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Jean-Pierre Sergent

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Expositions passées

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LES QUATRE PILIERS DU CIEL

Musée des Beaux-Arts & d'Archéologie | 1 Place de la Révolution | Besançon | France
/

Vernissage le samedi 16 novembre 2019 à 19h (pour l’anniversaire de la réouverture du musée et il sera ouvert gratuitement tout le WE du 16 & 17).

Tel : + 33 (0)3 81 87 80 67 | musee-beaux-arts-archeologie@besancon.fr | page de l'exposition

Commissaire de l'exposition : M. Nicolas Surlapierre, conservateur du musée | Communication musée : Anne-Lise Coudert | anne-lise.coudert@besancon.fr | + 33 (0)3 81 87 80 47‬


ÉVÈNEMENTS, DATES DES RENCONTRES & CONFÉRENCES AVEC L'ARTISTE

reservationsmusee@besançon.fr

  • Vendredi 14 février, conférence de Jean-Pierre Sergent : Éros Unlimited, 19h30-21h (public averti). Télécharger le Texte | les Images (34MB)
  • Dimanche 22 mars, conférence Jean-Pierre Sergent et et Thierry Savatier, 15h
  • Samedi 19 mai, conférence de Jean-Pierre Sergent et signature du catalogue, 18h
  • Jeudi 10 septembre, nocturne avec conférence radiodiffusée par radio campus avec Jean-Pierre Sergent, Louis Ucciani et Nicolas Surlapierre. (soir)
  • Visites guidées de l’exposition « les quatre piliers du ciel » les 14 mars, 11 avril, 9 mai, 6 juin avec un médiateur.

 


ACCÈS

Jean-Pierre Sergent, carte Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon 1 Place de la Révolution, 25000 Besançon



JEAN-PIERRE SERGENT EXHIBITION > 4 PILLARS OF THE SKY | MUSEUM OF FINE ART | BESANÇON > OCTOBER 2020 (8 x 3.15 x 3.15m, total size of 80 m2 | Opening November 16th 2019
- Vue de Vue de l'installation Les quatre piliers du ciel, escalier nord, 2 x 18 peintures sur Plexiglas, photo de Lionel Georges, 14 octobre 2019.


JEAN-PIERRE SERGENT EXHIBITION > 4 PILLARS OF THE SKY | MUSEUM OF FINE ART | BESANÇON > OCTOBER 2020 (8 x 3.15 x 3.15m, total size of 80 m2 | Opening November 16th 2019

Vue de l'installation Les quatre piliers du ciel, escalier sud, 2 x 18 peintures sur Plexiglas, photo de Lionel Georges, 14 octobre 2019.


LE MUSÉE

Au cœur de la ville historique, dans la boucle du Doubs, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon possède une longue et surprenante histoire. La plus ancienne collection publique française, son origine remonte à 1694, soit un siècle avant la création des musées qui date de la Révolution française (Le Louvre ouvre en 1793). Cette installation monumentale de Jean-Pierre sergent est présentée en parallèle de la grande exposition d'intérêt national : La Chine rêvée de François Boucher.


L'INSTALLATION

Soixante-douze peintures sur Plexiglas de format unitaire carré, d'un mètre cinq sur un mètre cinq, choisies parmi la série des Suites entropiques réalisées entre 2010 et 2015, sont installées sur huit panneaux se faisant face aux quatre angles des deux grands escaliers principaux du musée. Cette installation de taille monumentale de quatre-vingt mètres carrés, est à ce jour, la plus grande réalisée par l'artiste peintre franco-new yorkais.

- NB : Cette installation est en quelque sort la matérialisation d'un projet imaginé à New York en 1995, d'un espace cubique à l'intérieur duquel seraient accrochées d'innombrables peintures sur Plexiglas et dans lequel on entrerait en-dessous par un escalier. Projet inspiré par ma visite, lors d'un voyage en Égypte, avec mon grand-père et ma sœur, par l'art funéraire égyptien. En particulier, par la visite de le tombe de la Reine Néfertari. Projet initial dont il ne manquerait que l'ajout du plafond du superbe ciel étoilé ! 

Jean-Pierre Sergent, dessin d'un projet d'installation murale cubique, New York 1996


> Biographie > Dossier de presse (8 MB Fr) > Communiqué de presse > Press release (J-PS Eng) > Carton d'invitation > Dépliant programme WE 16 & 17 novembre (ouverture gratuite du musée - 1 MB FR)


LES QUATRE PILIERS DU CIEL

Ces œuvres vivement colorées, englobantes et envoûtantes, sont ici présentées pour nous montrer et témoigner de la diversité des mondes et des cultures humaines. Agissant comme des piliers ascendants et élévateurs, surpassant l'architecture un peu austère du lieu, tout en développant et réintégrant une forte énergie vitale, un karma venant de mondes enfouis, oubliés et sensibles.

