art, « hors du cadre », hors d'une échelle restreinte et restrictive, hors des sentiers battus : « Sortir de la peinture fenêtre » est, en effet, l’un de mes principaux souhaits, déclaration, volonté et exigence : soustraire la 'peinture' à ses cadres traditionnels, aussi grands soient-ils ! En rejetant toute hypothèse injonctive, structurelle ou esthétique, tout dogme historique ou social tel que les perspectives, la morale, les règles de beauté, de format ou tout autre diktat esthétique normatif ! 
Je souhaite véritablement aborder la beauté comme une sensation globale, comme une énergie. Et parmi mes installations picturales à grande échelle, la plus grande a été exposée au Musée des Beaux-Arts de Besançon : « Les Quatre Piliers du Ciel », une œuvre de 80 mètres carrés composée de soixante-douze toiles recouvrant entièrement les murs de l'escalier du Musée.

Se trouver face à une œuvre d’art aussi monumentale interpelle et implique le spectateur, non seulement intellectuellement, comme lors d’un simple regard sur l’Art, mais aussi physiquement, à travers son propre corps et ses propres connaissances, ses peurs, ses désirs et ses croyances.
Je ne suis pas très fan du terme « immersif », un mot vraiment galvaudé de nos jours, même si je le trouve tout à fait juste et pertinent. Mais je préférerais la notion de « sentiment océanique », très bien décrite par l’écrivain français Saint-John Perse, ou aussi celle d’« inconscient collectif » largement utilisée par C. G. Jung.

« La Mer, en nous tissée, jusqu’à ses ronceraies d’abîme, la Mer, en nous, tissant ses grandes heures de lumière et ses grandes pistes de ténèbres – Toute licence, toute naissance et toute résipiscence, la Mer ! la Mer ! à son afflux de mer, dans l’affluence de ses bulles et la sagesse infuse de son lait, ah ! dans l’ébullition sacrée de ses voyelles -les saintes filles! les saintes filles ! – La Mer elle-même tout écume, comme Sibylle en fleurs sur sa chaise de fer… »  Amers, Saint-John Perse

Aujourd’hui comme hier, les gens sont totalement perdus, ils sont tellement seuls, si isolés, si malheureux qu’ils veulent définitivement se plonger dans quelque chose de plus grand, afin de se perdre, de disparaître, pour ne plus savoir et oublier, au fond ce qui semble n'être qu'eux-mêmes. Afin d’oublier alors leur nullité absolue, leur impuissance et leur désespoir égoïste. À titre d’exemple, on peut voir sur n’importe quel compte Instagram dédié à l’Art, chez certains conservateurs ou amateurs d’Art, qu’ils se photographient tous devant les œuvres d’art importantes, qu'ils rencontrent de Paris à Tokyo, en passant par New york ou Buenos Aires (allant même jusqu’à changer de tenue pour s’harmoniser parfaitement avec les couleurs dominantes des tableaux) lors d’expositions dans des galeries, des Centres d'Art ou des musées. 

Pour moi, c’est ça l’immersion et le sentiment d’immersion. Mais cela se nourrit d’un sentiment extérieur égoïste et totalement étriqué, sans aucune fusion ni interconnexion avec l’œuvre ; ce n’est que camouflage et mimétisme… Essayer de s’intégrer et de se fondre dans des univers picturaux d’artistes tels que Van Gogh, Gauguin, Rothko ou Pollock ne fonctionne pas si simplement car ce n’est jamais aussi simple ! Si l’on n’a pas soi-même vécu la souffrance, la joie, voire le profond désespoir de la vie d’artiste, il me semble compliqué, voire absolument impossible, de percevoir d’abord le message, puis l’énergie de certaines œuvres en particulier. Peut-être que l’Art est réservé à des privilégiés, ou peut-être pas du tout, ce n’est qu’une idée, une proposition !

