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Jean-Pierre Sergent

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Presse 2012-2013

Le Musée Privé

 

 

JEAN-PIERRE SERGENT LE RUPESTRE

Article écrit par Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art pour le magazine d'art Le Musée Privé, février 2013.

« JE FAIS UN ART VIVANT DANS UNE SOCIETE SPIRITUELLEMENT MORTE »
(J-P Sergent)

Tout en s’élevant contre la notion de chef d’œuvre Jean-Pierre Sergent ne brade pas pour autant la peinture et ne néglige pas ce qui - hélas - désormais passe en second : le beau. Sous prétexte qu’il est affaire de goût, cette notion au fondement de l’esthétique serait désormais vide de sens. Voire… L’artiste le prouve sans pour autant chercher à cette acception une vision passéiste. Tant s’en faut. Cette beauté trouve comme parfait synonyme dans le travail du créateur le terme d’énergie.  Celle-ci devient à la fois l’élan et la résultante du dessin et de la peinture capables de la cristalliser moins pour l’arrêter que pour la faire jaillir plus fortement. Ainsi à l’attirance « rationnelle » que provoque une ressemblance se superpose un attrait irrationnel. L’œuvre en conséquence précipite dans un inconnu par retour à des fondements qu’on qualifiera de rupestre ou de brut.
Le traitement des formes entraîne une compréhension charnelle. Le désir n’est jamais très loin. Mais un désir qui s’intéresse à une sensualité particulière et cosmogonique. L’acte sexuel est donc transformé en un rite où l’amour devient inséparable du sens de l’être qui est bien autre chose qu’un simple libertin. L’artiste l’évoque dans un texte programme d’une de ses expositions :

« La nuit est juste l'ombre de la terre
Les femmes Gaia et Nout font le lien entre le rationnel et l'irrationnel
Des vulves, des matrices et des étoiles
Des étoiles, des matrices et des vulves
La vie se créer, se répète, se repousse
Le sacré nous observe
Équilibre du coquillage ouvert
La maison bascule
La nuit est là où repose l'ombre de la terre ».

Surgit de cette évocation la présence d’un sacré puisque l’art devient l’organe de révélation. A la chair voyance se substitue une claire voyance. Elle dirige vers la solarité en dépit des menaces que l’époque contemporaine fait passer sur l’individu.
Chez Jean-Pierre Sergent le sombre appelle la clarté et la mort la vie comme le souligne un autre de ses textes fondateurs de son esthétique. Le peintre franco-américain l’écrivit pour l’exposition « Nomads Territories » à la  DFN gallery de New York (2000). Il y scande de manière nominale  ce qui est à la base de ses métamorphoses :

« La couleur, l'esprit, le réel
La transformation, l'assimilation
Le pouvoir, le rêve, la bravoure
L'interconnexion Nature-Homme-Culture-Univers
La force, la tendresse, la poésie
La violence de la vie
L'identité
Les étoiles, les nuages
Les cercles, l'innocence
La non-appartenance aux lois surnuméraires
La plénitude, la liberté, la couleur
L'offrande
Le mot sans le verbe
La chose, l'animal, l'arbre, le tonnerre
La Femme, la rivière, les cailloux
Le feu, l'ombre, le sang
La matrice, l'Univers »