Art initiateur et initiatique, rituel de passage pour le spectateur, sans doute surpris de voir autant de diversité dans un monde contemporain, aujourd'hui bien triste, névrosé, bien mort et bien gris ! Car ces œuvres parlent de mes voyages et de mes rencontres : de l'Égypte à New York, en passant par l'Amérique Centrale et de mon amour immodéré pour la couleur. Dans un monde qui s'auto détruit, plus de temps à perdre pour faire de l'art pour l'art, mes peintures témoignent de la vie elle-même, sans détours, sans fards et sans fardeaux. La vie est ainsi ! C'est un message guérisseur qu'il faut envoyer au monde et non pas une capsule contenant des messages pour d'éventuels extra-terrestres ! 
Je veux que mes peintures et mon art soient : un art-mur (même une armure si l'on veut ! Peu m'importe !), un art-architecture (comme les tipis indiens), un art-animaux (comme Lascaux), un art-arbre, un art-rivière, un art-vide (comme pour les moines bouddhistes zen), un art-nature, un art-sexe, un art-mort (comme les tombes égyptiennes), un art-plaisir (dionysiaque), un art-présence, un art-âme, un art-joie (comme dans les livres de Jean Giono), un art-corps (comme dans la sexualité) etc.

Ce n'est plus l'être, l'objet, le sujet ou les rituels peints qui sont présents, mais la peinture elle-même, transcendant la matière pour devenir être sacré autonome : en elle-même, et par elle-même !

Cet art myriadique et multifacette, se déploie dans mes rêves, mes pensées et mes réalités comme un art nomade et saltimbanque, immense puzzle indéfini et pourtant à reconstruire lors de chaque nouvelle exposition. S'installant, se présentant et se diffusant comme art mural somptueux, non dissociant, donc reliant… Afin de me et de nous réintégrer dans un monde généreux, matriciel et cosmique. Le monde du premier rêve originel, créateur et orgiaque de la nuit des temps. Et surtout pour régénérer et annihiler définitivement la mort avec ses cortèges d'insupportables absences induites.

Jean-Pierre Sergent, Besançon, le 5 septembre 2019


DISCOURS DU VERNISSAGE DE L'EXPOSITION "LES 4 PILIERS DU CIEL"

Musée des Beaux-Arts de Besançon le 16 novembre 2019

Vernissage en présence de MM. Nicolas Surlapierre, Nicolas Bousquet, Mmes Claudie Floutier & Barbara Dasnoy. Remerciements spéciaux à l'équipe technique du musée & à la Ville de Besançon.

Merci beaucoup Nicolas, bonsoir à tous ! C'est vraiment un plaisir de vous voir tous ici réunis pour cette belle exposition ! Cela fait très longtemps que je vis ici à Besançon (15 ans) et j'ai connu auparavant deux conservateurs et conservatrice et j'ai toujours essayé de faire que ce musée s'ouvre à l'art contemporain. Et enfin, il s'y ouvre, grâce à toi Nicolas ! Je pense que c'est une bonne nouvelle pour tous les artistes présents ici ce soir. Parce que je trouve, étant new yorkais et franc-comtois ; je trouve que la France ne s'ouvre pas assez à l'art contemporain. Et même si il y a des lieux qui lui sont consacrés, ils sont assez peu fréquentés. Je vais dire deux mots sur mon installation murale : c'est un travail qui est issu de la série des Suites Entropiques (2010-2015), que j'ai réalisé dans mon atelier de Besançon, au cours des cinq dernières années. J'ai choisi soixante douze œuvres parmi un stock de près de deux cents peintures. Et je veux parler ici, dans ce musée, des Quatre piliers du ciel, c'est à dire que dans toute société "primitive" (ou société première), il y a toujours un lieu qui s'appelle l'axis mundi, où les gens peuvent communiquer avec ce qu'on appelle les dieux ou les esprits et en fait, c'est un peu cette volonté là que j'ai ici : de communiquer avec peut-être les chers disparus, ou avec l'art qui me plaît et qui disparait tous les jours ! Parce qu'on parle beaucoup et souvent de la disparition de la biodiversité ! Mais tellement de cultures humaines disparaissent aussi aujourd'hui  devant nous, que ça m'empêche souvent de dormir… Vraiment ! Et ayant eu la chance de voyager au Mexique et au Guatemala et ayant été marié avec mon amie Olga (qui est d'origine colombienne) et à New York ayant eu la chance de rencontrer tellement d'amis venant de diverses cultures, je veux un peu leur rendre hommage ici ce soir. À toutes ces belles cultures qui utilisent les couleurs comme je les utilise maintenant. C'est un peu un vol ou une appropriation, mais c'est un peu grâce à mon amie Claudie, qui expose aussi ici et qui était ma professeure de couleur à l'école des Beaux-Arts de Besançon, que j'ai pu appréhender cette beauté de la couleur. Bien sûr dans mon travail, je parle aussi d'énergies, j'en ai discuté tout à l'heure avec des amis, je pense que la beauté est une énergie ! Et les Indiens Navajos le disent dans leur Chant de la nuit (Dans la beauté, je marche...). Voilà, je voulais remercier bien sûr toutes les équipes du musée, tous les techniciens en particulier, qui ont travaillé pratiquement trois semaines à un mois pour que l'on puisse installer ces belles peintures dans ce musée. Et j'ai quelques pensées bien sûr pour ma famille, qui malheureusement n'a pas pu venir ce soir et pour mon papa et  mon grand-père qui sont partis (pour le grand voyage). Je vois aussi mon ami Pierre-Louis Brechat, qui m'a fait réaliser ma première sérigraphie et qui me dit toujours avec fierté : "C'est moi qui t'ai fait réaliser ta première sérigraphie" et c'est vrai ! Même si je ne suis pas resté très longtemps à l'école des Beaux-Arts, j'ai cependant  apprécié ce passage et je suis très heureux et très honoré d'être avec vous ici ce soir. Encore merci à tous et bonne soirée.