Mais aucun de ces adeptes du « funky » contemporain ne connaîtra jamais la véritable expérience du « sentiment océanique », cette fusion universelle au sein d’une œuvre d’art. À titre d’exemple, et pour appuyer et corser un peu mon propos, voici une petite anecdote personnelle qui illustre parfaitement ce que je viens de dire : j’ai déjeuné, il y a deux semaines de cela, avec une amie à moi ; alors que nous discutions tranquillement, elle m’a confié avoir été profondément blessée, lorsqu’il y a environ deux ans, lors d’un autre déjeuner, elle m’avait demandé pourquoi elle n’avait pas pu pleurer et être émue devant les œuvres de Rothko lors de sa visite à l’exposition Mark Rothko à la Fondation Louis Vuitton, à Paris en 2024, alors que la plupart des gens avaient les larmes aux yeux devant ces toiles-ci. À ce moment-là, dans cette exposition, elle s’était sentie complètement seule, impuissante et perdue. Je lui avais répondu alors, à l’époque qu’il n’était ni nécessaire, ni normal, ni systématique de pleurer devant une peinture de Rothko, et que cela ne devait en aucun cas être considéré comme une obligation, ni une injonction… Et comme elle continuait à me poser d'autres questions, je lui ai alors expliqué que parfois, à un moment donné, on a besoin d’une initiation culturelle ou d’une introduction pour pouvoir entrer dans l’univers d’un tableau particulier… Ou même d’un souvenir personnel, d’une expérience corporelle, d’un choc comme de la douleur, la perte, le désespoir ou la joie, afin de pénétrer dans l’univers intérieur d’un artiste. Ce que je lui disais était une vérité absolue qui l’a vraiment bouleversée et interloquée, mais c’était parfaitement vrai. Que faire alors ? « Ne sois pas frappé de stupeur devant le vrai dragon. » Fukanzazenji, Dogen Zenji, dans Le léopard des neiges de Peter Matthiessen  

Je pense que l’initiation, la culture, le savoir et, surtout, en fin de compte, le fait de se défaire complètement de son ego sont absolument indispensables pour pouvoir pénétrer et apprécier pleinement, par exemple, certaines œuvres de Vermeer, de Fra Angelico, du Caravage, de Pollock, mais encore… un Temple maya, les pagnes des Pygmées (Afrique), les totems des Asmat (Nouvelle-Guinée), etc., etc.

D’une certaine manière, il faut faire preuve d’une sorte d’humilité et d’amour envers l’Art et la vie de chaque artiste pour être en connexion, pour « saisir » et comprendre les énergies de tout Art véritable ! Qu’il soit préhistorique ou contemporain, cela n’a pas vraiment d’importance. Et Rothko disait à juste titre à propos de ses tableaux : « Qu'il peignait peut-être comme cela pour dominer le champ de vision du spectateur et créer ainsi un sentiment de contemplation et de transcendance. »

Pour en revenir à mon Art, il s’agit en quelque sorte du contraire d’un tableau unique, monolithique et singulier car son grand format, composé de multiples peintures sur plexiglas, offre une vue panoptique (une vue complète et continue de tout un espace intériorisé), qui, en quelque sorte, élève le spectateur à un niveau de conscience supérieur et dans une autre dimension de compréhension de la « mécanique cosmique de la vie ». La grande dimension de mes œuvres, comme vous le mentionnez dans votre question, pourrait s’apparenter à un espace architectural, une maison protectrice et enveloppante, qui abrite comme un tombeau, un utérus, un tipi indien, une yourte, dans lequel une sorte de connexion magique et de guérison pourrait se produire, se dérouler et arriver. 
En parlant de mes peintures comme pouvant élargir le sentiment esthétique vers une nouvelle et autre dimension, d’une nouvelle expression grâce à mes grandes installations murales, vous avez tout à fait raison ! C’est un fait ! Et, par ailleurs, j’ai eu la chance de visiter certaines tombes et certains temples égyptiens en 1984, avec mon grand-père Maurice et ma sœur Marie-Paule. M'étant retrouvé là-bas, physiquement, parfois seul, dans ces immenses espaces construits par l’homme, richement décorés d’images hiéroglyphiques sur tous les murs, aux couleurs magnifiques… Cela m’avait plongée, à l'époque, dans une sorte d’état mystique et cosmique, une révélation, une initiation. Car cheminant au cœur de ces architectures monumentales, construites collectivement, mais tout de même réalisées par de tous petits êtres humains, comme nous tous : des architectes, des artisans, des sculpteurs et des peintres, comme moi, qui ont collectivement bâti une « machine sacrée », une structure architecturale mystique, capable de défier le temps et même la mort tant redoutée ! Tout comme les peintures rupestres, les cathédrales européennes, les grands temples bouddhistes en bois, les pyramides mexicaines, etc., toutes ces grandes œuvres qui m’ont profondément inspiré ont été réalisées grâce à ce que l’on peut appeler une collaboration et l’intelligence collective, tous les liens sociaux culturels et leurs organisations en vue de créer un grand ensemble, quelque chose de plus grand que nature ! 