Sortant des pensées monothéistes à l’occidentale Jean-Pierre Sergent opte pour une forme de don comparable à celui de la matrice féminine. Elle est dans l’œuvre de plus en plus importante au moment où, science aidant, certains rêvent de la remplacer par la « matrix » comme ils rêvent aussi à une nouvelle évolution de la procréation. Face aux apprentis sorciers l’artiste franco-américain rappelle le besoin d’une vie sensée, c’est-à-dire d’un croisement harmonieux entre l’appétit du désir de reproduction et l’appétit du besoin d’expression. Toute l’œuvre est là : son créateur tranche, dévoile, force pour atteindre la nudité de l’art sous les oripeaux culturels, religieux et moraux qui la cache. Cette nudité n’est pas seulement sexuelle : elle est celle de la « vraie » vie comme du « vraie » corps lié à celui du cosmos. Dès lors ses figures ne sont jamais libertines ou fantasmatiques. L’érotisation proposée est là pour faire jaillir une substance énergétique saisissable par le regard qui s’ouvre ainsi non à l’alcôve mais à l’espace illimité.
L’œuvre devient l’expression de la puissance de la féminité. Sa matrice incommensurable  (autant force dynamique que foyer philosophal) trouve une « image » dans les grandes installations murales de l’artiste. Thèmes, couleurs, énergies s’y mélangent dans un foisonnement. Il permet de retourner vers le mystère de la création par delà les dualités. Surgit le « corps » secoué par l’instinct comme par la pensée à travers la charge érotique aussi rupestre que vitale. L'impression de lumière que cherche à créer le plasticien est un moyen d'affaiblir les indices de réalité phénoménale ou plutôt les illusions réalistes dans un seuil d'émergence « minoré » par la stylisation des formes. En montrant moins elles montrent plus car elles forcent à regarder avec une attention accrue.
L’éloignement du réel fait donc le jeu d'une autre proximité. Et cette proximité fait le jeu de l'éloignement du leurre réaliste. Pour reprendre un terme de la préhistoire du cinéma se crée un effet de "dissolving views". L'objectif d'un tel choix paraît donc évident : voir ce n'est plus percevoir mais d'une certaine façon un "perdre voir"  (tout autant un « sur voir ») puisqu'un tel choix viole les lois de la représentation et le matérialisme pour rétablir l’origine de la pensée dans une chair tellurique et mystique comparable celle qu’Artaud rêva de trouver en territoire Tarahumaras. Bref une chair rédemptrice totalement ignorée par un certain art contemporain dévalorisé par la consommation et la mort. Cet art transforme le sujet un objet, édulcore tout véritable dialogue temporel et spirituel. Face à ce déficit Jean-Pierre sergent retrouve un lyrisme particulier. Celui qui renoue avec les forces non seulement primaire de vie et de mort mais avec celle que l’art lorsqu’il n’est pas dévoyé peut proposer et en premier lieu cette fameuse beauté convulsive que l’époque a fini par oublier.
La peinture « sacrée » de Jean-Pierre Sergent a pour visée de sortir de l’enfer terrestre et de lutter contre la part du corps martyrisé par son absence de spiritualité première. Pour lui comme pour Artaud déjà cité « L’âme de Lucifer a envahit le monde ». Mais contre ce succube ou ce succédané (ou succès damné) l’artiste invente une peinture rituelle et à valeur de quasi exorcisme. Il bataille contre divers magister en faisant appel à des dieux (païens mais dieux tout de même) oubliés. Le spectateur est dès lors subjugué par ce que l’artiste lui-même nomme une « débauche érotique où les surfaces carrées, aux multiples facettes, scrutent l'intérieur des âmes comme l'œil des insectes, conscience évoluée, reflet et fusion des corps dans le vortex du magma cosmique au présent universel ».
Les œuvres deviennent des zones de fouilles capables d’atteindre le vortex de la machinerie de l’être par le réel et sa transfiguration. Reprenant Bataille et l’injonction de sa Madame Edwarda au bordel lorsqu’elle intime à son client de regarder son sexe (« Regarde car il est dieu »), l’artiste montre l’importance de cette figure originaire. Courbet l’osa le premier ouvrant ainsi la voie – par delà les siècles qui avaient caché une telle image - à tout le XXème siècle de  Duchamp à Picasso, de Jasper John à Pollock. Sergent la reprend en précisant toute l’importance de l’audace de Courbet  (qu’il lie avec les évocations de Zola dans « Les Paysans ») : « une saillie est une saillie et il n'y a rien de moral ni d'immoral dans cet acte, juste un acte de plaisir, de procréation et de multiplication des générations ». Le sexe féminin est pour lui le signe de l’ordre de la régénérescence comme celui du chaos. Bref le lieu où tout commence. Pour  figurer ce jaillissement  et soulever cet abîme de feu l’artiste récupère diverses traditions. Il prend donc à rebours la tradition occidentale qui a assoupi ce feu ou l’a déporté selon des postulations issues de censures morales ou à l’inverse de feintes d’exposition dans la pornographie et ses leurres qui ne sont qu’un dépositoire de néant à la sauce close.
Jean-Pierre Sergent propose ce qu’on pourrait nommer une suite de pictogrammes. Ils permettent de replonger au fond même de l’expérience primitive de l’émotion et du sentiment amoureux au sens le plus large. De sa beauté, sa force et sa douleur aussi. Généralement on réduit le corps à parler l’amour au sens étroit du terme et la peinture à l’ « ornementer ».  Ici à l’inverse le corps - saisi de la violence de l’affect - est en jeu. Sa mentalisation ne passe plus par un code purement abstrait. Le jeu des lignes prouve un retour sur une expérience hélas perdue. Elle lie le sensuel au spirituel et renvoie à une nostalgie brûlante. Elle va de la terre vers le ciel. Prenant parfois racine dans le bas de l’image, sa fondation n’a rien de confuse : tout est net et précis. Si bien que ce qui est de l’ordre de l’image devient le verbe poussé au paroxysme. Il échappe au logos. L’image devient langue entre la langue. C’est la fin des littératures. Ou leur commencement. C’est une histoire de caverne.  Celle sur laquelle Platon a fait l’impasse.
L’artiste propose toute une suite de déambulations reprises, analysées et surtout  métamorphosées où s’ouvrent le souffle et le cri. Finies les vieilles répliques, finies les représentations romantico-sentimentalistes de l’amour. A cheval entre le signe et une forme d’abstraction l’œuvre « sauvage » dit tout sans l’intrusion. L’art parle une langue primitive et nouvelle. Elle ébranle nos systèmes de représentation et ceux de la reproduction. Surgit une autre domination. Plus naturelle que sophistiquée l’œuvre reste donc la plus proche de la sensation cosmiques au moyen des formes et de codes qu’il faut réapprendre à « lire ».
Le pictogramme devient l’acte de faire non un discours mais un corps qui bouge, sort, s’use, recommence. S’y éprouve l’action de l’action du sens et de l’émotion. S’y ressent différents degrés d’ouvertures ou d’étranglements. Les œuvres de Jean-Pierre Sergent parlent sans phonèmes pour sortir les états de douleur et de damnation en un système de lignes polyphoniques symboles d’un trajet vital, animal et mental. Le langage est devenu graphique, gestuel, musicien. En ses images de fond il est si loin, il est si proche. Et voici le voyeur désormais seul parmi les décombres du temps aux prises avec cette bouche de lumière, cette coque ouverte susceptible de donner forme au désir, de l’ « éduquer ». La compétence jubilatoire du créateur traque la figure jusqu’aux limites extrêmes du temps. Parvenu à son terme il épanouit sa plénitude par ce retour amont. La surface plane se commue en profondeur au point d’apparaître comme une invention d’une présence ineffable soustraite aux repères convenus de l’espace-temps où la femme surgie de l’ombre répand la lumière en d’invisibles essaims.
L’image joue avec la permanence rétinienne en montrant quelque chose qui ne s’effacera jamais et se répandra en échos presque sonores. Des courbes sont offertes mais restent inaccessibles aux caresses. Si on les caresse elles tombent en poussières pour mieux se solidifier, s’éterniser. Les corps ne sont pas académiques mais leurs formes pourtant évoquent la perfection des peintures premières de bien de cultures traitées de sauvages. En émane une intimité qui se donne en se refusant  ou qui se refuse en se donnant. Le regardeur y est invité, mais tout crie : « Ne me regardez-pas plus que ce que  je veux vous en montrer ». Pas de familiarité déplacée. Offert le corps féminin est objet du culte et de l’occulte. Ses messages secrets sont dans les courbures et les plages de couleur. Surgit la collusion de la vie et de la mort, du mobile et de l’immobile entre mythe et réalité. Le regardeur est donc comparable à cet homme du « De naturae » de Lucrèce (que l’artiste cite). Il est projeté  « au milieu d'un songe, dévoré par la soif, il cherche à boire, et  ne trouve pas l'eau qui pourrait éteindre le feu de ses os ». Tout reste dans cette œuvre d’exception en bascule, un suspens. « Spiritualité, simplicité, merveilleux, violence, fragilité, impermanence du monde et de l'humain » écrit Jean-Pierre Sergent, lui-même pris entre équilibre et déséquilibre dans sa création d’un univers de métamorphoses. C’est le prix à payer pour atteindre la beauté en tant que force et énergie primitives au sein du « chaosmique ». L’œuvre en crée l’envoûtement par sa puissance d’immanence. Une immanence terrestre venue du fond des temps contre le peu que l’homme est et face au moindre auquel le monde d’aujourd’hui se soumet. Il est donc temps de revenir à une peinture du rupestre. Elle seule est la primitive du futur.

COSMOS ET TRANSES GRAPHIQUES

Par Yves ANDRIKIAN, pour l'Est Républicain, Mercredi 13 Mars 2013

VIVANT voilà des millions d'années, Jean-Pierre Sergent eut assurément, face à la paroi d'une grotte, soufflé sang et eau sur Ie tracé d'un auroch ou d'un sexe bandé. ll y a du pariétal dans son œuvre et surtout I'ardent désir de retrouver un monde des origines et un temps fondé sur les rites et Ie sacré. Le plasticien présente « Sex and Rituals », dix-neuf sérigraphies sur papier, monochromes de grand format, et douze petits formats. Bondage nippon, prêtre maya se perçant le pénis, mémoire d'une hypnose chamanique : le plasticien est nourri du sacré des civilisations méso-américaines, des yantras hindous, des mangas japonais, des grafs urbains, de l'abstraction américaine d'un Pollock et d'un Rothko...
Plexiglas ou sérigraphies, les oeuvres de Sergent s'offrent au regard comme des images fécondes et sauvages, mentales et animales, mêlant pensée magique et plastique contemporaine. L'artiste poursuit sa quête de symbiose avec une nature fantasmée mais brute d'énergie. Le syncrétisme qui I'anime se traduit par un foisonnement fertilisé comme par une vieille mémoire des codes ayant échappé au prisme occidental.
Eléments humains, végétaux, animaux, enchevêtrements de lignes, de cercles, superposition de motifs s'imbriquent, se chevauchent, tournoient, débordent dans les oeuvres de Sergent. L'iconographie sexuelle y est abondante, reliée au cosmos, redevenant le lien et le lieu de I'origine. Jean-Pierre Sergent est voyeur et montreur de ce qu'il voit : ses transes graphiques s'accrochent à I'imaginaire et, parfois, le violentent.