TEXTES POUR LE CATALOGUE

PAR THIERRY SAVATIER

Qu’est-ce qu’un artiste ? La question relève du défi et la définition qu’en donne l’UNESCO, trop vague pour être exploitable, trahit la difficulté de l’exercice. Tentons cependant d’avancer, en toute conscience d’imperfection lexicographique, qu’un artiste serait le point de jonction d’un talent, d’une esthétique (souvent appelée à évoluer avec le temps), d’un travail de tous les instants et d’une réelle démarche intellectuelle qui le conduit tout autant à penser son art qu’à penser le monde. Jean-Pierre Sergent répond clairement à ce profil. Il suffit de regarder ses œuvres, sur papier ou sur Plexiglas, pour prendre conscience de son talent et de son esthétique sans compromis qui nous permet de ne jamais confondre ses créations avec celles de ses contemporains. Il suffit de le rencontrer pour comprendre l’importance que le travail occupe dans sa vie, même lorsqu’il se trouve hors de son atelier. Il suffit enfin d’échanger avec lui et de lire ses textes pour découvrir une démarche intellectuelle originale, solide, structurée, qui intègre son œuvre dans le monde - un monde bien plus vaste que celui qui l’entoure directement puisqu’il s’étend, horizontalement, sur les cinq continents et, verticalement, c’est-à-dire dans une perspective historique, jusqu’à l’aube créatrice de l’humanité. Sa curiosité de l’Autre, cet « Autre » pris en tant qu’archétype de l’altérité (ce qui est en-dehors de lui et de sa culture d’origine), est immense.

L’exposition « Les Quatre piliers du ciel », accueillie par le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, propose une réunion de 72 sérigraphies sur Plexiglas choisies par Jean-Pierre Sergent au sein d’une série réalisée de 2010 à 2015 sous le titre générique de « Suite entropique ». Faut-il voir dans « Suite entropique » un jeu de mots fondé sur l’homophonie, qui convoquerait aussi bien l’épithète « anthropique » (« qualifie tout élément provoqué directement ou indirectement par l’action de l’homme », nous dit le glossaire du site public « Géorisques ») qu’« entropique » qui évoque l’idée de désordre d’un système, de chaos ? On ne peut s’empêcher de le penser car l’artiste, en observateur de son environnement, a depuis longtemps pris conscience des évolutions de ce que l’on nomme, même si le terme soulève encore des polémiques, l’anthropocène, évolutions qui, sans céder le moins du monde aux délires millénaristes, mettent en lumière l’émergence de déséquilibres dont la multiplication et l’amplitude pourraient aboutir au chaos.

Quant au titre de l’exposition, il annonce le rapport de verticalité que nous pouvons entretenir avec une entité supérieure - que nous l’appelions Cosmos, Dieu ou Grand Architecte n’a guère d’importance - dans le cadre d’une quête de spiritualité. Mais, dans le même temps, il se rapproche trop des « Quatre piliers de la sagesse » chers à Confucius et à la cosmogonie chinoise définissant l’harmonie de l’univers pour ne pas, même indirectement ou inconsciemment, s’y référer.

Ces 72 panneaux aux dimensions identiques (1,05 x 1,05 m) occupent les quatre angles du double escalier central du musée, formant une installation monumentale de 80 m2. Nous les découvrons au fur et à mesure que nous gravissons les marches. Ce mouvement ascendant constitue une première étape de ce que l’on pourrait appeler une exploration - osons ajouter : une initiation, parce qu’aborder ces œuvres relève d’une véritable expérience, tant sensorielle que spirituelle. L’effet se renforce dans la mesure où ces panneaux sont plaqués à même la pierre austère des murs, sans qu’un quelconque encadrement ne vienne matérialiser des frontières rassurantes. Ce contraste entre l’œuvre colorée et la pierre naturelle rappelle l’exposition des toiles de Picasso qui avait été accueillie en Avignon, au Palais des papes, de mai à septembre 1970. Nombre de critiques, déroutés par l’érotisme débridé et solaire d’un vigoureux artiste de 89 ans, avaient qualifiés ses tableaux de « barbouillages obscènes ». Or, lorsqu’il était venu vérifier l’accrochage avant l’ouverture au public, le peintre avait fait enlever tous les cadres, parce qu’il voulait confronter ses toiles aux seuls murs bruts. Cette opposition des matières n’avait probablement pas été étrangère à la réaction effarouchée des journalistes spécialisés dont nous mesurons aujourd’hui le caractère profondément erroné...

Avant d’aborder « Les Quatre piliers du ciel », pour apprivoiser notre regard, nous ferons profit de nous débarrasser des préjugés liés à une culture occidentale dominée par la double influence - l’une renforçant l’autre - de la philosophie platonicienne et du judéo-christianisme. Car l’univers proposé par Jean-Pierre Sergent s’affranchit des appréciations binaires qui nous sont si familières et sur lesquelles se fondent nos jugements, de l’autochtone et de l’exotique, de l’archaïque et du moderne, du bien et du mal, de la Vérité et de l’hérésie, du blanc et du noir, de la lumière et des ténèbres. Nous devrons donc abdiquer notre tentation orgueilleuse, voire arrogante, de « penser savoir », de classer, de nous fier à nos certitudes premières, ou, pire encore, à nos croyances et leur cortège d’irrationalités. L’œuvre nécessite de s’appréhender avec un regard neuf.

