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Jean-Pierre Sergent

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Notes Besançon - 2021-présent

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Notes Besançon (2021-présent)

Les Notes sont des petits extraits de pensées, des citations d'auteurs lus, des témoignages d'expériences vécues ou des rêves et des transes initiatiques advenus durant mon cheminement artistique et spirituel.
NB :
Les titres d'expositions sont écrits en caractères majuscule et les textes trouvés ou écrits en anglais sont présentés en anglais puis traduits parfois en dessous en français.


Voici 2 citations de Maurice Maeterlinck dans son livre : Le trésor des humbles, qui me plaisent beaucoup et me font réfléchir à la façon dont le public appréhende, ou n’appréhende plus l’Art et mon travail en particulier et c’est sans doute par manque d’âme tout simplement ! : 

"Ce que nous savons de l’Ancienne Egypte permet de supposer qu’elle traversa l’une de ces périodes spirituelles. A une époque très reculée de l’histoire de l’Inde, l’âme doit s’être approchée de la surface de la vie jusqu’à un point qu’elle n’atteignit jamais plus ; et les restes ou les souvenirs de sa présence presque immédiate y produisent encore aujourd’hui d’étranges phénomènes. Il y a bien d'autres moments du même genre où l’élément spirituel paraît lutter au fond de l’humanité comme un noyé qui se débat sous les eaux d’un grand fleuve. Rappelez-vous la Perse, par exemple, Alexandrie et les deux siècles mystiques du Moyen Age.
En revanche, il y a des siècles parfaits où l’intelligence et la beauté règnent très purement, mais où l'âme ne se montre point. Ainsi, elle est très loin de la Grèce et de Rome, du XVIIe et du XVIIIe siècle français. On ne sait pas pourquoi, mais quelque chose n’est pas là ; des communications secrètes sont coupées, et la beauté ferme les yeux. Il est bien difficile d’exprimer ceci par des mots et de dire pour quelles raisons l’atmosphère de divinité et de fatalité qui entoure les drames grecs ne semble pas l’atmosphère véritable de l’âme. […]
Il y a vraiment des siècles où l’âme se rendort et où personne s’en inquiète plus." Le réveil de l’âme, Le trésor des humbles, Maurice Maeterlinck

Art hindou : importance de la mise en image, de la mise en lumière et de l'illustration des combats vrais et essentiels de la vie ; de leurs violences crues et vivifiantes, ainsi que les forces incompressibles et incommensurables de cette vie, de la Nature, de la sexualité et des Dieux-Déesses tutélaires afin qu'ils puissent surgir, apparaître et guider notre inconscient. (iconographie encore un peu présente par bribes, au moyen âge européen.)

100% EROTICA

Objectifier, chosifier, réifier et dépersonnaliser outrageusement et complètement le corps de la femme afin qu'avec l'extase sexuelle, l'orgasme, le climax ; il puisse finalement réintégrer l'intangible, l'inatteignable, le transcendant, l'intemporel, l'indicible, le divin.

"Tout dans l'Art est devenu une affaire. Il faut distinguer les arts : par exemple, le cinéma est l'Art le plus populaire. C'est la plus prostituée des manifestations culturelles. On l'appelle même une industrie. Une industrie qui sert à nous amuser, pour passer le temps, pour rester tels que nous sommes, au même degré culturel confortable.    
Les gens vont sortir de cette crise par la peur qu'ils en ont. Ils ont perdu le sens de la vie et n'ont aucune consolation, ni politique, ni religieuse, ni philosophique. Nous sommes dans une nudité totale où notre unique espoir, la science, fait peur. L'intelligence artificielle et la physique quantique changent notre perception du monde : nous ne savons plus où nous sommes nés.   
L'art a toujours cherché à dépasser les limites. Mais aujourd'hui, nous ne nous exprimons pas. Esclaves absolus d'une économie qui nous assassine en ce qu'elle détruit la planète, nous sommes au bord d'une catastrophe climatique et de la perte absolue des valeurs humaines.  
Le but de l'art actuel est le développement de la conscience et de la liberté. Être libre c'est connaître réellement et en finir avec les préjugés quels qu'ils soient. Nous nous sommes trompés : la politique, la religion, l'économie se sont trompées. Il nous faut être courageux et faire face à la catastrophe culturelle.        
La vulgarité a gagné et la démocratie est en ruines, pourquoi ? Parce que le grand nombre a choisi des monstres et s'en plaint après. Mais c'est nous qui avons choisi cette catastrophe en donnant la parole à des immatures qui ne travaillent pas sur eux-mêmes.        
L'Art doit se proposer de guérir l'humanité et pas seulement de s'amuser. Et puis, on s'amuse toujours plus en faisant ce qu'on est réellement."    
Alejandro Jodorowksy, France Culture, Affaire en cours, le 21 janvier 2021

"La cathédrale Notre-Dame de Paris est un être, un film est un être, un tableau c'est un être et nous autres artistes, nous révélons l'être, c'est ça que je pense."  