Lelitteraire

ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE FRANCO-AMERICAIN JEAN-PIERRE SERGENT  

Par Jean-Paul Gavard-Perret, pour le magazine d'art Lelitteraire.com, Mars 2013

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
- Le soleil et le travail.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
- Je n'ai jamais vraiment eu de rêve du style : "Je veux devenir artiste peintre !"  Ce sont plutôt des évidences et des nécessités impérieuses qui ce sont imposées à moi par les coïncidences de la vie et ma grande conviction créatrice, ma force de travail et de caractère. Par exemple, quand j'élevais des chevaux dans ma ferme du Haut-Doubs natal, jamais je n'aurais pu imaginer, ni rêver, jusqu'à deux mois avant de partir pour Montréal, que j'irais vivre au Canada. De même, quand plus tard, j'ai déménagé l'atelier de Montréal à New York, je n'y ai pensé que quelques mois auparavant. Les événements s'enchaînent et s'imposent dans ma vie de façon évidente, parfois chaotique, comme dans un rêve tracé par le karma, la destinée ou la force vitale.

A quoi avez-vous renoncé ?
- Malheureusement, ces temps-ci en France - mais je l'espère pas pour trop longtemps ! -, j'ai du renoncer à beaucoup de choses : voyages, vacances, vie sociale, cinéma, achat de livres et même l'an dernier, je n'ai pas pu produire d'œuvres à cause du manque cruel de moyens financiers. Cela étant en partie dû, bien sûr à la crise économique mondiale qui touche tout le monde, mais également, je pense, à la pauvreté culturelle et économique de la région dans laquelle je vis : la Franche-Comté. Il y a aussi bien évidemment le désintéressement primaire et culturel des français pour l'art contemporain. J'ai relu récemment les Messages Révolutionnaires d'Antonin Artaud où il y dénonçait - déjà en 1936 ! - la même situation financière catastrophique des artistes et des intellectuels français de l'époque :
- "Mais avant de réduire les intellectuels à la famine, avant de briser les élites qui font la gloire d'une société, et surtout la font durer, la société devrait au moins tenter un effort pour se rapprocher de ces élites, c'est-à-dire pour les comprendre.
Un homme éminent à qui je me plaignais de la triste situation où sont tombés les artistes en France m'a répondu : - "Que voulez-vous ? Dans notre monde, les artistes sont faits pour mourir sur un tas de paille, quand ce n'est pas la paille d'un cachot.""
 
D’où venez-vous ?
- Je suis né à Morteau, dans le Doubs. J'ai heureusement bénéficié de l'enseignement de l'école française, qui m'a appris à raisonner et m'a inculqué un esprit rationnel et critique. Plus tard j'ai longtemps vécu en Amérique du Nord où j'ai pu refréner et mettre un peu de coté mon esprit critique - souvent restrictif, existentialiste et négatif - pour découvrir d'autres modes de penser et d'agir : plus pragmatiques, plus dynamiques, plus puissants et plus irrationnels. Ceci, grâce à la découverte, par exemple, des pensées amérindiennes et puis méso-américaines au travers de mes voyages au Mexique et au Guatemala. Aujourd'hui : je suis ce que je fais ! Et non plus : je fais ce que j'ai envie de devenir ! Quand je peins, je suis, et je connais la peinture au même titre que le chasseur de cigales, qui, dans l'Œuvre de Tchouang-Tseu, devint cigale : - "Je tiens mon bras inerte comme une branche desséchée. Au milieu de l'immensité de l'Univers et de la multiplicité des choses, je ne connais plus que les cigales".

Qu'avez-vous reçu en dot ?
- De ma famille, étant enfant, grâce à mes grands-parents et parents, j'ai appris l'amour de la nature et la générosité. Mon grand-père maternel Maurice, m'a toujours beaucoup aidé et soutenu dans ma démarche artistique en me disant que les artistes étaient des gens importants pour la société.
De la France, j'ai reçu son immense héritage culturel, littéraire et artistique, en particulier, en peinture avec toute la période des importants mouvements picturaux, de la fin du 19e siècle jusqu'à l'art moderne. En littérature tous les écrivains du siècle des lumières et du 19e siècle ont eu une influence majeure sur ma pensée.
Des Etats-Unis, grâce aux nombreuses rencontres multiculturelles new-yorkaises, j'ai été enrichi et influencé par beaucoup de cultures et de modes de penser extra-européens. Toutes ces rencontres effectuées dans les musées avec des œuvres d'arts sublimes et époustouflantes : des Demoiselles d'Avignon de Picasso, à l'Autumn Rhythm de Pollock, aux Pôles Asmats, ainsi que tout l'art amérindien : Sioux, Navajo, Aztèque, Maya, Yupik ; l'art asiatique : Japonais, Indu, Tibétain et l'art africain : Dogon, Luba, Pygmées... ont profondément ébranlé et changé ma vison de la fonction profonde et du but de l'art.
Dans ma vie privée, des amis(es) incroyables m'ont prodigué beaucoup d'attention, d'amour, d'amitié et de bienveillance et je garde toujours aujourd'hui, et cela grâce à mes amis new-yorkais, un esprit curieux, ouvert et éveillé aux choses du monde, de la culture et de la vie.

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
- Ma carrière artistique est d'un bilan plutôt positif, puisque j'expose souvent, même dans des musées, et j'aime beaucoup mon travail, qui me remplit de joie et me passionne. Mais comme on dit en anglais : It's a blessing and a curse ! C'est-à-dire qu'en tant qu'artiste nous avons la chance de toucher à "l'âme du monde", aux problèmes vitaux de l'Homme et de sa conscience... aux grandes interrogations que sont les rapports du corps à la mort, à la sexualité, ainsi qu'aux ressorts de la création. Tous ces questionnements nous enrichissent et nous rendent plus forts face aux aléas de la vie. Malheureusement, il y a cependant un prix à payer, comme dans toute démarche personnelle hors norme, et c'est principalement l'isolement intellectuel. Car plus vous avancez dans votre recherche, moins il y a de monde comprenant vraiment votre positionnement artistique et plus votre art est difficile à vendre. Puisqu'au fur et à mesure les références aux travaux des autres artistes s'évanouissent et que les collectionneurs et les galeristes, parfois même des plus grands - tout le monde n'a plus la classe d'un Léo Castelli !-, sont surtout aujourd'hui des financiers et des esprits de Panurges en puissance, plus que des découvreurs de talents et des amoureux de l'art. On peut aussi comprendre, que les lois du marché de l'art contemporain, ne sont finalement instituées que pour promouvoir un art corporate, insipide, politiquement correct et donc regardable par tous, rapportant beaucoup de bénéfices inflationnels en ne dérangeant que la pensée conservatrice et l'esthétique traditionnelle bourgeoise du petit peuple, qui a cependant parfois raison de s'interroger sur la pertinence des œuvres et de s'indigner des prix pratiqués. Cet art insignifiant donc, au sens vide du terme, vendu à des prix astronomiques à la pseudo-elite culturelle internationale, achetant allègrement les Poppies de Koons ou les Dot Paintings de Hirst, juste pour le fun, bloque l'accès du travail des autres artistes aux galeries et même aux institutions culturelles dont les choix curatoriaux s'alignent de manière mimétique à cet art promu sur le marché à coup de millions de dollars. Ainsi l'artiste ayant une démarche plus intime, plus personnelle et dont les œuvres ne peuvent atteindre ces prix de ventes exorbitants, n'a plus aucune chance ! Et il est de fait repoussé hors des circuits de promotion artistique, donc marginalisé. Il doit malheureusement laisser de coté tout espoir de vie "normale". Mais n'en serait-il pas de même pour toute pratique intensive et passionnelle dédiée à la danse, à la médecine, à l'écriture ou au sacerdoce religieux ?