Si toutefois, pour nous aider à interpréter ces panneaux de Plexiglas, nous devions faire appel à une source intellectuelle européenne, peut-être nous référerions-nous aux Sophistes, injustement décriés et méprisés, envers lesquels notre dette reste pourtant considérable, puisqu’ils inventèrent la rhétorique, firent la promotion du doute comme système de pensée et introduisirent le relativisme. Ce principe, suivant lequel il n’y a pas « une vérité », parce que celle-ci est contingente, subjective, qu’elle change en fonction du lieu, de l’époque ou du milieu dans lequel nous grandissons, nous laisse une totale liberté d’appréciation, renforcée par les sophistes les plus hardis pour lesquels la vérité n’existe pas et que ne cohabitent et ne se confrontent que des points de vue. Dès lors, les perspectives qui s’offrent à nous deviennent infinies.

C’est exactement ce dont nous avons besoin ici ; ajoutons qu’en cela, les Sophistes se rapprochaient de leur presque contemporain, Confucius, pour lequel l’univers obéissait à une harmonie qui devait être préservée. Or, selon le philosophe chinois, parce que cet univers était en perpétuel mouvement, toutes ses composantes devaient, elles aussi, se déplacer pour que l’harmonie demeure. De ce constat, découle une conséquence qui traduit la vision du monde dans une partie de l’Asie : il n’existe pas de bien ni de mal défini pour l’éternité comme beaucoup le croient en Occident ; ce qui est considéré comme le bien aujourd’hui deviendra peut-être le mal demain, la réciproque étant tout aussi probable.

Ce mode de pensée, très éloigné de notre système de références, nous aidera sans doute à mieux comprendre les œuvres de Jean-Pierre Sergent. Car, dans son univers créatif, ces questions sont dénuées de sens. Grand chineur de témoignages ethnographiques, il puise ses références picturales aux racines de la vie, venues du fond des âges, puis dispersées sur l’ensemble du globe dans des cultures où la relation à la Nature se fondait sur une quête d’harmonie, non sur un rapport de domination. C’est pourquoi les emprunts au judéo-christianisme sont absents de ses œuvres, puisque - relisons Genèse I, 26-31 - la place assignée à l’humain dans le Livre repose précisément sur la soumission de la Nature. Surgit en revanche sur les Plexiglas tout un monde animal, végétal, minéral, mythologique, où la place de l’Homme (au sens générique du terme) n’est, bien entendu pas oubliée sans toutefois que lui soit l’épicentre du système. Les figures qui nous sont proposées appartiennent aux registres iconographiques précolombiens, égyptiens, grecs, indiens, amérindiens et japonais. L’artiste a exploré ces cultures, en majorité panthéistes ou animistes, voire chamaniques ; il continue de s’y frotter. On pressent qu’à l’image d’Antonin Artaud visitant les Tarahumaras du Mexique, son but est d’y rechercher « une nouvelle idée de l’homme ». L’œuvre est à la mesure de l’ambition.

La Nature, dans les peintures de Jean-Pierre Sergent, n’est ni fantasmée, ni naïvement idéalisée. L’artiste, depuis longtemps en communion étroite avec elle, sait qu’elle peut se montrer aussi féroce ou indifférente que généreuse, ce qui explique que les sources culturelles auxquelles il se réfère lui accordent le plus grand respect. Il s’agit de la terre-mère, de la source d’énergie primordiale qui dépasse le cadre de nos simples vies, mais sont indispensables à leur accomplissement.

Devant les panneaux d’un format parfaitement carré, notre regard est, au premier abord, happé par l’omniprésence des couleurs, franches, vives, contrastées qui ne laissent transparaître aucune tiédeur mais suggèrent au contraire une rare impression de force. Même le rose perd ici son caractère trop souvent « mignard », comme disait Théophile Gautier.

Nous sommes aussi frappés par l’appropriation totale de l’espace que se réserve l’artiste ; le graphisme occupe toute la surface des panneaux, l’envahit, sollicite en permanence notre œil, ne nous laisse aucun blanc, aucune plage de vide sur laquelle nous pourrions, un instant, nous reposer. La tension est permanente. Par ailleurs, la répétition de certains motifs (fleurs de lotus ou de cerisier japonais, oiseaux, formes géométriques) nous ouvre les portes d’une perception quasi-hypnotique ; elle nous semble la traduction picturale de la danse infinie des derviches tourneurs ou des mantra répétés jusqu’à l’épuisement par les bouddhistes et les hindouistes, dont le but est de conduire ceux qui s’y adonnent à une dimension parallèle ou supérieure qui aboutit, pour certains privilégiés à la transe, pour beaucoup d’autres à une forme de spiritualité.

Ces panneaux nous proposent une expérience optique exactement opposée à celle que nous pourrions vivre, par exemple, devant les Nymphéas de Claude Monet conservés au musée de l’Orangerie. Placés à très courte distance des Nymphéas, nous percevons une peinture abstraite composée de touches de couleur et ce n’est qu’en nous éloignant doucement que, progressivement, le sujet figuratif apparaît. Ici, vue de loin, l’image semble relever d’une abstraction basée sur la densité picturale et c’est en nous rapprochant que nous découvrons des formes bien concrètes. Encore nous faut-il faire travailler notre regard pour comprendre ce que les différentes couches superposées par l’artiste recèlent dans leur infinie variété.