"Je dis aux artistes : arrête de gagner ta vie avec ton art, gagne ta vie avec quelque chose et fait l'Art sans penser au fruit de l'œuvre, sans penser à devenir riche ou de vivre de ça, fait le ! Fait l'œuvre, ne te vends pas s'il te plaît !" Alejandro Jodorowksy, France Culture, Ping Pong, le 19 mars 2017 

"La grande ambition de Courbet telle qu’il l’a décrite, c’était de faire de 'l’art vivant'. Il s’agissait de peindre la société de son temps, avec les problématiques de son temps. D’être au plus près de la vie, finalement. Et qu’est-ce qu’il y a de plus près de la vie que la représentation d’un sexe de femme ? Il adore relever tous les défis, y compris celui de représenter le nu féminin par excellence, celui qu’on n’a jamais vu avant lui et qu’on ne verra plus jamais après." Isolde Pludermacher, A l’origine de "L'Origine du monde" : montrer un vrai sexe, un acte politique, France Culture, 25/01/2021

Causa sui : cause ultime

Sans le désir, nous n'avons aucune existence légitime, n'en déplaise aux amis bouddhistes !

Indulgence (catholicisme) : Dans l'Église catholique romaine, l’indulgence (du latin indulgere, « accorder ») est la rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle parfois nommée pénitence encourue en raison d'un péché déjà pardonné. (Wiki) 

À PROPOS DES RITUELS FUNÉRAIRES CHAMANIQUES 

"Tout comme la richesse de cette sépulture pour l’époque considérée. Au début du XXe siècle, la fosse funéraire avait en effet été retrouvée entièrement tapissée d’ocre rouge, et constituait même une double sépulture. La "chamane", une femme âgée de 25 à 35 ans, était enterrée en position assise, un jeune enfant de 4 à 6 mois placé entre ses jambes. Son corps avait été retrouvé enseveli sous une invraisemblable accumulation d’objets, allant d’une trentaine de pointes de flèches en silex conservées dans un os long de grue utilisé comme étui, à une centaine de restes osseux de cerfs rouges, une cinquantaine de pendentifs en dents d’aurochs, de bisons des steppes, de chevreuil, de sanglier, de castor et 65 fragments de carapaces de tortues d’eau douce! Plusieurs sortes de bivalves parmi lesquels des moules et des coquilles d’huitres perlières faisaient également partie des offrandes." Le dernier secret de la Chamane de Bad Dürrenberg, Science et avenir, 8 février 2021

"Le "primitif", c’est l’autre, et c’est ce que nous étions peut-être avant de devenir ce que nous sommes désormais. C’est le contraire du moderne. C’est celui qui n’est pas passé par tous les stades de l’évolution qui ont été ceux de l’Europe Occidentale." Philippe Dagen

"Je cite toutes les prescriptions normatives séculaires de l’art occidental en les contrecarrant minutieusement." Pablo Picasso

À propos du flux d'images narratives incessant et ininterrompu présentes dans mon travail :

"Le récit nous est aussi indispensable pour vivre que l’air pour respirer. Ce n’est pas un divertissement mais notre manière même de penser. Pas d’histoire, pas d’humanité. Je raconte donc je suis. Tel est l’enseignement d’Aristote et… des neurosciences.
Les dernières découvertes de la neuropsychologie ont montré qu’une fonction maîtresse du cerveau est la narration : « The mind is a storyteller. »
"Au lieu d’enregistrer tout ce qui passe, sur la base d’une logique qui serait celle du ‘premier entrant, premier servi’, notre cerveau nous donne le rôle du protagoniste ; à partir de là il organise notre expérience avec la précision d’un film de cinéma, créant des interactions logiques, et utilisant pour anticiper le futur des connections entre les différentes formes de notre mémoire, les idées et les événements." Le but du cerveau, selon les neurosciences, est donc d’utiliser notre expérience sous forme de récit et nous permettre de nous orienter dans un monde complexe d’informations. Comment le cerveau raconte : le récit comme voyage intérieur, Emmanuel tourpe

Accumulation de symboles. 