Un petit plaisir - quotidien ou non ?
- Bien sur le plaisir est essentiel, pouvoir sourire est important, pouvoir manger aussi, pouvoir lire, pouvoir marcher, faire du canoë, pouvoir peindre, faire l'amour, tout cela est plaisir !

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
- Ma curiosité insatiable pour toutes les cultures pré-industrielles. La complexité réflexive de la mise en forme de mes grandes installations murales de peintures sur Plexiglas et leur présence imposante et magique. Ma recherche fondamentale sur le sens et la fonction de l'art au travers de l'histoire et d'aujourd'hui. Ma haine intransigeante de l'art pour l'art et de tous les travaux dérivatifs. La pertinence de mon iconographie qui parle directement au cœur et à l'inconscient du spectateur. La puissance de mes harmonies colorées et ma volonté féroce de vivre et de créer dans un état de beauté et de grâce spirituelle.

Où travaillez vous et comment ?
- Depuis l'année 2005, Je travaille dans mon atelier de Besançon (après avoir travaillé plus de treize années en Amérique). Beaucoup d'étapes de mon travail sont réalisées sur ordinateur, comme le dessin des images, avec les programmes Photoshop & Illustrateur. Je travaille également beaucoup sur l'actualisation de mon site internet pour répertorier toutes mes créations et dans lequel j'écris des textes d'explication et de présentation de mes œuvres. Je viens juste de finir d'écrire un long texte de soixante-quatorze pages intitulé Influences, qui explique le pourquoi et le comment de ma démarche artistique si particulière. Mon œuvre se compose principalement de panneaux de Plexiglas, qui sont des modules carrés de 1.05 x 1.05 m de cotés, serigraphiés et peints au dos du Plexiglas et ensuite assemblés sur un mur pour créer ainsi des installations murales de dimensions monumentales. Pour ce qui est de la réalisation et de l'impression de ces modules, je transmets depuis mon ordinateur des informations à une machine qui me découpe des films Ruby (films inactiniques rouges bloquant la lumière), me servant de pochoirs pour insoler ensuite l'image sur les écrans sérigraphiques. Par la suite, j'imprime à la sérigraphie avec une encre acrylique, environ trois couches d'images superposées de manière aléatoire et je finis la peinture par un fond de couleur monochrome acrylique appliquée au pinceau. Tout cela peint à l'envers des panneaux de Plexiglas, en ne sachant pas vraiment à quoi ressemblera le résultat final, puisque l'endroit des panneaux est masqué d'un film bleu opaque. Le tableau fini est ainsi toujours pour moi une révélation, une découverte, une joie et une surprise !

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
- En travaillant j'écoute la radio, car je dois me concentrer et je n'aime pas être distrait par quoi que ce soit. Le temps du travail est un événement total, important en soi et qui ne nécessite nul autre expédient que lui même. L'instant de la création est toujours d'une puissance forte, magique et insondable. Par contre, le soir, j'écoute toujours de la musique quand je lis et que j'ai l'esprit plus disponible. C'est surtout de la musique venant d'ailleurs : indienne, nouvelle guinéenne, africaine, brésilienne ou de la musique classique de musiciens comme Bach, Chopin, Boccherini... ou même Eminen, qui me fait rire et me rappelle l'humour et l'énergie new-yorkaise...  
 
Quel est le livre que vous aimez relire ?
- Je n'ai pas le temps de relire de livre car j'ai devant moi une liste de plus de trois cents livres que j'aimerais lire ! Mais, cependant lors de l'écriture du texte Influences, j'ai recherché un passage dans le roman de Sade : Aline et Valcour et je pense que c'est un livre intéressant en ce sens que c'est une réflexion philosophique et une interrogation sur les points suivants : quels seraient les Pays, les sociétés et les systèmes politiques qui pourraient permettre à l'individu de vivre de la manière la plus libre et la plus respectueuse possible de son environnement et des ses semblables : royauté, société tribale traditionnelle, démocratie ? Un autre livre que j'apprécie beaucoup est Les Métamorphoses d'Ovide, qui est à la base de toute la création littéraire occidentale, peut-être même plus que les livres d'Homère, particulièrement grâce à ses apports créatifs, mythologiques et oniriques ! J'apprécie également pour des raisons de développement spirituel et de connaissance des philosophies bouddhistes, le livre des Essais sur le Bouddhisme Zen de D. T. Suzuki.
Sans oublier bien sûr les écrivains suivants : Artaud, Michaux, Bataille, Bartolomé de Las Casas, Bernardino de Sahagún, Chatwin, Casanova, Gogol, Eliade, Nerval, Huysmans, Jung etc. En fait il m'est impossible de répondre à votre question de manière univoque car les livres, la littérature, les récits historiques et ethnologiques me bouleversent et m'enrichissent autant que l'art !
 
Quel film vous fait pleurer ?
- C'est encore une fois une question très difficile : je dirais, Le Nouveau Monde de Terrence Malick, car j'aime beaucoup son film qui retrace l'histoire d'amour entre l'amérindienne Pocahontas et John Smith, un explorateur européen. C'est filmé avec une lenteur qui est celle des mouvements du corps chez les peuples traditionnels, aux rythmes intérieurs corporels provenants des temps profonds et immémoriaux, comme s'ils étaient un peu au ralenti par rapport à notre rythme corporel à nous, êtres contemporains surexcités par toutes nos technologies, nos névroses et submergés de détritus et d'informations vulgaires. Il y est question du conflit entre deux civilisations qui s'attirent et se repoussent, s'entraident et se détruisent. Cette métaphore mythologique du combat entre "la sauvage" et "le civilisé" s'inscrit à la base de mes préoccupations artistiques. Comment peut-on cohabiter l'un avec l'autre ? Comment intégrer, et peut-on intégrer des cultures traditionnelles au sein de notre économie globalisatrice et normalisatrice sans les détruire ? Cela semble bien évidemment impossible, mais quelques êtres y arrivent grâce à la magie de l'amour.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?
- Je ne suis pas tellement narcissique, donc je vois un homme d'une cinquantaine d'années. Je pense que le corps est le véhicule de l'âme et qu'il faut en prendre soin autant que faire ce peut : je suis donc végétarien et essaye de m'infliger aussi peu de stress et de souffrance que possible. Je n'aime pas l'idée du péché originel, ni l'automutilation, ni l'instinct de mort qui est beaucoup trop présent en France. Je ne me sens pas coupable d'être en vie, ni d'être un artiste, bien au contraire, je m'en réjouis ! Je pense que le corps doit vivre de manière libre et heureuse, dans sa plénitude et en harmonie avec toutes ses diverses dimensions possiblement exploitables au travers de la sexualité, de l'amour, de l'amitié et des pratiques spirituelles comme les transes chamaniques, la méditation, l'émerveillement au monde et bien sûr la création artistique.