Jean-Pierre Sergent travaille ses compositions par strates successives - sa technique, la sérigraphie, lui permet toutes les libertés à cet égard. Il devient alors évident que nous ne pouvons pas nous fier aux apparences, que, comme dans ces villes du Levant, dont les archéologues nous ont montré qu’elles avaient été construites les unes sur les autres au fil des siècles, une forme en dissimule (et, finalement, en révèle) toujours une ou plusieurs autres dans un foisonnement inattendu. Cette exploration ne se limite pas à nous réserver des surprises, elle constitue une réelle initiation, un parcours destiné à nous rapprocher du peintre en tant que passeur, à tutoyer les mystères de sa création, à partager des pans de son univers.

La confrontation, le télescopage - ou bien plutôt le dialogue - d’éléments symboliques issus de cultures différentes, réalisés à des périodes parfois fort éloignées l’une de l’autre, surprend notre œil fort peu habitué à une telle diversité. Il nous faut faire un effort pour que se tissent des liens dont la logique ne s’impose pas spontanément à nous, mais qui aboutissent pourtant à une réelle cohérence. 

La « forêt de symboles » (le mot est de Baudelaire évoquant la Nature que, cependant, ce dandy urbain ne goûtait guère) dans laquelle nous pénétrons traduit par sa densité toutes les préoccupations de l’Homme depuis qu’il prit conscience de son existence et s’interrogea sur la place qu’il occupait dans l’univers : fertilité, beauté, plaisir, cycles de vie, souffrance, peur de l’inconnu, finitude (donc mort), nécessité, tentation ou illusion du ciel. Sans oublier tous les rituels qui y sont attachés et agissent comme des rites de passage, lesquels se transmettent de générations en générations. Le profane et le sacré, ici, voisinent ; ils se complètent au lieu de s’opposer.

Bien difficile, pour ceux qui ne se sont pas affranchis de leur schéma habituel, de leurs échelles de valeurs arbitraires, d’accepter que profane et sacré cohabitent au sein de ces panneaux en dehors du rapport hiérarchique classique, le premier étant supposé vil et le second noble. Que des symboles sacrés se superposent à des scènes d’un érotisme puissant rehaussé de textes crus (l’art échappe à la notion moralisatrice de pornographie) issus de Hantai japonais, voilà qui choque l’esprit conservateur sans doute, mais aussi celui supposé progressiste que Philippe Muray nommait homo festivus, ouvert à tout divertissement proposé, officiellement libre, mais en réalité très encadré par une bien-pensance rapidement pudibonde.

Pourtant, en organisant cette cohabitation, Jean-Pierre Sergent ne fait que se rapprocher des rituels de fécondité omniprésents dans les cultures premières, mais aussi dans l’hindouisme, à travers la déesse de la fertilité Lajja Gauri qui, cuisses écartées, expose un sexe largement ouvert, et la Grèce antique avec la figure emblématique de Baubo - deux représentations symboliques du Féminin qui rappellent furieusement L’Origine du monde de Gustave Courbet.

Que l’on ne s’y trompe pas, chez Jean-Pierre Sergent, l’érotisation ne se confond pas avec le libertinage ; elle fait appel à des énergies vitales qui se situent sur un plan très éloigné de ce degré zéro du corps que serait l’obscénité. Sexualité et spiritualités ont toujours été liées dans les sociétés anciennes, comme le corps au cosmos, le plus souvent au rythme des saisons, jusqu’à ce que le courant de pensée orienté vers l’idéal ascétique (religions abrahamiques, platonicisme) ne viennent les opposer, réduisant la spiritualité au respect de quelques dogmes et tabous. La « moraline » que dénonçait Nietzsche, cette morale doloriste située en dehors de l’éthique et que Paul Valéry définissait comme l’obligation de faire ce qui est désagréable et l’interdiction de faire ce qui est agréable, a rompu ce lien entre sexualité et spiritualité que l’artiste s’emploie avec brio à retisser. Travail de Titan bien plus que de dentelière ! Mais il est ici dans son rôle légitime, car l’art échappe au droit commun. Promoteur de la liberté de création et de l’autonomisation de l’art, Baudelaire, en préparant sa défense lors du procès des Fleurs du Mal, l’avait écrit à son avocat dans une formule restée célèbre : « Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir. Mais il y a la morale des arts. Celle-ci est tout autre, et, depuis le commencement du monde, les arts l’ont bien prouvé. Il y a aussi plusieurs sortes de libertés. Il y a la liberté pour le génie et il y a une liberté très restreinte pour les polissons. » Lorsqu’ils créent, les artistes ne sont pas des polissons...

En puisant ses sources dans ces cultures méconnues ou oubliées, Jean-Pierre Sergent les fait connaître et les ravive. « Tant qu’on en parle, elles ne disparaissent pas », écrit-il. Voilà qui rappelle l’un des ressorts narratifs que Jean Ray avait introduit dans son roman Malpertuis : les dieux de l’Olympe sont appelés à s’estomper jusqu’à la transparence dès lors que l’on ne parle plus d’eux... L’œuvre du peintre, par sa dimension métaphysique, invite à la contemplation, à la méditation. Mais elle propose aussi au regardeur une forme inattendue de fusion avec elle-même, dans la mesure où le support de Plexiglas permet au spectateur de voir son reflet inclus dans les méandres graphiques, comme si l’ultime strate de la composition dépendait de lui.

« On entend par artiste toute personne qui crée ou participe par son interprétation à la création ou à la recréation d’œuvres d’art, qui considère sa création artistique comme un élément essentiel de sa vie, qui, ainsi, contribue au développement de l’art et de la culture, qui est reconnue ou cherche à être reconnue en tant qu’artiste, qu’elle soit liée ou non par une relation de travail ou d’association quelconque. » (Recommandation relative à la condition d’artiste, 27 octobre 1980.)