Cette évidence et ces rencontres physiques ont donc fait naître en moi le besoin de ne plus être simplement moi-même, un artiste, mais de décupler mon être et, par la seule force de ma volonté, d’appartenir à de multiples personnalités, en mettant définitivement mon ego de côté et en réintégrant la vaste communauté humaine. Devenir japonais, lorsque je peins un bondage érotique japonais, devenir un chamane sibérien, lorsque je réalise un dessin chamanique, devenir Hildegarde von Bingen, lorsque je reproduis l’un de ses dessins, devenir un prêtre sacrificiel aztèque, lorsque je reproduis la statue de Xipe Totec, « l’Écorché », et devenir une baleine, lorsque je peins une baleine. Tout cela peut être considéré comme de la folie, une transgression ou un comportement totalement schizophrénique, mais je pense qu’il s’agit en réalité du véritable voyage mystique d’un artiste. Car, en vérité, à un moment donné, il faut absolument ne faire qu’un avec tous les êtres vivants ! Même si, au cours de ce terrible processus, il faut se détruire complètement et se sentir totalement anéanti…

 

Artist working in his studio #20, exposing the silk-screen frames with the positifs films, photo by Lionel Georges, August 13th 2024.

Artist working in his studio #20, exposing the silk-screen frames with the positifs films, photo by Lionel Georges, August 13th 2024. 


6.    La nature apparaît, dans toute votre œuvre, non seulement comme un sujet, mais presque comme une présence active. Comment votre relation à la nature a-t-elle façonné votre vision artistique ? 

Oui, tout à fait. La nature est essentielle pour moi, comme elle devrait l’être pour tout le monde. Par chance, il se trouve que j’ai vécu, tout seul, comme un moine ou un ermite mystique, pendant environ dix ans, de 1980 à 1991, à plein temps, dans une ferme située dans les magnifiques montagnes du Jura, juste à la frontière suisse, où je m’occupais de chèvres et de chevaux que j’élevais et dressais… À la fin, j’avais un troupeau de 17 chevaux au total… Inutile de dire que j’ai été vraiment et profondément désespéré quand j’ai dû tous les vendre pour partir m’installer au Canada !

Avoir vécu cette interaction très intense et profonde, sur les plans physique, corporel et spirituel, avec des animaux dont la puissance dépasse de loin la vôtre, m’a appris, tout d’abord, l’humilité et le respect, à être attentif, bienveillant, patient, puis à faire preuve de douceur, car lorsque vous demandez à des animaux de faire quelque chose qu’ils n’ont pas vraiment envie de faire, il faut leur accorder une grande attention, savoir les écouter et être présent à chaque instant. Car il faut, à toute heure du jour ou de la nuit, être là pour eux. Si, par exemple, une jument est sur le point de pouliner une certaine nuit, il faut dormir dans l’écurie, afin d’être là, au moment donné T, pour l’aider à mettre bas et pour s’occuper du poulain. Cette présence à tout moment développe en vous tous vos sens et vos antennes afin de pouvoir réagir rapidement à tout problème pouvant survenir. 

Aujourd’hui, j’habite non loin de cet endroit et je peux faire du canoë pendant l’été, dans les montagnes, sur le Doubs, la rivière qui sépare la France et la Suisse. Comme vous l’avez mentionné dans votre question, quand on est là, seul sur l’eau, on ressent une présence active, forte, intacte et éternelle – du moins, on peut l’espérer !

S’immerger dans la nature, c’est comme pénétrer dans un espace neutre, dans le sens où elle se fiche complètement de votre présence ; elle vous enseigne donc, par son indifférence totale, une humilité absolue et inébranlable. Il faut alors détruire complètement son ego et ses pensées, en les effaçant définitivement et sans reste ! Et j’ai notamment remarqué, par exemple, que même si je ne mène pas vraiment une vie stressante, malgré ça, lorsque je fais du canoë ou que je me promène dans la nature, il me faut toujours environ une demi-heure pour être en pleine harmonie, en plein échange, en pleine paix avec moi-même, dans un état de fusion avec les éléments : l’eau, le vent, les rochers, les arbres et les animaux, afin de réintégrer notre être tout entier et d’atteindre un état de conscience supérieur. La nature nécessite du temps, et il faut également prendre ce temps pour être pleinement présent. Je crois fermement qu’il en va exactement de même lorsqu’on aborde le Véritable Art !