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
- A personne, j'ai toujours écrit et contacté qui je souhaitais.
 
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
- New York ! Et je suis très fier d'être New-Yorkais ! Cette ville fonctionne non seulement comme un mythe où tout a été créé, tout est a créer et reste a créer et où tout, et tous peuvent cohabiter ; mais elle fonctionne également comme une matrice autonome, une mère nourricière, une amante insatiable, un système régénérateur et destructeur de la bêtise humaine. C'est la preuve tangible et vivante de l'intelligence collective des hommes. C'est une ville qui m'a beaucoup donné et qui m'a fait devenir ce que je suis aujourd'hui, je lui doit beaucoup, tout... et plus encore !

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
- Tous les "artistes" des sociétés tribales, tous les chamans ayant créé des dessins,  des sculptures, des masques ou des vêtements racontant leurs visions de "l'autre monde". Tous les hommes préhistoriques ou "primitifs" ayant inscrit des pétroglyphes ou réalisé des peintures rupestres sur des parois ou des rochers... Tous les artistes des cultures traditionnelles mexicaines, grecques, égyptiennes, sumériennes : les sculpteurs, les potiers et les peintres muralistes. Enfin pour citer quelques artistes officiels dans notre l'histoire de l'art muséale et chronologiquement depuis les peintres anonymes des manuscrits moyenâgeux aux primitifs Italiens : Filippino Lippi, Cranach, Brueghel, Caravaggio, Rembrandt, El Greco, Vermeer, Gauguin, Picasso, Morandi, Matisse, Rothko, Newmann, Klein, Beuys, Basquiat... Mais celui dont je me sens le plus proche et dont le travail et l'énergie cosmique m'émeut et m'émerveille encore aujourd'hui, c'est Jackson Pollock, qui est un peu le Miles Davis de la peinture !

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
- J'aimerais bien pouvoir retourner à New York pour le 4 juillet, qui est le jour de mon anniversaire et également la fête nationale américaine. Car j'adorerais aller de party en party pour revoir tous mes amis new-yorkais, qui me manquent énormément ! On avait l'habitude d'aller ces soirs-là, sur les toits-terrasses de Brooklyn pour regarder les feux d'artifices tirés au dessus de l'Est River avec en fond de scène la sublime vue des buildings de Manhattan, et ce furent toujours des moments inoubliables de rencontres, de danses, de partage et d'amitié !
 
Que défendez-vous ?
- La diversité culturelle et esthétique. J'aimerais aussi que l'on arrête de massacrer encore aujourd'hui, tous les modes de vie et de pensée traditionnels et tribaux. Car nous sommes sans doutes les derniers témoins, des derniers conflits entre les peuples sédentaires et les peuples nomades, entre les sociétés industrielles d'hyper-consommation contre les sociétés dites "archaïques", des monothéismes et athéismes - qui se ressemblent finalement de part leurs intolérances - contre tous les polythéismes aux pensées magiques et sauvages... qui ont leurs débords superstitieux, bien sûr, mais qui sont tellement plus poétiques, humains et harmonieux.
 
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
- Honnêtement, je n'en pense pas grand chose. La psychanalyse m'ennuie ainsi que la philosophie occidentale en général, de part leur trop grande pratique réflexive onaniste. Car c'est presque toujours exclusivement une réflexion sur l'individu et son ego, la relation dominé-dominant, le libre arbitre... ou bien évidemment sur l'existence ou la non existence de Dieu, ce qui a finalement très peu d'intérêt. Il n'y est jamais question de la dimension et de l'évolution métaphysique et cosmique de l'individu et de la société humaine dans son ensemble et des différents niveaux de conscience que l'on peut atteindre, grâce à la sagesse spirituelle, comme il en est question dans les philosophies orientales. Ces sujets me semblent être de la plus haute importance. Il faut méditer sur la phrase de Jung dans son livre L'Âme et la vie : - "L'homme occidental est ensorcelé, maintenu en esclavage par les "dix mille choses" qui l'entourent. Il les voit une à une ; il est emprisonné dans le moi et dans les choses, inconscient de la racine profonde de l'être."

Enfin que pensez vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?".
- C'est une phrase d'un artiste que j'apprécie beaucoup !  Cette phrase n'aurait jamais put être prononcée par un français qui aurait sans doute dit : -" la réponse est non, et quelle que soit votre question ! " ou éventuellement : - "Oui peut-être, mais il faudra voir, y réfléchir, mais votre question n'est pas très intéressante !"
J'aime cette réponse directe de Woody Allen, son humour et son esprit qui est typiquement américain. Pour les new-yorkais, peu importe le problème posé, ils essayent toujours de s'entraider les uns les autres, dans l'esprit d'entreprendre et croire en l'avenir afin de trouver des solutions. C'est peut être ça la grandeur de l'âme humaine au travers de notre histoire. Non pas que je veuille dénier toute signification aux questions posées et aux réponses données, mais elles ne sont finalement que secondaires et sans grande importance. Par contre, et j'insisterai sur ce point, ce qui est important et essentiel : c'est l'échange et le partage ! Le moment de l'échange, le souvenir de l'échange, la mémoire de l'échange, sont beaucoup plus importants que l'objet de l'échange ! Il faudrait peut-être lire ou relire le livre de Malinowski : Les Argonautes du pacifique, dans lequel il raconte le système d'échanges symboliques de la Kula : où quelques papous, marins intrépides odysséens, naviguaient courageusement dans leurs fragiles pirogues et sur des distances lointaines pendant des jours sur l'océan, et au péril de leurs vies, pour faire des échanges intertribaux réguliers de bracelets et de colliers de coquillages... Ces superbes objets fait de spondyles nacrés rouge, rose ou violet, n'avaient absolument aucune valeur commerciale, mais par contre, une immense valeur esthétique, sociale, symbolique et culturelle.
L'acte artistique est peut-être aujourd'hui encore, comme chez les argonautes du pacifique, un des derniers gestes gratuits offerts par les artistes à la société, et aucune culture ne pouvant combler la totalité de nos espérances, peut-être faut-il rester à l'écoute des bruissements du monde et des êtres humains silencieux qui nous entourent !