2 « Dieu dit : " Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre." Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : "Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre." Dieu dit encore : "Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture. Aux bêtes sauvages, aux oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte." Et ce fut ainsi. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le sixième jour. » Genèse I, 26-31.


PAR MARIE-MADELEINE VARET : LES QUATRE PILIERS DU CIEL !

Récemment rénové, le MBAA de Besançon, l'un des plus anciens Musées publics de France, accueille l'installation éponyme de l'artiste Jean-Pierre Sergent.

Déployant ses ailes aux quatre angles de l'escalier monumental, cette « œuvre-monde », dans sa démesure même, justifie l'ambition de son intitulé : hymne à la Joie, célébration de l'élan vital, intrication des forces cosmiques où se dissolvent toutes contraintes spatio-temporelles… une œuvre qui réunirait l’ensemble des qualités de l’excès (la quantité, la longueur, les détours et l’expansion) et qui parviendrait ainsi à donner au monde une identité fictive. Pouvoir inouï de la densité matérielle… Foisonnement des formes. Compacité, intensité, masse, poids, profusion sont justement les marques distinctives de l’« œuvre-monde » de JPS. Ici se joue le spectacle exaltant d'une odyssée première, celle d'un artiste s'astreignant à des commencements nouveaux.

Anthropologue de la conscience humaine, JPS poursuit inlassablement sa quête du vivant au travers des explorations de la transversalité entre les cultures et les époques. Chamane des temps modernes s'interrogeant sur ce difficile équilibre entre ordre et désordre qui régit le monde, l'artiste est aussi un témoin et un donneur d'alerte sur l'état de nos sociétés. Les œuvres présentées au MBAA sont, dans leur grande majorité, extraites de la série des Suites entropiques, une thématique récurrente chez JPS, pour qui l'idée d’entropie ou de désordre croissant traverse l’ensemble de l'œuvre. Dans le domaine de l'art, le désordre (ou entropie) ne réduit pas la quantité d'information transmise, mais au contraire - par son caractère imprévisible – l'augmente. 

Chaos et Cosmos : Genèse ! La première entité à s’extirper du Chaos et à se constituer en dehors de lui apporte précisément fermeté, stabilité et fixité : il s’agit de Gaia, la Terre. Aussitôt après elle émerge du Chaos Éros, l’Amour. Cet Éros primordial incarne une force cosmogonique de création, d'engendrement et de renouvellement. Le travail de JPS célèbre cette épiphanie.

Étrange et mystérieux métier que celui de peintre. La guerre gronde aux portes de l’Europe, les glaciers fondent, la marchandisation du monde et le règne de la technique étendent leur emprise. L'atelier, dernière enclave échappant encore à l’ordre économique. Persistance à vouloir, en ce siècle de zapping, d’excès et de folies, « équilibrer des formes et des couleurs jusqu’à ce qu’elles sonnent juste. » (E.H. Gombrich). Peut-on, aujourd’hui, être moderne en s’adonnant à la peinture ? À condition que la genèse du tableau se fasse intérieurement. Qu’elle soit inspirée. Les arts visuels existent avant tout pour communiquer l’indicible. Pour nous transmettre, nous révéler ce que les mots ne peuvent exprimer. C'est ce dont témoigne, éminemment, l'œuvre de JPS.

Polymorphe, polygraphique, polysémique, polyphonique… l'œuvre, sensorielle autant que sensuelle, est saturée par des ingrédients visuels et sonores, des espaces mythiques et métaphoriques qui en démultiplient les résonances et la dotent d'une polyphonie réfractaire à toute lecture linéaire : à la recherche du secret de l'acte créatif, elle emprunte les voies d'accès les plus ardues des mythes, récits sacrés, cosmogonie … côtoyant thèmes profanes, érotiques, pornographiques… avec un égal brio. S'y trouve ainsi restituée la force d'évocation, la capacité de dévoilement, l'énergie intérieure de la contemplation. Comment ne pas évoquer ici un événement artistique majeur dans la carrière de JPS ? La réalisation de l'environnement scénographique de La Traviata, opéra de Giuseppe Verdi, mise en scène par Didier Brunel, directeur de l'Opéra Théâtre de Besançon. Cette implantation de Mayan Diary, installation murale monumentale de 18 peintures sur Plexiglas de 3,15 x 6,30 m, réalisées à New York entre 2001 et 2003, est un travail de récupération, de superposition et d'accumulation d'images. « L'iconographie de ces fusion paintings est largement inspirée des cultures précolombiennes Aztèque et Maya, du chamanisme, des cycles de vie et du momentum cosmique. Le langage pictural se présente comme un lieu de rencontre iconographique d'éléments oniriques transtemporels et transculturels d'archétypes puisés dans l'inconscient et l'imaginaire collectifs … Créer une dynamique, un choc visuel, émotionnel et esthétique entre deux formes d'art. Confronter celles-ci, provoquer la rencontre entre deux langages issus d'époques différentes et constater leur contemporanéité... ».