QUELQUES EXTRAITS ET AU SUJET DES LIVRES D'ALEXANDRA DAVID-NÉEL

"Ces moines ne vaincront pas la mort, parce qu’ils croient à la mort."

Il en est de même pour l'Art : pour vaincre en Art, il ne faut plus jamais croire en lui !

"La mort, il faut s'y plonger, la regarder faire son œuvre de destruction et la nier. Chaque atome de matière qu’elle détruit, il faut le transformer en énergie mille fois et cent mille fois plus vivante que la substance qui disparaît. La vie est une force subtile. Les formes grossières que nous appelons des êtres et des choses ne sont que des apparences illusoires imaginées par des aveugles qui ne perçoivent de la réalité que des ombres déformées."

"La voie qui mène à l’immortalité. Je te l'ai dit, est toute autre. Il faut dissoudre entièrement le périssable, l’annihiler, pour en dégager l’indestructible énergie et, cela, je doute qu’aucun de ces sorciers ose le tenter." 
Magie d’amour et magie noire

"C’est dans ces moments d’insouciance ou l’homme vit comme la plante, inconscient des forces dont il est le produit, que les effets d’actions passées se manifestent, parfois, et transforment son existence.
Comme un fétu de paille arraché, par l’ouragan, au sillon au fond duquel il reposait va s’accrocher aux épines d’un buisson, retombe parmi l’herbe d’une prairie ou disparaît englouti dans les eaux écumantes d’un torrent, ainsi la rencontre des fruits d’actes anciens ou leur maturité déclenche autour de nous des bourrasques soudaines qui nous projettent, hors des routes que nous croyions nôtres, vers un destin inattendu." Le Lama au cinq sagesses, Alexandra David-Néel

"Une âme, ça n'existe pas chez les bouddhiste. Une personnalité, pour les bouddhistes, c'est un amalgame, une composition de différentes choses : des idées, des sensations, etc." Alexandra David-Neel, France Culture

Interview INA, L'Homme contre la nature par André Leroi-Gourhan, 1970 :

André Leroi-Gourhan : "Nous aurons consommé notre monde avant d'avoir changé d’espèce humaine.

- Et l'Homme a combien de temps à vivre encore de cette manière ?

- ALG : On peut faire une extrapolation biologique et dire que si nous continuons d'évoluer à la vitesse à laquelle ont évolué nos ancêtres, il y a plusieurs dizaines de milliers d'années avant que nous soyons autre chose que l'Homo sapiens, mais dans ce champ de plusieurs dizaines de milliers d'années tout peut arriver du jour au lendemain ou d'une seconde à l'autre.

- Vous faites allusion à la bombe atomique ou hydrogène ?

- ALG : Je fais allusion, pas spécialement à la bombe atomique, mais à tout ce qui... nous aurons consommé notre monde avant d'avoir changé d’espèce humaine.

- Mais où va l’Homme, l’Homo sapiens, comme animal pensant si vous voulez alors ?

- ALG : Comme animal pensant...comme animal tout court, il a, s’il ne se casse pas trop vite, quelques dizaines de milliers d'années à vivre encore avant d'être un Homo super sapiens ou ultra sapiens, mais ce qui me frappe surtout moi c'est le fait que l'Homme se serve d'une machine qui a été conçue pour chasser le mammouth c'est-à-dire son propre corps. Nous avons le même corps que les derniers Néandertaliens pratiquement, et le même cerveau que les Hommes de Cro-Magnon, et nous avons vu se construire par accumulation de symboles tout le monde autour de nous, et tout le monde de la mécanique, tout le monde de l'industrie, et c'est le même Homme qui est actuellement dans les usines qui se trouvait au milieu des steppes au Paléolithique. Le contact entre l'Homme et la nature devient de plus en plus étroit et difficile. Le monde pour lequel nous avions participé pendant plusieurs dizaines de milliers d'années était un monde où la partie de la nature n'était pas une partie perdue, et où l'Homme jouait avec la nature sans la casser, or actuellement nous avons éloigné la nature des individus, il y a des millions d'Hommes qui vivent maintenant dans un monde totalement urbanisé et artificiel, et du même coup nous sommes en train de liquider les dernières girafes, les derniers éléphants, les derniers lions, les dernières baleines, et nous sommes en train de créer un monde qui sera un monde totalement dénué de ce qui faisait à mon sens l'équilibre des activités de l'Homme paléolithique.