Lelitteraire

 

JEAN-PIERRE SERGENT : VIE SECRETE

Article de Jean-Paul Gavard-Perret pour le magazine d'art Lelitteraire.com

Les œuvres de Jean-Pierre Sergent sont des zones de fouilles capables d’atteindre le vortex de la machinerie de l’être par le réel et sa transfiguration. Reprenant Bataille et la supplique ou l’ordre de sa Madame Edwarda intimant à son client de regarder son sexe (« Regarde car il est ton dieu »), l’artiste montre l’importance de cette figuration. L’ordre féminin est donc pour l’ordre  de la régénérescence comme celui du chaos. Bref le lieu où tout commence. Pour  figurer ce jaillissement et soulever cet abîme de feu l’artiste récupère diverses traditions – des plus modernes (pop-art) au plus primitives (arts premiers) pour venir à bout de ce qui dans la tradition occidentale a assoupi cet incendie dans des postulations soit morales ou de feintes d’exposition (la pornographies et ses leurres) ? Bref à tout ce qui transforme l’art en un « dépositoire dépouillé du néant à la sauce close» (Artaud)..
Pour Sergent la beauté trouve comme parfait synonyme l’énergie.  Elle reste l’élan et la résultante du dessin et de la peinture. A l’attirance « rationnelle » que provoque une ressemblance se superpose un attrait irrationnel pour  la complexion  charnelle. Le désir n’est jamais très loin. Mais un désir qui s’intéresse à une sensualité particulière et cosmogonique. L’acte sexuel est donc transformé en un rite où l’amour devient inséparable du sens de l’être.
L’artiste l’évoque dans  un de ses textes :

« La nuit est juste l'ombre de la terre
Les femmes  font le lien entre le rationnel et l'irrationnel
Des vulves, des matrices et des étoiles
Des étoiles, des matrices et des vulves
La vie se créer, se répète, se repousse
Le sacré nous observe
Équilibre du coquillage ouvert
La maison bascule
La nuit est là où repose l'ombre de la terre ».

Mais cet obscur appelle la clarté comme la mort appelle la vie . Contre le « matrix » des apprentis sorciers l’artiste franco-américain en appelle à la matrice plus que sexuelle. Elle devient celle de la vraie vie comme du vraie corps lié à celui du cosmos. Une matrice incommensurable - autant force dynamique que  foyer philosophal -  se déploie dans l’œuvre selon divers axes de figurations. Thèmes, couleurs,  énergies  s’y mélangent en un foisonnement. Il  permet de retourner vers le mystère de la création par delà les dualités.
Surgit un « corps » secoué par l’instinct comme par la pensée à travers la charge érotique des images. L'impression de lumière que provoque les monochromes et la stylisation des formes devient le moyen d'affaiblir les indices de réalité phénoménale ou plutôt les illusions réalistes. En montrant moins elles montrent plus car elles forcent à regarder avec une attention accrue. L’éloignement du réel fait donc le jeu d'une autre proximité. Voir ce n'est plus percevoir mais d'une certaine façon "perdre voir" pour atteindre un ordre supérieur, celui de la vision et du sacré. Un choix viole les lois de la représentation et le matérialisme. Il rétablir l’origine de la pensée dans une chair tellurique et rédemptrice (comme celle qu’Artaud rêva de trouver en territoire Tarahumaras) totalement ignorée par un certain art dévalorisé par la consommation et la mort.

Article BVV, Mars 2013

 

Sex & Rituals, Jean-Pierre Sergent's Papers

Par Pascal Vernier, pour le BVV, Mars 2013

II fallait bien un omnibus pour decouvrir les grands formats de 1'artiste franco-new-yorkais, Jean-Pierre Sergent. Délaissant pour un temps seulement son support fétiche, Ie Plexiglas, Jean-Pierre Sergent présente une série d'œuvres serigraphiées sur papier. Des Works on Papers monochromes a tirage unique et jamais montrés. Puisés dans l'existant, ces travaux sont basés sur l'énergie, la sensualité, l'érotisme. Autant dire que cette exposition est peu recommandable aux mineurs. « Je revendique pleinement ces ruptures de niveaux, mangas, scènes de sexe, rituels mayas et chamaniques, c'est Ie rôle d'un artiste que de glaner dans son parcours personnels" signale Ie sulfureux Bisontin d'adoption. 12 formats plus petits, plus sages aussi, viennent compléter cette rétrospective d'un performer en perpetuel mouvement. Jean-Pierre Sergent entre abstract painting et pop art s'affiche sans complexe, Sex & Rituals un art libre et sans entrave.

Article Thomas Comte


LE SEXE EST LA SEULE ENERGIE QUI S'OPPOSE A LA MORT

Propos recueillis par Thomas Comte pour la Presse Bisontine & C'est à Dire, Mars 2013

Jean-Pierre Sergent, artiste peintre originaire de Morteau, une ville où il a encore ses attaches familiales, expose à la galerie Omnibus à Besançon sur le thème “Sex & Rituals”.