Dans l'œuvre de Jean-Pierre Sergent, le metteur en scène confie « avoir retrouvé tous les éléments constitutifs de son regard sur La Traviata  : dans son installation murale, il est essentiel que le spectateur « entre » dans l'œuvre par le jeu du reflet sur le Plexiglas, comme il entre dans l'histoire et comme la musique entre en lui. La superposition, la fragmentation, la juxtaposition, l'image érotique confrontée aux racines de sociétés tribales évoquent le microcosme d'une jet-set volatile qui enferme La Traviata. Transgressant les règles (elle passe du libertinage à l'amour) elle s'exclut elle-même de sa tribu. »

Les quatre Piliers du Ciel, tels La Colonne sans fin de Brancusi, ou encore La Porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti… ces œuvres appartiennent à un ordre supérieur, transcendant, où se dépassent les limites de l'expérience possible.

« Entrez et méditez, vous serez entraînés en un éclair dans la lumière divine. La porte de la transformation vous est alors ouverte, à vous de savoir la saisir. »*  

* Le Grand Livre de l'Ayurveda, Christine Chandrika Blin


VOYAGE AU BOUT DU POSSIBLE DE L'HOMME : LA QUESTION DE L'ÉROTISME ET DE L'EXTASE DANS L'ŒUVRE PEINTE DE JEAN-PIERRE SERGENT PAR PIERRE BONGIOVANNI JANVIER 2020

 

Nos expériences visent à une insubordination générale, un rejet de tous les asservissements et prisons de l’être, et s’incarnent à la fois dans les effusions de l’extase, l’érotisme, l’ivresse, le sacré, le sacrifice, la tragédie, le rire, la danse, la poésie, l’art.

Georges Bataille, L’Expérience intérieure (1943)


      Les mots de Georges Bataille (les effusions de l’extase, l’érotisme, l’ivresse, le sacré, le sacrifice, la tragédie, ...) semblent ne pouvoir appartenir qu’à l’univers littéraire, tellement leur emploi dans l'ordinaire des jours parait déplacé, lorsqu’ils ne sont pas conviés uniquement pour agrémenter des propos dépourvus de nécessité intérieure.

Il se trouve que ces mots sont aussi ceux de Jean-Pierre Sergent.

       Prononcés dans l’espace protégé de son atelier de Besançon, ces mots sont chez eux, presque assignés à résidence. Il faut dire que pour lui le monde entier se condense là, protégé par une garde prétorienne composée de livres de philosophies et des sagesses du monde, d’objets, de fétiches, de messages, de photographies, de traces, de fragments, d’éclats de ses vies antérieures.

Ce peuple de mots, de formes, de liens constitue l’épiderme d’un corps dont les cellules sont les œuvres, présentes par centaines.

Ce corps complice d’un cerveau oscillant en permanence entre souffrance et ivresse, l’une engendrant l’autre sans répit.

      Lorsqu’il évoque l’extase Jean-Pierre Sergent se souvient sans doute des mots de Maurice Blanchot : on ne peut écrire ce mot (extase) qu’en le mettant précautionneusement entre guillemets, parce que personne ne peut savoir de quoi il s’agit et d’abord si elle a jamais eu lieu : dépassant le savoir, impliquant le non-savoir, elle se refuse a être affirmée autrement que par des mots aléatoires qui ne sauraient la garantir.*

     Jean-Pierre Sergent célèbre le corps qui exulte, l’énergie vitale, la transe et la volupté tout en connaissant parfaitement l’impossibilité de les représenter vraiment autrement que comme des "états de présence". Ses œuvres sont ce qui reste de cette vaine tentative.

      Lors de ses voyages, il a pu expérimenter** les transes chamaniques, la possibilité de vivre en liberté au milieu d’êtres joyeusement désespérés (lors de son long et fécond séjour à New-York) avant de s’en retourner (en 2004) aux langueurs provinciales d’une France encombrée, ad nauseam, d’elle même.

     C’est la raison pour laquelle son atelier est beaucoup plus qu’un refuge, c’est l’antre d’un alchimiste fomentant des attentats poétiques, des insurrections solitaires ou la chapelle ardente d’un moine défroqué incapable de renoncer au souffle incendiaire de l’utopie qui consiste à percer LE mystère.

     Ses peintures érotiques ne cherchent pas à provoquer. Elles évoquent sa jouissance, naïve et sereine, à danser avec elles. La morale, comme les codes de la bienséance en art sont pour lui des concepts abstraits et incompréhensibles : il parvient à en rire, comme rient les fauvettes à col noir, c’est-à-dire «en dedans» pour cacher la tristesse.

Tristesse née, pour lui, d’une nostalgie sans fond, comme celle qui a dû submerger Antoine se refusant aux délices et sortilèges de la Reine de Saba : si tu posais ton doigt sur mon épaule ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t’emplira d’une joie plus véhémente que la conquête d’un empire. Avance tes lèvres ! mes baisers ont le goût d’un fruit qui se fondrait dans ton cœur ! Ah ! comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t’ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon... " (Gustave Flaubert, «la tentation de Saint Antoine»).

     Il faut avoir, au moins une fois, chevauché à cru un cheval fougueux, naseaux frémissants, croupe flamboyante, muscles dantesques, yeux exorbités, sexe dément, pour comprendre ce besoin de dire sans cesse la puissance de la bête au galop, la montée du désir, la raison incendiée...

Et Jean-Pierre Sergent fut éleveur de chevaux !