- Est-ce-que vous pensez que l'Homme va s’évader de la Terre et qu’il est irrémédiablement condamné à le faire ?

- ALG : En tout cas la Terre n’en sera pas abandonnée pour autant. On a bien découvert l'Amérique sans quitter l'Europe."
 
Aujourd'hui, en février, c'est la saison des oranges sanguines, j'adore leur chaires juteuse, orange, sucrée et rouge à la sensualité incroyable… je me remémore alors mes voyages à Venise au temps du carnaval et Prévert : 

SANGUINE

"La fermeture éclair a glissé sur tes reins
et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
au beau milieu de l’ombre
a éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parquet ciré
n’a pas fait plus de bruit
qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
joli fruit
la pointe de ton sein
a tracé une nouvelle ligne de chance
dans le creux de ma main
Sanguine
joli fruit
Soleil de nuit."
Spectacle, Jacques Prévert

Il faut que mon art soit un peu intercesseur, ce n'est pas sa présence intrinsèque qui est véritablement importante, mais plutôt que mes œuvres agissent sur le spectateur qui les regardent, comme un déclencheur, un révélateur, une étincelle, une alchimie. Ou encore comme une porte, un lieu de passage, un trou de verre, pour ouvrir à de nouvelles voies sur et vers d'autres modes de pensée, d'autres mondes, d'autres désirs et d'autres univers. Un peu comme les stèle fausses-portes présentes dans toutes les tombes égyptiennes qui permettaient au 'Ba', le principe mobile l’âme du défunt, de voyager entre les mondes des vivants et des morts… Et comme en Art les toiles de Chagall nous font imaginer que l'on puisse aimer, copuler, voler et rêver en lévitation, donc hors gravitation et éternellement. Ou les peintures monochromes de Rothko, qui, par la prégnance des couleurs, nous font accéder directement à une espèce d'état de satori, d'illumination, recherché par tous les Bouddhistes Zens etc.

"La science et l'animisme s'entendent sur le fait que des blocs de glace peuvent être animés. Les icebergs ne sont pas de simples assemblages de cristaux de glace, plus ou moins arrondis, les uns sur les autres."
"Ils participent activement à la fabrication et au maintien de la vie sur la planète."
"Moins il y a de banquise et plus le lien entre les humains se casse. En ce sens, la banquise sert à relier les gens, elle remplit la fonction d'un pont."
"La glace est la plus forte. Il faut entretenir une juste distance à l'égard des glaces [...] Être discret, avoir du tact, c'est-à-dire, par exemple, ne pas regarder les glaciers dans les yeux la première fois qu'on les fréquente. Il faut en devenir le familier : l'approcher peu à peu, se faire accepter, savoir s'effacer, disparaître, réapparaître très doucement." Olivier Remaud, Une journée particulière, France Inter, 7 mars 2021

"Une âme, ça n'existe pas chez les bouddhistes. Une personnalité, pour les bouddhistes, c'est un amalgame, une composition de différentes choses : des idées, des sensations, etc." 
"Ceux qui ont compris la véritable nature du monde, qui ont saisi le sens profond de la pensée de Nāgārjuna "Comme des images vues en rêve, il regardent toutes choses." et c'est là le dernier mot de la philosophie tibétaine." Alexandra David-Neel, France Culture

"L’auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout et visible nulle part. L’Art étant une seconde nature, le créateur de cette nature-là doit agir par des procédés analogiques : que l’on sente dans tous les atomes, à tous les aspects, une impassibilité cachée et infinie."
"Tu me dis que les punaises de Kuchiouk-Hânem te la dégradent ; c’est là, moi, ce qui m’enchantait. Leur odeur nauséabonde se mêlait au parfum de sa peau ruisselante de santal. Je veux qu’il y ait une amertume à tout, un éternel coup de sifflet au milieu de nos triomphes et que la désolation même soit dans l’enthousiasme. Cela me rappelle Jaffa où, en entrant, je humais à la fois l’odeur des citronniers et celle des cadavres ; le cimetière défoncé laissait voir les squelettes à demi pourris, tandis que les arbustes verts balançaient au-dessus de nos têtes leurs fruits dorés. Ne sens-tu pas combien cette poésie est complète, et que c’est la grande synthèse ?"
"Toute la valeur de mon livre, s’il en a une, sera d’avoir su marcher droit sur un cheveu, suspendu entre le double abîme du lyrisme et du vulgaire (que je veux fondre dans une analyse narrative)." Flaubert, Lettres à Louise Colet