C'est à dire : Vous avez vécu à New-York, votre atelier est maintenant à Besançon. Trouvez-vous le temps pour revenir à Morteau ?
Jean-Pierre Sergent : Je reviens environ toutes les deux semaines à Morteau pour rendre visite à mes parents. Mes
attaches familiales sont dans le Haut-Doubs.
Càd : Votre prochaine exposition à Besançon s’intitule “Sex & Rituals”, elle est déconseillée aux mineurs du fait du contenu érotique de vos œuvres. 22 tableaux sur papier grand format, une douzaine de petits formats, et un grand papier “bondage and freedom” seront présen- tés. Vous considérez-vous comme un provocateur ?
J.-P.S. : Je ne travaille pas pour provoquer. Je fais les choses comme je les ressens et parce que j'ai envie de les faire. Je fais ce que j'ai envie ! Si mes créations dérangent, ce n’est finalement plus mon problème mais
celui du public. Les artistes sont là non pas pour faire de la décoration, mais pour bousculer la société par les messages qu’ils font passer. C’est aussi ce qui fait leur grandeur.
Càd : La sexualité est très présente dans vos tableaux. Qu’est-ce qui vous inspire dans ce thème ?
J.-P.S. : A mon sens, le sexe est la seule énergie qui s’oppose à la mort. La sexualité est aussi créatrice de bien-être et de rencontres. Avec les rituels, elle est génératrice de lien. Or, dans nos sociétés, ce lien est détruit. Si l’art ne peut plus pas parler de cela, alors il y a des raisons d’être inquiet.
Càd : Que cherchez-vous à exprimer en utilisant des images pornographiques que vous travaillez pour en faire un tableau ?
J.-P.S. : Les images pornographiques sont très présentes dans notre quotidien. La société nous inonde de cela. Mais ces images ont parfois la même présence que la transe spirituelle. En cela, elles traduisent une forme d'extase corporelle. Le bondage, par exemple, est une réflexion sur la manière dont la société enferme le corps et empêche ainsi l’accès au plaisir. C’est aussi une façon de dire que la souffrance peut se transformer en extase. Le corps est enfermé dans ses chaînes et il jouit malgré tout. C’est une forme de rituel sexuel. En cela l’art est libérateur par rapport à l’individu. La sexualité permet d’entrouvrir un passage vers l’infini.
Càd : Votre regard d’artiste porte également sur les rituels…
J.-P.S. : En effet, tous mes travaux ne sont pas érotiques. Il y a également les rituels. Je m’inspire notamment de la culture Maya qui me touche. J’ai voyagé au Mexique et au Guatemala. J’ai véritablement des attaches particulières avec l’Amérique latine. Il m’arrive d’exprimer dans mes tableaux des rituels purs, comme ce prêtre Maya qui se perce le pénis et entre en transe.
Càd : Vous exposez peu en France. Y a-t-il une raison à cela ?
J.-P.S. : Le problème du système culturel français est qu’il est très pyramidal. Il y a un chef au sommet de cette organisation très verticale, qui décide que vous exposerez ou non. À l’inverse, aux États-Unis, l’artiste est considéré différemment. Il est perçu comme un créateur de valeur économique. Il est un producteur de richesse au-delà de la notion culturelle. En France, on a l’impression d'être perçus comme des individus à la marge. Sans s’en rendre compte, la société française se coupe d’une richesse incroyable. J’ai exposé à New-York pendant 13 ans. J’ai vécu là-bas. J’y ai appris mon métier. Jamais je n’aurais pu faire ce travail-là en restant dans la région.
Càd : L’exception culturelle Française n’est donc pas aussi exceptionnelle qu’on le dit. Manquons-nous d’ouverture d’esprit vis-à-vis de l’art contemporain ?
J.-P.S. : Ce qui est plus grave en France, c'est l’attitude. On nourrit toujours un complexe de supériorité car notre pays a abrité des artistes fabuleux et des écrivains géniaux. Notre passé nous pousse à croire que nous sommes encore au-dessus de la culture. En vérité, pour ce qui est de l’art contemporain, j’ai le sentiment que l’on étouffe tout un vivier de talents dont certains finiront par se délocaliser.
Càd : Alors dans quel endroit du monde progresse l’art contemporain ?
J.-P.S. : La Chine, c’est 22 % du marché de l’art contemporain. La France a reculé à 6 %. Désormais, ce sont les pays émergents qui ont un marché de l’art dynamique, comme l’Inde ou l’Amérique du sud.
Càd : La Chine et en particulier Shanghai, le Brésil, sont des bouillons de culture. L’Europe est-elle artistiquement déprimée ?
J.-P.S. : À chaque fois que je rentre de New-York, que j’atterris à Paris ou même à Genève, je sens une sorte de tristesse m’envahir. J’ai le sentiment que l’Europe est triste. Les seuls artistes européens que l’on voit sur le marché de l’art contemporain sont les artistes allemands, car pour eux, l’art a été une sorte d’exutoire après la guerre. La bourgeoisie allemande est très éduquée. Elle a cette culture et cette envie de comprendre l’art contemporain. Ce n’est pas un hasard si, dans ce pays, chaque petite ville de province a un musée d’art contemporain.

Revue Accrochage, mars 2013

JEAN-PIERRE SERGENT : SEX & RITUALS

Article par Daniel Terray pour la revue Suisse Accrochage,  N°145 Mars 2013

Laissant pour un temps Ie Plexiglas, son autre matière de prédilection, I'artiste franco-américain Jean-Pierre Sergent présente une série de grandes œuvres sur papier a la galerie Omnibus à Besançon.

Après deux grandes expositions monographiques, en 2011, au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse et, en 2012, à la Ferme Courbet de Flagey [Doubs], Jean-Pierre Sergent revient a Besançon, où il travaille désormais, pour présenter, à la Galerie Omnibus, vingt-deux œuvres grand format sérigraphiées sur papier et sélectionnèes parmi sa série des Large Papers, commencée à New York en 1999. Realisés en parallèle de sa production sur Plexiglas, ces travaux sont une réflexion iconographique autour d'images sexuelles et de rituels inspirés de cultures et d'époques différentes, des civilisations méso-américaines aux mangas japonais.

Jean-Pierre Sergent admet que ses oeuvres, parfois accompagné de textes en anglais volontairement crus et obscènes, peuvent choquer (l'exposition est d'ailleurs déconseillée aux mineurs). Mais pas de provocation gratuite chez lui. « Un corps est un corps dans toute sa beauté, sa dimension charnelle, spirituelle et humaine lors du rituel amoureux. A partir de la, chacun peut évidemment appréhender différemment la charge érotique de ces images, selon sa culture, son rapport au sacré, les codes religieux ou moraux qui régissent sa vie. Moi, ce que je cherche par ce biais, c'est à parler à l'inconscient du spectateur, en Ie mettant face à sa réalité, à ses fantasmes inavoués, et à sa finitude corporelle. Ou à I'emmener, s'il sait lâcher prise, vers d'autres dimensions métaphysiques ».

eroticartlover




TALKING TO THE ARTIST JEAN-PIERRE SERGENT

An Interview with Grith Grough for The Eroticartlover, Denmark, February 06, 2013

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Artbookguy

 

 

JEAN-PIERRE SERGENT: IN LIVING COLOR / an interview with Michael Corbin

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Blog de Thierry Savatier

UN ENTRETIEN AVEC L'ARTISTE PLASTICIEN JEAN-PIERRE SERGENT

Par Thierry Savatier, Les mauvaises fréquentations, Juin 2012.

Au mois de mai dernier, j’avais consacré une chronique à l’exposition Nature, cultures, l’origine des mondes qui réunissait des œuvres de l’artiste plasticien Jean-Pierre Sergent à la Ferme de Flagey, près d’Ornans (Doubs), un cadre chargé d’histoire, puisque cette bâtisse, entièrement restaurée par le Conseil général, appartint à la famille de Gustave Courbet et que le peintre y vécut et y travailla. La chambre qu’il occupait y est encore visible aujourd’hui.Invité pour l’occasion à donner une conférence sur L’Origine du monde, toile emblématique du maître, j’ai profité de cette chance pour dialoguer en public avec Jean-Pierre Sergent. Cet entretien a fait l’objet d’un documentaire filmé par Lionel Georges. On peut le voir en ligne en suivant ce lien. > Lire la suite de l'article >

Blog de Thierry Savatier

GUSTAVE COURBET ACCEUILLE JEAN-PIERRE SERGENT 

Thierry Savatier, Les mauvaises fréquentations, Mai 2012.

La Ferme de Flagey, située dans le Doubs, à quelques kilomètres d’Ornans, appartenait à la famille de Courbet. Il y venait s’y ressourcer et travailler. Aujourd’hui restaurée et placée sous la responsabilité du Musée Courbet, elle abrite un espace dédié qui accueille jusqu’au 3 juin prochain la belle exposition de Jean-Pierre Sergent, artiste plasticien, voyageur, explorateur des cultures, intitulée « Nature, cultures, l’origine des mondes ».