Dans mon Art, au cours du processus de création, j’utilise également principalement des pigments naturels tels que : le rouge de Mars, la terre de Sienne brûlée, l’ocre jaune, le blanc de zinc ou le noir d’os, etc. – tout ceci, provient de la Terre et de la Nature… Et certaines images d’animaux, rencontrés spirituellement au cours de certaines de mes transes chamaniques, en tant qu’"esprits-guides animaux" (animal spirits), pourraient également aider d’autres personnes à trouver leurs chemins sur la voie spirituelle. Il s’agit de : chevaux, chèvres, faucons, serpents, ours, colibris, aigles, baleines, jaguars (el Tigre, mexicain) ou même les fourmis… Ils sont toujours présents et font partie de mon histoire humaine personnelle, tout comme mes ancêtres, ils sont dans mes souvenirs et souvent aussi dans mes rêves spirituels puissants… Gratitude et respect à vous tous !

De plus, rien ne peut être dissocié de la Nature dans son ensemble, car tout est interconnecté ; c’est également un concept et un processus de travail que j’utilise pleinement dans la réalisation de mon Art. La Nature et l’Art sont étroitement liés et, pour nous, les humains, l’un ne peut exister sans l’autre. Personne ne pourra jamais effacer le Soleil, l’Eau, ni le Sexe, ni le Corps féminin, ni les Vulves, ni les Pénis de mes tableaux. Ils y sont pleinement intégrés et font partie intégrante de l’Odyssée Humaine.


7.    Cette interview sera publiée à l’intention des lecteurs turcs. Y a-t-il un aspect particulier de votre travail, de votre philosophie artistique ou de vos recherches que vous aimeriez tout particulièrement partager avec le public turc ? 


Eh bien, malheureusement, je ne suis jamais allé en Turquie, mais il me semble que le pays se trouve actuellement à un tournant politique en faveur de la libération des droits des femmes, en équilibre entre des traditions conservatrices et l’évolution vers un État plus libre et démocratique, à l’image des pays européens. Je tiens à saluer, dans cet article, tous les lecteurs turcs, en espérant qu’ils se portent bien et qu’ils soient heureux de la vie qu’ils mènent. S’il y a des artistes parmi ceux-ci, je voudrais leur souhaiter bonne chance pour faire connaître leur Art, même si c’est un choix vraiment difficile et éprouvant que d’opter pour ce mode de vie. Mais, en ce qui me concerne, c’est la seule option viable, la seule voie possible ; il n’y a absolument pas d’autre solution que j’aime emprunter pleinement et en profondeur. Comme me disait mon grand-père Maurice : « Les artistes sont très importants pour la société car ils laissent derrière eux un tas de bois plus grand que celui qui était là quand ils sont nés. » Je crois que les artistes sont là pour une raison, voire pour cette mission : être les témoins de notre vie contemporaine commune, en essayant de changer un peu les choses et surtout d’écouter, d’observer et de rendre compte, d'en témoigner :

« Si nous avons frôlé la beauté, nous ne serons pas venus sur la terre pour rien. » Jean-Claude Carrière


Portrait of JPS at work #7, Summer 203, in his studio in Long Island City, Queens, New York, USA, photo by Sachie Kumano.

Portrait of JPS at work #7, Summer 2003, in his studio in Long Island City, Queens, New York, USA, photo by Sachie Kumano. 


8.    À l’avenir, quelles questions, idées ou thématiques guident actuellement votre recherche artistique, et que pouvons-nous attendre de vos futurs projets ? 


Oui, tout d’abord, je tiens à te remercier chaleureusement, chère Bengüsu Aleyna, pour tes questions vraiment intelligentes, formidables, intéressantes et stimulantes dans le cadre de cette nouvelle interview. Ce fut un immense plaisir d’y répondre et j’espère avoir apporté des réponses claires qui permettront au lecteur de se faire une idée de la complexité et de la profondeur de mon travail. Et si jamais vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter. 

En ce qui concerne les projets prévus pour cette année 2026, j’ai entamé, à l’automne dernier, une nouvelle collaboration avec Chrissy & Andrew Moore Art Advisory, une agence basée à Édimbourg, en Écosse, et j’espère qu’ils trouveront un moyen d’exposer mes œuvres là-bas. Dans les prochains jours, je vais me remettre au travail sur la continuation de ma nouvelle série d’œuvres sur papier que j’ai commencée en 2022 : « The Shakti Yoni, Ecstatic Cosmic Dances », une série de sérigraphies uniques sur papier de moyen format  (100 x 70 cm). Je consacre également beaucoup de temps à la rédaction de textes, au montage de films et à leurs sous-titrages en français et en anglais. Heureusement, j’ai terminé, il y a quelques semaines le montage de la conférence filmée que j’avais donnée le 13 mars dernier au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, où j’avais également présenté une grande exposition monographique en 2010 (occupant tout l'étage du musée). 
Et, j’espère bien qu’après cet article, certaines personnes pourraient être intéressées par l’idée d’exposer mon Art en Turquie, dans une galerie, un espace d’Art contemporain ou un musée ; ce serait formidable et stimulant. Espérons-le ! Vous trouverez ci-dessous toutes les informations nécessaires pour me contacter. 