"La poésie née du christianisme, la poésie de notre temps est donc le drame ; le caractère du drame est le réel ; le réel résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le sublime et le grotesque, qui se croisent dans le drame, comme ils se croisent dans la vie et dans la création. Car la poésie vraie, la poésie complète, est dans l’harmonie des contraires." Préface de Cromwell, Victor Hugo

"Donner de la densité aux vides en matérialisant l'irréel, ouvrir des espaces denses en irréalisant le réel, car, les deux concepts de 'plein' et de 'vide' possèdent en Chine une extrême densité d'implications philosophiques." Notes #6 dans Récits d'une vie fugitive, Chen Fou

Aujourd'hui, les artistes confondent un peu l'Art avec le bricolage.

"Regarde ce spectacle ! Les carpes rouges qui bondissent au milieu des lotus en fleur, font penser à tes avant-bras teints de rouge qui s’agitent, cherchant à chasser les abeilles venues pour sucer le nectar de tes yeux, qu’elles prennent pour des iris bleus." Manimékhalaï ou le scandale de la vertu, Alain Daniélou
On dirait vraiment du Rimbaud d’il y a 2 000 ans, la poésie est vraiment éternelle !

"Danser dans les cordes, pour esquiver le dualisme de l’animalité comme bestialité inférieure et comme pureté supérieure. Pour ouvrir un espace encore inexploré : celui des mondes à inventer une fois qu’on est passé de l’autre côté. Les entrevoir, les donner à voir, grande respiration." […]
(La même chose est vraie pour l'Art)
"En toute rigueur, chaque animal ne voit pas, ne configure pas le monde depuis son esprit mais depuis son corps : c’est son corps avec ses puissances de sentir et de faire propre qui fonde sa perspective sur le monde. […]
"Le point de vue de chacun, alors, n'est pas “dans le corps” (comme un esprit), c'est le corps lui-même, rien d’autre que le corps, mais le corps épais d’ancestralités composées ensemble, qui interprètent le présent toujours à nouveaux frais." Manières d’être vivant, Baptiste Morizot  

"Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. 
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : - Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise." Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire 

DANCES, EROTIC IMAGES & PATTERNS

QUI SAUVA L'ÉLÉPHANT GADJENDRA DU CROCODILE ?

Extraits de : Les chemins du sacré, Frédéric Lenoire, Arte, mars 2021 :

Les tireurs à l'arc Kyodo au Japon : "Lorsque l'on atteint l'osmose entre son corps et l'arc on peut atteindre la cible comme il faut. Dans l'enseignement du Kyodo, il ne faut pas perdre de vue le vrai objectif, la technique est importante mais ce qui compte, c'est la recherche de soi. 
Ce n'est pas seulement prendre conscience de son être mais trouver l'équilibre entre son corps et son cœur. Il faut approfondir son soi et aller au delà de ses limites afin d'élargir son intérieur ; ainsi, chaque geste finira par contenir un sens. Il faut parvenir à unir son corps et son âme avec l' arc. A ce moment précis, ouvrir l'arc veut dire s'ouvrir soi-même, Quand on arme l'arc et qu'on atteint la cible, il ne faut pas se contenter de ce résultat, l'essentiel est au-delà. Nous changeons notre perception du monde à force de nous entrainer. Il s'agit de la recherche du sens de la vie. Il faut persévérer et l'on finit par atteindre la sagesse." 2/5, L'expérience de la sagesse

"Mon art est sacré parce qu'il ne peut pas être raconté sur un morceau de papier. Personne ne l'a jamais raconté ou documenté. Ma culture est dans mon cœur." Otto Jungarrayi Sims, membre de la communauté aborigène Warlpiri, Australie. 5/5, L'expérience de la beauté

"La conception d'un jardin zen nécessite à la fois la beauté et la spiritualité. Cette beauté ne peut être obtenue qu'une fois la spiritualité maîtrisée. Pour moi, le jardin zen, c'est le chemin vers le sacré." Shunmio Masuno, moine bouddhiste zen, Japon. 5/5, L'expérience de la beauté