Nul endroit ne pouvait mieux convenir que celui-là, car il existe, entre le Maître-peintre d’Ornans et Jean-Pierre Sergent (dont il a déjà été question dans ces colonnes) bien des passerelles, à commencer par une origine franc-comtoise commune et le goût pour les formats monumentaux. Ainsi, l’installation principale exposée à Flagey occupe-t-elle le même espace que la célèbre toile de Courbet, Un Enterrement à Ornans. Mais d’autres communautés d’inspiration rapprochent les deux hommes : la relation à la nature et l’importance de la scène érotique, l’une et l’autre demeurant indissociables. La Femme y occupe une place centrale et l’on ne s’étonnera pas que le titre de l’exposition fasse allusion à L’Origine du monde, toile emblématique, blason symbolique et universel de l’Eternel féminin, que l’on retrouve, sous une forme qui dépasse largement le simple clin d’œil, dans plusieurs sérigraphies ici exposées.

Ces œuvres sont un hymne à la nature et à la vie. Au premier regard, elles semblent parfois tutoyer l’abstraction et l’œil les rapprochent de Jackson Pollock, surtout lorsque l’on sait que Jean-Pierre Sergent travailla longtemps à New York. Cependant, elles ne sont pas abstraites ; complexes, formées de strates successives, hautement colorées, hypnotisantes, elles offrent au spectateur un réel plaisir esthétique et l’invitent à décrypter les signes qui les composent, souvent issus de civilisations ancestrales, art amérindien, yantras indous, mais aussi de transes chamaniques et de mangas japonais. Il s’en dégage une énergie spirituelle que renforcent les graphismes empruntés au registre de la représentation sexuelle. Il y a de la magie dans ces sérigraphies qui, pour la plupart réalisées sur Plexiglas, font participer le regardeur dans la mesure où son image parvient à s’y refléter.


LES ORIGINES DES MONDES

Par Yves Andrikian pour L'Est Républicain, 18 Mars 2012.
Il faut lâché prise devant les œuvres de Sergent pour se laisser emporter, comme dans les rêves, la danse ou les transes....
C'était en une autre époque, jean-Pierre Sergent visitait une tombe de haute époque en Egypte, il a été saisi d'une vive émotion : "J'ai ressenti que je n'avais plus rien à faire aux Beaux-arts, j'ai pris une décision de chemin de vie".
Lui qui est originaire de Morteau (Doubs), a commencé son activité de plasticien en menant en parallèle, un élevage de chevaux américains. Un jour il a décidé de partir. D'abord, Montréal puis New York où il a vécu et travaillé une dizaine d'années avant de revenir installer son atelier à Besançon. Sous l'intitulé "Nature, cultures, l'origine des mondes", Jean-Pierre Sergent présente à la ferme Courbet de Flagey une série de peintures sérigraphiées sur Plexiglas dont un mur monumental de plus de six mètres sur trois. L'ensemble a été conçu en lien avec des thèmes chers à Courbet : la nature, le corps féminin, l'érotisme.
C'est une recherche permanente d'harmonie avec la nature, de connexion avec l'univers que poursuit le plasticien. Son travail trouve sa source et ses racines dans ses plongées personnelles dans les rituels d'avant les monothéisme, le sacré maya, les yantras hindoux et aussi dans ses approches aiguisées des mangas japonais ou de la peinture abstraite américaine de Pollock ou Rothko bien moins intellectuelle que l'européenne. Jean-Pierre Sergent mêle, superpose, fait se heurter et se pénétrer des éléments humains, animaux, végétaux, des lignes, des cercles, des motifs.
Ses peintures sérigraphiées sont traversées de flots d'énergies, de tracés pariétaux, les graphismes s'y aiment et s'y repoussent, s'y fécondent les uns les autres. Il revisite à sa façon la célébrissime "Origine du monde" de Courbet. Nourries d'urbanité et de pensée magique, Jean-Pierre Sergent offre cette série d'images qu'il nomme "Suite entropiques", suites qui forcent le regard et l'imaginaire et renvoient aux bouleversements du monde.

LA QUETE DES ORIGINES

Par Yves Andrikian, pour L'Est Républicain, 5 mars 2012.
Le plasticien Jean-Pierre Sergent expose des  peintures sur plexiglas à la ferme de Flagey. Transes graphiques et pensée magique.
Jean-Pierre Sergent pourrait bien s'être trompé d'époque. L'immédiateté, "la mobilisation permanente" au service de l'inutile sont reines, trois images de petits bonheurs domestiques postées sur un réseau social sont censée donner du sens au dur sentiment d'exister. Rude époque pour un plasticien qui a le désir de retrouver "le mode des origines", affectionne l'ordre des anciens jours, est sensible au sacré et aux rites, vibre dans les lieux où tout psychanalyste trouverai que "ça souffle".
Sous l'intitulé, "Nature, cultures, l'origine des mondes", Jean-Pierre Sergent expose à la ferme Courbet un ensemble de peintures, d'images sérigraphiées sur plexiglas. Composé d'un mur de dix-huit peintures et d'une sélection d'œuvres sur papier et plexiglas, l'ensemble a été conçu en lien avec les thèmes chers à Courbet : la nature, palpitante, le corps féminin, l'érotisme.
"Courbet peignait un monde où l'interaction et la cohabitation Homme-Animaux-Nature était encore réelle. L'élevage, la chasse, la pêche faisaient partie du quotidien. Ce monde ensorcelé empli de faunes, muses et d'esprits s'est évanoui après la deuxième guerre avec le rouleau compresseur du progrès, la surproduction et de l'hyperconsommation. Nous sommes aujourd'hui bien seuls face à notre destinée", souligne Jean-Pierre Sergent.
Connexions à l'univers : C'est une quête de symbiose avec la nature, au travers des cultures dites premières et d'autres cultures ayant échappé au prisme occidental - Egypte antique, monde précolombien, chamanisme, que poursuit Jean-Pierre Sergent. Le plasticien est allé à la recherche des yantras hindous, du sacré maya, il s'est souvenu des motifs pariétaux, il s'est nourri des mangas japonais et aussi de l'abstraction américaine, ainsi Pollock, Rothko. Résultat, il mêle, imbrique, superpose, confronte des éléments humains, animaux, végétaux, des lignes, des cercles, des motifs, des débordements graphiques, des bouillons d'énergies. "La connexion à l'univers, je l'ai ressentie très fort lors au Mexique et en Egypte. Lors d'une visite d'une tombe en Egypte, j'ai eu une profonde émotion, je n'avais plus rien à faire aux Beaux-arts, j'ai pris une décision de chemin de vie", rapporte Jean-Pierre Sergent. Il estime qu'après Fra Angelico, la renaissance italienne et les codes de la peinture européenne ont tout rigidifié.
Il sourit doucement. Ses "Suites entropiques" exposées à flagey s'offrent comme des images fertiles se situant entre urbanité et magie, tribalisme et pensée sauvage. Soutenues par une belle fécondité des couleurs, ces sérigraphies bousculent et épuisent l'imaginaire, forcent le regard, enveloppent et imprègnent le corps et l'esprit. Sergent revisite "L'Origine du monde", il parle de "vrombissement incessant de la vie" à propos de son iconographie sexuelle où tournent des signes et obscénités en langue anglaise. Ces suites forment comme un riche carnet de voyages, ouvrent à la pensée magique, renvoient aux métamorphoses du monde.