     Amoureux inconditionnel des femmes réfractaires (Hildegarde de Bigen, Isabelle Eberhardt***, Alexandra David Neel) il tente d’en célébrer la beauté, l’autonomie et la gloire jusque dans le don et l’abandon de soi. Cela produit bien sûr des malentendus en série tant le sujet est devenu impraticable : comment accepter, par exemple, qu’un homme célèbre une femme au motif de la jouissance et de l’extase si l’on oublie que cette dernière implique "un abandon vécu en commun".****

     Son amie et philosophe Marie-Madeleine Varet, ne s’y trompe pas quand elle rappelle que le travail de Jean-Pierre Sergent incarne et illustre magistralement cette intuition originelle : lorsque les contraires s’unissent, le déséquilibre, la tension qui fait naître les êtres, disparaît, et l’expérience du plaisir, de la joie en résulte. (...) C’est seulement dans le bref instant où deux êtres en deviennent un seul, où le désir est pacifié, qu’un fragment du bonheur est ressenti. (...) L’acte sexuel est donc le plus important des rites et, accompli comme un rite, est le moyen le plus efficace de participer à l’œuvre cosmique.

     Si l’écriture permet de dire ce que la vie sociale quotidienne réprouve, retient, repousse, retarde, la peinture de Jean-Pierre Sergent elle, empoigne ces interdits et les étale sans malice sur les papiers et supports divers qu’il expérimente avec délectation.

On comprend alors que pour lui, minéral, végétal et organique ne font qu’un.

Que toutes les couleurs du spectre participent de la même fièvre.

Que toutes les émotions, de la naissance à la mort, procèdent du même souffle.

Que tous les mots de tous les livres ne sont que des ébauches impuissantes à proclamer la beauté.

Que la seule quête radicale est celle de l’harmonie avec la nature.

Que les peintures préhistoriques sont des peintures matricielles.

Que le rire est la droiture absolue.

Qu’il faudrait que notre époque cesse de déraisonner pour résonner vraiment.

Et qu’au delà des fins dernières de Tout, y compris la fin de l’art, tout reste possible.

* Maurice Blanchot, «la communauté inavouable»
** Georges Bataille encore : "J’appelle expérience un voyage au bout du possible de l’homme. Chacun peut ne pas faire ce voyage, mais, s’il le fait, cela suppose niées les autorités, les valeurs existantes que limitent le possible."
***Le général Lyautey qui appréciait sa compréhension de l’Afrique et son sens de la liberté, disait d’elle : "elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal !"
**** Maurice Blanchot, "Un abandon vécu en commun jusqu'à l'extase qui dépasse l'angoisse de la séparation ou de l'aggrégation"


LES VIDÉOS

03 novembre 2019 | Durée : 3:29 | Interview avec le journaliste Jean-Luc Gantner

JEAN-PIERRE SERGENT INTERVIEWED BY FR3 19/20 FRANCHE-COMTE TV FOR HIS EXHIBITION AT THE MBAA OF BESANÇON


Quelques mots au sujet de l'exposition Jean-Pierre Sergent Les quatre piliers du ciel en 90s
Durée : 1:30 | 10 novembre 2019 | L'Est Républicain au MBAA lors de l'entretien avec Mme Catherine Chaillet

A few words about Jean-Pierre Sergent's exhibition 4 PILLARS OF THE SKY in 90s

Durée : 3:47 | 10 novembre 2019


 
Durée 3:30 | 16 novembre 2019

Jean-Pierre Sergent, DISCOURS DU VERNISSAGE DE L'EXPOSITION "LES 4 PILIERS DU CIEL" | MBAA | BESANÇON | 16 NOVEMBRE 2019

27 janvier 2020 | Durée : 2:18 | Musée des Beaux-Arts & d'Archéologie | Besançon | France

INTERVIEW WITH J-P SERGENT FOR THE DIVERSION MAGAZINE | MBAA | 18.12.2019


PRESS ARTICLES

ARTICLE DANS LE BVV BESANÇON : SERGENT PAINTER |  no  427 DECEMBRE 2019-JANVIER 2020

ARTICLE DANS LE BVV BESANÇON MAGAZINE : SERGENT PAINTER | no 427 DECEMBRE 2019-JANVIER 2020


Article Thomas Comte

EXPOSITION AU MBAA DE BESANÇON "LES QUATRES PILIERS DU CIEL"

Article par Thomas Comte pour La presse Bisontine, December 2019



Jean-Pierre Sergent signe les quatre piliers du ciel

Article de Catherine Chaillet pour l'Est Républicain, Besançon le 4 novembre 2019


LES HUIT INSTALLATIONS MURALES AUX QUATRE COINS

Jean-Pierre Sergent, Installation Musée des Beaux-Arts de Besançon, coin nord est

Jean-Pierre Sergent, Installation Musée des Beaux-Arts de Besançon, coin nord ouest

 


Jean-Pierre Sergent, Installation Musée des Beaux-Arts de Besançon, coin sud est



Jean-Pierre Sergent, Installation Musée des Beaux-Arts de Besançon, coin sud est


VISUELS DES ŒUVRES D'ART EXPOSÉES : LES HUIT MURS


VISUELS DES ŒUVRES D'ART EXPOSÉES : LES SOIXANTE-DOUZE PEINTURES


PHOTOS DE L'INSTALLATION DES PANNEAUX EN BOIS, DES ŒUVRES D'ART (11, 12, 26 & 27 septembre 2019) & DE DU VERNISSAGE LE 16 NOVEMBRE

Avec l'aide des techniciens du musée, Jean-François Delamain, la plupart des photos sont de Christine Chatelet & Lionel Georges. Soirée d'ouverture filmée par Jean-François Delamain


L'EMBALLAGE DES ŒUVRES D'ART DANS L'ATELIER