Ma peinture est également un chemin vers la beauté et le sacré. JPS

"Si je m'arrête à considérer ce que l'éthique devrait être réellement, à supposer qu'une telle science existe, le résultat me semble tout à fait évident : rien de ce que nous pourrions jamais penser ou dire ne pourrait être cette chose, l'éthique ; nous ne pouvons pas écrire un livre scientifique qui traiterait d'un sujet intrinsèquement sublime et d'un niveau supérieur à tous les autres sujets : si un homme pouvait écrire un livre sur l'éthique qui fût réellement un livre sur l'éthique, ce livre, comme une explosion, anéantirait tous les autres livres de ce monde. Nos mots, tels que nous les employons en science, sont des vaisseaux qui ne sont capables que de contenir et de transmettre signification et sens - signification et sens naturels. L'éthique, si elle existe, est surnaturelle, alors que nos mots ne veulent exprimer que des faits.Tout ce à quoi tendent tous les hommes qui ont une fois essayé d'écrire ou de parler sur l'éthique ou la religion - c'est d'affronter les bornes du langage." Ludwig Wittgenstein. 

Ma peinture est libératrice au même titre que le reggae était libérateur pour Bob Marley. Libératrice du corps, des pensées et des dogmes établis ; mais aussi et bien sûr, de l'Histoire de l'Art occidentale et de l'Art contemporain.

L'érotisme est quelque chose qui se partage et qui est construit culturellement par l'ensemble d'une communauté humaine.

"I love the round, the curves, the undulation, the world is round …"
"J'aime le rond, les courbes, l'ondulation, le monde est rond..." Niki de Saint Phalle

Peut-être que l'Art est devenu, aujourd'hui plus qu'à aucune autres époques, le seul moyen de survivance pour préserver les traditions et cultures ancestrales ? Preuve à l'appui, les cultures aborigènes australiennes qui semblent ne pouvoir survivre, principalement, qu'en permettant aux aborigènes de devenir artistes uniquement : comme le dit cette peintre Rhoda Titayi : "Nous avons tous dessiné. Nous avons une exposition à venir qui s'appelle Milpatjunanyi, c'est la pratique du dessin dans le sable. C'est ainsi que j'ai appris à dessiner mes Tjukurpa (histoires culturelles), c'est ainsi que nous avons tous appris à dessiner."
Et qui peint, aujourd'hui, ces étonnantes histoires personnelles, ses rêves et ceux de sa tribu, non plus traditionnellement sur du sable, des rochers ou des écorces et en pleine nature, mais sur du papier et sur de la toile dans le hangar industriel du collectif d'artistes APY Art Center ?
Faut-il que tous les chamans véritables deviennent des artistes afin de survivre et d'espérer s'intégrer à la société de consommation ? Arrivons-nous à ce moment pré-apocalyptique où la seule culture qui survivra, sera celle qui pourra être formatée et vendue ? 
Grande et importante question ? Progrès ou désillusion ?

Extracts of article: 30,000 years of modern art
Monet and Picasso get the credit for ending art's obsession with realism and classical beauty. But they had some powerful allies - the cave painters of the stone age. Jonathan Jones reports

"According to the aesthetic values that dominated European high culture in the 15th to 19th centuries, the flat, forcefully drawn, overlapping shapes in caves could not be art, or could only be the childish art of the untrained. They were not accomplished. 
"In the work of the school we are now considering, we find a harshness in the juxtaposition of tints, a crudeness of local colouring, a heaviness of hand, what seems a studied avoidance of delicate workmanship, and in short, what in France would be called a franchise naïve et brutale [a naive and brutal freedom]", wrote an English critic of the impressionists in 1874. This language of disruption, brutality, primitive coarseness would be levelled at every modern art movement in turn. And the shattering of aesthetic rules must have made the images that began to be noticed in caves at this time recognisable, intriguing. If Monet was a painter, perhaps so were the early humans of 12,000 years ago. 
Western art in the mid-19th century saw itself as the latest chapter in an unbroken story, from the Greek and Roman world via the Renaissance. The discovery of stone age art, contemporary with a new availability of examples of tribal and "primitive" art in an age of empire, offered a way out of this closed history. There is no way of connecting stone age art to ourselves through narrative - only by analogy."
Exhibition Prehistory: Objects of Power is at the British Museum, London

Extraits de l'article : 30 000 ans d'art moderne
Monet et Picasso ont le mérite d'avoir mis fin à l'obsession de l'Art pour le réalisme et la beauté classique. Mais ils avaient de puissants alliés : les peintres rupestres de l'âge de pierre. 