Je tiens à vous remercier tous et vous souhaite une excellente journée ainsi qu’un magnifique printemps,

Bien cordialement à tous les lecteurs turcs depuis la France,


Jean-Pierre Sergent, atelier de Besançon, dimanche 7 juin 2026


« JEAN-PIERRE SERGENT : PEINDRE L'ESPACE ENTRE LE MYTHIQUE ET L'HUMAIN » | Artflow Alliance Insider, édition de juillet 2026 par Dominique Sahms

 

« JEAN-PIERRE SERGENT : PEINDRE L'ESPACE ENTRE LE MYTHIQUE ET L'HUMAIN » | ARTFLOW ALLIANCE, NUMÉRO DE JUILLET, PAR DOMINIQUE SAHMS | Artflow Alliance Insider, édition de juillet 2026 par Dominique Sahms


Pour certains artistes, la peinture est un moyen de saisir ce qu'ils voient. Pour Jean-Pierre Sergent, la peinture est un moyen de révéler ce qui se cache sous la surface. Né à Morteau, en France, il a vécu et travaillé à Montréal (1991-1993) puis à New York (1993-2003) ; il exerce aujourd’hui son art depuis son atelier de Besançon, dans l’Est de la France. Sergent a passé des décennies à développer un langage visuel qui oscille avec fluidité entre l’érotique, le mythologique et le cosmique. Son œuvre puise son inspiration dans un éventail extraordinaire de sources, allant des civilisations anciennes et des traditions spirituelles à la culture contemporaine, qu’il entremêle pour créer des compositions à plusieurs niveaux qui semblent à la fois intemporelles et collectives et profondément personnelles.


L’accumulation est au cœur de la pratique de Sergent. À travers des couches successives d’images sérigraphiées, d’encre de Chine, de couleurs et de symboles, ses peintures deviennent des traces du temps lui-même. Les images s’ajoutent les unes aux autres, créant des univers visuels denses où le sens n’est pas figé mais émerge sans cesse. Il n’en résulte pas simplement une image, mais ce que Sergent décrit comme une « présence », un moment où quelque chose d’inattendu se révèle à travers son processus créatif.


Son approche évoque souvent les traces collectives laissées tout au long de l’histoire de l’humanité, qu’il s’agisse de peintures rupestres préhistoriques, de symboles rituels anciens ou même de graffitis contemporains. Ces traces visuelles témoignent d’un désir humain fondamental de laisser une empreinte, de communiquer et de se connecter à quelque chose qui nous dépasse tous. Sergent considère ces impulsions comme les expressions d’une énergie créative partagée qui transcendent les cultures et les générations du monde entier.


Cette exploration a atteint une ampleur monumentale, comme lors de son exposition « Les Quatre Piliers du Ciel », présentée au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon de 2019 à 2023. L’installation a transformé l’espace muséal en un environnement immersif où convergeaient mythologie, spiritualité et expérience contemporaine. Elle constitue l’une des réalisations les plus ambitieuses de la recherche continue menée par Sergent sur les origines de l’imagination et des croyances humaines.


Plus récemment, Sergent a approfondi ces idées lors de sa conférence d’artiste en mars 2026 au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, intitulée « La Shakti & le Vide Métacosmic », ainsi que dans sa série d’œuvres sérigraphiques de 2024 « Karma-Kali, Sexual Dreams & Paradoxes ». À travers ces projets, il continue d’explorer les thèmes de la transformation, du renouveau et de la quête de sens dans un monde de plus en plus fragmenté.


Ce qui rend l’œuvre de Sergent si captivante, c’est son refus de séparer le physique du spirituel. Le corps, la mythologie, la mémoire et le désir coexistent tous au sein d’un même espace visuel. Plutôt que d’apporter des réponses claires, ses tableaux invitent les spectateurs à dialoguer avec des questions ancestrales : d’où venons-nous ? Qu’est-ce qui nous relie les uns aux autres ? Et comment trouver un sens à l’immensité de l’existence ?


À travers la couleur, les superpositions et le symbolisme, Jean-Pierre Sergent crée des œuvres à la fois profondément personnelles et universellement évocatrices. Son art nous rappelle que la créativité ne se résume pas à la simple création d’images. Elle consiste à entrer en dialogue avec les forces qui façonnent notre humanité, nos rêves et notre place au sein du cosmos.