"Selon les valeurs esthétiques qui ont dominé la haute culture européenne du XVe au XIXe siècle, les formes plates, dessinées avec force et se chevauchant dans les grottes ne pouvaient pas être de l'Art, ou seulement l'art enfantin de personnes non formées. Elles n'étaient pas accomplies. 
"Dans l'œuvre de l'école que nous considérons maintenant, nous trouvons une dureté dans la juxtaposition des teintes, une crudité de la coloration locale, une lourdeur de main, ce qui semble être un évitement étudié du travail délicat et en bref, ce qu'en France on appellerait une franchise naïve et brutale", écrivait un critique anglais des impressionnistes en 1874. Ce langage de la rupture, de la brutalité, de la grossièreté primitive sera tour à tour utilisé par tous les mouvements artistiques modernes. Et le bouleversement des règles esthétiques a dû rendre reconnaissables, intrigantes, les images que l'on commençait à remarquer dans les grottes à cette époque. Si Monet était un peintre, peut-être que les premiers humains d'il y a 12 000 ans l'étaient aussi. 
Au milieu du 19e siècle, l'art occidental se considérait comme le dernier chapitre d'une histoire ininterrompue, depuis le monde grec et romain jusqu'à la Renaissance. La découverte de l'Art de l'âge de pierre, contemporaine d'une nouvelle disponibilité d'exemples d'art tribal et "primitif" à l'époque de l'empire, a offert une issue à cette histoire fermée. Il n'y a aucun moyen de relier l'Art de l'âge de pierre à nous-mêmes par le biais de la narration - seulement par analogie."
L'exposition Prehistory : Objets de pouvoir est présentée au British Museum, à Londres."

ROME, NAPLES ET FLORENCE, STENDHAL 

8 octobre 1816 - "Je ne sais pourquoi l'extrême beauté m’avait jeté hier soir dans les idées métaphysiques." Milan, 

La beauté nous rabiboche avec la vie et le désir de vivre. JPS

"Le bonheur est contagieux."

Il en est extrêmement de même pour l'Art !

"J’aime la force et de la force que j’aime, une fourmi peut en montrer autant qu'un éléphant."

"Je regrette souvent qu’il n’y ait pas une langue sacrée connue des seuls initiés ; un honnête homme pourrait alors parler librement, sûr de n’être entendu que par ses pairs." 

"Je ne prétends pas dire ce que sont les choses, je raconte la sensation qu’elles me firent." 

"Comment expliquer cet effet nerveux et cet agréable pouvoir de tuer le plaisir des beaux-arts que possède l’amabilité française ? Est-elle jalouse d’un plaisir qu’elle est impuissante à partager ? Je crois plutôt qu’elle le trouve d’une affectation ridicule."

"Les choses qu’il faut aux arts pour prospérer sont souvent contraires à celles qu’il faut aux nations pour être heureuses. De plus, leur empire ne peut durer : il faut beaucoup d’oisiveté et des passions fortes ; mais l’oisiveté fait naître la politesse et la politesse anéantit les passions. Donc, il est impossible de créer une nation pour les arts. Toutes les âmes généreuses désirent avec ardeur la résurrection de la Grèce ; mais on obtiendrait quelque chose de semblable aux États-Unis d’Amérique et non le siècle de Périclès. On arrive au gouvernement de l'opinion ; donc l’opinion n’aura pas le temps de se passionner pour les arts. Qu’importe? La liberté est le nécessaire et les arts un superflu duquel on peut fort bien se passer." 

"Nos gens ne peuvent pas s’élever à comprendre que les anciens n’ont jamais rien fait pour orner et que chez eux, le beau n’est que la saillie de l’utile.

"Là, assis sur le marche-pied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, ce qu’on appelle les nerfs à Berlin ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber." (syndrome de Stendhal à Florence)

SERRES CHAUDES, MAURICE MAETERLINCK

"Il y a un long chemin de mon cœur à mon âme !
Et toutes les sentinelles sont mortes à leur poste !" Âme, p. 43
"Oh ! Des fleuves de lait ont fui dans les ténèbres !
Et les cygnes sont morts au milieu des serpents !" Regards, p. 65 

JEUNESSE DU SACRÉ, RÉGIS DEBRAY

"Une métaphore. Que nous apprend-elle ? 
Qu'une terre promise ouverte à tous les vents cesserait de l’être. Et que la clôture — grillage, cordon, balustrade, haie, barrière, jubé, chancel, courtine — est d’un autre ordre que le rinceau ou la palmette. Ce n’est pas ornemental mais transcendantal." P. 48

"Le sacré n'est pas une essence ni une substance. C’est un rapport instauré entre un objet et des sujets, qui relève d'une anthropologie et non d'une ontologie et se passe fort bien des secours de la religion. […] Le sacré n’est pas un petit signe que nous fait en passant «l’autre monde». C’est nous, les passants de ce monde-ci, qui le chargeons de signes plus. Sacral est une qualité que nous ajoutons — dans un moment de détresse et par instinct de conservation —à tels ou tels lieu, objet ou personne mais qui peut aussi, à tout moment, s'en retirer sans altérer la chose elle-même." P. 104

"Il suffit de laisser libre cours à l'imagination de la matière qui travaille en sous-main nos rêveries les moins dirigées. Il y a, chacun le sait, du spirituel en sommeil dans l’eau, le feu, la terre — valeurs sensibles et sensuelles dont n'ont jamais pu se détacher les spiritualités les plus hostiles au «grossier animisme païen». Ces valorisations affectives pré- et postchrétiennes, préhistoriques et postmodernes, nulle raison raisonnante n'en viendra à bout. La seule finalité incontestable des êtres vivants étant de se perpétuer, comment ne serions-nous pas fascinés par tout ce qui la met sous nos yeux, en images ? Un filet d’eau qui sourd, un bourgeon qui fleurit, un bambou qui surgit libèrent en nous des émotions et des songes réfractaires à la critique. Tout suggère que la pulsion sacralisante, comme la fonction fabulatrice à laquelle elle est liée (et que le sacré ressortisse à la fable plaide encore plus pour sa nécessité), est à mettre au compte des «réactions défensives de la nature contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence.» (Bergson). Un physicien parlerait peut-être de néguentropie. L’inlassable retour de tout ce qui chante, au cœur un monde désenchanté qui use l’une après l’autre ses histoires saintes, élèverait dès lors d'une intelligence non intellectuelle, que l’on pourrait appeler la sagesse des corps collectifs. P. 184 

La France (en particulier) est vraiment non pas le trou du cul du monde pour l'Art et les artistes, comme on pourrait assez aisément et vulgairement le dire ; mais un véritable trou noir physique et cosmique. En effet, quel que soit la beauté, l'originalité, la pertinence, la force et la puissance de vos œuvres et de votre travail, absolument personne : professionnels inclus, n'en verra, ni l'intérêt, ni la valeur. En ce sens que ce non-intérêt, on ne pourrait même pas ici parler de mépris car on ne méprise que ce que l'on reconnait et qui nous dégoûte. Cette ignorance, même pas bestiale car les animaux ont une âme et une présence au monde… Cette bêtise française totale, absolue, plénipotentiaire, prétentieuse, arrogante, absorbe toutes les énergies positives. Des plus grandes et honorables au plus timides et plus silencieuses, faisant que l'Art, ici même, ressemble, aujourd'hui, plus à des couches culottes absorbant la pisse et la merde de nos société et des français infantilisés, immatures, content d'eux mêmes et soumis à bouffer leur merde, même si elle est bio ! Et ce trou noir fonctionne très bien, il nous absorbe, nous absorbera tous et toutes, détruisant toute forme d'intelligence et annulant toute forme de beauté et d'éveil spirituel. C'est la fin !

TITRE D'UNE PROCHAINE CONFÉRENCE : RITUELS, ARTS, ÂME, DÉSIRS ETC

SUR LES OSSEMENTS DES MORTS, OLGA TOKARCZUK

"Un écrivain dépouille la réalité de ce qu’elle contient de plus important : l’indicible." P. 62

"Il faut se souvenir que le monde est une toile gigantesque, qu’il forme un tout et qu'il n'existe rien, absolument rien, qui soit à part. Même le plus petit fragment de l'Univers est lié au reste à travers un cosmos sophistiqué de correspondances qui se laissent difficilement pénétrer par un simple esprit. C’est ainsi que cela fonctionne. Comme une montre suisse." p. 67

"Quel est ce monde où la tuerie et la souffrance sont érigées en norme ? Avons-nous perdu la tête ?" P. 118

"En réalité l’évolution est en quête de beauté, de l'aboutissement le plus parfait de toute forme." P.137

"Et un cheveu gris aussi, le mien, dont les atomes gardent en eux la mémoire de l'apparition de la vie, de la catastrophe cosmique qui fut à l'origine de la naissance du monde." p. 156 

"Du point de vue de la nature, il n’existe pas de créatures utiles ou inutiles. Ce n’est qu'une distinction stupide inventée par les hommes." P. 167

"J’ai juste émis une hypothèse dans mon esprit : il s’agissait d’une appropriation par opposition." P. 247

Besançon, le 7 août 2021